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un morceau de viande que sur la production d'un son convenu, et reprenant l'épreuve après l'ablation d'un limaçon, de la région temporale correspondante et même de la région opposée, constatait la conservation du réflexe. Celui-ci se produisait, sur le son convenu, au milieu de la plus affreuse cacophonie. Kalischer en conclut que., pour les excitations sonores simples, la transmission qui se produit habituellement dans 1 ecorce, peut se faire aussi à l'aide des centres sous-corticaux. Le fait est possible, quoique l'exactitude de ces expériences ait été fortement contestée, mais, pour les associations plus complexes, l'intégrité des centres récepteurs est absolument indispensable et, pour les associations plus étendues, outre le centre récepteur et le centre réactif, il entre encore, en ligne de compte, toute une série de centres intermédiaires.

Jusqu'à présent, l'étude expérimentale des associations n'a porté que sur les réactions verbales. La production des réflexes associés dont il a été déjà question plus haut, nous a permis de l'appliquer aux mouvements et de rendre le mécanisme cérébral de l'association plus accessible à l'étude.

On se rappelle le procédé : la production simultanée de deux impressions permettait de constater qu'au bout d'un certain nombre de répétitions le réflexe qui normalement ne répondait qu à une seule, se produisait aussi en réponse à l'autre.

L'association des traces cérébrales a été prouvée pour des excitants aussi éloignés l'un de l'autre que la lumière, le son et le contact électrique appliqué à la plante du pied (DrsBronn et Platonoff). Après un certain nombre de productions simultanées, on avait vu que le mouvement réflexe de la jambe se produisait aussi bien sur l'illumination de la lampe à incandescence ou sur la production d'une note musicale qu'en réponse au contact électrique. Phénomène plus intéressant encore, si l'on essayait d'enrayer l'action d'un des excitants par une production réitérée sans le contact électrique, l'autre excitant se trouvait affaibli ou erirayé dans la même mesure. Et, à l'inverse, si on renforçait l'association d'un côté par la production du contact électrique, l'autre association se trouvait rétablie par l'effet du même mécanisme.

La connexion des centres nerveux est ici hors de doute. Du reste, l'expérience a été étendue à des excitations encore plus éloignées. On a vu notamment qu'une excitation neutre, même étant séparée par un intervalle de temps de celle qui produit un réflexe, finit par s'approprier l'action de cette dernière. Ceci, aussi bien lorsqu'elle précède, que lorsqu'elle suit l'autre.

On voit donc que les réflexes associés, tout en ayant pour point de départ une excitation externe, sont réellement déterminés par l'association des traces cérébrales. Ce sont ces dernières qui disent à l'homme que certains sons signifient la présence d'un oiseau et qui le font rechercher des yeux. Ce sont elles qui mettent en garde contre les grognements d'un chien et font prendre une position défensive. Toute la vie de l'homme est déterminée par des associations de ce genre.

La principale place revient ici aux réactions visuelles, auditives et tactiles, mais les autres sens peuvent fournir également des réactions associées. Ainsi, l'odorat et le goût ne servent pas seulement à distinguer la nourriture. Chez certains animaux, l'odorat est le moyen le plus sûr d'orientation. Nous avons déjà cité l'exemple de l'homme qui, passant près d'un endroit où se trouvait un cadavre en putréfaction, fut saisi par l'odeur jusqu'à en avoir un haut-le-cœur. Chaque fois qu'il repassait par là, il avait la même impression malgré que le cadavre fût depuis longtemps enlevé. De même il suffît de goûter un acide pour que la vue seule du flacon détermine une sécrétion de salive. Des observations de ce genre se rencontrent par milliers.

Dans nos expériences, nous avons constaté qu'un chien qui a été piqué plusieurs fois par une épingle, commence à manifester l'inquiétude dès que l'expérimentateur s'approche de l'endroit où celle-ci est déposée. L'association rattache ici l'impression du contact non seulement à la vue de l'instrument, mais encore à l'endroit où celui-ci est conservé.

L'étude des réflexes associés ne laisse pas de doute sur l'existence des traces laissées par les réactions antérieures ; quant à la nature de celles-ci, la question n'est pas encore tout à fait tranchée. Rappelons cependant, pour éviter un

malentendu qui pourrait naître de la terminologie même, que celles-ci, comme nous l'avons déjà dit, ne doivent pas être prises dans un sens statique. Ce ne sont ni des empreintes, ni des clichés photographiques; nous devons les imaginer plutôt comme des altérations fonctionnelles qui diminuent la résistance des voies nerveuses et facilitent la reproduction des courants du même rythme l.

Les traces cérébrales ne seraient donc qu'un phénomène dynamique ayant son expression propre dans la conductibilité des voies nerveuses.

Notons encore, à ce sujet, que les impressions externes étant plus ou moins complexes, se composent non pas d'un seul, mais de plusieurs réflexes. Ainsi, par exemple, l'impression visuelle est le résultat d'un réflexe pupillaire, d'un réflexe d'accommodation, d'un réflexe oculomoteur déterminé par la direction de l'objel et d'une série de mouvements exécutés pour en mesurer la grandeur et le rapport des diverses parties. Il en résulte que les traces cérébrales doivent être également complexes, retentissant sur la conductibilité de plusieurs centres nerveux à la fois.

Maintenant, malgré toute la ressemblance des traces cérébrales avec les impressions qui les ont produites, il importe aussi de relever quelques traits qui les distinguent.

Tout d'abord, une impression ne peut résulter que d'un facteur externe, tandis que les traces peuvent être reproduites par un processus central d'association. Ensuite, l'expérience montre que les réflexes déterminés par la reviviscence des traces cérébrales n'ont jamais la même force que les réactions directes de l'organisme. Ainsi, un réflexe respiratoire obtenu par association, en réponse à un excitant lumineux, est naturellement plus faible que n'était le mouvement produit par l'excitant primitif.

Plus loin, les impressions externes peuvent se nuancer et se mélanger, comme ne le peuvent pas les traces cérébrales. Ainsi, par exemple^ à côté de la lumière qui détermine une

i. W. Bechterew. Les problèmes et la méthode de la psychologie objective. Journ. depsych. norm. et path. Nov.-Déc. 1909.

réaction pupillaire très vive, et de la couleur noire qui ne détermine aucune réaction, le blanc peut se mélanger au noir et produire des réactions très variées correspondantes aux tonalités grises. Rien de pareil ne peut être obtenu pour la reviviscence des traces cérébrales.

Enfin, l'expérience montre que le rapport de ces traces aux réactions qu'elles déterminent, n'est pas aussi direct que le rapport des réflexes aux impulsions externes. Pour ces dernières, plus elles sont vives, plus les réflexes sont prononcés, tandis que les traces laissées par des impressions très vives ne peuvent entraîner que des réactions relativement faibles.

L'ensemble des traces laissées par les processus réactifs forme l'expérience personnelle qui gouverne la vie de l'individu. Ce qu'on appelle « savoir » ou « érudition » n'est pas autre chose qu'une accumulation de traces cérébrales produite par l'instruction ou par une longue expérience.

Ontogenèse des associations cérébrales. — En ce qui concerne l'ontogénèse de cette fonction, disons tout de suite que l'activité associative ne se manifeste pas dès la naissance de l'enfant; elle se développe plus tard sur la base des simples réflexes.

D'après Tidemann, un enfant qu'il observait, se calmait dès le 18e jour au contact d'une main douce ou en prenant la position dans laquelle on lui donnait le sein. Sully n'a observé des phénomènes de ce genre que chez les enfants âgés de dix semaines. D'autres auteurs, comme, par exemple, Darwin et Taine, rattachent les premières associations à un âge encore plus avancé, entre cinq et dix mois. Darwin rapporte qu'un enfant de cinq mois tournait la tête, lorsqu'on prononçait le nom de sa bonne et, manifestement, la cherchait des yeux. A l'âge de six mois, lorsqu'on l'habillait et le plaçait dans sa petite voiture, il montrait des signes d'inquiétude jusqu'à ce qu'on l'eût roulé dehors. Ici se rapporte aussi le cas de l'enfant dont nous avons déjà parlé, qui, s'étant un peu brûlé la main, la retirait à la seule vue de l'objet qui avait causé la brûlure. Les trois derniers exemples présentent cependant des associations plus complexes que celles dont il était question

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au début. D'autres processus encore plus complexes s'établissent encore plus tard. C'est ce qu'on a constaté, par exemple, pour les actes qui ont la forme d'un jugement. Nous avons vu un enfant âgé de quatre-cinq mois se servir d'un bâton, comme d'un râteau pour rapprocher un jouet, mais les actes qui comportent la reconnaissance d'un objet ne se manifestent qu'au cours de la deuxième année. L'enfant commence par identifier les animaux ou les objets animés avec les images qui les représentent, en poussant des exclamations ou des sons imitatifs, et continue en rapportant ses impressions aux données de l'expérience personnelle. Le couteau, dit-il, c'est pour couper la viande; le crayon, c'est pour dessiner les maisons, et ainsi de suite.

Phylogénèse des associations cérébrales. — La phylogénèse des réactions associées semble très différente du développement qu'on observe aujourd'hui chez l'homme. Certains auteurs prétendent, il est vrai, que chez les poissons elles font encore défaut (Edinger), mais nous avons vu plus haut que cette opinion n'est guèrejustifiée (p. 132). A notre avis, les réactions associées commencent avec la recherche de la nourriture. Cette dernière suppose une distinction des matières comestibles et la distinction ne va pas sans la reviviscence des traces de l'expérience antérieure. Ainsi des associations élémentaires doivent se rencontrer aux degrés très bas du règne animal, mais le perfectionnement de celles-ci n'appartient qu'aux espèces supérieures et n;atteint la vraie systématisation que dans la race humaine.

Du point de vue de la vitesse et du développement des réactions associées, un enfant se distingue nettement des jeunes animaux. Ceux-ci sont doués dès la naissance de certaines associations qui manquent au premier. Ainsi, par exemple, un poussin, à peine sorti de l'œuf, pique les grains d'une manière tout à fait sûre. Il accourt immédiatement aux cris d'inquiétude de la mère, tandis que d'autres sons le laissent tout à fait tranquille. Cela prouve une association parfaite des mouvements avec les impressions visuelles et auditives.

Chez l'entant nouveau-né, sauf les mouvements locaux de la langue, des lèvres, des yeux, de la paume des mains et des talons, on n'observe aucun réflexe et l'établissement de ceux-ci ne se fait qu'avec l'exercice. Par contre, une fois entré dans la voie du développement, il dépasse bien vite tous les animaux en vitesse et en quantité d'associations.

Il est clair qu'entre les vertébrés inférieurs et un enfant nouveau-né, la différence est considérable. Elle nous induit à conclure que les premiers se trouvent dotés, de naissance, d'un mécanisme de réactions coordonnées, produit de l'expérience de l'espèce, tandis que chez l'homme, à la naissance, ce mécanisme est à l'état rudimentaire et se forme à l'aide de l'expérience individuelle.

Mais qu'il s'agisse de l'expérience individuelle ou de l'expérience de l'espèce, le fonctionnement ne devient exact et sûr qu'à la suite d'une association réitérée des impulsions externes avec les réactions qui s'y trouvent appropriées.

Adaptation des processus réactifs aux impulsions externes. — Le caractère de la réaction qui répond à un excitant externe ne dépend pas de la nature de celui-ci, mais du processus qui se développe dans l'organe récepteur. Pour expliquer cette thèse, admettons que la rétine soit affectée par des ondes sonores : il en résulterait des impressions lumineuses. Admettons que la terminaison périphérique du nerf auditif soit rattachée à la terminaison centrale du nerf visuel et la terminaison périphérique de celui-ci à la terminaison centrale du nerf auditif : le son déterminerait une impression lumineuse et la lumière une impression auditive.

Ce fait a été prouvé par une des expériences les plus intéressantes de la physiologie des sensations : par la soudure des différents nerfs, qui, pour quelques-uns, a donné des résultats tout à fait nets.

La détermination du réflexe par l'organe récepteur a encore un autre sens, le sens de la direction du processus réactif. L'arc réflexe est souvent plus ou moins fermé et le processus récepteur détermine ici la direction du courant nerveux vers

son point de départ. Cette détermination peut être appelée « signe local », du terme introduit par Lotze dans un sens subjectif, mais qui s'applique bien mieux au processus objectif que nous venons de décrire.

Prenons, comme exemple d'une détermination de ce genre, la direction d'un réflexe cutané. Admettons que l'excitation agit sur la surface palmaire du bout de l'index. Un mouvement du doigt de haut en bas déplacera l'excitation vers l'extrémité de l'organe. Le signe local changera, se compliquant encore de l'excitation produite par l'articulation du doigt.

Chaque mouvement ultérieur du doigt en contact avec l'excitation étant caractérisé par une excitation analogue de la surface cutanée et par une excitation musculo-articulaire, il en résultera une adaptation du réflexe à l'endroit affecté par l'excitation.

Il en est de même pour les réactions plus étendues et compliquées, depuis les réflexes associés jusqu'à ceux qu'on désigne comme mouvements personnels ou volontaires, qui s'adaptent tous à l'impulsion externe, avec cette différence, naturellement, que pour ceux-ci la détermination résulte non pas des impressions directes, mais des traces laissées dans les centres cérébraux.

Rappelons cependant que l'adaptation est loin d'être absolue et ne peut souvent être obtenue que d'une matière approchante. On le démontre facilement sur les excitations cutanées.

Prenons, comme exemple, la réaction qui répond à une piqûre. Cette dernière produit d'habitude un mouvement de défense plus ou moins adapté à l'endroit d'où est partie l'excitation. Mais si la piqûre est assez légère pour ne produire aucun mouvement de défense et si l'on convient au préalable d'y répondre par un mouvement du doigt indiquant l'endroit piqué, on verra que la désignation ne sera qu'à peu près exacte.

D'autre part, si l'on tient compte des erreurs dans la désignation des piqûres, on verra que celles-ci ne se produisent que dans certaines limites. La désignation ne s'écarte pas au

BECHTEREW. Il

delà d'une certaine distance de l'endroit piqué, cette distance variant selon la région cutanée et se trouvant en rapport avec la mobilité de l'organe. La môme observation se rapporte aux excitations moins violenles, par exemple au simple contact. Dans les régions mobiles, par exemple sur les lèvres et sur les doigts, les désignations sont plus exactes, tandis que sur le dos ou sur les jambes, l'exactitude est bien moindre. Les limites caractéristiques pour chaque région forment des surfaces elliptiques autour du point excité.

Sur la surface des organes mêmes du toucher, les ellipses en question sont bien moindres comparativement à d'autres régions du corps. Ce fait prouve encore une fois que l'adaptation des réflexes aux signes locaux est en rapport direct avec l'exercice.

Dans la production des réflexes associés, on distingue encore une forme d'adaptation, notamment à l'application de l'excitant qui ne peut se faire de nouveau que dans certaines limites, Ceci a été démontré par les expériences du Dr Israëlson avec les réactions motrices aux excitations de contact.

On a vu notamment qu'un chien habitué à réagir par un mouvement de la patte à l'excitation d'une certaine place du corps, réagit de même à l'excitation d'une place voisine, mais que la distance de celle-ci ne doit pas dépasser certaines limites au delà desquelles le réflexe associé n'a plus lieu. Si l'exercice qui sert à l'établissement du réflexe est abandonné, ces limites s'étendent considérablement jusqu'à ce que l'association se trouve abolie.

L'adaptation peut varier selon la forme de l'excitation cutanée et aussi selon le concours des excitations musculo-articulaires. Ainsi, par exemple, lorsque l'excitant a une étendue linéaire, le réflexe ne s'adapte plus à un seul point, mais à la surface couverte par celle-ci. D'autre part, lorsqu'on prend un objet dans la main, l'action commune des excitations cutanées et musculaires a pour effet l'adaptation du réflexe non seulement à la surface, mais aussi au volume de l'excitant.

Les mêmes conclusions s'appliquent à l'organe de la vue. L'expérience montre que les mouvements simplement réflexes

de cet organe s'adaptent déjà à l'endroit d'où partent les excitations. Ainsi, les oiseaux décérébrés, se trouvant dans l'obscurité, tournent la tête dans la direction de la lumière. Une grenouille privée, par l'ablation, de l'un et de l'autre hémisphères, évite, en sautant, les obstacles qui projettent une ombre plus ou moins épaisse. Tl estclair que l'excitation qui se développe dans l'organe de la vue, comprend aussi des signes locaux qui agissent sur la direction des réflexes. Ces derniers interviennent naturellement dans l'appréciation de la distance, de la grandeur et de la situation des objets dans l'espace. Chez les vertébrés inférieurs, la capacité de coordonner les réactions motrices avec la situation de l'objet, est, comme nous l'avons déjà vu, atavique ou innée. Les oiseaux qui viennent de naître se montrent déjà capables de piquer les grains autour d'eux. Chez l'homme, cette faculté est originairement très peu développée, comme le montrent les expériences sur les aveuglesnés après l'opération. La coordination ne s'établit qu'avec l'exercice, et tout semble prouver que le principal rôle appartient ici à l'association des réactions rétiniennes avec les réactions motrices de l'appareil visuel.

Le fait est que chaque déplacement de l'organe visuel à quelque distance du point de fixation s'accompagne d'une contraction des muscles oculaires, d'un mouvement tournant de la tête et d'une intervention des organes statiques (canaux semi-circulaires, etc.). Chacun de ces mouvements laisse des traces cérébrales dont la reviviscence permet l'adaptation du réllexe aux dimensions linéaires des objets. La perception de la distance demande, en plus, la convergence des axes visuels et des mouvements d'accommodation. Il est bien entendu que, pour les objets situés à la portée de la main, un rôle important revient aussi aux excitations musculo-articulairés et cutanées. Ces dernières permettent de contrôler la mesure que donne la contraction des muscles accommodatifs. Enfin, l'appréciation générale des distances dépend aussi de la grandeur des images rétiniennes.

Comme dans la vision binoculaire, les deux yeux s'adaptent au même objet, sauf dans le cas où l'un d'eux se trouve dévié

par un relâchement des muscles, les points homonymes des deux rétines doivent fournir des excitations qui, grâce à l'identité des signes locaux et des phénomènes concomitants, se fondent en une seule.

Une question plus difficile à résoudre est celle qui concerne l'adaptation des réflexes au renversement des images sur la rétine On se demande naturellement comment la réaction permet de les saisir dans la position droite.

A ce sujet, rappelons d'abord que l'œil présente un organe dont les réactions s'adaptent à tous les points de l'image rétinienne et comme l'adaptation va de chaque point rétinien au point correspondant de l'objet, c'est-à-dire dans le sens contraire à la projection lumineuse, elle doit permettre de les saisir dans leur position naturelle.

Pour nous expliquer plus clairement, admettons qu'il ne s'agit pas de l'objet tout entier, mais des deux points extrêmes de ce dernier, du point supérieur et du point inférieur qui n'ont aucun lien entre eux. En ce qui concerne les excitations musculaires qui accompagnent le déplacement de l'œil, il est clair que le point supérieur qui se réfléchit dans la partie inférieure de la rétine, détermine une contraction des muscles droits supérieurs dans le sens opposé à la ligne de projection, c'est-àdire allant du point inférieur de l'image rétinienne au point supérieur de l'objet ; et le point inférieur de celui-ci, qui se réfléchit en haut de la rétine, déterminera une contraction des muscles droits inférieurs dans le sens également opposé à la ligne de projection, c'est-à-dire allant du point supérieur de l'image rétinienne au point inférieur de l'objet.

S'il en est ainsi pour tous les points extrêmes de l'objet, il doit en être de même pour tous les points intermédiaires et l'image renversée doit produire des impressions musculoarticulaires correspondantes à la position réelle de l'objet.

Outre cela, il ne faut pas perdre de vue que la contraction des muscles droits supérieurs est coordonnée avec les mouvements de la main dirigés de bas en haut et la contraction des muscles inférieurs avec les mouvements de haut en bas, ce qui doit contribuer également à l'adaptation précitée des réflexes.

L'adaptation de la réaction auditive ne va pas au delà de la direction générale du son. Chez les animaux, l'oreille extérieure s'y tourne indépendamment de la tête, chez l'homme c'est la tête qui tourne tout entière dans la direction du son. L'adaptation à la distance de celui-ci paraît se réaliser par la contraction de l etrier et une série de phénomènes concomitants tels que l'appréciation de la force du son, l'ébranlement des poils qui tapissent l'intérieur de la conque et, enfin, les mouvements de tête.

Le fait est que chaque déplacement de la tête sous l'effet d'une excitation sonore, détermine une excitation des organes statiques dont la reviviscence facilite l'appréciation de la distance du son. Celle-ci est naturellement corroborée par la force du son, par l'ébranlement du corps sous l'effet des ondes sonores et des facteurs accessoires.

Les réactions gustatives, étant de nature diffuse, ne comportent pas d'adaptation spatiale à l'excitant. Si l'excitation agit sur une portion étendue de la langue, cela ne fait qu'augmenter l'intensité de la réaction. L'excitation qui se développe dans l'organe récepteur peut donc être considérée comme étant dépourvue de signes locaux, mais la perception spatiale de l'excitant se fait tout de même à l'aide d'excitations connexes, tactiles et musculo-articulaires.

En ce qui concerne, enfin, les réactions olfactives, il est clair qu'elles ne comportent non plus aucun signe local ; la direction de l'excitant ne peut être déterminée que par les mouvements accessoires de la tête et des narines. Chez les animaux pourvus d'une trompe, cette fonction prend une importance considérable.

Les réactions sont encore susceptibles d'une adaptation d'un autre genre : à la qualité de l'excitation. L'expérience montre que la nature de la réaction en dépend essentiellement. Ainsi, par exemple, les excitations tactiles de nature légère déterminent une réaction agressive ou préhensive, tandis que d'autres portant sur le même endroit du corps, mais ayant un caractère piquant ou tranchant, produisent des mouvements de défense. La qualité varie parfois même avec le degré d'in-

tensité. Un contact doux et caressant produit une réaction positive, tandis que devenu plus vif et prenant la forme d'un chatouillement, il provoque des mouvements de défense. Autre exemple : une chaleur modérée produit une réaction sthénique et des mouvements d'expansion, tandis que le froid détermine des mouvements de contraction et de recul.

Parmi les excitations gustatives, celles qui ont un caractère sucré produisent une réaction positive, celles qui ont un caractère amer, des mouvements de défense et de recul. De même pour les odeurs, dont quelques-unes attirent, tandis que d'autres produisent un effet repoussant.

Jusqu'à une certaine mesure, cela s'applique même aux excitations visuelles et auditives. Ainsi, chez certains animaux, tels que le taureau ou le dindon, le rouge produit une réaction nettement agressive. Certains mélanges de sons produisent une action tonique ou calmante, tandis que la cacophonie provoque une réaction défensive.

Outre l'adaptation à la qualité, il se produit aussi une adaptation à l'intensité. Une chaleur modérée produit une réaction positive, tandis qu'une chaleur plus forte détermine des mouvements de défense. Les substances acides ou salées, prises dans une certaine dose, exercent une action attractive, tandis qu'à un degré plus fort, elles déterminent un mouvement de refus. La réaction change de même selon l'intensité de la lumière et du son l.

En ce qui concerne la force de la réaction, elle dépend essentiellement de la force de l'impulsion externe, à moins qu'il ne se produise quelque phénomène d'inhibition. Ainsi, les réponses aux excitations tactiles se règlent exactement d'après les impulsions reçues. La contraction des muscles s'adapte au poids des objets ou à leur force de résistance. Une adaptation analogue se produit dans les organes du goût, de l'odorat et même de la vue. On sait que les objets brillants attirent plus le regard que ceux qui sont ternes.

1. Quelquefois l'effet varie selon les espèces animales. Ainsi, par exemple, sur les insectes, une lumière très vive produit un effet d'attraction.

Dans les réactions sonores l'adaptation est, pour ainsi dire, double, car l'intensité des perceptions permet d'y coordonner, à son tour, la tension des cordes vocales, comme on l'observe dans l'étude du chant.

Généralement, plus l'excitation est forte et prolongée, plus la réaction est douée des mêmes qualités, mais ce rapport est loin d'être absolu. Il n'est ni aussi constant, ni aussi simple qu'on pourrait le croire au premier abord. Dans certains cas, la réaction reste toujours la même, quelle que soit la force de l'excitant. C'est ce qui a lieu, par exemple, pour les réflexes tendineux. D'autre part, il existe une limite d'excitation au delà de laquelle la réaction n'augmente plus.

La force de la réaction dépend encore des excitations qui l'ont précédée, qu'elles soient du même genre ou d'un autre. Ainsi, après un certain nombre d'excitations rapprochées, la réaction faiblit généralement, jusqu'à s'abolir pour quelque temps.

En résumé, on peut dire que si la réaction varie selon la force de l'excitant, elle dépend aussi de l'état momentané de l'organe. Qu'on se rappelle seulement qu'au sortird'une obscurité complète, une lumière relativement faible fait cligner des paupières, tandis qu'en plein jour une lumière même forte ne détermine aucune réaction.

Maintenant il arrive aussi que la réaction dépasse la portée de l'impulsion reçue ou se trouve, malgré celle-ci, réduite à presque rien. Gela doit être attribué à l'action des facteurs internes ou cérébraux tels que les associations cérébrales, les phénomènes d'inhibition et l'état du système nerveux caractérisé par les phénomènes de nutrition, de fraîcheur ou d'épuisement.

Du rôle des processus associatifs il a déjà été question plus haut, et quant aux phénomènes d'inhibition, disons tout de suite qu'ils sont aussi répandus que les phénomènes d'excitation. On peut admettre, comme règle générale, que toute impulsion externe, qui stimule une fonction, exerce sur les autres une action inhibitrice. Par suite, le cours d'une réaction dépend encore de la question si elle n'est pas affaiblie par des impul-

sions concomitantes ou par les traces qu'ont laissées les impressions antérieures.

En ce qui concerne enfin l'état du système nerveux, point n'est besoin d'insister sur le fait que ce dernier varie beaucoup selon les conditions de nutrition et de circulation sanguine. L'excitabilité de la sphère neuro-psychique se montre très inégale aux différentes heures du jour, comme l'ont prouvé les expériences de Kraepelin et ses élèves et les recherches de notre laboratoire (Ostankow, Oehrn, et autres).

L'action de la fatigue ressort d'une manière particulièrement nette des expériences sur les réflexes associés. Un réflexe artificiellement associé, pour peu qu'on le reproduise coup sur coup, ne tarde pas à s'affaiblir jusqu'à l'extinction, mais il suffit de prolonger les intervalles jusqu'au double ou triple du temps pour le voir se ranimer. Du reste, il en est de même pour toutes les formes de l'activité neuro-psychique. Un effet trop prolongé ou répété, sans intervalles suffisants pour permettre au système nerveux de rétablir des réserves d'énergie, rend l'activité neuropsychique plus lente et moins exacte, c'est-à-dire qualitativement inférieure. Ceci dépend naturellement de la nature de cette dernière. A intervalles égaux, une activité élémentaire peut durer plus longtemps qu'une activité plus élevée.

Autrement dit, le repos cérébral et quelques conditions spéciales facilitant la nutrition et les échanges, contribuent aussi à l'adaptation des réflexes, comme force et comme exactitude.

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