K. Marbe. Exp. Unters. iiber das Urtheil. Leipzig
bechterew. 18
cela on a fait des expériences avec un autre sujet en lui demandant d'apprécier la justesse des jugements en question.
En résumé, l'auteur conclut que le jugement se réduit à la reviviscence plus ou moins directe des traces cérébrales et que la justesse de ce processus dépend du fait à quel point l'association est basée sur l'expérience antérieure de l'individu.
La banalité de cette conclusion doit être attribuée à ce que l'auteur s'intéressait surtout au côté subjectif des expériences.
Lorsqu'on parle des jugements, il faut se rappeler encore, comme le dit fort justement K. Gross, que souvent ce ne sont que des associations stéréotypes ou apprises par l'individu. Pour provoquer de vrais jugements il prononçait une phrase et demandait de dire quelque chose à ce sujet. Les réponses qu'il obtenait ainsi se trouvaient d'habitude dans un rapport causal avec la phrase inductrice, qui les distinguait nettement des simples associations1.
Dans notre laboratoire MMmes Pawlowskaïa et Eleonskaïa ont étudié les jugements sous forme d'une qualification des objets désignés par les mots inducteurs. Elles demandaient « ce que présente » tel objet ou tel autre, exigeant des sujets de dire ce qui leur viendrait immédiatement dans la tête. Les expériences ont été faites sur 18 étudiantes de l'Institut Médical âgées de 22 à 25 ans et sur deux médecins âgés de 28 à 29 ans.
Chaque séance durait de 30 à 35 minutes, comprenant de 20 à 25 épreuves. Les mots inducteurs étaient de trois catégories : 1° concrets (par exemple : la lune, le chien, la table); 2° génériques (par exemple: un édifice, un homme, une plante) ; 3° abstraits (la science, la marche, la rougeur).
En tout on a posé 1.826 questions et enregistré 1.411 réponses. Le temps qui les séparait était mesuré à l'aide du chronoscope de Hipp.
L'analyse des résultats a montré qu'au début les réponses étaient marquées d'un temps d'hésitation qui se terminait avec
1. K. Gross. Exper. Beitrage z. Psych. d. Erkennt. 7<eitsch. f. Psych. u. Phye. d. Sinnesorg, 1904, XXVI.
la première association. On relevait également l'influence des types individuels.
Enfin, quant à la vitesse du processus, elle était en moyenne de deux secondes, mais variait naturellement en rapport avec les conditions individuelles, avec le contenu des réponses et l'habitude des sujets.
Dans un autre travail le Dr Pawlowskaïa a exposé les recherches sur la comparaison de deux objets désignés par des symboles verbaux A, c'est-à-dire, sur l'énoncé d'un jugement comparatif.
Les expériences ont été faites sur 5 étudiantes de l'Institut Médical, âgées de 25 à 31 ans. Chaque série durait de 30 à 40 minutes. Le temps était mesuré à l'aide d'un chronoscope de Hipp muni de deux interrupteurs dont l'un était dans les mains du sujet et l'autre, dans celles de l'expérimentateur. Ce dernier ouvrait le courant en prononçant deux mots qui devaient servir de thème de comparaison : soit tous les deux de la même catégorie, par exemple, « table » et «chaise », « grenouille » et « chien », soit un mot concret et un mot générique comme « chien » et « animal », soit deux mots abstraits, comme « haine » et « envie », soit deux mots qui semblaient être de nature opposée, comme « bruit » et « chant », soit, enfin, deux mots dont le rapprochement semblait absurde, comme « loup » et « lune », « vache » et « mathématiques ». Sitôt que le sujet avait trouvé le premier point de comparaison, il fermait le courant et arrêtait le mouvement d'horlogerie qui avait été mis en marche par l'expérimentateur.
On cherchait à saisir ici le type individuel de chaque sujet, en tenant compte, autant que possible, de tous les facteurs accidentels, tels que le tonus neuro-psychique, la fatigue, etc., etc. Outre cela des expériences spéciales ont été faites pour faire ressortir l'action de la fatigue sur la vitesse et la sûreté des comparaisons.
En ce qui concerne la vitesse, on a trouvé que la moyenne variait, selon la difficulté du problème, entre 1,5 et 2,5 secon-
i. Pawlowskaïa. Recherches expér. sur l'idéation. Wesln. Psych., II, 1 et 2.
des. Sous l'effet de l'habitude elle diminuait, comme aussi sous l'action de la fatigue qui rendait la comparaison plus superficielle.
D'après le témoignage des sujets, le cours des réactions peut être divisé en étapes suivantes : 1° état de tension générale avec effort pour en sortir ; !2° formation de traces cérébrales provenant de la perception des mots inducteurs ; 3° apparition des premiers traits de comparaison (points d'appui) ; 4° apparition des autres traits de similitude ou de dissemblance, survenant d'une manière plus ou moins passive.
Au point de vue de la difficulté les problèmes se divisaient en deux groupes : 1° comparaison d'objets peu connus ou rapprochés d'une manière insolite et 2° comparaison d'objets connus, rapprochés d'une manière habituelle.
Association des réflexes dans le syllogisme. — Passons maintenant à l'étude d'une réaction un peu plus complexe désignée communément sous le nom de syllogisme. On sait que ce terme comprend la formation d'un jugement basé sur deux propositions, par exemple : « Les hommes méchants sont durs » — « Jean n'est pas dur » (réponse : « Donc, Jean n'est pas méchant »), ou bien : « Les hommes n'aiment pas qu'on se moque d'eux » — « Jean est un homme » (réponse : « Donc Jean n'aime pas qu'on se moque de lui »). Les recherches là-dessus ont été faites par le Dr Pawlowskaïa, d'après une méthode proposée par nous-mêmes1.
Elle consistait à présenter, l'un après l'autre, dix syllogismes, en notant chaque fois la conclusion du sujet, puis, après un intervalle de trois à quatre minutes, de redonner une nouvelle dizaine. Les expériences ont été faites sur des sujets âgés de 30 à 40 ans, avec une instruction moyenne ou supérieure. Ils étaient priés de conclure ce qui s'imposait, sans entrer dans l'examen du bien fondé des propositions.
Les principaux résultats peuvent être formulés de la manière suivante :
i. Dr Pawlowskaïa. Elude exp. des syllogismes. St-Pétersbourg, 1909.
1° On a vu que, dans la plupart des cas, la condition principale n'était pas observée. Les sujets ne pouvaient s'empêcher de reconnaître le bien ou le mal fondé des propositions. Ceux qui avaient reçu une instruction supérieure, se gardaient pourtant d'introduire la critique dans leurs réponses ; quant aux autres, ils le faisaient couramment, ce !qui retentissait aussi bien sur la vitesse que sur la forme des réponses.
2° Lorsque les propositions étaient bien comprises, aussi bien comme forme que comme fond, la conclusion était généralement juste et conforme aux règles du syllogisme. On remarquait seulement que personne ne tenait compte de l'étendue des notions, exprimée par les termes «tous » ou «quelquesuns ». Par suite, l'étendue des réponses ne concordait pas avec l'étendue des propositions. En résumé, on a vu que même chez les hommes parfaitement normaux, les syllogismes sont loin d'être réguliers et que cette forme d'activité cérébrale dépend également beaucoup de l'exercice.
Le temps moyen des réponses était 3,1 sec.
Revenant au mécanisme général des jugements, il faut reconnaître que la différence des types individuels ne s'est manifestée que dans le choix des traces cérébrales, tandis que la différence des types associatifs — verbal et réel — retentissait sur tout le cours du processus. Chez les individus du type verbal, celui-ci était plus facile et plus rapide. Les rapprochements absurdes les arrêtaient moins que les individus du second type. Gomme point d'appui, ils utilisaient la connexion des symboles verbaux, tandis que les individus du second type cherchaient un rapport réel entre les objets. Ainsi, par exemple, au sujet des mots « sel » et « alcali » ils disaient : « combinaisons chimiques », tandis que les individus du second type auraient dit : « sel-blanc, sert à la nourriture ; alcali-liquide avec propriétés spéciales ».
Une certaine influence doit être reconnue au tonus général neuro-psychique : le tonus négatif . entraînait une certaine monotonie des réponses et avait pour effet d'appauvrir la reviviscence des traces cérébrales, tandis que le tonus positif avait souvent pour conséquence des termes hyperboliques ou erro-
nés. La fatigue se manifestait par l'affaiblissement de la tension nerveuse et de l'effort fait pour en sortir. Comme décharge on trouvait alors une comparaison insuffisante, un simple refus ou le recours à une formule stéréotype. Avec cela, la reviviscence des traces cérébrales se réduisait au minimum ou se trouvait remplacée par d'autres processus : par des évocations verbales, des rapprochements absurdes, etc., etc.
En général, on peut dire que sous l'effet de la fatigue la comparaison devenait plus superficielle et perdait ses traits caractéristiques.
L'habitude contribue également à rendre le jugement plus passif, mais elle ne le paralyse pas comme la fatigue; au contraire, dans les cas difficiles elle augmente les moyens du sujet.
La différence des types individuels a été mise en lumière par les expériences suivantes.
W. Stern a étudié la faculté de jugement chez deux sujets en leur demandant de se prononcer sur deux sons, sur deux mots1, etc. Il a trouvé, comme résultat, que l'un d'eux s'attachait aux détails de l'excitant et ne répondait qu'après les avoir jugés, c'est-à-dire au bout d'une vingtaine de secondes, tandis que l'autre avait une tendance à réagir immédiatement et le faisait dans l'espace de dix secondes, mais quelquefois d'une manière erronée. Le premier appartenait évidemment au type observateur, le second au type imaginatif.
Ebbinghaus et Ziehen se sont servis d'une autre méthode qui consiste à demander aux sujets de compléter le commencement d'une phrase. On dit, par exemple : « Aujourd'hui il fait froid... ». La réponse peut être : « mais nous irons tout de même nous promener ». Cette méthode a été appliquée chez nous parle Dr Zavadovsky pour comparer la mentalité des paranoïques à celle de l'homme normal. 11 leur disait, par exemple : « Quand la maison est en feu... », « si l'âme est triste... », «lorsque les étoiles brillent... »etc.
Association des réflexes dans les opérations logiques plus
t. W. Stern. Beitr. z. Psych. d. Urteils. Zeitschr. f. Psych., 1900.
étendues. — Pour étudier des formes encore plus complexes de l'activité mentale, Finck a proposé la méthode des proverbes. Il donnait un proverbe et demandait au sujet de le répéter, de l'expliquer et d'illustrer l'explication par un exemple..., Ebbinghaus et Miiller se sont servis dans ce but de fables et de contes en demandant au sujet d'en expliquer la moralité. Malheureusement tous ces procédés sont déjà moins précis et la comparaison des résultats devient très difficile, surtout si on se sert encore de la méthode de Ganter qui proposait d'utiliser les bons mots empruntés aux journaux humoristiques.
Dans notre laboratoire les recherches ont été faites de plusieurs manières, dont voici les principales.
1° On demandait au sujet de former une phrase avec les mots donnés par l'expérimentateur. On disait, par exemple, « le pêcheur » et « l'eau », ou bien « la terre » et « le soleil », ou encore « l'homme », « le sable » et « le fleuve ». Les résultats ont montré que les réponses s'obtenaient très facilement, même chez les paranoïques (DrZavadovsky). Le temps ne dépassait pas 0,25". Ou répondait : « Le soleil éclaire la terre >), « le pêcheur est souvent dans l'eau », etc., etc.
2° On demandait au sujet de continuer une phrase commencée par l'expérimentateur. On disait par exemple : « Un petit garçon au bord d'une rivière... », « une lettre dans l'enveloppe... », « un homme à table », etc.. Le sujet devait compléter à sa guise. Les expériences faites d'après cette méthode par le Dr Pawlowskaïa ont montré que chez les sujets bien portants les combinaisons se présentent en très grand nombre, tandis que chez les anormaux, surtout chez les paralytiques généraux, elles sont notablement plus pauvres. Prenons par exemple, les mots inducteurs : « Un petit garçon au bord d'une rivière... ». Un des sujets normaux a répondu : « pêche à la ligne, s'amuse dans une barque, ramasse des cailloux, barbote dans l'eau, ramasse des coquillages ». Un autre a dit : « se baigne dans l'eau, pêche le poisson, jette des cailloux, nage, chasse aux canards, joue dans le sable ». Quant aux paralytiques, ils n'ont trouvé, dans le même espace de temps, qu'une ou deux réponses : « pêche, se baigne ou barbote dans la boue ».
Il est bien entendu que, parmi les sujets normaux, ceux qui sont plus instruits, trouvent plus de réponses que les autres.
Gomme procédé complémentaire on employait des questions qui admettaient un nombre indéterminé de réponses. Par exemple, on disait : « Imaginez que vous suivez une route qui aboutit à une rivière et que le pont est coupé. Que feriezvous ? »
3° On demandait au sujet de développer un thème donné par l'expérimentateur. On donnait, par exemple, les mots, « loup », « chien », « rivière », ou plusieurs notions connexes, comme « le criminel » et « le bagne », la « rivière » et « le bateau ». La durée du travail mental était mesurée au chronomètre.
4° On donnait au sujet un problème mathématique à résoudre. L'activité créatrice du cerveau comprend aussi les opérations mentales qui consistent, par un procédé direct ou indirect, à obtenir la sommation des données numériques. Pour étudier cette faculté-là, on peut se servir de la méthode de Kraepelin qui a pour objet les quatre règles du calcul arithmétique. Chez nous on se servait simplement d'additions et de soustractions. Dans ce but on préparait des tableaux de chiffres, simples ou doubles, réunis par le signe + ou — . Le sujet devait inscrire les résultats, en marquant d'un trait sur le papier les coups de sonnette qui se succédaient toutes les cinq minutes.
Mesure des capacités mentales de l'jndividu. — A côté des recherches ainsi systématisées, on peut citer une masse d'autres qui ont pour objet les capacités mentales en général , mais peuvent servir également à nous renseigner sur les facteurs en question. Telles sont les recherches de Binet, de Kraepelin avec ses élèves, d'Amberg, Weygandt, Lindley, Gilan, Michelson, Bethmann, Kraus, Jost ; chez nous, d'Ilyine, Anphimoff, Vladytchko et autres.
Binet donnait à ses sujets différents devoirs à faire, par exemple à compter le nombre des points, le nombre des sons rythmiques, à transcrire une série de chiffres, à copier des dessins, etc. Dans ces expériences, il tenait compte, d'une part,
de l'influence que peut avoir l'exercice, d'autre part, de l'action qui revient à la fatigue du sujet i.
Kraeplin a conclu, des opérations les plus simples, comme par exemple l'addition, que la courbe du travail mental ne se maintient au même niveau que très peu de temps2. Elle baisse sous l'action de la fatigue, se relève momentanément sous l'effet de l'exercice et baisse de nouveau avec la prédominance de la première. Gela dépend, bien entendu, de la nature et des conditions du travail. Si ce dernier est difficile, la baisse se produit plus vite. Si le sujet est habitué à travailler le soir, dans la matinée la fatigue se manifeste plus tôt. Après les repas la faculté de travail diminue. Il en est de même sous l'effet d'un tonus négatif, d'un état de distraction, des états maladifs et des intoxications (alcoolique et autres). Gomme facteurs opposés on trouve l'effort volontaire et aussi l'excitation, physique ou psychique.
Dans le tracé des courbes outre les variations accidentelles, on trouve aussi des variations qui se produisent d'une manière constante. Tel est, par exemple, le relèvement du début, dû à la concentration nerveuse, et celui de la fin, dû à la prévision de celle-ci.
Dans le travail habituel ces variations disparaissent totalement. Dans le travail irrégulier elles s'accentuent encore plus.
Les .recherches sur le travail coupé d'intervalles de repos montrent que les effets de la fatigue disparaissent assez vite, tandis que les résultats de l'exercice sont plus ou moins durables. Plus les intervalles sont longs, plus ces derniers se perdent naturellement, mais à la reprise du travail, le restant s'ajoute à l'effet nouveau. Si la fatigue dépasse une certaine limite, elle exige non plus une interruption, mais un sommeil réparateur.
Dans notre laboratoire les capacités mentales ont été mesurées par l'addition et à la soustraction de chiffres simples, une
1. Voir A. Binet. Le développement de l'intelligence. Année psych., 1908.
2. Kraepelin. Die Arbeitscurve, Leipzig, 1902. Voir aussi N. Vaschide, La courbe du travail intellectuel d'après Kraepelin. Rev. de Psych., 1905. n° 5.
opération alternant avec l'autre sans aucun ordre. Le Dr Anphimoff a trouvé qu'un homme instruit peut faire en moyenne, dans l'espace de dix minutes, de 414 à 741 opérations de ce genre, tandis que les femmes en font seulement de 228 à 308.
Le nombre des erreurs chez l'homme varie entre 0,22 et 0,77 p. 400 ; chez les femmes entre 0,12 et 0,40 p. 100. LeDr Vladimirsky a trouvé que les adolescents âgés de 13 à 17 et 18 ans, peuvent faire dans l'espace d'une minute une quarantaine de ces opérations, chiffre qui augmente avec l'exercice.
Les capacités individuelles d'analyse et de synthèse peuvent être étudiées par des procédés spéciaux. Pour étudier la première on peut demander au sujet de spécifier les ligures géométriques simples qui entrent dans une figure composée. On se sert pour cela de figures en bois ou en carton-pâte, qui s'emboîtent les unes dans les autres et forment des combinaisons variées. On peut demander aussi d'extraire, d'un morceau littéraire, tous les noms d'objets, tous les verbes, etc. , etc. Enfin, dans le même but, on peut demander au sujet d'expliquer le contenu d'un tableau. Dans notre clinique on possède, à cet usage, un choix de cartes postales illustrées et des reproductions de tableaux connus. Les expériences qui ont été faites par les DrsPawlo\vskaïa, Zavadsky et Abramoff ont montré que chez les paralytiques généraux, la faculté d'analyse est très abaissée, tandis que chez les paranoïques elle est bien conservée. Le tableau de Répine « Avant le mariage a a suscité chez les normaux des commentaires très variés. Les uns disaient : <.< Elle se prépare à commencer une vie nouvelle, elle pense à l'avenir, elle a un air heureux ». D'autres observaient : « Elle n'est pas pauvre, on le voit d'après la robe et les gants, elle sera bien déçue, elle fera porter des cornes au mari, elle aura 12 enfants, etc., etc. ». Quant aux paralytiques généraux ils n'arrivaient pas même à saisir le sens du tableau.
Binet a réussi, avec une gravure deLafontaine « Le laboureur et ses enfants », à distinguer chez les écoliers quatre type différents. Les uns se bornaient à décrire ce qu'ils voyaient représenté, d'autres y ajoutaient une interprétation personnelle, les troisièmes ajoutaient à leur récit une pointe d'émotion, les qua-
trièmes, au lieu de décrire la scène, racontaient le sujet de la fable. Le premier type peut être appelé descripteur, le second interprétateur, le troisième, émotionnel et le quatrième, érudit.
Leclerc faisait des expériences analogues en demandant aux sujets de décrire une montre qu'il leur présentait. Pour étudier la faculté individuelle de synthèse, nous avons proposé une méthode qui consiste à former des mots, en se servant de lettres rangées en série, mais sans ordre l. On peut demander de refaire des tableaux avec des morceaux qui auront été mêlés en un tas. Des combinaisons de ce genre en bois et en carton-pâte se trouvent dans le commerce sous le nom de « puzzles ».
Masselon, Binet et Simon se sont servis d'une méthode plus simple. Ils donnaient aux sujets trois mots, en leur demandant d'en faire une phrase. Lehmann et Heilbronner donnaient des dessins inachevés pour les faire compléter et expliquer.
Enfin, pour étudier les dispositions individuelles à l'imagination, Ebbinghaus a proposé de donner un texte avec des lacunes, en demandant au sujet de les combler. On peut aussi demander de trouver des mots qui commencent avec une'certaine lettre ou riment avec une certaine syllabe. Dans nos propres expériences avec le Dr Vladytchko, nous procédions delà manière suivante. Nous montrions au sujet une série de dessins représentant le même objet, mais, pour commencer, à peine esquissé. Chaque dessin ajoutant un trait nouveau, le sujet devait arrêter la présentation, dès qu'il en pouvait nommer le sens. Le numéro du dessin donnait la mesure de sa faculté d'imagination.
Dans une autre série d'expériences nous montrions des parties d'objets de diverse grandeur, en demandant au sujet de deviner l'ensemble auquel elles appartenaient.
Toulouse, Vaschide et Piéron proposent de montrer un dessin en demandant au sujet de faire là-dessus un récit, très rapidement, par exemple, au bout d'une seconde. Après quoi, il
1. Bechterew et Vladytchko. Matériaux pour l'étude objective des aliénés. St-Pétersbourg, 1910.
faut, d'après eux, compter le nombre des idées et des images qui y sont contenues *.
Gomme méthode, on peut, du reste, proposer encore autre chose, pourvu seulement que les résultats restent objectifs.
Il est bien entendu qu'outre les capacités naturelles, il existe des facteurs accidentels qui agissent sur l'activité créatrice du cerveau. Tels sont les états pathologiques, l'inanition, l'intoxication, la fatigue, etc. Nous ne voudrions pas revenir encore une fois sur l'action des facteurs pathologiques et des intoxications qui ont été si bien étudiés par Kraepelin et ses élèves. Il en a déjà été question plus haut. Disons seulement quelques mots des rapports qui existent avec l'inanition et la fatigue.
Les expériences de Weygandt et d'Aschaffenburg ont montré que l'inanition agit d'une manière très nette. Weygandt a fait des expériences sur des sujets soumis à un jeûne prolongé, de vingt-cinq à soixante-quinze heures, et a trouvé que le manque de nourriture combiné au manque de boisson, a pour effet d'inhiber les associations internes et d'augmenter le nombre des associations verbales. Cet effet ne disparaît pas du coup avec l'absorption de la nourriture, mais diminue graduellement pendant quarante-huit heures. Aschaffenburga tiré des conclusions tout à fait analogues.
En ce qui concerne la fatigue, les expériences de Minzlow ont montré qu'elle retentit sur l'originalité des associations, et celles d'Aschaffenburg, qu'elle a pour effet d'augmenter le nombre des associations par assonance. Le temps des associations devient naturellement plus long.
L'action de l'âge sur l'activité associative du cerveau a été démontrée par toute une série d'expériences de Ziehen, Ranschburg, Balint, Blumenau, Guicciardini et Ferrari, etc., etc.
Ziehen a fait des recherches sur 45 écoliers d'Iéna et en a conclu que le travail mental gagne beaucoup avec l'exercice2. Outre cela il a trouvé que, chez les enfants, les associations verbales sont beaucoup plus rares que chez les adultes.
1. Toulouse, Vaschide et Piéron. Technique de psychologie expérimentale. Paris, 1904.