‹ La psychologie physiologique (volume 2)Chapitre 35 sur 92 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Les Idé«i

l'.'l. Les idées, dans le proc^'ssiis ii'iilé;itinn que Tinusavnnsdcrril,

mots, il résulte que tout nom et tout adjectif expriment une qualité particulière de l'objet ; soleil, lune ; ^Xtoç, <JÙr^vr\ en grec ; ciely rad. DIV, en latin, grec et sanscrit, sirius, l'étoile très brillante, tous ces mots signifient briller, être éclatant ; bceuf, terre, rad. GA, rendent l'idée d'aller ; cheval, equus, rad. AK, la rapidité, et ainsi de suite. L'éclat, le mouvement en avant, la rapidité sont des représentations de la sensation ; quand le bœuf a été nommé d'après sa façon de marcher, ce nom ainsi formé n'a exprimé qu'une qualité sensationnelle, mais non le bœuf entier; une partie visible de l'animal, mais non son organisme ou le complexus de ses qualités et de ses formes. Aussi, si pour une première fois ou pour une seule fois on a nommé le bœuf ga, pan^e que cette qualité produisait à ce moment une impression plus grande et était perçue, nommer une seconde fois ga un autre bœuf qui était dans une autre attitude, c'était une erreur, il aurait dû être appelé et désigné par un autre nom. lien est de même de tous les autres noms de choses ou de personnes. Mais le fait se produit toujours de cette façon, sauf de rares exceptions, et en voici la raison : il est vrai que l'objet a été dénommé par une seule de ses qualités, mais il était toujours perçu en entier, et l'analyse psychique n'était pas encore assez développée pour séparer complètement le tout d'une partie devenue forme mentale ; le nom de la partie est passé au tout, toutes les fois que ce tout était nouvellement perçu, la partie dénommée ne pouvant jamais se présenter seule. L'objet est devenu ainsi pour lespril un complexus désigné par une de ses parties; ce qui est rapide c'est le cheval, ce qui brille c'est le soleil. Le substantif grammatical, (îommc je l'ai dit, exprime un complexus et se rapporte à l'individu entier, sauf quelques qualités qui sont exprimées par des adjectifs, lesquels s'appliquent toujours à des éléments.

L'erreur du substantif consiste en ceci qu'il désigne un complexus, quand en réalité il n'exprime qu'un élément simple. La distinction du substantifetde l'adjectif est substantielle par suite de celte transformation; mais primitivement, ils ont eu une seule origine, qui est la sensation représentative.

Mais il se fait une autre transformation du substantif, dans le nom appellatif des grammairiens, ce nom qui est créé pour désigner un seul individu, et qui sert à désigner l'espèce et le genre, et non plus l'individu dont il exprime une partie. Bœuf, cheval, étoile, livre, maison, expriment l'espèce, comme animal, plante, etc.. désignent des genres. Cela veutdire que l'idée exprime quelque chose (V universel, et que ce quelque chose est un composé d'autres éléments ou idées. La formation du mot s'est faite spontanément, par révolution psychique, et on a eu la connaissance de ce quelque chose d'universel par la pensée se réfléchissant sur les formes mentales représentées toujours par le langage. Rendre cette universalité des idées plus claire, c'est l'œuvre de Ip réflexion scieptipque dan3

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les âges avancés de rhumanité, et il esl inutile de rechercher cette clarté aux premiers débuts de la vie psychique.

19*2. Les idées sont donc, dans le processus idéal priniitif, des portions d'image, et elles dérivent du développement iramédial de la sensation ; dans le second processus qui esl celui de la pensée réfléchie, non seulement les idées sont universelles pour celui qui les perçoit, mais elles n'ont pas le même contenu que dans le premier fait: ce contenu est bien plus ample e*t plus étendu. Toutefois quelque transformation qu'aient subie ces idées, ce qu'elles expriment substantiellement est identique à ce qui se trouve dans le premier processus psjchique ; aussi on peut dire qu'en réalité elles n'ont subi aucun changement par rapport à l'objet extérieur, mais qu'elles ont seulement subi une évolution cl une transformation toutes mentales.

11 y a, par suite, pour la pensée développée, des idées qui sont un composé d'idées, et il y en a qui sont formées d'un seul élément. Les unes et les autres sont toujours universelles, parce qu'elles se rapportent à un certain nombre d'objets et de choses. Toutes les idées exprimaut les espèces, les genres, et tous les degrés intermédiaires entre les genres et les espèces sont universelles. Cette universalité d'une idée est plus ou moins grande selon le nombre des idées élémentaires qui entrent ilans sa formation. Au contraire, toutes les idées qui sont formées d'un seul élément sont plus simples et plus universelles encore ; elles ne sont toutefois susceptibles ni de gradation ni de classification parce qu'elles ne peuvent diiTérer au point de vue de la quantité de ce qu'elles expriment.

Mais avec ces idées l'activité psychique en forme d'autres. Ce sont toutes celles que l'on nomme idées abstraites, bonli^, beiiutè.

comme aptes au mouvement, c*est là une analyse analogue à celle qui nous donne les idées représentatives des choses. De cette façon, il est facile de concevoir comment on peut avoir Tidée d'un mouvement sans que ce mouvement passe à Tacte, et comment on peut concevoir mentalement des mouvements complexes qui seront ensuite exécutés.

Mais ridée du mouvement d'une partie du corps exige la connaissance antérieure de eefte partie, parce que, sans cela, Tidée de la mettre en mouvement serait impossible. Par suite Tidée motrice à la même connexion que la sensation musculaire ; c est-à-dire la relation entre la sensation représentative et la sensation de mouvement, ou, pour aller jusqu'au point d'origine, entre Texcitation périphérique et Texcitation centrale, entre les nerfs sensitifs et les nerfs moteurs. Comme les nerfs moteurs sont excités par les nerfs sensitifs, comme les efférents ont pour stimulants les afférents, de même les mouvements, les sensations et les idées motrices sont associés aux idées représehtatives ou idées dérivant de sensations périphériques. Ce fait est d'une grande importance pour les phénomènes volontaires de la motricité dont nous parlerons à leur lieu.

L'idée du mouvement s'associe aux autres idées et aux sensations, et principalement aux sensations localisées; aussi le développement de cette même idée dépend-il de la clarté plus ou moins grande de la topographie des parties qui peuvent être mises en mouvement. On verra dans le livre suivant comment cette association que nous faisons remarquer se vérifie.

194. Mais, avant de procéder à l'analyse de quelques idées principales, il est nécessaire de faire observer un fait qui a une très grande importance pour la nature de ces idées.

De tout ce qui a été dit, il résulte que les idées sont un produit de l'activité psychique, aussi bien les plus universelles que les moins universelles, et que la première excitation à leur production est un mouvement physico-chimique de la nature extérieure, lequel mouvement éveille et provoque le phénomène primitif de la sensation. De la façon dont nous les avons expliquées, il ne semble pas qu'il y ait aucun doute sur la nature des idées. Pourtant l'ancienne philosophie avait fait une distinction parmi les idées ; elle en appelait quelques - unes expérimentales , acquises ; elle disait d ' autres quelles ne dérivaient pas de l'expérience, elle les appelait a priori ou mieux idées non dérivées de sensations. C'est Platon qui a émis le premier celte théorie. Ce philosophe grec a admis et soutenu que les idées du juste, du beau, du saint, du vrai ne pouvaient venir des sensations, ni d'une autn^ activité psychique, et il a ainsi établi la fameuse théorie de la préexistence de l'Ame humaine, et celle de la réminiscence. Beaucoup d'autres philosophes ont suivi la conception de Platon sur la nature de certaines idées, et tout dernièrement Gioberti en a donné im développement très étendu. Ces idées doiven'

PSYCHOLOGIE rnVSIOLUGIQCB

donc èti-c objectives, et l'esprit les appivtid comme on apprend la nature extérieure par la perception sensible.

'La raison principale de coite théorie qui a donné tant <le soins ci de peines aux philosophes, c'est qn'on a regardé l'homme et ses facultés psychiques comme étant le produit d'un seul instant, comme ayant été foiinés tout d'un coup, et non comme une œuvre lenle de l'évolution tant physique que psychique. Comme on l'a vu, ce n'est pas la sensation pure qui devient idée, ce n'est pas la sensation qu est idée, car idée et sensation, activité Idéale et activité sensationnelle se confondraient alors ; mais l'idée est un résultat de l'activité psychique, et de cette même activité psychique — à un degré supélieur il esi vrai — par laquelle s'obtient et se produit la sensation. Bien plus, sans la seosation, l'idée n'aurait jamais existé dans l'esprit, car elle se rapporte dii-ertement et indirectement à la cause extérieure quia mis en jcul'activité psychique. Ctttte activité a ensuite travaillé par elle-même, elle s'est retoui-née vers ses données sensationnelles et a fourni de nouveaux produits, ou mieux, elle s'est manifestée dans de nouveaux phénomènes. Mais cette gi-ande évolution psychique suppose l'évolution oi^anîque, et ces deux évolutions se sont réalisées en des périodes de temps assez longues dans l'histoire de l'humanité, tout comme l'évolution scientilique dans l'esprit de l'homme. Nous pouvons dire que nous avons assisté au développement de l'esprit seientificiue partie qu'il s'est fait dans un temps où nous avions la pleine conscience des faits psychiques ; nous ne pouvons en dire autant du développement de l'activité psychique depuis lu sensation jusqu'à l'idée la plus universelle, pane qm^ nous n'en avons eu consriiTH'c rt uni' |il>'inr i'iirtii:iiss;tii(-i' ({iif i|ii:iiid l'évolution a été arconi|ilii-. >> :lllllll^ill^, il;i[is I r\i>liiii[iii Mifiiiili(|i u dans le

réminiscence, mais une réminiscence de ce que celle môme âme a acquis cl produit dans le développemenl de son aclivitc. Si l'homipe dans le coui's si peu long de son existence devait refaire ce qu*a fait rhumanité dans les milliers d'années de sa vie psychique, ce serait chose impossible, il resterait toujours ignorant, grossier, insociable, brut comme un animal privé de liaison. Dans Torganisme d'un nouveau-né, comme dans lovule fécondé, se trouve le germe d'une vie psychique élevée, comme la somme des acquisitions de l'évolution. L'éducadon et le développement organique par l'exercice des sens el des organes centraux rendent plus clairs les résultats de la vie psychique passée antérieure à l'individu nouveau. Les idées universelles qui sont appelées par certains philosophes idées aprion, idées pures, ne sont pas un produil de cet individu nouveau ; mais elles sont réellement en lui une réminiscence, une manifestation d'une vie passée. La vie psychique individuelle est une histoire abrégée de l'évolution de la vie psychique de l'humanité. Le moyen de compléter celte évolution abrégée (»sl dans le langage, toul comme à l'origine de la raison el de la pensée, el c'esl encore dans le langage que reste la trace la plus profonde de Thistoire des idées et de l'activité psychique.

195. L'idée ainsi développée devient un fait intellectuel assez individualisé, comme une chose qui a une existence propre, séparée de la sensalion et des éléments sensationnels donl elle est dérivée ; elle est comme un l'ejeton qui peut vivre séparé du tronc sur lequel il naît el croît. En fait, s'il n'en était pas ainsi, la communication des idées entre les hommes ne serait pas possible, pas plus que ce long développemenl à pardr de la sensation, el de la forme sensible et corporelle. C'esl le langage qui est l'organe de communication des idées, parce qu'il est ce qui les représente sensiblemenl à l'extérieur, et parce que, sans laide de la sensation, il n'y aurait aucun moyen qui pût les communiquer aux hommes.

En admetlanl que les idées soient devenues un fait intellectuel séparé de la nature physique, elles sont toutefois en relation médiate avec cette même nature ; sans quoi elles seraienl quelque chose de purement vide, ne contenant aucune connaissance réelle.

La pensée même, dont les éléments sonl les idées, a toujours une certaine direction vers l'objectivité, vers la nature externe, et le résultai de la pensée, qui est souvenl en contradiction avec celui de la sensation, a pour objel la réalité ou la nature extérieure, dont nous appelons la connaissance une vérité quand la représentation de la même réalité lui correspond, ou quand nous trouvons conforme à la réalité Tidée que nous nous en formons. Ce fait ne nous esl pas donné immédiatement, mais par une série graduée de représenlalions, par la connexion d'un grand nombre d'idées, et enfin par les relations diverses qui se produisent entre les idées, sensations el expé^ie^ces. La connaissance du vrai exige un travail pénible de la

ri^ttOLOr.lB PIIYSIOLOCIQUE

pr'iisrâ et de la nùson qui souvent n'arrive pas à expliquer tous les phénomènes qui sp. présentent ; et pour cela elle ne peut être, elle n'est pas l'œuvre d'un seul individu, ni d'une seule génération.

El parce que les idées eonstituent la nature psvchique la plus élevée, et quelque chose de distinct, comme si elles ne dépendaient de rien, elles subissent une évolution et une transformation comme les organismes vivants eus-mômes. On retrouve ce fait qui mérite une élude spéciale dans les Tonnes par lesquelles se manirestenl les idées, dans le langage, lequel subit, avec le développement de ti'ansformation, le même changement que le contenu dont il est le signe. Les mêmes idées universelles que certains philosophes ont cru immuables, nécessaires, absolues, n'échappent pas au courant d'évolution et de transformation.commeonpeutle voir clairement d'après leur histoire qui est celle de la pensée et de la raison.

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