Aschaffenburg. Exper. Stud. tib. Assoc. Psych. Arb., I
tion mentale »), tandis que le tonus négatif a un effet contraire.
Nous avons déjà parlé des expériences de Scripture sur le mécanisme des associations médiates. Là dessus il existe de nombreuses études : deHowe1, W. Smith2, Konorow3 et autres. Les résultats n'en sont pas tout à fait concordants, mais cela ne peut être dû qu'aux variations de la concentration nerveuse des sujets. Selon que celle-ci est dirigée sur le sens des mots ou sur leur forme, les résultats peuvent être tout autres. Le fait même d'une association médiate est hors de doute et se confirme par l'expérience journalière de chacun.
Dans le domaine de la pensée, à côté des phénomènes d'association, une grande place revient au processus de la création mentale. Celui-ci repose également sur la reviviscence des traces cérébrales. On a vu que la reproduction des réflexes est influencée parla reviviscence des traces -cérébrales même lorsqu'il s'agit de syllabes dépourvues de sens (exp. d'Ebbinghaus). D'une série de syllabes on reproduit le plus facilement celles qui ont un rapport quelconque, par exemple, d'assonance ou d'allitération. Ici la connexion est simplement externe, mais pour les mots entiers elle peut être aussi interne, c'est-à-dire de nature logique, et dans ce cas-là on se trouve en présence d'une création mentale.
Du point de vue de la psychologie objective V imagination est un produit de V activité créatrice des centres cérébraux. Elle se manifeste tantôt sous une forme continue, comme enchaînement d'associations, tantôt sous une forme discontinue, comme passage à une association éloignée avec omission des chaînons intermédiaires.
Association des réflexes dans les jugements. — La formation des jugements peut être illustrée par le fameux syllogisme : Caïus est mortel, les hommes sont mortels, donc Caïus est un homme. Les chaînons intermédiaires : « est mortel » et « sont
1. Howe. Assoe. med. Amer, journ. of psych., VI, n° 2, 1S94. Année psych., 1894.
2. W. Smith. Zur Frage v. d. mittelb. Ass. Thèse. Leipzig, 1894.
3. Communie, à la Société de Psych. russe. St-Pétersbourg, І906.
mortels » peuvent être omis ou, comme il s'agit de réflexes, peuvent rester inhibés, et, alors, la réaction prendra le caractère d'un jugement: Caïus est un homme.
C'est ce qui se produit aussi dans les diverses formes du calcul mathématique.
Le jugement est donc une lorme d'association que nous appellerions volontiers « dirigée ». La psychologie subjective nous a habitués à le séparer des processus purement associatifs sous prétexte qu'il a un caractère spontané, créateur. Cela n'empêche pas que le mécanisme cérébral soit ici essentiellement le même. Voici un exemple qui nous permettra de l'exposer plus clairement. Admettons qu'un homme, entrant dans une forêt, est frappé par des sons insolites. Ces derniers provoquent chez lui un mouvement de concentration et, peut-être même, une réaction imitative ; puis, marchant à l'encontre de l'énigme, il reconnaît un oiseau et le nomme instinctivement. Ici l'impulsion auditive se transmet aux centres de la marche et, laissant partout des traces cérébrales, s'associe à une impulsion visuelle qui, par suite d'une expérience antérieure, était déjà associée à une réaction verbo-motrice. Une autre fois, lorsqu'il entendra les mêmes sons, l'impulsion se transmettra du coup aux centres de la parole, laissant inhibés aussi bien la réaction imitative que la réaction motrice.
Voici un autre exemple. Chaque fois qu'on voit un lièvre, on est frappé par la manière si particulière dont il se déplace. Il se forme une association entre le mot lièvre et l'action de sauter. Comme résultat de cette expérience, lorsqu'on voit dans le champ quelque chose qui saute, on dit : c'est « un lièvre ».
On voit que le jugement se réduit à un processus associatif, seulement que l'association n'est pas livrée au hasard, mais dirigée par l'expérience personnelle de l'individu.
Association des réflexes dans la comparaison, l'analyse et la synthèse. — Chaque association de ce genre peut, à son tour, s'attacher à une autre et former un enchaînement de réactions dirigées par l'expérienee personnelle de l'individu. La
comparaison, la synthèse et V analyse qui forment la base même de notre vie mentale, ne sont pas autre chose que des processus de ce genre. Prenons, à titre d'exemple, la comparaison de deux objets entre eux. Dans ce cas-là la concentration nerveuse se fixe tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre, et, s'ils diffèrent en quelque chose, l'impulsion différentielle se transmet par une voie préétablie à la réaction verbale correspondante.
Si les objets se ressemblent beaucoup ou, au contraire^ s'ils sont tout à fait dissemblables, la concentration visuelle passe d'un détail à l'autre et la réaction verbale tarde à se produire. On dit alors que le jugement nécessite une longue réflexion.
Lorsqu'il s'agit non pas de deux objets, mais de deux souvenirs, le processus de comparaison est le même avec cette différence seulement, que la concentration reste interne.
La comparaison peut se faire, enfin, entre une impression nouvelle et les traces laissées par les impressions antérieures. Admettons, par exemple, que l'expérience de l'homme comprend le souvenir d'une brebis et de son bêlement. Le voilà qui entend, tout d'un coup, un bêlement, sans voir l'animal qui le pousse. L'impression nouvelle entraîne une reviviscence des traces antérieures et, selon le degré de rapprochement, aboutit à une réaction verbale positive ou négative.
Il est clair que le jugement dépend tout à fait de l'exactitude des associations cérébrales qui forment l'expérience antérieure de l'individu. Si la première association n'est pas tout à fait fondée, le jugement pourra porter à faux. Admettons, par exemple, que le bêlement ne se rapporte pas aux seules brebis, mais encore à d'autres animaux. Le jugement fondé sur l'impression auditive pourra se montrer tout à fait faux.
Selon la direction que donne à cet enchaînement l'expérience antérieure de l'individu, on peut distinguer la pensée scientifique, esthétique, pratique, etc., mais toutes se réduisent, en fin de compte, aux processus fondamentaux de synthèse et d'analyse. Maintenant, si l'activité du cerveau ne se limite pas aux associations déjà établies, mais comprend des enchaînements nouveaux, nous nous trouvons en présence d'une pensée créatrice qu'on désigne sous le nom d'imagina-
tion. Ici l'association devient de nouveau libre, n'étant arrêtée que par les limites du sujet choisi.
En ce qui concerne l'étude expérimentale des associations dirigées par l'expérience personnelle de l'individu, rappelons avant tout les recherches de Trautschold1. Celui-ci s'était proposé d'étudier une catégorie spéciale de ces phénomènes, les jugements de coordination, au point de vue de leur vitesse. Dans ce but il présentait au sujet le mot inducteur et demandait de répondre le plus vite possible par un mot coordonné. On donnait par exemple : « lézard » et recevait en réponse « animal ». Le temps moyen de ces associations a été trouvé égal à 11,48 sec.
K.Marbe comprend, sous le nom de jugements, les processus associatifs qu'on peut qualifier de « justes » ou de « faux »2. Avec cela il distingue : 1. les jugements sous forme de phrases. 2. les jugements sous forme de mots isolés. 3. les jugements sous forme de gestes. 4. les jugements sous forme d'une reviviscence des traces cérébrales (autrement dit, d'images mentales). L'étude même consistait comme toujours en présentations plus ou moins complexes, auxquelles le sujet devait répondre. Pour étudier les jugements sous forme de phrases on présentait des problèmes arithmétiques, des phrases latines avec traduction, juste ou fausse, en regard, des récits d'événements historiques, des dictons et, enfin, de simples questions, par exemple, combien de degrés il y a au thermomètre. Pour étudier les jugements sous forme de simples mots, on donnait des problèmes très simples, en demandant une solution orale, ou bien on montrait un objet qu'il fallait désigner par son nom. Pour étudier les mouvements sous forme de gestes, on posait des questions auxquelles le sujet pouvait répondre par un geste. Enfin, pour étudier les jugements sous forme d'une reviviscence des traces cérébrales on lui demandait de reconnaître une note du diapason ou d'apprécier, par la vue seule, lequel des trois poids posés devant 4lui était le plus lourd. Outre
1. Trautschold. Exp. Unters. liber die Ass. d. Vorstellungen. Phil. Stud., Bd I, 1883.