Lehmann. Hauptgesetze des menschl. Gefuhlslebens
et contribue à affaiblir les réactions asthéniques. La parole et les gestes deviennent monotones, les mouvements incertains et paralysés.
Ainsi, le tonus positif a pour effet de renforcer l'activité générale de l'organisme, tandis que le tonus négatif accentue les tendances passives de celui-ci.
Nous avons déjà constaté un effet analogue sur la vitesse des processas d'impression et d'association. Nous pourrons le poursuivre plus loin sur les formes supérieures de l'activité neuro-psychique.
Les expériences qui ont été faites par le DrPawlowskaïadans notre clinique ont montré que les variations du tonus général retentissent nettement sur la vitesse des définitions logiques. Dans une série de 25 expériences avec le tonus positif, les réponses se produisaient dans 1,5" et ne duraient pas plus de 2,6", tandis que dans une série d'égale longueur avec le tonus négatif les réponses ne venaient qu'au bout de 2,5" et duraient jusqu'à 3,3".
Dans les états pathologiques comme dans les maladies mentales sous l'effet des altérations de la nutrition et de la circulation sanguine, les variations du tonus général sont particulièrement vives et en même temps voit-on s'accentuer les tendances de l'organisme aux réactions sthéniques ou asthéniques.
Dans tous ces cas les réactions externes comprennent les mouvements qu'on désigne sous le nom de mimique. Point n'est besoin de les décrire tous en détail, car ils sont connus à chacun et se laissent réduire, en lin de compte, aux deux types principaux. L'action du tonus posititif se manifeste par l'écartement des angles de la bouche qui forme le sourire, et la dilatation des traits du visage avec effacement des rides du front qu'on appelle expression réjouie ou contente ; celle-ci va quelquefois jusqu'à provoquer une légère humectation des yeux. Le tonus négatif produit un abaissement des angles de la bouche, un froncement des sourcils et une contraction générale des traits du visage qui lui donne Гаіг soucieux ou déprimé. Les autres modalités de la mimique ne présentent que
la déformation d'un de ces deux types, y compris les plus violentes telle que la mimique des larmes, du rire, de la fureur, etc.
Du reste, la description de ces diverses formes a été faite bien des fois. Pour la mimique de l'homme nous renvoyons le lecteur aux études de Duchesne, Gratiolet, Piderit, Darwin, Mantegazza, Sikorsky, Pitres, etc. etc. La mimique des animaux a été décrite par Darwin, Wallace, Brehm, Mantegazza, Faussek et autres. Le répéter nous entraînerait trop loin, d'autant plus que la distinction des formes extérieures a bien plus de valeur pour l'esthétique que pour la science.
MÉCANISME GÉNÉRAL DES RÉFLEXES MIMIQUES. — Ce qui nOUS
importe bien plus, c'est le mécanisme interne des mouvements mimiques.
Si l'on tient compte de l'ensemble de ceux-ci dans chaque cas, comprenant l'attitude générale de l'individu, la contraction des muscles du visage, le mouvement de l'organe directement excité, ainsi que les phénomènes sécrétoires et vaso-moteurs, on dira qu'il s'agit là d'un processus que sa complexité même distingue nettement des simples réflexes.
Néanmoins ce sont des mouvements qui s'accomplissent d'une manière aussi mécanique que ceux-ci.
Quelquefois ce sont des réflexes simplement étendus en raison de la durée de l'excitation. En d'autre cas, le rapport n'est pas aussi direct et comprend la transmission de celle-ci à des réactions associées. Ceci nous permet de distinguer, dès l'abord, deux groupes principaux : 1° le groupe des mouvements mimiques de nature réflexe, comme, par exemple le rire qui répond au chatouillement des aisselles ou de la plante des pieds, le sourire que provoque la sensation d'une caresse sur la peau, etc., etc.; 2° le groupe des mouvements mimiques de nature associative, qui répondent à une excitation indirecte. Telle est par exemple, l'expression de souffrance qui se peint sur le visage à l'annonce d'une nouvelle douloureuse, le rire ironique qui éclate au cours d'une causerie, etc., etc.
Ces réactions-là sont évidemment indirectes, carune impression auditive ne peut être par elle-même ni douloureuse, ni Bechtehevv. 19
susceptible de provoquer une réaction spasmodique et, cependant, il y a là autant de nécessité que dans les simples réflexes, car il est aussi difficile de retenir les larmes ou le rire à la suite d'une excitation psychique qu'à la suite d'une blessure ou d'un chatouillement.
L'association repose ici sur l'expérience antérieure de l'individu.
Si un mot nous fait pleurer, c'est que l'impression auditive évoque le souvenir des cas où nous avons physiquement souffert. S'il nous fait éclater de rire, c'est qu'il évoque les traces d'une réaction spasmodique. Dans un cas comme dans l'autre l'excitation n'agit que par l'intermédiaire d'une association cérébrale. Celle-ci peut s'étendre même encore plus loin. Ainsi, par exemple, la vue d'un objet peut provoquer, chez nous, une réaction douloureuse, non pas que l'objet même évoque un souvenir pénible, mais parce qu'il nous fait penser a un ami disparu. Ou bien, le nom d'une ville peut provoquer une mimique d'angoisse, non pas parce que celle-ci a produit une impression désagréable, mais parce qu'en passant par là nous avons appris une terrible nouvelle.
Le mécanisme des réflexes mimiques comprend donc parfois des transmissions très étendues et repose sur des associations très anciennes.
Origine biologique de la mimique. — Darwin a été le premier à reconnaître que la mimique humaine a des racines profondément enfouies dans le règne animal.
On sait que des rudiments de mimique peuvent être observés chez la plupart des animaux y compris les invertébrés. La frayeur, la crainte et d'autres signes de dépression ne sont-ils pas communs aux représentants les plus inférieurs du règne animal? lien est de même pour l'expression du contentement et de la joie. Le rire même, ce symbole caractéristique de la joie humaine, a été reconnu chez certains singes.
« La vraie physiologie du rire, dit Mantegazza, commence avec les travaux des grands biologistes et naturalistes de notre temps. La première placeappartient ici à Darwin qui a recher-
ché les formes initiales, rudimentaires, du rire chez les animaux qui se rapprochent le plus de l'homme. Le chimpanzé est sensible au chatouillement ; sous l'effet de cette excitation ses yeux deviennent brillants, les coins de sa bouche se rétractent en arrière, ses paupières inférieures se plissent et en même temps il émet des sons analogues à notre rire. L'orang-outangmanifeste des signes du même genre. Duchesne a fréquemment observé quelque chose comme un sourire chez le singe à qui on offrait une friandise. Le Cebus Azarae lorsqu'il est content pousse des grognements particuliers et les angles desabouche se contractent en arrière. Des phénomènes analogues ont été observés chez le Cebus hypoleucus et chez le magot. Darwin a constaté enfin une expression de joie chez deux ou trois espèces de macaques, et chez le babouin noir (Cynopithecus niger). Les premiers rejettent les oreilles en arrière, en poussant un son particulier. Le babouin a toute la peau de la tête et les angles de la bouche contractés en arrière, ce qui lui fait lever les sourcils et découvrir les dents *. »
On sait que chez certaines races de chiens la satisfaction se manifeste par une contraction des lèvres et des oreilles, rappelant tout à fait le sourire humain.
La mimique de l'attention — nous disons, de la concentration nerveuse — est également répandue dans le monde animal. Le chien de chasse s'arrête à la vue du gibier; il le fixe du regard, dresse les oreilles et manifeste tous les signes d'une concentration visuelle et auditive qu'on retrouve chez l'homme, sauf cependant que le mouvement des oreilles est remplacé par l'ouverture de la bouche. Le chat qui guette une souris offre un bon exemple de cette mimique.
La soumission qu'on observe chez les chiens se manifeste par les mêmes traits que dans les cas où elle vient s'exprimer . chez les hommes. La mimique de l'amonr, de l'affection et de l'attachement est dans une large mesure commune à l'homme et aux animaux. On trouve chez Darwin une description détaillée de la mimique d'attachement chezles chiens et leschats. Mante-