‹ La psychologie objective;Chapitre 56 sur 145 · W. Wagner, ibid., p · texte numérisé non relu

W. Wagner, ibid., p

nutritifs. Les excitations externes, visuelles, olfactives, gustatives, etc., prennent part à ce processus, en déterminant le but du mouvement.

On sait que les chenilles choisissent les feuilles de certains arbres qui peuvent leur servir de nourriture. Si nous répandons des feuilles de diverses espèces à côté des chenilles à peine sorties du cocon, on verra que celles-ci, après avoir goûté des unes et des autres, s'arrêteront à une espèce déterminée et ne mangeront que de celle-là. Il est évident que l'instinct comprend ici, à côté d'impulsions héréditaires vers la préhension de la nourriture, une différenciation basée sur l'expérience personnelle.

Un papillon, qui vient de sortir de la chrysalide, s'élève immédiatement en l'air et, se posant sur les fleurs, se met à sucer un nectar qui lui était, apparemment, inconnu. Les mécanismes du mouvement et de la nutrition sont ici également préformés, leur mise en train doit résulter d'un besoin organique, mais la direction du mouvement doit être due à des excitants externes, à l'odeur et à la vue des fleurs.

Une bondrée qui a été élevée toute seule et n'a eu aucun exemple pour se guider, la première fois qu'on lui donne une guêpe, lui arrache le dard avant de la dévorer. Ici l'expérience personnelle intervient déjà bien plus loin. L'impulsion première résulte évidemment d'un besoin organique, mais la vue de la proie détermine une série très complexe de mouvements de précaution avant d'aboutir à la satisfaction du besoin.

On sait que les gallinacés trouvent la nourriture qui leur convient en grattant la terre. Eh bien, les poussins, comme Га observé Thomson, lorsqu'ils sortent de l'œuf sur un tapis, ne font pas ce mouvement, mais il suffit qu'on leur jette un peu de sable sous les pattes, pour qu'ils se mettent à le gratter. Le mécanisme de ce mouvement est évidemment inné, mais il ne se produit qu'en réponse à certaines impressions cutanées ou visuelles.

Il en est de même pour l'absorption de la nourriture. Un poussin qui sort de l'œuf pique immédiatement les grains qui se trouvent à sa portée, mais ne mange que ceux qui lui conviennent comme nourriture.

Les putois et les buses élevés en captivité distinguent, dès la première rencontre, les serpents venimeux de ceux qui ne le sont pas. Ils se gardent bien des premiers et cherchent tout d'abord à leur écraser la tôte. L'instinct de nutrition se trouve inhibé par une impression externe, mais le problème se complique ici par l'intervention d'un autre instinct, de l'instinct de conservation que nous examinerons plus loin.

Enfin, chez les mammifères nouveau-nés, la recherche du sein est certainement dirigée par des excitations externes. Preyer l'attribue principalement à l'odorat. Une certaine part doit revenir ici au toucher et, chez ceux qui ne naissent pas aveugles, aussi à la vue. Si on approche du museau de l'animal un doigt mouillé, il se met immédiatement à le sucer, ce qui prouve que le mécanisme de la nutrition est inné chez lui. On sait d'autre part que les nouveau-nés, lorsqu'ils ont l'estomac creux, se mettent facilement à sucer un biberon vide. 11 est évident que la mise en train de ce mécanisme résulte d'impulsions organiques produites par l'irritation du canal gastrique et des intestins, mais la direction des mouvements est déterminée par l'excitation des lèvres, comme aussi par la vue et l'odeur du sein.

L'instinct sexuel. — L'instinct de reproduction résulte aussi d'un besoin organique déterminé par le gonflement des glandes spermatiques ou des ovaires, et d'impulsions externes, visuelles, tactiles, olfactives, auditives et autres qui dirigent l'individu, normalement, vers le sexe opposé. Quelques auteurs ont émis l'avis que cette dernière tendance est également innée. Telle est, par exemple, l'opinion de Moll1. En ce qui concerne le mécanisme du mouvement, ceci paraît incontestable. On en voit la preuve dans le fait que déjeunes animaux, qui n'ont jamais assisté à un acte de coït, sautent les uns sur les autres et font des mouvements qui le rappellent de très près. Il est vrai que cela arrive aussi bien aux mâles qu'aux femelles, mais on aurait tort de s'en étonner, car jusqu'à un certain âge les deux sexes restent peu différenciés.

4. A. Moll. Untersuch. ilb. die Libido sexualis. Berlin. 1897.

D'après Moll, les chevaux et aussi les singes, lorsqu'ils •deviennent plus grands, font des mouvements imitatifs parfaitement adaptés à leur sexe. C'est ce qui l'induit à dire que, dans le règne animal, le complexus moteur du coït est plus profondément imprégné par l'atavisme que chez l'homme1.

Delage cite à l'appui de celte thèse l'exemple des pigeons qui s'accouplent et s'occupent ensuite de leur progéniture, sans n'avoir eu aucun exemple sous les yeux2. Enfin, ce qui semble prouver le plus l'automatisme de l'instinctsexuel, c'est la périodicité de ce phénomène chez les animaux. Chez les animaux sauvages qui vivent en liberté, les périodes de fécondation se trouvent fixées à certaines saisons de l'année, de manière à ce que la nouvelle portée trouve ensuite les moyens de se nourrir.

Nous croyons, quant à nous, que d'héréditaire il n'y a dans l'acte sexuel que V impulsion générale à se libérer du produit des sécrétions glandulaires ; celle-ci comprend naturellement les coordinations motrices nécessaires pour cet acte, autrement dit le mécanisme neuro-psychique de ce dernier ; quant à la mise en train de celui-ci, elle doit relever des facteurs externes : d'excitations venant du sexe opposé.

Ces derniers indiquent la voie normale de la décharge, autrement dit, le but physiologique de l'instinct sexuel. Dans le régne animal elles sont surtout de nature olfactive, mais, à côté, il peut y en avoir d'autres, y compris l'exemple que donnent les adultes. L'action des facteurs climatériques ne peut évidemment se manifester que lorsque l'organisme même est déjà préparé pour l'éclosion de l'instinct sexuel. Gela coïncide d'habitude avec l'éveil printanier de la nature qui stimule l'essor de tout l'organisme et, en même temps, des fonctions sexuelles.

1. Moll distingue, dans l'instinct sexuel, deux parties séparées : le besoin de détumescence et le désir de rapprochement. Chez les animaux supérieurs ces deux processus se produisent en même temps, mais au point de vue de la phylogénèse il considère le second comme étant bien postérieur au premier. Le besoin de détumescence peut être satisfait même sans le concours d'un autre individu, comme on l'observe dans les cas de parthénogénèse et dans la reproduction par scissiparité.

2. S. Delage. La structure du protoplasma et les théories sur V hérédité. Paris, 1895.

Après la fécondation l'instinct sexuel s'éteint chez les femelles pour tout le temps de la grossesse, et, comme les mâles ne trouvent plus l'excitation nécessaire dans les substances odorantes qu'elles sécrètent, les rapports sexuels se trouvent supprimés jusqu'à la réapparition de celles-ci.

Il est vrai que l'attraction exercée par l'autre sexe n'est pas le seul excitant possible. Dans certaines conditions cet effet peut être produit par des individus du même sexe, et l'homosexualité, tout en étant un signe assez fréquent de dégénérescence, ne doit pas être considérée comme un phénomène exclusivement héréditaire. Elle relève aussi, dans une large mesure, des impressions emmagasinées dès le premier âge. Le mécanisme neuro-psychique de l'acte sexuel commence à se développer bien avant que celui-ci puisse être exécuté ou, du moins, atteindre son but physiologique. Nous avons déjà dit que les jeunes animaux sautent les uns sur les autres sans distinction de sexe. Chez les animaux supérieurs, surtout chez les primates et, en particulier, chez l'homme, cette tendance se manifeste même dans l'isolement, sous forme d'onanisme. Le réflexe s'établit en réponse à un besoin organique et si, normalement, il s'attache aux excitations produites parle sexe opposé, dans certaines conditions il peut s'attacher à l'action du même sexe et même fonctionner sur une impulsion personnelle.

En ce qui concerne la base organique de cet instinct, elle est prouvée par le fait qu'avec l'ablation des glandes séminales, le désir sexuel s'abolit totalement. Si l'opération est faite à un très bas âge, l'instinct ne se développe pas du tout ; si elle est faite plus tard, il s'éteint peu à peu. On le voit aussi du fait que cet instinct évolue avec le développement des organes génitaux et baisse avec le vieillissement de ceux-ci.

D'après Moll, l'agglomération du sperme dans les vésicules séminales s'accompagne d'un état d'excitation qui pousse à l'évacuation de celle-ci, c'est-à-dire au processus d'éjaculation. Pfluger laisse la question ouverte si l'excitation résulte du sentiment môme de plénitude, ou de l'entrée des fils séminaux dans les canaux spermatiques. Hyrtl la tranche dans le premier sens, ajoutant que si l'instinct sexuel se conserve chez

certains eunuques, cela ne peut s'expliquer que par un phénomène analogue, notamment par le fait que les vésicules séminales sécrètent un autre liquide qui irrite les parois intérieures et provoque l'évacuation.

Les expériences de Tarkhanoff parlent aussi en faveur de cette hypothèse. Il a constaté notamment que chez une grenouille mâle on peut enlever le cœur, les poumons et même les glandes séminales sans arrêter l'acte sexuel qui est, comme on sait, très long, tandis qu'il suffit d'enlever les vésicules ou d'y faire une simple incision pour que celui-ci s'interrompe immédiatement. D'autre part en remplissant les vésicules d'un liquide quelconque, par exemple de lait, on déterminait un éveil de l'instinct sexuel.

11 est bien entendu que les vésicules ne présentent que le point de départ du réflexe, l'action première revenant ici aux glandes séminales.

La castration, lorsqu'elle est complète, entraîne non seulement la perte de l'instinct sexuel, mais aussi des signes secondaires du sexe. Chez les femmes, elle supprime la menstruation et lorsqu'elle est faite en bas âge, arrête le développement des glandes mammaires et du bassin. On note aussi l'apparition des cheveux au menton avec insuffisance de graisse et de poils au pubis. L'homme prend alors l'aspect caractéristique des eunuques. Il reste quelquefois capable d'avoir des érections et même d'éjaculer, mais cela se fait alors aux dépens du liquide prostatique.

Chez les animaux la castration a le même effet. Un chapon cesse de chanter et devient même capable de couver les œufs. Les expériences bien curieuses de Lade ont montré d'autre part que si on leur introduit des spermatozoïdes dans la région ventrale, les caractères secondaires du sexe se conservent parfaitement1. Ceci semble prouver que le principal rôle appartient ici aux substances chimiques élaborées par les glandes séminales.

Nous avons déjà dit que la direction de l'instinct sexuel i. A. Lade. Zur Transp. d. Hoden beiHâhnen. Wien. Klin. Woch., 1907.

revient aux organes sensoriels et que, chez les animaux, elle se fait surtout à l'aide de l'odorat. D'après Fr. Millier, chez les papillons cela va jusqu'à un degré extraordinaire. Quelquefois ils découvrent ainsi les femelles entièrement cachées dans l'herbe. A une distance de 20 à 30 pas le mâle change soudainement la direction de son vol, se précipitant vers un endroit caché sous quelques feuilles l. Si on enferme une femelle dans un carton, les mâles ne cesseront pas de voltiger autour, tout en n'ayant aucune possibilité de l'apercevoir.

Chez les mammifères l'action de l'odorat sur l'instinct sexuel est également incontestable . Quelques-uns, comme par exemple le castor et le musc, sécrètent des substances odorantes qui servent à attirer les femelles.

A côté de cela un rôle très important doit être reconnu aux impressions visuelles. On saitque certains insectes, par exemple les vers luisants, se servent de leur lumière pour attirer les femelles. Chez les poissons la vue joue aussi un rôle prépondérant. Le mâle reconnaît la femelle à des signes tout à fait imperceptibles. Les oiseaux et les mammifères reconnaissent aussi le sexe à des signes extérieurs.

Enfin, pour certaines espèces, c'est l'ouïe qui prend le dessus. On connaît la musique des grillons et des sauterelles qui a également un but sexuel. On attribue en ce sens un encore plus grand rôle au chant des oiseaux, mais ce dernier présente plutôt un phénomène d'auto-érotisme comme on le verra plus loin dans le chapitre consacré à la mimique.

Si on nous demande maintenant ce qui dirige l'instinct sexuel chez l'homme, nous répondrons avec Moll que c'est une des questions les plus difficiles à résoudre à cause du développement que prennent chez lui les phénomènes sensoriels. Chez lui chaque organe peut subir des excitations très variées. La vue peut être frappée non seulement par les traits du visage, mais aussi par la forme de la poitrine, du bassin, etc. L'odorat peut saisir les parfums, l'arôme spécial de la chevelure, l'odeur naturelle du corps, et ainsi de suite.

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