‹ La psychologie objective;Chapitre 89 sur 145 · Mantegazza. Fisionomia e Mimica, p · texte numérisé non relu

Mantegazza. Fisionomia e Mimica, p

gazza fait ressortir, comme principaux éléments de la mimique amoureuse, le rapprochement physique et les signes de satisfaction. « De toute ma vie, dit-il, je ne verrai rien de comparable à la coquetterie de deux limaces qui, après avoir échangé quelques coups de cailloux à l'instar des hommes préhistoriques, se caressaient avec une grâce et une sensualité capables d'exciter l'envie de l'épicurien le plus raffiné i. »

Mais tout en étant commune à l'homme et aux animaux, la mimique prend des formes différentes selon les modalités de leur constitution organique. La joie du chien se manifeste par des mouvements du torse et de la queue, la frayeur lui fait baisser la queue et courber l'échiné. Si nous descendons jusqu'aux reptiles, nous trouverons une mimique encore plus spéciale, déterminée par la structure de leur corps. D'après le témoignage de Fausseck, la réaction de la menace chez les reptiles de : la région transcaspienne comprend : 1° des mouvements qui produisent un grossissement apparent ou réel de leur corps ; 2° des mouvements d'appendices, tels que le col chez le Cklamydosaurus, les appendices buccaux chez le Phrynocephalus mystaceus, etc.; 3° différents bruits, tels que le sifflement chez les serpents, lézards et tortues, le craquement de la queue chez le crotale, etc. ; 4° des phénomènes de coloration, du corps entier, comme chez le caméléon, ou des appendices seuls chez ij ceux qui les mettent en mouvement ; 5° une sécrétion de matières répulsives (chez les tortues).

Quelques-uns de ces mouvements se retrouvent aussi chez l'homme, mais sous une forme atténuée. Ainsi dit-on que la colère lui fait dresser les cheveux sur la tête, comme elle fait dresser le plumage ou le poil des mammifères; les muscles se contractent, faisant serrer les poings et découvrir les dents; le щ visage rougit ; la peau se couvre de sueur. Mais somme toute, ! avec le développement de l'organisme, surtout avec les progrès du pouvoir d'association et de reproduction du système nerveux, la mimique devient plus fine. Elle passe du corps au visage et aux bras, devenant à la fois plus mobile et plus

i. Mantcgazza, ibid . p. 136.

variée. Le sauvage accuse déjàun progrès considérable sur les grands singes ; l'Européen s'élève encore plus au-dessus du sauvage. En même temps, elle s'enrichit de manifestations inconnues aux animaux : de la mimique religieuse, de la mimique de la vanité, de la honte, etc.

Mantegazza s'arrête encore sur les différences de la mimique en rapport avec l'âge de l'individu. « Chez l'enfant, ditil, elle est forte, mais pauvre en nuances ; chez l'adolescent, toujours forte et toute en détails ; chez l'adulte, riche en contenu et particulièrement expansive ; à l'âge mûr, plus équilibrée et plus riche en détails, mais moins expansive ; enfin, chez le vieillard, elle devient faible et imprécise. » Cette description est certainement trop schématique, mais il y a en elle quelque chose de tout à fait vrai, notamment le fait que la mimique qui se développe avec l'activité neuro-psychique de l'homme, accuse, avec l'affaiblissement sénile, un mouvement de régression.

Les recherches de Ch. Darwin. — Darwin a le premier proposé une classification des mouvements mimiques d'après leur origine biologique.

Il les divisait en trois catégories. La première comprenait les mouvements qui avaient été primitivement utiles et se conservaient chez l'homme comme une survivance du passé. Ainsi, par exemple, la haine se traduit chez l'homme par un mouvement de la face qui lui fait lever la lèvre supérieure et découvrir les dents. D'après lui, ce mouvement qu'on rencontre aussi chez les mammifères supérieurs (chez le singe, le chien, le chat, etc.), résultaitjadis d'une préparation à la lutte et avait pour but de terrifier l'ennemi. Chez l'homme qui ne lutte plus avec les dents, il ne serait qu'une survivance du passé. Il en aurait été de même pour le grincement des dents et la fermeture du poing, comme expression de la colère. D'autres mouvements s'expliquaient selon Darwin, par le principe de l'antithèse, comme action opposée à celle qui résultait d'un sentiment contraire. Ainsi, par exemple, le chien voyant un étranger, se jette en avant et prend une attitude de menace,

mais sitôt qu'il reconnaît son maître, se met à faire le contraire, en exécutant avec son corps des mouvements de recul et de contorsion. Enfin, dans un troisième groupe de mouvements, Darwin croyait reconnaître l'action directe du système nerveux, les jugeant par là indépendants de l'habitude ou.de la volonté. Tel était, d'après lui, le tremblement des membres, le blanchissement des cheveux à la suite d'une frayeur, les mouvements cardio-vasculaires, etc.

Des trois principes sur lesquels se fondait cette division, le premier, le principe de l'utilité, réunit les suffrages de tout le monde. Le principe de l'antithèse fut discuté et rencontra des objections sérieuses chez Wundt, chez Mantegazza, chez Dumont, Piderit et autres. Quant au troisième, il parut dès l'abord très peu fondé. L'exemple des cheveux qui blanchissent n'était pas très heureux, car ce n'est pas l'expression même, mais une conséquence de la frayeur. D'autre part, la constriction des vaisseaux périphériques qui détermine le blanchissement, est un phénomène incontestablement utile, car il permet au cœur de renvoyer aux centres nerveux la . quantité de sang qui est nécessaire pour soutenir leur activité. Le tremblement des membres et les réactions émotionnelles ont un sens défensif tout comme le frisson causé par le froid. Mantegazza avait donc parfaitement raison de dire que « le troisième principe de Darwin ne mérite pas du tout le nom de loi ». Il n'établissait aucun rapport nouveau. « Dire que les courants nerveux vont parfois dans un sens, parfois dans un autre, ajoutait-il, n'était pas une explication . C'était constater un fait et non pas le rattacher à un autre *. »

Lui-même réduit les lois de Darwin aux deux suivantes: l°à une mimique utile, défensive et 2° à une mimique expressive, sympathique.

D'après Wundt J, les principes de la mimique peuvent être formulés ainsi : 1° principe de l'innervation directe (correspondant au troisième principe de Darwin), 2° principe de l'association du mouvement aune sensation approchante. Les sensa-

i. Wundt. Grundriss. d. phys. Psychologie, Bd Ш, 1903, S. 284-285.

tions de l'amer, de l'acide, du malodorant se renforcent par association et entraînent des mouvements expressifs ; 3° principe de l'enchaînement du mouvement à une impression sensorielle. Parlant d'un objet, on le désigne de la main, on en esquisse la forme, etc. Division toute subjective et qui n'a rien de commun avec la biologie.

Sous ce rapport, Wundt ne va guère plus loin que Piderit qui distinguait, parmi les mouvements expressifs, ceux qui se rapportent aux objets du monde extérieur et ceux qui servent à caractériser les émotions propres de l'individu l.

Cependant, la tendance aux explications purement psychologiques semble avoir prévalu dans ce domaine, car les auteurs plus récents, tels que James, Lange, Kulpe et autres, combinent, dans leur manière de voir, les principes de Darwin avec ceux de Wundt. Par exemple, Kulpe croit expliquer les mouvements mimiques en les rattachant : 1° à l'irradiation des excitations nerveuses aux régions motrices du cerveau ; 2° à l'association des impressions avec les mouvements qui ont le même tonus émotionnel ou le tonus contraire ; 3° à l'établissement des mouvements habituels ou utiles 2.

Par suite, quelque incomplète que fût la théorie de Darwin et quelque entachée qu'elle paraisse de distinctions subjectives, elle fut la seule à répondre aux visées de la biologie. Tout ce qui a été ajouté ensuite, n'a fait qu'embrouiller le problème par l'introduction d'éléments objectifs, sous forme de représentations, d'états de conscience, etc.

A notre avis la mimique doit être étudiée d'un point de vue objectif, en tant qu'elle présente une réaction aux impulsions externes.

En ce qui concerne l'étude expérimentale, on peut très bien la faire à l'aide de l'hypnose où les mouvements deviennent particulièrement expressifs. Personnellement nous nous en sommes servi avec beaucoup de succès.

Classification des mouvements mimiques. — Nous avons dit

1. Piderit. Wissentsch. System d. Mimik u. Physiognomik, 1869.

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