CHAPITRE V
Mécanisme général des réflexes mimiques. Origine biologique de la mimique. Recherches de Ch. Darwin. Classification des mouvements mimiques. Mimique des animaux. Phénomènes internes qui accompagnent la mimique. Développement individuel des mouvements mimiques.
Sous le nom de réflexes mimiques nous comprenons les mouvements et autres réactions qui trahissent l'état émotionnel de l'organisme.
On confond quelquefois la mimique avec les gestes ou, du moins, fait rentrer là dedans la totalité de ceux-ci. Cette manière de voir nous paraît peu justifiée, car les gestes ne se rapportent pas toujours aux réactions émotionnelles. Les gestes ne font souvent que complète!' la mimique comme mouvements associés, et font partie, en ce sens, avec la parole, du groupe des réflexes symboliques. Qu'on pense seulement à ceux parmi ces derniers, qui servent à désigner les objets du monde extérieur ou leur rapport à l'individu! Ce sont des mouvements purement symboliques et nous les examinerons plus loin en même temps que les mouvements de la parole.
Les réflexes proprement mimiques peuvent être externes ou internes, ceux-ci n'aboutissant qu'à une manifestation incomplète. Les premiers comprennent les variations du tonus musculaire et, comme résultat, les mouvements de la face, les mouvements et les attitudes du corps. Quant aux autres, ils aboutissent en partie à une manifestation externe sous forme d'un rougissement de la surface cutanée, d'une accélération du souffle ou d'une sécrétion sudorique, mais en partie, par exemple, Гас-
célération des mouvements du cœur, restent cachés à l'observateur.
En ce qui concerne les premiers, les recherches de Féré avaient déjà démontré que les excitations positives (agréables) déterminent une élévation du tonus musculaire (surtout dans les bras), tandis que les excitations négatives agissent différemment, selon la force et la soudaineté de l'impression. Ainsi, une odeur nauséabonde ou une hallucination terrifiante a pour effet d élever le tonus musculaire dans les bras et de l'abaisser dans lesjambes l.
Lehmann a fait des expériences analogues sur l'influence du tonus positif ou négatif des excitations, et celles-ci ont pleinement confirmé les résultats obtenus par Féré 2.
D'autre part on a trouvé que les variations du tonus neuropsychique s'accompagnent, aussi, d'une altération de l'excitabilité nerveuse de l'organisme. Celle-ci est loin d'être constante chez l'homme. Même en l'absence de tout facteur émotionnel, elle subit des fluctuations perpétuelles. Les variations de l'excitabilité nerveuse ont, pour effet, de prédisposer l'individu aux excitations d'un caractère analogue et de le rendre réfractaire aux excitations d'un caractère opposé. C'est-à-dire, un homme dont l'état émotionnel a un caractère positif, sera plus sensible aux excitations sthéniques et moins sensible aux excitations asthéniques, tandis que l'homme dont l'état émotionnel a le caractère opposé, sera moins sensible aux premières et plus sensible aux secondes. L'action du tonus général de l'organisme arrive ainsi à se manifester au dehors sous forme de mouvements et de leurs concomitants mimiques.
L'observation montre que le tonus positif favorise le développement des réactions aggressives et des mouvements qui ont pour but de prolonger l'effet sthénique ; il stimule la vivacité de la parole et des gestes, soutient le caractère expansif et décide du mouvement. Le tonus négatif a un effet directement opposé ; il accentue le développement des réactions défensives
1. Ch. Féré. Conditions phys. des émotions. Revue philosopha 1887. Sensation et mouvement, 1887.