‹ La psychologie objective;Chapitre 60 sur 145 · Baron v. Berlepsch. Die Biene und ihreZucht · texte numérisé non relu

Baron v. Berlepsch. Die Biene und ihreZucht

l'instinct sexuel qui semble le plus profondément ancré de tous. On sait que les oiseaux s'accouplent volontiers même lorsqu'ils sont enfermés dans une cage, mais qu'il faut pour cela les choisir de la même espèce. Eh bien, on a réussi par un rapprochement prolongé à faire accoupler les canards avec les femelles d'une espèce voisine. La même observation a été faite sur les mammifères. Enfin, chez les hommes, les races très éloignées n'ont d'habitude pas d'attraction les unes pour les autres, mais à la suite d'une cohabitation prolongée finissent par former des unions mixtes. On sait aussi que l'habitude entraîne parfois des inversions de l'instinct sexuel d'une ténacité extraordinaire (onanisme, homosexualité, etc.).

Distinction de l'instinct des phénomènes similaires. — De ce qui précède on conclura avant tout que l'instinct est assez éloigné des simples réflexes. Il comprend une impulsion héréditaire qui ne se produit que lorsqu'elle est dès l'abord inhérente à l'organisme. De ce côté-là l'instinct est bien plus près des phénomènes qu'on désigne sous le nom d'automatismes que des réflexes dans le sens propre du mot. Mais d'autre part cette impulsion ne se produit pas d'une manière purement interne comme dans les actes personnels. Pour la déterminer il faut une excitation périphérique venant du monde extérieur.

En résumé, l'instinct présente un phénomène intermédiaire entre l'activité simplement réflexe et l'activité qui résulte des processus de reproduction et d'association dans les centres cérébraux.

Le schéma que nous venons d'établir nous permet de trancher une question très discutée par les naturalistes, à savoir la différence des actes instinctifs et conscients. Cuvier, Darwin, Wallace et d'autres savants ont prétendu que les premiers sont tout à fait mécaniques, tandis que les seconds relèvent de l'expérience personnelle de l'individu. De notre point de vue cette formule n'est pas tout à fait exacte. Nous avons vu que l'instinct ne comprend comme mécanisme héréditaire qu'une impulsion tout à fait générale. Quant aux détails de celle-ci, ils

ne sont nullement prédéterminés et l'exécution de l'acte se rapproche bien plus des réactions personnelles que des simples réflexes.

Un problème qui reste bien plus obscur est celui de l'origine des instincts. Nous l'avons déjà soulevé au cours de notre exposé et voudrions maintenant y revenir un peu plus en détail. Quelques auteurs s'en tiennent au schéma d'une complication progressive des réflexes, d'autres voient, à l'origine des instincts, un acte plus ou moins conscient. Prenons, à titre d'exemple, l'instinct migrateur des oiseaux. Pour l'expliquer du point de vue darwinien, dit Moll, on admet qu'à une époque très reculée certaines espèces ont été forcées de quitter leurs nids par la rigueur du climat et le manque de nourriture. Ce phénomène se répétant de génération en génération, aurait fait naître chez les descendants une impulsion déjà toute spontanée. La direction de leur vol aurait été fixée par le fait que les oiseaux partis vers l'Est ou l'Ouest auraient péri sans laisser de descendance.

Cette explication repose, comme on le voit, sur le principe de la sélection naturelle et sur l'hérédité des caractères acquis. Les néo-darwiniens n'ayant pas admis le second de ces principes et limitant la transmission héréditaire aux caractères innés, la formation de l'instinct est revenue à la sélection naturelle, et comme celle-ci semblait insuffisante à cet égard, on a émis l'hypothèse d'un acte originairement conscient. D'après Wundt on peut très bien admettre qu'au début les oiseaux s'envolaient d'étape en étape, guidés par la recherche de la nourri* ture et que chez leurs descendants cette tendance s'est consolidée au point de prendre un caractère automatique.

Malheureusement cette formule ne s'adapte pas du tout à l'instinct sexuel. Ce dernier ne prend un caractère conscient qu'au terme de la phylogénèse, chez l'individu humain, tandis qu'aux degrés inférieurs il a un sens beaucoup plus limité. Dans le règne animal il se réduit au besoin d'évacuation. Chez les poissons l'acte sexuel n'atteint pas même l'accouplement. Le mâle suit simplement la femelle et se contente de répandre la semence à l'endroit où elle a jeté le fret. Tout fait penser que la

vue de celui-ci et peut-être aussi une odeur spécifique, suffisent pour déterminer chez lui l'acte d'évacuation. La vue d'une femelle gonflée de fret doit servir à éveiller l'impulsion qui s'accentue ensuite jusqu'à l'évacuation. Chez les lamproies on trouve un semblant de coït, car le mâle maintient solidement la femelle pendant qu'ils sécrètent les produits de la germination. Chez les batraciens le rapprochement devient encore plus intime et ainsi de suite, jusqu'au mélange complet des deux êtres.

De notre point de vue, la difficulté, sans être résolue, semble du moins considérablement aplanie. Nous ne pouvons pas encore préciser à quel moment de la phylogénèse se forme l'impulsion générale sans but déterminé, ni à quel autre survient l'action directrice de l'expérience, mais ce schéma permet d'écarter la question purement subjective de la conscience.

Localisation des instincts dans le système nerveux. — En ce qui concerne la localisation des instincts, les expériences ont montré que le fonctionnement en est assuré par des mécanismes sous-corticaux, mais la mise en train ne se fait qu'avec le concours de l'écorce cérébrale. Ainsi, par exemple, un animal privé d'hémisphères cérébraux peut encore manger et digérer, si on le nourrit artificiellement, mais ne fera aucun mouvement pour se nourrir lui-même. Chez les femelles décérébrées, la parturition et les phénomènes consécutifs s'accomplissent normalement, y compris le gonflement des mamelles, mais l'instinct maternel ne se manifeste plus. Dans les expériences de Goltz, après l'ablation des hémisphères cérébraux le chien devenait tout à fait indifférent aux chiennes.

De là on aurait tort cependant de conclure avec Kraft-Ebbing qu'il existe dans l'écorce cérébrale un centre de l'instinct sexuel. Il existe en effet un centre spécial des réflexes sexuels *, mais la mise en train de l'instinct sexuel se fait à l'aide d'impulsions externes qui passent par d'autres centres et se compliquent par de nombreuses associations.

1. Ce dernier a été découvert par nous-même chez les chiens. Voir Bechterew. Les fonctions du cerveau, Livre VI.

Ce qui a été dit de l'instinct de nutrition et de l'instinct sexuel, se rapporte aussi aux autres instincts dont la manifestation dépend des centres cérébraux.

Rappelons, pour terminer, laplace des instincts dans la phylogénèse des espèces et dans l'ontogénèse de l'individu. En ce qui concerne la première, on peut dire que tous ne sont pas d'origine également ancienne. L'instinct de nutrition semble être le plus ancien en date, étant commun même aux espèces dépourvues de système nerveux. L'instinct sexuel n'apparaît que beaucoup plus tard. D'après Volkmann, aux êtres dépourvus de cerveau il fait encore complètement défaut. Les premiers rudiments d'une attraction sexuelle ne se manifestent qu'avec la formation du système ganglionnaire. Chez les invertébrés supérieurs elle s'exprime déjà nettement, mais se développe surtout avec la différenciation des organes sexuels.

La même chose se répète à peu près dans l'ontogénèse de chaque organisme. L'instinct de nutrition se manifeste dès l'apparition de l'enfant au monde, l'instinct sexuel se forme avec le développement des organes génitaux et l'instinct maternel ne commence à parler qu'avec la maturité sexuelle de l'individu.

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