Hudson. Le naturaliste à la Plata, Trad. russe
nous le savons pertinemment, caries oiseaux s'envolent même lorsqu'ils sont isolés et sans connaître l'endroit où ils se dirigent. C'est bien une impulsion héréditaire qui se produit en réponse à des excitations atmosphériques. « Le caractère automatique de celle-ci, disent A. et K. Muller, ressort nettement de l'inquiétude que manifeste l'oiseau dans sa cage, la nuit où ses frères et sœurs entreprennent leur migration annuelle. Il ne peut plus contenir l'impulsion qu'il subit. A tout instant il étend les ailes, mais au lieu de rencontrer les vagues caressantes de l'air, il se heurte aux barreaux de la cage. Il retombe, s'élance de nouveau, et se bat ainsi très longtemps, en proie à une impulsion absurde, mais irrésistible *.
Les auteurs qui se sont occupés de l'instinct migrateur des oiseaux, ont quelquefois admis l'existence de souvenirs inconscients transmis par l'hérédité. Gela voudrait dire que les . oiseaux ont hérité, de leurs ancêtres, de la notion d'un autre pays, d'un climat plus doux ou d'une nourriture plus abondante. Mais objectivement rien ne justifie ces assertions et nous les écartons comme n'ayant aucune valeur scientifique. Nos affirmations personnelles vontbeaucoup moins loin. Nous nous bornons à affirmer l'existence d'une impulsion générale qui s'éveille sous l'action des facteurs atmosphériques. Gomme ces derniers menacent l'existence même des oiseaux, nous y voyons une forme de l'instinct de conservation.
Il est bien entendu qu'avec l'âge cette impulsion se précise et que chez les vieux l'instinct migrateur est fortement secondé par l'expérience personnelle.
On pourrait citer d'autres formes que prend l'instinct de conservation, par exemple les soins des écureuils en vue du sommeil hivernal ou le travail des chenilles pour se préparer un cocon, mais celanous entraînerait trop loin. Nous aimons mieux citer une observation qui se rapporte à l'établissement de cet instinct et prouve, on ne peut mieux, l'origine héréditaire de celui-ci. Hudson raconte que chez les brebis sauvages des pampas on remarque, dès les premiers jours de leur vie, «une
1. A. u. K. Millier. Gefangenleben der einheimischen Singvôgel.
tendance instinctive à suivre les êtres qui s'éloignent et à fuir devant ceux qui approchent ». Si la mère tourne subitement à quelques pas devant l'agneau et commence à s'en approcher, celui-ci s'enfuit éperdument, tandis qu'il suivra naïvement un chien, un cheval ou tout être qui voudra s'en éloigner. A ce qu'il paraît, dans les pampas il arrive quelquefois qu'un agneau subitement éveillé s'élance éperdument à la suite d'un cavalier. Cet instinct ne commence à s'abolir que lorsque les agneaux arrivent à reconnaître la voix de leur mère et à se guider par celle-ci.
Telle est aussi la nature des autres mouvements qui forment l'instinct de conservation. S'ils varient avec le temps, s'ils peuvent se perfectionner ou s'affiner, ils n'en sont pas moins une propriété de l'espèce, qui se manifeste sans le concours de l'expérience individuelle.
L'instinct social. — L'instinct social est trop bien connu pour qu'il soit nécessaire de le décrire en détail. On sait que non seulement les hommes, mais aussi les animaux les plus variés et même certains insectes vivent en société. La vie sociale des fourmis et des abeilles a fréquemment soulevé l'admiration des observateurs. Quant au mécanisme de ces phénomènes, pour le décrire il faudrait tout un volume, car chaque espèce possède des réactions à elle, diversement adaptées aux besoins de son existence. Nous nous bornerons, par suite, à indiquer le facteur commun qui fait de tous ces mouvements un seul et même instinct. On a dit quelquefois que l'origine de la vie sociale se trouve dans la famille. La cause commune qui pousse les animaux à se tenir ensemble et à s'entr'aider dans l'existence serait dans l'habitude qu'ils prennentsur l'exemple des parents. Mais ce facteur est loin d'être aussi général qu'on pourrait le croire. Il y a des animaux qui abandonnent leurs petits dès l'apparition au monde et même avant, ce qui n'empêche pas ces derniers de vivre ensuite en groupes.
La famille a joué un grand rôle dans le développement de la vie sociale, mais nous ne croyons pas possible d'y voir l'origine de celle-ci.
Dans le monde animal les instincts sociaux sont bien antérieurs à la famille et nous les rattachons, pour notre compte, à une nécessité biologique, à un besoin de l'espèce dans la lutte pour l'existence. Les individus groupés se défendent mieux contre les dangers extérieurs et tirent un avantage considérable de l'aide qu'ils peuvent se prêter les uns aux autres. La tendance à vivre en groupes est donc, en fin de compte, un produit de la sélection naturelle. Bien entendu, ce n'est de nouveau qu'une impulsion tout à fait générale dont la direction varie à l'infini selon les conditions du milieu et l'expérience personnelle«des individus. Les manifestations de l'instinct social sont, plus que toutes autres, susceptibles de variations personnelles et, somme toute, la vie sociale, telle qu'on la trouve aujourd'hui chez les peuples civilisés, est déjà très loin d'un caractère instinctif.
Pour en finir avec le mécanisme des instincts, rappelons encore une fois que ces derniers peuvent subir l'effet de l'expérience individuelle, mais qu'ils n'en relèvent pas à l'origine et se trouvent même parfois en contradiction avec celîe-ci. Nous avons déjà dit que les instincts peuvent être trompeurs et même pernicieux. C'est ce qui arrive lorsque les poissons saisissent l'amorce présentée sous forme de fretin ou d'insectes. Les erreurs sont possibles même pour l'instinct maternel. Ainsi, par exemple, il arrive quelquefois qu'une araignée ayant achevé la partie du cocon destinée à recueillir les œufs, pour une raison d'ordre pathologique, ne parvient pas à les pondre. On la voit alors rester dans une pose caractéristique le temps normal de la ponte, puis fermer le cocon et l'entourer de soins minutieux comme si les œufs étaient dedans1. Les abeilles peuvent avoir des erreurs analogues comme l'attestent Berlepseh2, et d'autres observateurs. Les poules et les cannes se mettent quelquefois à couver des pierres qui ont une forme ovoïde.
D'autre part, l'expérience personnelle peut altérer jusqu'à
1. W. Wagner. Base biologique d'une psychologie comparée (en russe), p. 386.