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CHAPITRE II

Définition de l'instinct. Action des facteurs externes sur les mouvements instinctifs. L'instinct de nutrition. L'instinct sexuel. L'instinct maternel. L'instinct de conservation. L'instinct social. Distinction de l'instinct des phénomènes similaires. Localisation des instincts dans le système nerveux.

Le degré suivant de la différenciation des réflexes est généralement désigné sous le nom d'instinct ou de réflexe instinctif. Il se trouve déterminé par des facteurs à la fois internes et externes, organiques et sensoriels.

Notons cependant que la notion même de l'instinct est loin d'avoir un sens bien établi. Cela tient, d'une part, au développement si particulier de ces phénomènes chez certains animaux, d'autre part, à l'emploi très différent de ce terme par les philosophes et les naturalistes.

Pour Hartmann, ce sont des actes dont la finalité est inconsciente. Moll n'exclut pas une certaine conscience du but, lorsque celle-ci ne détermine pas directement l'action. Wundt caractérise l'instinct comme une tendance innée.

D'après Darwin, chez l'homme les mouvements instinctifs ont une certaine part de réflexion, tandis que chez les animaux, surtout lorsque ces derniers sont jeunes et sans expérience, ils s'exécutent d'une manière tout à fait inconsciente.

Dans toutes ces définitions on trouve des éléments empruntés à la psychologie subjective, ce qui les rend tout à fait insuffisants du point de vue objectif.

D'autres auteurs envisagent l'instinct comme une modalité du réflexe.

D'après Richet, chez les êtres inférieurs bien des mouve-

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merits instinctifs ne sont que des actes réflexes. « Voici une patelle, dit-il, accrochée à son rocher ; elle y est faiblement unie et se déplace lentement sur la surface de la pierre. Mais essayez de l'enlever et touchez sa coquille : aussitôt la patelle se fixera à la roche avec une solidité extrême et vous aurez les plus grandes peines à l'en détacher. Son adhésion à la pierre a été instinctive, soudaine, déterminée fatalement par le contact d'un agresseur. C'est une action réflexe ; c'est un instinct aussi. Il est vraiment impossible de dire où commence l'instinct et où finit l'action réflexe, les deux phénomènes se confondent et l'instinct doit être regardé comme une action réflexe compliquée l. »

Spencer et Ziegler définissent aussi l'instinct comme un réflexe compliqué.

L. Morgan en arrive à conclure que toute la différence entre l'instinctetle réflexe se réduit au degré de complexité2. D'après lui, l'instinct ne présente qu'une association de réflexes. On sait que les jeunes animaux, qui n'ont encore aucune expérience, se montrent très habiles à éviter les obstacles. Telles sont, par exemple, les hirondelles et les phœnicures (rouges-queues) qui, dès les premiers jours d'existence, frappent par l'habileté de leurs mouvements. Il en est de même pour les foulques (poules d'eau). Ces dernières ont ceci dé particulier qu'elles grimpent très volontiers sur toutes sortes de monticules. Ayant remarqué cette tendance, Morgan était arrivé à faire grimper et descendre une foulque de six semaines par-dessus toutes sortes d'obstacles. Elle déployait une Habileté extraordinaire, sans avoir aucune expérience de ce côté-là.

Le caractère inconscient de l'instinct peut être encore illustré par les exemples suivants.

Hudson raconte de deux écureils qu'il avait recueillis tout petits et qui n'étaient pas encore habitués à sauter, qu'au bout de deux mois ils le frappèrent par le geste suivant de nature toute instinctive. Ils prenaient une-noix, la portaient dans le coin le plus reculé de la chambre et, la pressant contre le tapis,

1. Ch. Richet. Essai d'une psychologie générale. Introd. p. vin.

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