‹ La psychologie objective;Chapitre 95 sur 145 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Concentration externe et interne. Mesure de la concentration nerveuse. Concentration active et passive. Conditions organiques de la concentration. Variations de la concentration nerveuse. Action de la concentration nerveuse sur V étendue des impressions et la vitesse des actes psychiques. Action de la concentration nerveuse sur le travail musculaire et les réactions motrices. Variations individuelles et rôle de Vexercice. Nature organique de la concentration nerveuse.

La concentration externe. — Les réactions mimiques sont étroitement associées à un autre groupe de réactions, aux réflexes préparatoires ou de concentration nerveuse (d'attention, comme diraient les adeptes de la psychologie subjective). Ayant pour but physiologique l'adaptation de l'organisme à ses fonctions sensorielles, ces derniers interviennent aussi bien dans le processus de la perception que dans celui de l'expression et méritent, à ce titre, d'être examinés à part.

Les réflexes de la concentration nerveuse interviennent dans tout processus de réaction. Quel que soit le caractère de celleci, qu'elle soit défensive, aggressive ou imitative, ce qui se produit tout d'abord c'est un mouvement de concentration nerveuse. Celui-ci présente le début, l'amorce du processus réactif qui peut se développer en réaction émotionelle ou réaction motrice, ou s'arrêter au stade initial.

En eux-mêmes les réflexes de la concentration nerveuse se divisent en externes et internes, ces derniers comprenant des processus variés de reviviscence des traces cérébrales.

Voyons, d'abord, le mécanisme fondamental de la concentration externe.

C'est toujours un ensemble de contractions musculaires ne

BEGHTBREW. 22

différant que par la région où il se produit. On peut distinguer ainsi la concentration visuelle, auditive, tactile, olfactive et gustative.

La première est extérieurement caractérisée par un mouvement de la tête et du regard dans la direction de l'excitant, par une contraction du muscle accommodateur et des pupilles, par le rapprochement et l'abaissement des sourcils, enfin par un arrêt de la respiration dans la phase aspiratrice et par l'inhibition générale des mouvements du corps.

La concentration auditive est caractérisée par un mouvement tournant de la tête et du regard vers la source des ondes sonores, par une légère contraction des muscles frontaux, par un arrêt de la respiration et l'immobilisation de tout le corps.

Chez les animaux il se produit en outre un mouvement de l'oreille qui peut être remplacé chez l'homme par l'apposition de la main en forme d'écran. Enfin, le maximum de la concentration auditive comprend l'ouverture de la bouche qui permet la pénétration du son dans la trompe d'Eustache.

La concentration tactile s'exprime par les mouvements des doigts en contact avec l'objet, par une légère contraction des muscles frontaux, par l'occlusion des paupières, l'arrêt de la respiration et l'immobilisation du corps.

La concentration olfactive et la concentration gustative s'expriment aussi par des mouvements spécifiques, trop connus du reste pour qu'il soit nécessaire de les détailler ici.

La plupart de ces réactions ont été étudiées par des procédés expérimentaux. En ce qui concerne les variations de la tension musculaire et de la respiration, elles ont été étudiées chez nous sur les pupilles de l'Institut pédologique par les DrsPovarnine et Vladytschko1. Les expériences faites avec des excitants sonores ont montré que l'immobilisation du corps délivre la respiration de l'influence des mouvements concomitants et fait qu'elle s'inscrit en courbes égales et régulières.

Des données également intéressantes ont été recueillies sur les réactions pupillaires.

i. Communication à l'Inst. psycho-neurol. Obozr. Psych., 1909.

Les expériences deHaab ont montré depuis longtemps qu'il suffit de diriger l'attention sur une flamme située à la périphérie du champ visuel, sans même tourner le regard, pour déterminer un rétrécissement de la pupille *. Pilz a repris ces expériences et est arrivé à des résultats encore plus nets. Il opérait avec deux écrans, l'un blanc, l'autre noir, demandant au sujet de concentrer l'attention tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre, et constatait que dans le premier cas les pupilles se dilataient, tandis que dans le second elles subissaient un rétrécissement2.

Enfin, il a été prouvé que la même chose peut être obtenue par le seul effet d'une concentration interne, sans aucun excitant direct. Le simple souvenir d'un objet éclairé provoquait un rétrécissement de la pupille, tandis que le souvenir d'un objet plongé dans l'ombre déterminait un élargissement, l'un et l'autre beaucoup moins vifs, bien entendu, que sous l'effet d'une excitation directe. La seule pensée à une contraction musculaire déterminait un élargissement de la pupille.

Heinrich procédait d'une manière un peu différente. Il commençait par bander un œil du sujet et par immobiliser la tête, après quoi il lui demandait de fixer un point dans l'espace. Ensuite, il attirait son attention sur des lettres présentées dans la partie latérale du champ visuel, ou demandait qu'il se concentrât sur une opération mentale. Les résultats ont montré que le passage du point aux lettres entraînait une dilatation de la pupille, phénomène qui s'accentuait encore sous l'action de l'effort mental3. On a vu ensuite que la dilatation pupillaire provenait d'un affaiblissement de l'accommodation et que pendant la concentration mentale l'appareil oculaire avait une tension analogue à celle qu'il a, lorsque le regard se perd dans le lointain.

La concentration interne. — De même qu'un objet extérieur peut provoquer un mouvement de concentration nerveuse, ce

Page 1