CHAPITRE PREMIER LES RÉFLEXES SIMPLES
Les réflexes et les automatismes. Les réflexes externes. Les réflexes internes. Le développement des réflexes. Les actes de la station debout et de la marche.
Se développant selon le type du réflexe, l'activité neuropsychique transparaît finalement au dehors sous forme d'un mouvement ou d'une réaction sécrétoire ou vaso-motrice.
Nous avons déjà vu le mécanisme général de ces phénomènes. Il importe de les examiner maintenant du point de vue de leur adaptation biologique. De ce côté-là nous trouvons des différences bien marquées. Le courant nerveux peut former un enchaînement rapide ou prolongé. Dans le premier cas, nous aurons des réflexes simples et des phénomènes d'automatisme, dans le second, des réflexes associés et des réactions individuelles.
Commençons par étudier la première catégorie des processus réactifs.
Les réflexes et l'automatisme. — Aux degrés les plus bas de l'échelle animale on trouve des réflexes simples qui présentent le premier lien de l'organisme avec le monde extérieur, produit d'une expérience commune à toute l'espèce, consolidé par la transmission héréditaire. Ce qui les caractérise, c'est la régularité et le caractère stéréotype de leur production. Ils ne peuvent varier qu'au point de vue quantitatif en rapport avec la force de l'excitation externe et avec les phénomènes d'inhibition centrale. Pour tout le reste ils sont d'une constance absolue,
se produisant chaque fois qu'il y a une action externe sur le corps.
Des réflexes simples on distingue, sous le nom d'automatismes, les mouvements demême nature dont la cause ne réside pas dans une action externe, mais dans l'état de nutrition ou d'équilibre interne de l'organe en question. Inutile d'ajouter que dans le monde des microorganismes, ces derniers jouent unrôle prépondérant. Tels sont, par exemple, les mouvements des pseudopodes et des appendices cellulaires. Tels sont, chez les métazoaires, les mouvements des globules du sang, les variations du tonus musculaire, les altérations spontanées du système vasculaire et du cœur.
Notons, cependant, que ce terme n'est pas toujours compris de la même manière. Tandis que les physiologistes l'emploient pour expliquer les mouvements nés d'une excitation organique comme ceux que nous venons d'énumérer, les psychologues se montrent parfois enclins à l'employer pour des réflexes plus compliqués ou prenant une apparence variable sous l'effet d'excitations rapides et saccadées. Tels sont, par exemple, les mouvements d'une grenouille décérébrée qui évite les obstacles sur son chemin. Nous ne voyons, pour notre part, aucune raison de distinguer ces derniers des simples réflexes et nous nous en tiendrons, par conséquent, à la désignation précitée.
Certains automatismes se rapprochent tellement des réflexes qu'ils en sont pratiquement inséparables. C'est ce qu'on voit, par exemple, dans les altérations du tonus musculaire et de la respiration qui sont, à la fois, automatiques et réflexes, c'est-àdire relevant en même temps des variations organiques, et des influences externes.
Chez les animaux inférieurs cette connexion est particulièrement étroite.
D'après J. Massart, rien ne se fait d'une manière absolument spontanée ; toute manifestation vitale est produit d'une excitation et relève de la propriété qu'on appelle irritabilité *.
4. J. Massart. Vcrsuch einer Einteilung der nicht ncrvosen Réflexe. Biol. Centr., Bd 4902.
Toute variation qui se produit dans le protoplasma, est un réflexe rudimentaire. Aux degrés inférieurs de l'échelle des êtres, les réflexes sont encore non différenciés, mais à partir des métazoaires ils trouvent un organe spécial dans le système nerveux. Chez les animaux supérieurs, y compris l'espèce humaine, les cellules gardent leur sensibilité organique, mais tous les réflexes apparents s'opèrent à l'aide du système nerveux.
Les excitants qui agissent sur l'organisme peuvent être divisés en deux catégories : internes et externes. Comme excitations internes nous comprenons celles qui se produisent dans l'organisme même, provenant de facteurs encore peu connus; tels sont, entre autres, le chimisme, la croissance et même la forme des organes ; par exemple, l'acuité, la polarité et les courbes. Les excitations externes peuvent être de nature physique, chimique ou mécanique.
Gomme excitants physiques on peut nommer la lumière, l'obscurité, la chaleur, le froid, les ondes hertziennes, l'électricité, la pression osmotique ; comme excitants chimiques : le carbone, les alcaloïdes et les acides, les narcotiques et l'eau ; comme excitants mécaniques : la pression, le contact, l'ébranlement et l'action des divers courants.
En ce qui concerne les réponses de l'organisme, J. Massart distingue, chez les animaux inférieurs, les réactions « préparatoires » des réactions « actives ». Les variations du tonus ont, d'après lui, un caractère préparatoire. Comme réactions « actives » il comprend la formogenèse et les mouvements. Tel est le morisme (formation cellulaire), le néisme (formation d'organes) et, d'autre part, les divers tropismes, le phobisme ou mouvement de recul, le protéisme ou mouvement de contraction de l'axe longitudinal du corps, etc., etc.
De ces réactions de nature quantitative il faut distinguer les processus élémentaires de l'échange vital, tels que les phénomènes chimiques, thermiques, électriques, toniques, etc., etc.
Les processus réactifs présentent-ils des automatismes dans le sens que nous avons indiqué plus haut, ou bien de vrais réflexes ? On ne saurait y répondre avec assurance. Nous
pensons qu'il y a là de l'un et de l'autre. En tout cas, bien avant l'apparition d'un système nerveux dans le règne animal, ce dernier est déjà caractérisé par des phénomènes de ce genre, généraux et locaux. L'irritabilité de la matière vivante s'y manifeste sous forme de contractilité, s'étendantàtout le corps ou se limitant à la périphérie, comme on l'observe dans le mouvement des pseudopodes. Plus tard avec le développepement ultérieur des organismes, cette propriété se différencie : elle s'adapte aux excitations et se diversifie avec la complication progressive des organes.
Parmi les mouvements on trouve dès l'abord quelques-uns qui ont le caractère des réflexes. Ainsi, par exemple, une amoebe contracte ses pseudopodes d'une manière purement automatique, mais lorsqu'elle rencontre un corps étranger, elle réagit d'un manière réflexe en absorbant ce dernier. Il en est de même pour lesinfusoires ciliés qui réagissent à tout contact extérieur. Engelmann rapporte qu'un bourgeon de vorticelle, ayant rencontré une vorticelle adulte, avait subitement changé de direction et s'était mis à suivre cette dernière1.
Chez les infusoires cela se passe sans le concours d'aucune substance nerveuse, mais nous savons que leur protoplasma même est plus rapproché du tissu nerveux que le protoplasma des métazoaires et pouvons en conclure que les éléments nerveux s'y trouvent à l'état diffus. Chez les infusoires ciliés et les hydres, le rapprochement avec les réflexes est d'autant plus net que l'excitation, née à un endroit, produit la réaction à un endroit différent. Chez les méduses, l'excitation de n'importe quelle partie de la cloche produit un mouvement du sac contractile, qui se répand de plus en plus loin. Ici on constate du reste entre la région réceptrice et la région qui exécute le mouvement, la présence d'une cellule ganglionnaire qui rend l'analogie avec les réflexes encore plus complète. Chez les animaux supérieurs les réactions se compliquent en ce sens que l'excitation peut porter non seulement sur un point précis, mais encore sur toute une région, et la réponse peut être aussi