Kulpe. Grundriss d. Psychologie, pp
plus haut que certains mouvements mimiques peuvent être considérés comme des réflexes, répondant à l'excitation des organes récepteurs, tandis que d'autres ont une détermination indirecte, répondant à des excitations d'une toute autre nature. Gela fait que pour nous les mouvements mimiques se divisent, avant tout, en réflexes et associés.
Les mouvements réflexes n'ont pas besoin d'être exposés en détail. Il suffira de rappeler que la mimique organique comprend l'expression de la faim, de la satiété, du bien-être, du malaise, de letouffement et ainsi de suite ; la mimique musculaire traduit les états de vigueur, de fatigue, de défense, d'attaque, etc. ; la mimique sexuelle présente des manifestations du désir, de la volupté ou de la pudeur ; la mimique visuelle et la mimique auditive expriment surtout divers états de concentration nerveuse ; la mimique gustative et la mimique olfactive traduisent les impressions correspondantes.
Dans la mimique associative on retrouve des mouvements de même nature, mais répondant à des impulsions indirectes grâce à l'activité associative du système nerveux. Ainsi, la frayeur s'exprime par le tremblement qui est l'expression directe du froid ; la joie s'exprime par une dilatation des vaisseaux périphériques accompagnée de mouvements d'expansion qui, d'habitude, résultent du simple bien-être ou d'une caresse physique. Le rire traduit l'impression de comique, mais se rattache d'une manière directe au chatouillement.
La mimique organique sert à l'expression de la joie, de la tristesse, du remords, du regret, de l'inspiration, de l'extase, de l'attendrissement, de l'amour-propre, de l'orgueil, de la frayeur et ainsi de suite.
La mimique musculaire traduit les états de courage et de peur, d'arrogance et d'abaissement, d'énergie et d'abandon.
La mimique sexuelle exprime l'amour, la jalousie, la honte et, d'autre part, aussi l'innocence.
La mimique tactile sert à l'expression de la sympathie, de la commisération, de l'amitié, de l'attachement, et, d'autre part, aussi de la cruauté et de l'ironie.
La mimique gustative traduit, non seulement les impressions
immédiates du palais, mais aussi celles de l'avant-goût, du désir ou de l'aversion.
La mimique olfactive exprime, par association, soit le mépris, soit l'inspiralion.
La mimique auditive se rattache aux impressions très diverses de la jouissance musicale, de la frayeur et de la vanité.
Enfin, la mimique visuelle sert tour à tour à exprimer la haine, l'envie, l'étonnement, l'ambition, la timidité et la confusion.
Cette classification, n'est, bien entendu, ni complète, ni définitive. 11 se peut bien que certains mouvements associés puissent être transférés d'une rubrique dans une autre, ou qu'ils appartiennent à deux à la fois, lorsqu'ils résultent de deux excitations simultanées. Nous l'avons poussée le plus loin possible pour rattacher certaines formes de la mimique aux excitants primitifs qui en paraissent fort éloignées, pour découvrir le processus d'association dans la mimique du mépris, de l'ambition ou de la jouissance musicale. On voit que toutes proviennent des réactions réflexes de l'organisme et se produisent en vertu du même processus d'association.
En ce qui concerne les gestes, ces derniers résultent aussi de l'activité associative des centres nerveux, mais présentent des mouvements plus compliqués, en partie réflexes, en partie personnels ou volontaires. Tel est, par exemple, le geste de se couvrir le visage avec les deux mains, le haussement d'épaules, mouvement qui écarte les bras, etc., etc.
La plupart des gestes ont pour origine soit un mouvement de défense, soit un mouvement d'agression, soit un mouvement de concentration nerveuse. Ainsi, la colère nous fait serrer les poings, nous projeter en avant et frapper des pieds, ce qui n'est qu'un ensemble de mouvements d'attaque. Pour marquer le refus d'une proposition offensante on rejette la tête en arrière et fait avec tout le corps un mouvement de recul comme on le fait devant un obstacle ou un danger imprévu. Pour désigner un objet, on tend la main et étend un doigt, mais c'est ce qui se fait aussi pour atteindre et toucher l'objet.
Pour chasser une vision importune, on porte la main sur les
yeux comme s'il s'agissait d'en expulser un grain de poussière. Pour exiger un éclaircissement, on fait un mouvement des doigts comme pour nettoyer un verre ou écarter un obstacle. Devant une scène qui fait peur, on se couvre les yeux avec le revers de la main, comme devant un geste de menace. Dans un état de détresse on tend les bras vers quelqu'un, comme s'il s'agissait de chercher un secours. On pourrait multiplier les exemples, mais le mécanisme serait toujours le même. Citons, pour terminer, quelques gestes qui sans se rattacher aux mouvements de défense, d'agression, ni de concentration nerveuse résultent, comme les premiers, d'un processus d'association. Le baiser, ce geste d'amour, n'est que la reproduction du réflexe qui a lieu chez l'enfant en contact avec le sein maternel. Les caresses qu'on donne en signe d'attachement ou de consolation, reproduisent des mouvements de contact par lesquels on cherche d'habitude à calmer sa douleur. Les embrassements de la rencontre et de la séparation reproduisent le geste de l'instinct sexuel.
A côté des gestes, dans le sens propre du mot, il convient de placer les mouvements descriptifs, les mouvements associés et les mouvements symboliques qui tous se ramènent au même processus d'association.
Les premiers, qui constituent la pantomime, se produisent tout comme les mouvements réels. Qu'on observe un homme qui joue au billard ! Les mouvements qu'il fait pour ajuster le coup sont exactement les mêmes que pour frapper la bille. Le bras, la tête, tout le corps y participe.
Les mouvements associés sont, par exemple, ceux que font les mâchoires lorsqu'on coupe un papier ou une toile avec des ciseaux, ceux que font les lèvres, lorsqu'on apprend à ramer, etc. Phénomène double, comprenant tout d'abord l'extension du rythme aux mouvements accessoires du corps et, ensuite, l'association de ceux-ci avec les mouvements principaux.
Les mouvements symboliques sont les plus éloignés de leurs excitants naturels, mais aussi exactement enchaînés à l'aide de termes intermédiaires. Qu'on prenne, comme exemple, le mouvement des bras chez un chef d'orchestre ! Notre parole
n'est au fond pas autre chose qu'un enchaînement de mouvements symboliques différenciés au cours des siècles. Elle se révèle nettement comme telle chez les sourds-muets.
On en retrouve le caractère initial dans les signes qui complètent le langage de certaines sectes ou sociétés secrètes : des voleurs, des contrebandiers, etc. Ces derniers mouvements n'ont aucune utilité biologique et se révèlent en fait purement conventionnels, mais se produisent d'une manière aussi automatique que les gestes les plus vitaux de l'organisme. C'est qu'ils reposent sur le même processus physiologique, sur l'activité associative des centres nerveux.
Nous dirons donc, pour compléter notre classification, que la mimique associative, dans le sens le plus large du mot, comprend outre les réactions organiques, musculaires, sexuelles, tactiles, gustatives, olfactives, auditives et visuelles, les gestes d'agression, de défense et de concentration nerveuse, les mouvements descriptifs, associés et symboliques.
La mimique des animaux. — Chez les animaux on trouve, avant tout, une mimique réflexe fortement développée, en connexion plus étroite encore avec l'état général de l'organisme et l'excitation des organes récepteurs, mais, outre cela, la mimique psycho-réflexe ne leur fait pas défaut non plus. Elle est moin,s diverse, mais pas moins expressive que chez l'homme.
Ainsi, par exemple, reconnaît-on tout de suite chez, eux l'expression de la satiété ou de la faim et les formes associatives de la mimique musculaire, telles que la mimique de la paresse, de la volupté, de la défense et de l'agression.
Une forme particulièrement développée est celle de la défense active, caractérisée par la pose de l'animal, par le soulèvement des appendices cutanés, par le redressement de la queue, par la semi-ouverture des ailes, par le rougissement de la peau et des appendices cutanés, par les mouvements d'aspiration, par le gonflement des sacs goitreux chez les reptiles, par l'émission de la voix et, dans certains cas aussi, par des sécrétions odorantes.
La mimique de la défense passive a été moins étudiée et
cependant elle est aussi très répandue dans le monde animal. Elle consiste dans le ramassement des membres, dans la contraction de tout le corps et l'immobilisation de ce dernier. Cette forme de défense est particulièrement répandue chez les êtres pourvus d'une surface protectrice comme les tortues, les hérissons ou les coléoptères, mais elle se rencontre aussi chez d'autres, lorsque la défense active est manifestement inutile. Une de ses formes est la « petite mort » qui est le plus commune à certains articulés, mais se produit aussi chez les vertébrés, y compris les singes, comme le témoignent certains naturalistes.
La mimique de l'agression est avant tout propre aux carnassiers. Elle comprend une certaine tension des muscles du corps et une pose qui annonce le désir de sauter ou d'attaquer, mais ici les appendices cutanés ne se dressent pas comme dans la défense active ; au contraire, ils s'aplatissent contre le corps et l'animal lui-même s'aplatit ou se met à ramper ; avec cela il retient la respiration, ne fait pas le moindre bruit et ne quitte pas sa proie des yeux. Chacun connaît cette mimique chez le chat, lorsqu'il guette une souris ou un oiseau ; la même chose se produit chez tous les carnassiers. Tous les mouvements servent ici de préparation à l'attaque et se montrent en ce sens aussi nécessaires que ceux de la défense active.
La mimique sexuelle peut être le mieux observée chez les oiseaux aux époques d'accouplement. On sait que certaines espèces de gallinacés ont tout un rite sexuel, accompagné de gloussements ou de cris. La cour que fait un dindon à ses dindes présente un excellent exemple de la mimique sexuelle.
La mimique gustative peut être aussi facilement observée chez les animaux, surtout celle de l'avant-goût. On n'a qu'à regarder un chien lorsque son maître est à table, guettant le moment où celui-ci va lui donner un morceau ; la salive lui coule en abondance de la gueule et l'oblige tout le temps à faire des mouvements pour l'avaler; parfois aussi lâche-t-il des cris perçants ou des aboiements.
Chez les chiens l'odorat est très développé, ce qui détermine également une mimique olfactive. Ainsi, par exemple, lors-
qu'un chien de chasse va contre le vent, la manière dont il lève la tête et aspire Гаіг avec les narines ne laisse aucun doute à ce sujet.
Les gens qui ont des chiens connaissent aussi la mimique auditive qui se manifeste chez ces derniers par un mouvement tournant de la tête et par le redressement des oreilles. Chez les chiens qui ont les oreilles droites, ces dernières se tournent simplement dans la direction du son.
Enfin, comme exemple d'une mimique visuelle on peut citer la pose que prend un chien de chasse à l'affût.
Passons maintenant à la mimique associative ou psychoréilexe. Tels sont les mouvements du chien qui avant de se coucher sur un tapis, tourne plusieurs fois sur lui-même et gratte le sol avec les pattes de devant. Darwin voyait ici un effet de l'atavisme, tandis qu'en réalité ces mouvements paraissent provenir de la recherche personnelle d'un endroit commode à coucher. Tel est aussi le mouvement du chat qui jette du sable ou de la terre sur l'endroit qu'il a mouillé. On sait qu'il fait ainsi même lorsqu'il se trouve sur un plancher et la fille de Darwin a réussi à provoquer ce mouvement, en faisant simplement couler de l'eau derrière sa tête. Darwin considérait cela également comme un effet de l'atavisme, notamment du fait que les ancêtres du chat étaient habitués au terrain sec et sablonneux de l'Egypte, mais cette opinion ne paraît pas non plus bien fondée. Bien d'autres animaux encore font des mouvements analogues pour couvrir leurs excréments et cette habitude semble provenir plutôt du désir de s'en débarrasser soi-même ou d'en préserver leurs habitations.
La mimique imitative n'est pas non plus étrangère aux animaux. On s'en rend compte chez les chiens en leur grattant légèrement le dos ou la tête, car ils se mettent généralement à faire des mouvements accompagnateurs, en Гаіг, avec la patte. En ce qui concerne les chats, on les voit souvent balancer la tête en regardant les mouvements d'une pendule.
La mimique symbolique existe chez les animaux, mais dans un état tout à fait rudimentaire. L'émission de la voix a ici souvent un caractère symbolique, de même que la production de
certains sons et, somme toute, ces phénomènes se rapprochent incontestablement du langage primitif de l'homme.
Phénomènes internes qui accompagnent la mimique. — Nous avons vu plus haut que la mimique s'accompagne souvent de phénomènes internes respiratoires, sécrétoires ou vaso-moteurs . Ces derniers ont quelquefois, pour l'organisme lui-même, encore plus d'importance que les mouvements expressifs.
Ce qu'on rencontre le plus souvent comme phénomènes concomitants, ce sont les variations de la respiration, du pouls et des fonctions vaso-motrices de l'organisme.
Certains mouvements mimiques s'accompagnent d'une réaction vaso-motrice si proche de la surface du corps qu'elle devient accessible à l'observation, comme on le voit dans la coloration de la peau et des appendices cutanés chez certains animaux. Chez l'homme on observe des rougeurs qui envahissent la face, les oreilles, le cou et même la partie supérieure de la poitrine sous l'effet de la colère ou de la honte, et la pâleur qui se répand sous l'effet de la terreur1.
Ces phénomènes ne sont qu'une reproduction de ceux qui résultent de l'excitation directe des téguments. Cela a été prouvé, du moins en ce qui concerne les troubles de la respiration, du cœur et du système vasculaire. La dilatation des pupilles, en tant que mouvement expressif, présente un réflexe associé, provenant d'une excitation douloureuse de l'épiderme.
Plus loin il faut relever les variations des organes internes à musculature lisse. Telle est, par exemple, l'érection des organes sexuels qui se produit en rapport avec certains mouvements expressifs, comme on l'observe facilement chez les animaux domestiques. Ce n'est pas autre chose qu'une reproduction des réflexes qui résultent de l'excitation directe des organes. Telle est, sans contredit, la péristaltique des intestins et la
1. On connaît aussi l'état pathologique appelé « ereuthophobie » qui a été décrit presque simultanément par Pitres, Régis et nous-mêmes, sans parler des auteurs qui s'en sont occupés depuis. Dans cet état l'apparition de la rougeur a une forme obsédante, se produisant sous l'action exclusive de certaines pensées.
contraction de la vessie lorsqu'elles accompagnent la mimique de la peur.
L'expérience a montré que ces phénomènes peuvent être produits directement par l'action du froid ou une excitation mécanique de nature douloureuse1.
En ce qui concerne le fonctionnement des glandes salivaires, on se rappelle que l'action générale de la vue sur la salivation était connue depuis longtemps et les expériences de Mitscherlich l'avaient démontrée aussi pour toute une série de facteurs psychiques -, Il y avait donc là une base très étendue pour l'association avec les réflexes mimiques.
De nos jours cette question a été particulièrement analysée et mise en lumière par les travaux de l'école physiologique de St-Pétersbourg dont il a déjà été question plus haut.
On a trouvé notamment que le simple l'ait de montrer à l'animal un morceau de nourriture entraînait une sécrétion aussi abondante et de la même qualité que le fait de la mettre dans sa gueule. Une nourriture sèche provoque, comme on sait, une salive peu épaisse ; le même résultat s'obtient par la présentation à distance d'un aliment sec. Une nourriture désagréable au goût provoque une sécrétion très abondante; le même résultat se produit à la vue d'un aliment de cette catégorie. L'eau ne détermine aucune sécrétion et la présentation de cette dernière reste aussi sans effet 3.
D'autres expériences ont montré que pour produire cet effet à distance il suffit de présenter un objet qui ait quelques traits communs avec l'excitant direct. Ainsi, par exemple, après quelques essais avec un acide teinté de noir, l'animal commence à réagir à la présentation d'un flacon avec un liquide quelconque de couleur noire.
Tout cela se reproduit en connexion avec la mimique gustative.
1. On sait que dans certains états nerveux les frayeurs obsédantes agissent de même sur les fonctions de la vessie et du gros intestin (observé par Oppenheim, nous-mêmes et beaucoup d'autres).
2. Mitscherlich. Ueber die Speichel. d. Menschen. Poggendorf. Annalen f. Phys. u. Chem., 1833, Bd 27.
3. Wulfson . Le travail des glandes salivaires. Thèse, St-Pétersbourg, 1898.
Nous ne reviendrons pas ici sur la base associative de ces phénomènes qui a été amplement exposée plus haut. Ajoutons seulement que le caractère psycho-réflexe de ceux-ci se confirme par le fait que l'état émotionnel de l'individu retentit très nettement sur les sécrétions. D'après Meyer la même excitation provoque des sécrétions différentes selon l'état de bien-être ou de malaise du sujet1.
Il en est de même pour les sécrétions intestinales.
L'influence des émotions sur la sécrétion du suc gastrique est un fait d'observation journalière. Un homme qui est mal disposé, perd l'appétit et digère mal, tandis que la bonne humeur soutient l'appétit et la digestion. Ceci ressort encore plus clairement des recherches expérimentales sur les animaux. Bidder et Schmidt ont fait des expériences sur un chien pourvu d'une fistule stomacale et ont montré qne Ja simple présentation d'un aliment suffit pour provoquer un écoulement du suc par le conduit2.
Dans notre laboratoire, des expériences analogues ont été faites par le Dr Guerver en vue de déterminer la localisation cérébrale de ce réflexe3.
D'autres expériences ontprouvélamême chose pour la sécrétion du suc pancréatique. Ainsi, le Dr Kouvtschinsky a montré que la présentation de l'aliment à un animal affamé suffisait pour déterminer une sécrétion de ce dernier et on aurait tort de penser qu'il se produit là un mélange avec le suc gastrique, car celui-ci ne s'obtient dans ces conditions qu'au bout de quatre minutes et demie, tandis que le suc pancréatique apparaît déjà au bout de deux à trois minutes4.
Ceci prouve, sans contredit, que le suc pancréatique s'écoule directement sous l'action des facteurs psychiques.
Certains faits parlent aussi en faveur de l'origine psychique et surtout émotionnelle de la jaunisse nerveuse qui résulte
1. Meyer. Influence des images sur les sécrétions. Journ. de Psych , !
2. Bidder u. Schmidt. Die Verdauungssdfte, 1882. I)1 Guerver. Obozr. Psych , 1900.
4. Kouvschinsky. De l'influence de quelques aliments sur la sécrétion | du suc pancréatique. Thèse, St-l'étersbourg, 1888.
d'un spasme des vaisseaux du foie, comme, d'autre part, de la polycholie qui résulte d'une hyperhémie de cet organe, mais, malheureusement, nous manquons encore d'observations détaillées et précises sur ce sujet. Il semble bien que les fonctions du foie relèvent aussi des facteurs psychiques et que tout se passe ici comme nous venons de le constater pour les sécrétions intestinales.
Pour les glandes défensives ce fait est de nouveau hors de doute. Il est journellement prouvé par le fonctionnement des glandes sudoriques et lacrymales.
Chacun sait que la sécrétion lacrymale destinée à préserver l'œil contre le dessèchement, est d'autre part le concomitant habituel d'un état affectif. L'épanchement si abondant de larmes qu'on observe dans la douleur, n'est qu'une reproduction du réflexe qui résulte d'une excitation mécanique de la conjonctive et de la cornée. Les facteurs psychiques exercent du reste non seulement une action déterminante, mais aussi une action inhibitrice, car la force de l'épanchement varie beaucoup. Ainsi, les hommes pleurent, en général, beaucoup moins que les femmes et les enfants. D'autre part, certaines douleurs sont absolument muettes.
Les sécrétions sudoriques ne rélèvent pas moins de l'état émotionnel de l'individu. Cela se manifeste clairement dans les cas pathologiques où elles prennent un caractère obsédant. Nous en avons décrit un, dernièrement, sous le nom de « transpiration obsédante des mains » et affirmons que ce phénomène qui se produisait à la suite de la moindre émotion, surtout dans les rencontres avec des gens peu connus, n'était que la reproduction du réflexe qui résulte d'un effort musculaire.
En d'autres cas il se produit un arrêt des sécrétions, par exemple, sous l'effet de la frayeur, tout comme cela arrive sous l'effet d'une excitation douloureuse.
Une observation de ce genre peut être faite sur l'activité sécrétoire des muqueuses, qui varie souvent sous l'effet des états émotionnels. On sait que sous l'action d'une frayeur la gorge et la bouche se dessèchent, mais c'est ce qui se produit aussi sous l'effet d'une excitation douloureuse.
Bechterew. 20
Il est hors de doute que les sécrétions rénales dépendent aussi, plus ou moins, de l'état émotionnel de l'organisme. Pour ne pas parler des observations journalières citons tout de suite les expériences qui ont été faites par le LFKarpinsky dans notre laboratoire. Il les faisait sur des chiens, leur pratiquant d'abord la laparotomie, après quoi les conduits destinés à l'écoulement des urines étaient munis de canules. La plaie une fois fermée, les animaux retrouvaient leur liberté, mais restaient muselés pour prévenir l'arrachement des canules.
Les expériences qui ont été faites ensuite, ont montré que les impressions douloureuses agissent d'une manière inhibitrice, de même que la frayeur produite par un bruit. Par contre les états émotionnels qui se traduisent extérieurement par des mouvements de caresse ou d'attente, s'accompagnent d'une sécrétion renforcée, comme on l'observe aussi après un effet musculaire.
Ainsi, par exemple, lorsque l'animal a soif, il suffit de lui montrer un bol d'eau pour que la sécrétion rénale augmente nettement.
L'effet des excitations psychiques sur les glandes séminales est trop connue pour qu'il faille s'y arrêter ; rappelons seulement que ce sont là des réflexes qui proviennent de l'excitation directe des organes sexuels.
Un intérêt plus vif s'attache au fonctionnement des glandes lactitères, car l'influence des facteurs psychiques s'y indiquait assez vaguement et n'a été directement établie que par des expériences toutes récentes. On savait bien que les émotions sthéniques ont pour effet le gonflement des glandes et une sécrétion plus abondante de lait, de même que cela se produit sous le contact doux et caressant de la main, tandis que les émotions déprimantes et les contacts douloureux ont un effet contraire. On savait même qu'une émotion violente, comme par exemple la frayeur, peut déterminer un arrêt complet des sécrétions lactaires. Il y avait dans la littérature pas mal de faits et d'indications de ce genre. Ainsi, il était un fait avéré
1. Dr Karpinsky. Les centres corticaux des fonctions urinaires. Obozr. Рву ch., 1901.
que, chez une mère, le lait s'était subitement arrêté à la vue (1 une chute faite par l'enfant et n'était reparu qu'au moment où celui-ci s'est de nouveau tendu vers le sein. D'autre part, il y avait bien des indications sur le gonflement des seins à la vue d'un enfant en nourrice pleurant ou demandant à manger. La qualité même du lait était mise en rapport avec l'état émotionnel de la nourrice. On disait que sous l'effet d'une dépression morale le lait devenait plus épais, tandis que sous l'effet d'une irritation il devenait aigre, ce qui était considéré comme une cause des crampes qui se produisent chez les nourrissons.
Pour contrôler toutes ces indications et établir un rapport direct nous avons demandé au DrNikitine de faire quelques expériences dans notre laboratoire.
Les expériences ont été faites sur des chèvres prises dans la période de l'allaitement. Pour faciliter l'observation on introduisait des canules en verre dans les conduits mammaires et faisait le compte des gouttes à l'aide d'un appareil enregistreur.
Les résultats ont montré que la seule approche de l'agneau entraînait une sécrétion plus abondante du lait, phénomène qui s'accentuait encore, lorsque celui-ci donnait de la voix. Un éclair de magnésium ou la détonation d'un revolver déterminaient par contre un arrêt complet de la sécrétion. On voit que là aussi les facteurs psychiques agissent comme les excitants directs, soit comme l'acte même de la succion, soit comme une excitation douloureuse.
L'aperçu que nous venons de faire, montre clairement que les réactions internes qui accompagnent l'émotion, présentent des phénomènes de reproduction, tout comme les mouvements mimiques par lesquels elle se traduit au dehors. Les uns et les autres proviennent de l'excitation directe des organes récepteurs et sont dus à l'activité associative du système nerveux cérébral. Du point de vue de leur portée sur l'état général de l'organisme, on distingue ces réactions en sthéniques et asthéniques, division correspondante à celle des mouvements mimiques en mouvements d'agression et de défense active d'une
part, et en mouvements de défense passive d'autre part. Les réactions sthéniques indiquent la prévalence d'un tonus neuropsychique positif qui se manifeste aussi dans l'attitude passive de ce dernier.
Ainsi, l'on voit que les réactions internes, concomitantes de l'émotion, relèvent des mêmes lois que l'expression mimique de celle-ci.
DÉVELOPPEMENT INDIVIDUEL DES MOUVEMENTS MIMIQUES. — En Ce
qui concerne le développement individuel delà mimique il faut reconnaître qu'une bonne part revient ici à l'hérédité.
Ceci ressort d'une foule d'observations, entre autres du cas de Laura Bridgmen qui, étant aveugle et sourd-muette, ne pouvait rien faire par imitation. Malgré cela elle riait de joie, frappait du pied de colère et rougissait sous le coup d'une émotion agréable. Du reste quelque bas que soit le niveau intellectuel de l'individu, même chez les idiots de naissance, l'émotion sthénique s'exprime par un sourire.
Les enfants capricieux présentent aussi matière à observation. Us se jettent par terre et se mettent à battre des pieds sans que personne le leur ait appris.
Disons cependant, tout de suite, que la plupart de ces mouvements ne sont pas innés et ne font que se développer sous l'effet des influences ancestrales. Il n'y a que l'émission de la voix qui soit un réflexe inné, se produisant dès les premiers moments de l'existence ; les autres mouvements mimiques apparaissent beaucoup plus tard. Le sourire apparaît vers la 7me-12me semaine, le rire, à la fin du 4me mois. L'habitude de pleurer se forme en général au cours du 3me mois. Ce qui parle beaucoup en faveur de la nature héréditaire des gestes, c'est le développement qu'ils prennent avant la formation du langage. L'enfant ne sait pas encore appeler un objet par son nom, que déjà il le désigne par un geste et celui-ci est quelquefois très expressif. Au début la désignation est diffuse et désordonnée, se manifestant par une excitation générale de l'individu, mais peu à peu les mouvements prennent un caractère symbolique. Par exemple, le
claquement des lèvres et les mouvements de succion expriment le désir de manger, la tension des mains, les paumes en avant et les doigts contractés, exprime le désir de s'emparer de quelque chose, le trépignement des pieds exprime la colère, etc., etc.
Certains gestes prennent un caractère descriptif, s'enrichissant de ce qui a été vu ou entendu par l'enfant. Ainsi, par exemple, notre fillette à nous, à l'âge de quatorze mois, voulant désigner un chien, s'est mise à imiter ses mouvements et à pousser des : haou, haou !
Avec le développement du langage, les mouvements expressifs perdent la valeur qu'ils avaient dans la première enfance. Ils se trouvent d'une part remplacés par les mots et, d'autre part, inhibés par le développement des mouvements volontaires. C'est ainsi que la mimique finit par dominer sur les gestes qui, au début, l'effaçaient totalement.
Avec le temps, la mimique perd aussi de sa richesse externe pour se réduire aux modulations de la voix. Celles-ci forment déjà un produit direct de l'imitation et peuvent être considérées comme des mouvements symboliques.
En résumé, on peut dire que la mimique n'est que dans ses rudiments d'un caractère inné et relève, pour la plus grande part, du développement individuel.