CHAPITRE IX
Perception d'eipace
204. Parmi les perceptions et les idées les plus importantes, il faut examiner celles d'espace et de temps. Les tliéories émises par les différents philosophes sont très diverses, et elles ont contribué plus ou moins à déterminer celles qui résultent de l'observation psycho-physiologique. Ces perceptions sont d'ailleurs d'une grande importance, non seulement parce qu'elles se rapportent aux. éléments de la pensée et de la raison, mais encore parce qu'elles ont une relation directe avec la perception du monde extérieur, et avec les événements ou phénomènes naturels, dans la façon dont ils se produisent.
El avant tout, il est nécessaire de dire de quels moyens se sert l'activité psychique, ou mieux quels sont les organes qui se prêtent à la perception d'espace, et comment ils sont employés, soit isolément, soit ensemble; et ensuite comment on arrive à l'idée d'espace en général. Car je prétends que, comme les autres idées, l'idée d'espace dérive de l'expérience et des fonctions sensitives des
On croit commimément que deux sens seulement, le tact et la vue, sont aptes à nous donner la perception d'espace : les autres sont exclus, excepté toutefois le sens musculaire qui servirait à cette fin en même temps que les deux premiers. 11 me semble cependant, si je ne me trompe, que le sens de l'ouïe et celui du goût se prêtent
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les deux pointes d'un compas, seraient perçues comme une seule excitation. La sensation tactile la plus parfaite correspond à un cercle de 1 millim. de diamètre, c'est la plus petite ouverture que puissent avoir les pointes du compas ; la moins parfaite de toutes correspond à une ouverture de 68 millim.
La sensation tactile est, selon Weber, le sens du lieu (Ortsinn), et par le tact nous connaissons les parties du corps plus ou moins distinctement selcm le diamètre plus ou moins grand des cercles susdits. Une première hypothèse pour expliquer jce fait a été d'admettre que chaque cercle de sensation était muni d'une seule fibre nerveuse ; mais cette hypothèse n'étant pas sufGsante à expliquer les faits, Weber a admis que le champ d'expansion d'une fibrille nerveuse est beaucoup plus petit que le cercle de sensation, et qu'ainsi chaque cercle a un nombre beaucoup plus grand de fibres isolées. De là, il résulte que, si on excite un champ d'expansion nerveuse, on n'aura pas de sensation double, sinon quand il se trouvci'a entre les fibres excitées un certain nombre de cluunps non excités (l).
La théorie de Weber ne met pas seulement en avant, pour expliquer le fait de la localisation, la disposition et la structure anatomiques, mais elle se base encore sur lactivité psychique, comme fonction intellectuelle, et sur l'exercice du sens, ou mieux sur l'expérience.
A la théorie de Weber que Wundt appelle natimsiey Lotze a substitué une théorie psychologique, qui est la théorie des signes locaux (Localzeichen). Selon Lotze, ce ne sont pas des prédispositions ou des préformations organiques qui sont propres à nous donner la faculté de localisation, mais c'est une sensation jointe aux sensations tactiles qui nous fait distinguer un endroit de la pe^iu d'un autre, parce que les excitations qui viennent des divers points de la peau ne sont pas difi'érentes, pas plus que les fibrilles nerveuses qui se répandent dans cette même peau. Mais si on suppose que la sensation tactile est accompagnée d'un élément sensationnel qui se rapporte au lieu d'excitation, et qui varie avec ce lieu même, il est facile de concevoir que nous pouvons nous représenter les divers points de la peau. Cet élément sensationnel est ime pure donnée psychologique ; il ne suffit pas d'ailleurs à la localisation, l'expérience est encore nécessaire. Cette expérience vient de la perception visuelle et, quand celle-ci fait défaut, du mouvement.
206. Pour plus de clarté et pour qu'il n'y ait pas d'erreur sur la doctrine de Lotze, nous la résumons avec ses propres paroles : « Il est nécessaire qu'U y ait une différence suivant que les deux sensations tu et x changent de place, ou suivant que les deux excitations p et q agissent sur les extrémités A etB de la ligne A B qui représente la distance d'un point excité à l'autre. On comprend immédiatement que la production d'une troisième sensation, qui représenterait la grandeur et la direction de la ligne AB, ne pourrait suffire ici : cette sensation ou cette idée serait en effet tom'ours la môme et elle n'apprendrait pas si c'est la sensaUon
(1) Gfr. Wundt, Grundzûge, etc., chap. xii. — Bemstein, Les Sens, ch. ii.
184 PSYCHOLOGIE PHySIOLOGIQUE
X OU la sensation n, qui, i un momenl donné, doit être rapportée à l'une oa i l'autre extrémité de la bgne A B. It n'y a donc qne les vnsalions ;; et x ellesmêmes qui puissent apporter avec elles-mêmes le signe de leur localisation.. ....
• Le point nerveux A, subissant une excitation quelconque p ou g.
ajoutera donc aux sensations ainsi déterminées, n ou x, ce signe accessoire a, son tigne local, qui sera constamment le même a, quelle que soit la qualité de la
sensation ;de même le point It accompagnera de son signe local ^, toujours
le même pour ce point, toutes les sensations quelles qu'elles soient, ic, x, w, qu'une excitation quelconque, p, 9, m, produite en ce point, éveillera dans l'âme. Enfin la même sensation, n ou x> lorsqu'elle sera déterminée almulianémeot par l'excitation de plusieurs points A, B, C, recevra les signes locaux de cbacun de ces points et les couples na, ic^, icu, ou xn, x^, xu, se substitueront aux simples sensations r et x.
■ On ne manquera pas de faire plusieurs questions sur la nature, l'origine et les effets de ces signes locaux. Si l'on demande en quoi ils consistent, l'expérience seule permettra de répondre; car on ne peut guère supposer qu'ils soient de même nature pour les deux genres de sensations qui se prËteui à ime localUation exacte, celle de la vue et celle du toucber. Sans entrer daos la discussion des hypothèses possibles sur ce sujet, nous pouvons du moins donner quelques idées générales qui servent à définir celte sorte de signes; ce ne sont pas des relations que l'àme ait i interpréter, mais bien des affections que l'âme subit réellement en elle-même. Nous n'affirmons pas qu'on puisse toujours les regarder comme des aensalions de même nature que les autres sensations principales, n, x..,, auxquelles ces signes s'ajoutent ; ils ressembleront plutôt le plus souvent à ces sensations de fjtigue, de langueur ou de vigueur, qui accompagnent l'exercice de notre activité, et qui, quelles qu'elles soient, claires ou obscures, constituent toujours des affections que nous éprouvons, des manières d'être qui indiquent quel est i un momenl donné notre état de santé. Vuilù sur quoi il faut insister. Sans doute les signes locaux naissent de mou-
IX quelconques, provoqués dans tespointsoù se produit l'excitation;
il cependant pas dans ces mouvements physiques, mais dans des
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constituent qu'un mouvement total du nerf excité ; mais la perception, grâce à une aptitude remarquable, les distingue sans parvenir à les séparer.
« La peau formant un continu, aucune excitation produite par une impulsion quelconque, fût-ce même par la piqûre d'une aiguille, ne saurait être circonscrite au point où elle se produit; il en résulte toujours, pour les parties voisines, des tensions, des pressions, des déplacements, souvent minimes, parfois considérables. Mais la structure de la peau n*est pas partout identique, elle varie d'épaisseur, de souplesse ou de rigidité; l'élasticité surtout, qui préside à la transmission des mouvements d'un point à un autre, dépend de la nature du tissu auquel la peau se superpose, et Tattouchement d'une partie adhérente à une surface osseuse produit une sensation bien dillérente de celle que produit Tattouchement de telle autre partie qui recouvre une cavité ou la masse molle des chairs. C'est ainsi que la sensation ?:, résultant de l'excitation p d'un point A, s'entoure d'une onde de sensations accessoires, caractérisée par sa forme, son étendue et la composition de ses éléments est différente en cela de l'onde qui accompagne l'excitation d'un autre point B. Cependant, pour devenir les signes locaux des points A B, ces ondes n'ont pas seulement dû se propager par la peau, il leur a aussi fallu faire impression sur les nerfs, qui peuvent seuls en provoquer la perce ptiou dans les parties du tissu cutané, où viennent aboutir en foule les nerfs sensitifs. Ces mouvements internes atteignent le système nerveux conducteur, avant d'avoir, par la difliculté d'y arriver, rien perdu de leur originalité ; deux points A et B, très rapprochés l'un de l'autre, se font distinguer, dans ce cas, comme deux points, par la différence de ces ondes a et ^, qui sont leurs signes locaux, et sont fldèlement transmises à la conscience. Il faut cependant supposer que cette différence a-^ ne dépasse pas une certaine limite de petitesse qui la rendrait imperceptible, c'est-à-dire que, dans le court intervalle du point A au point B, la structure de lu peau varie assez pour donner naissance à deux signes lo(;aux bien distincts l'un de l'autre. S'il n'en est pas ainsi, par exemple, sur les surfaces uniformes, comme le dos, le long des extrémités, l'abdomen, il faut choisir deux points notablement distincts l'un de l'autre pour que, lorsqu'on les excite à la fois, ils fassent naître la sensation de deux points; il faut quelquefois deux attouchements successifs pour permettre de distinguer deux signes locaux, a e,i [i; autrement cette différence échappe lorsque ces petites pressions s'exercent simultanément et durent un peu de temps.
« Les ondes d'effets accessoires ne satisfont pas encore aux conditions imposées aux véritables signes locaux. (Composées chacune d'une nmltitude de mouvements fort petits, elles offrent, comme les odeurs, comme les timbres de divers instruments, des*diÛérences de qualités bien marquées; mais elles ne forment pas un système de termes qui, par l'identité de leur dénomination commune, permettent une évaluation exacte en quantités commensurabics. Doiton en conclure que ces signes ne suffisent pas, par eux-mêmes, à faire localiser les sensations produites par les excitations cutanées 1 Nous croyons qu'ils ne suflisent pas. Deux signes a et ^, accompagnant la même sensation ?:, nous autorisent bien à distmguer comme deux sensations les sensations t: a et tc ^, mais pas encore à interpréter cette distinction en supposant une ligne dans l'espace dont les extrémités A et B seraient dans les points d'origine de l'une et de l'autre.
« Pour localiser ainsi des sensations, il faut posséder déjà l'image géométrique des contours du corps et avoir appris, par expérience, à quel point A ou B les sensations doivent être rapportées suivant qu'elles sont affectées des signes
ISq vsycmoLOGVi pbtsiologiquk
■ ou ^. Ce n'est que lorsque cetle coDdiUon sera remplie, que la pluralité du tigneu a, p, f, S, associés i Is même sensitlon principale x, pourra nous bire Imaginer une impression produite i U tois nir plusieurs points de la peau, on répandue sur tout un contenu d'étendue; c'est ainsi qu'un cerbin degré d« chaleur a^ssant sur la surrace entière du corps nous donne celM sensaiioa remarquable d'une impression Taible, mais multiple, bien diCTérenle d'une impression unique, concentrée et plus intense.
• Les signes accessoires qulsontattacliésaux excitations cutanées n'expliquent pas, sans le secours de la vue, cette localisation exacte, et cependant les >veuglea-nés sont eux-m^mes capables de la faire. Il doit donc ; avoir, à déraut de la vision, on autre mojen d'assurer celte localisation : nous le trouTeroQs en étudiant nos mouvenienU {1). ■
207. La théorie des signes locaux a été acceptée par Helmboitz, par Wundl, et par d'autres encore; eile n'esi pas limitée aui seules sensations cutanées, mais elle est admise aussi pour les sensations de la vue, comme je le dirai plus loin.
Cette théorie des signes locaux se rattache il un autre principe, à l'opinion de certains philosophes qui veulent admettre que la perception de l'espace dépend de conditions purement natives, qui se réduisent ù des dispositions anatomiques ; et à celle de certains autres qui, au contraire, admettent que la perception de l'espace vient entièrement de l'expérience. Ces vues ont pris des noms particuliers dans le débat auquel a donné lieu la question : la première a été nommée nativiste,h seconde empirique. Wundt les divise ordinairement en nativûite et génétique, entendant par la première l'opinion qui s'en tient à l'organisaiion comme fondement du phénomène, et par l'autre, au contraire, celle qm s'en tient au développement psychologique. Cette ^dernière est l'opinion de Lotze que nous avons déjà exposée ; l'opinion de Weber
preuve du développement indépendant de lorgane du tact par le moyen du mouvement, ou une preuve que la perception visuelle des parties de la peau qui touchent et sont touchées n'exerce aucune influence notable; de fait, les cercles de sensations, dans les endroits qui peuvent être vus, ne sont pas plus petits, en général, que ceux qui sont dans des endroits où ils ne peuvent être vus, comme il résulte des expériences de Weber. En donnant une grande importance aux mouvements pour le développement des perceptions de tact, Wundt déclare que les différences de la sensation tactile, par lesquelles les parties du corps qui touchent peuvent être connues, sont qiuilitativeSy et il établit, comme Lotze, des signes locaux, ayant appelé cette différence locale des divers points de la peau, coloris local f locale FarbungJ (1).
La doctrine de Wundt parait plus complète que celle de Lotze, et parce qu'elle fait une part à la structure organique et une autre à rhérédité, et puis parce qu'elle donne au mouvement une plus grande importance que celle même de Lotze ; d'où il suit que, selon Wundt, la différenciation spéciale dérive du mouvement et progresse à la suite du contact des objets externes. Ici, dit-il, les signes locaux et les sensations dérivées du mouvement concourent pour établir les relations spatiales de l'objet (2).
Enfin la perception de tact pour Wundt dérive d'une synthèse, dont les éléments sont les sensations tactiles et le sentiment d'innervation ; d'où il résulte que l'union spéciale des sensations du sens périphérique et le sentiment central d'innervation, qui, dans le cas qui nous occupe, manifestent Tordre spatial des premières, se nomme synthèse psychique^ ce qui veut dire que c'est un produit qui a de nouvelles propriétés qui ne sont pas contenues dans les éléments d'où dérive la synthèse même (3).
Wolkmann (4j qui dans la perception d'espace par la sensation tactile donne la première place au sens musculaire, et qui, d'accord avec les partisans de la théorie empirique, admet que l'œil aussi bien que les organes du tact doivent la plus grande partie du développement de la perception de l'espace à leur mobilité, c'està-dire à l'union des sensations spécifiques et des sensations musculaires simultanées, combat la théorie des signes locaux et veut admettre que la propriété de distinguer la sensation de droite et celle de gauche, celle de haut et celle de bas, appartient au sens du tact, et n'est ni une sensation sui generis ajoutée à la sensation tactile, ni une modification qualitative.
208. En examinant la théorie de Lotze, comme elle a été exposée ici
(i) Op. eit,, p. 482.
(2) Op, cit., p. 183.
(3) Op. cit., pp. 481-5.
(4) Lebrbuck der Physiologie vont Standpunkte des Raelismus uniU nach genetiâcher Méthode, 2 Aufl. Zweiter Baod, S dl> Cùthea 1876-6.
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d'après ses propres paroles, on trouve qu'il revient quelque rôle à la structure de la peau dans la perception d'une difféi-ence locale entre ses diverses parties. Wundt, comme on l'a vu, n'a pas nié à la théorie nativiste un certain mérite, celui de vouloir placer la cause delà diDérencc locale dans la structure ; ainsi, conciliant les deux théories, il a cru indispensables les deux éli'mcnis, conditions organiques et expérience, ou, en d'autres termes, conditions physiologiques dérivées de conditions anatomiques, unies au développement psychique qui s'appuie sur l'expérience. Lolze qui donne la plus grande importance au di'tveloppement psychologique semble ainsi le regarder comme la condition unique de la perception d'espace; il est cependant contraint d'accepter une différence accidentelle dans la structure de la peau, pour avoir la diversité des signes locaux. Si les excitations cutanées étaient parfaitement identiques, ou bien il n'y aurait pas d'onde nerveuse accessoire, ou bien elle serait toujours la même ; et dans le premier cas pas plus que dans le second, il ne se produirait de différence locale, et, par suite, on n'aurait pas de signe local. D'un autre côté, Lotze en admettant que les signes locaux ne sont pas suflîsants pour nous donner les différences d'espace sur la peau, mais qu'il est nécessaire qu'on lyoute l'expérience visu(?lle, pose une chose qu'il faut démontrer, parce qu'il suppose que nous connaissons la disposition dans l'espace par la vue. Mais il y a une autre inconnue ; les signes locaux sont ainsi admis dans la perception visuelle ; et à leur tour ils ne peuvent pas être suffîsants, pas plus que ne le sont ceux de la peau, pour expliquer le fait. Du reste l'hypothèse de Lotze de la nécessité du scDs de la vue pour le développement de la perception du tact avuc les signes locaux est contredite par les expériences de
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dent avec le son fondamental et que nous savons, non plus d'une façon inconsciente, comme dans les signes locaux, distinguer un timbre d'un autre. Je ne nie pas pour cela qu'il y ait des différences locales dans la peau , selon qu'elle est plus épaisse ou plus souple, qu'elle touche des parties molles comme les muscles ou la graisse, ou des parties dures comme le périoste et les cartilages. Mais avec cela nous aurions des ondes accessoires assez conscientes, et nous pourrions distinguer une sensation qui dérive d'une excitation de la peau en contact avec les muscles, d'une autre dérivant d'une excitation sur la peau qui recouvre l'os ou le cartilage ; mais nous ne pourrions pas distinguer deux sensations excitées sur la peau qui recouvre une même partie molle ou dure, parce que ces ondes accessoires sont identiques pour les deux excitations .
209. 11 me semble que le fait de la localisation des sensations cutanées tient à une toute autre cause et à un processus plus simple, toujours lié pour cela, et subordonné à l'expérience. La sensation s'accomplit toujours dans les centres psychiques, mais elle se manifeste à la périphérie excitée, ou bien on peut dire qu'on a conscience du phénomène dans les centres nerveux où viennent se terminer les nerfs conducteurs dans les racines intei'nes, mais on s'en aperçoit dans les organes pénphériques. Ce phénomène dépend de Texpérience des sensations mêmes pour lesquelles il y a une réflexion (1) du phénomène subjectif, et comme une tendance de la perception à revenir vers la cause externe qui a excité le fait psychique, parce que ce fait est en relation avec elle. Les ondes nerveuses qui partent * de la périphérie arrivant aux centres se réfléchissent par la même voie et viennent s'arrêter au point d'exi^itation. En réalité, le processus nerveux depuis l'excitation jusqu'à l'achèvement du phénomène psychique n'a pas été interrompu, mais il est au contraire persistant pendant quelque temps, et non seulement au point d'arrivée, aux centres, mais encore à la périphérie excitée; si bien qu'on peut dire qu'il y a, au moment de la sensation consciente, un processus nerveux persistant depuis la partie excitée jusqu'au centre de conscience. Dans les premiers degrés de la vie, chez les enfants, ce processus nerveux vient se fondre sans distimttion dans les centres ; on a par suite une conscience vague de la modiGcation sensationnelle, qui se rapporte à la douleur et au plaisir, au ton plutôt qu'à la perceptivité. La perceptivité se développe par une réflexion de l'onde excitatriire, et cette onde ne peut être réfléchie sur un autre point que sur le point même d'excitation d'où elle est partie. L'existence de cette onde réfléchie peut être prouvée indirectement d'une autre façon. Quand nous voulons nous représenter une partie du corps déjà connue de nous, nous sentons cette même partie non pas conune s'il y avait un stimulus extérieur, mais comme
(1) Voir livre I, ch. vi.
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s'il venait de notre intérieur un stimulus qui se propage h la périphérie; et de cette façon nous ne sentons de cette partie que nous nous représentons sans aucune autre excitation que la partie cutanée, c'est-à-dire l'enveloppe, et c'est cette partie que nous sentions dans les autres expériences. On en peut dire autant de ce Tait que connaissent bien ceux qui ont eu une jambe coupée. De temps en temps ils sentent leur jambe cpi'ils ont perdue, ou ils se plaignent d'une douleur dans cette même partie du corps qu'ils n'ont plus depuis quelque temps. C'est un stimulus des nerfs coupés qui va aux centres et qui l'ctoume à la périphérie, non pas toutefois à la périphérie actuelle, mais à celle où l'on sait par expérience que s'était formé le courant nerveux.
Par suite, ce courant nerveux s'établit petit à petit dans la via individuelle, et, comme il s'affermit de degré en degré, la percepUvîté se développe jusqu'à l'étal adulte. Ces conditions étant posées, le phénomène de la localisation devient facile à expliquer. Si les points excités sont a, b, c, trois ondes nerveuses courent vers les centres, où le phénomène en s'achevant devient conscient; la réflexion des ondes a été thite sur les mêmes points a, 6, c, qui sont par suite perçus comme trois points difTéreuts, par le fait même que les excitations sont venues de trois jioittts dilTércnts. Qu'on remarque que la position de chaque point peut être connue en tant qu'il est en relation avec un autre, ou, en d'autres termes, parce qu'il occupe une position relative ; sans cette condition la locaUsation n'aurait lieu que d'une façon indéterminée, elle ne s'arrêterait pas en un point déterminé, qui ne peut devenir tel que par r<^laIion. Aussi les excitations cutanées identiques peuvent très bien être perçues comme diiïi'Ti'nli.'s quimii'i h» situation, liiiidi-iii
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conditions psycho-physiologiques de la localisation cutanée qui peut nous donner la première représentation d*espace.
Le contact d'un objet avec certaines parties du corps excite un certain nombre de points sensibles de la peau, lesquels, excités simultanément, constituent des courants ner>'eux, parallèles, se dirigeant vers les centres, et déterminent ensuite les ondes réfléchies sur les mêmes points, lesquelles ondes sont les conditions de la localisation. La position relative des points localisés, pour Tautre phénomène que j'ai appelé objectivaiion de la sensation, se rapporte à l'objet stimulant ; les parties relatives qui constituent la relation d'espace de la peau se rapportent à l'objet même qui apparaît avec la même relation d'espace que la peau. Je suppose que l'objet ne présente aucune différence sensible dans la partie qui est en contact avec la peau; il n'y aura pas alors d'autre différence que la différence de position des parties excitables. Mais ce n'est pas la pure sensation tactile qui peut nous donner cette position relative des parties de l'objet, renversement de la position relative des parties localisées sur la peau : on a déjà admis que deux sensations y contribuent, celle de pression et la sensation musculaire, en même temps que le sentiment d'innervation qui l'accompagne. Je veux dire qu*il y aura un mouvement, une complication plus ou moins grande de toutes les sensations cutanées au contact de l'objet perçu. Si l'objet ne diffère pas dans ses parties, il excitera successivement et simultanément sans aucune différence perceptible ; il apparaîtra alors comme un co7itinu, c'est-à-dire comme étant constitué départies non interrompues, sans aucun hiatus. L'objet nous donne alors Tespace à deux dimensions, longueur et largeur, et se présente conmie étendu. Cette forme d'extension est, comme on le voit, un résultat de l'activité psychique avec toutes les conditions physiologiques de la localisation plutôt que du m,ode spécial de l'objet qui a excité l'organe.
Si, au contraire, l'objet, dans les excitations des diverses parties de la peau, présente des différences , c'est-à-dire si les excitations diverses qui dérivent du contact de l'objet ont des différences perceptibles, si ces différences ne sont pas assez grandes pour produire la discontinuité, l'étendue présente alors des variations pour les qualités qui peuvent être perçues par le tact, comme la rudesse, la rugosité et les variations plus ou moins grandes depuis le poli jusqu'au degré de rudesse le plus prononcé. Mais les corps ne présentent pas une véritable continuité dans leurs parties et on peut dire ainsi qu'il y a de grands int(Tvalles entre les éléments étendus qui les composent. Toutefois le tact et la pression ne s'aperçoivent pas de ces intervalles ou de ces hiatus, à moins qu'ils ne soient très grands relativement au rapport réciproque des parties étendues. En d'autres termes, l'organe de la peau n'a pas une sensibilité assez grande pour percevoir les hiatus ordinaires d'un corps étendu, qui par suite paraîtra toujours continu. Mais si ces intervalles sont plus
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considérables, il y a dans la perccpUon une dlsconiinuité qui correspond à une partie du corps non occupée par des éléments étendus, ou h anvide. En réalité la discontiauité dans la perception d'espace se produit par la sensation successive et simultaaée de parties qui sont séparées des autres dans le nit^me corps par suite de l'absence d'autres éléments étendus. Et cela peut être perçu, parce qu'il y a dans la localisation cutanée une discontinuité que le mouvement peut faire connaître. La forme, la figure des objets dépendent de conditions qui sont celles de la perception de ta troisième dimension de l'espace.
211. L'espace est perçu comme vide et comme plein. La première perception vient de la sensation musculaire seulement; lu seconde, de ta sensation de tact, de pression, et du sentiment ' d'imiervation motrice. La faculté qu'ont les diverses parties du corps de se mouvoir librement, et le sentiment qu'on éprouve dans ce mouvement sans rencontrer d'obstacle d'aucune sorte, font acquérir la perception d'espace vide ou non occupt^ Au contimire, l'obstacle qui vient s'opposer au libre mouvement d'une partie du corps donne un sentiment de résistance qui est le sentiment fondamental pour la perception de l'espace plein ou de l'étendue de la matière. Toutefois dans la résistance, d'autres sens sont mis en activité, et surtout le sens cutané du tact et celui de la pression. La résistance suscite réellement la sensation de pression, et une résistance plus énergique peut susciter même la tension musculaire, tandis qu'un simple contact léger et superficiel provoque la sensation de tact proprement dit.
Mais si le sentiment de résislance est fondamental pour la percepdon d'espace, il ne donne cependant pas l'extension dont les moda-
(lire que le contact simple, ou contact de pression, n'est pas le fait d*un élément isolé de Torgane sensible, mais d'un grand nombre d'éléments excités simultanément ; de sorte que, dans le cas du mouvement, la série n'est pas constituc^î par des éléments sensationnels isolés, mais par des groupes d éléments, lesquels donnent n'^ellement une sensation continue, ou une contiguïté réelle de parties étendues. De là il arrive que, dans la succession des divers groupes d'éléments étendus, il n y a pas entre eux séparation totale, mais seulement partielle, un lien subsistant toujours, lequel lien est une partie du groupe même dans la succession par série. Si Textrémlté de l'index est en contact avec la surfaxe polie d'une lable, et si elle reste inuiiobile, il y a beaucoup d'éléments étendus du corps en contact avec un grand nombre d cléments sensibles de la peau ; si on fait mouvoir le doigt dans le sens de la longueur de la table, il résulte qu'à chaque mouvement le doigt se déplace d*une quantité égale à sa propre surface, mais ce déplai^ement ne produit pas un contact avec des parties de l'objet entièrement nouvelles : le contact a lieu alors en partie avec des points déjà touchés par Textrémité du doigt déphicé. Je suppose d'un centimètre la largeur de l'index en (;onlact avec la table ; la partie de la table qui excite Torgane cutané est d un centimètre. Si je déplace le doigt, avant qu'il y ait un déplacement total d'un centimètre sur la surface de la table, il arrive qu'une extrémité du doigt, par exemple Textrémitt^ de droite, si le mouvement se fait vers la droite, occupe uncî portion du second centimètre ciui devra être la seconde partie de; lu série ; et toutes les autres parties de l'index passent par la même; portion sur les partiels rontiguës au premier centimètre, tandis que l'extrémité de gauche reste libre. La surface du doigt se déplaœ d'un centimètre, mais celle de la table qui est occupée ne (thange que d'une partie t|ue, pour prendre des nombres, je suppose d'un millimètre, ou la dixième partie de celle de la peau, de sorte qu'il reste encore neuf dixièmes, ou neuf millimètres de la lable à exciter la peau ; et ainsi successivement, d'autres parties nouvelles de la table venant remplacer les anciennes. De cette façon on a simultanément une série d'excitations qui sont contiguës, et chaque série a avec l'autre un lien de coexistence. Ainsi, il me semble que la succession se confond dans la coexistence ou la contiguïté des élénuînt corporels, qui constituent la forme universelle d(î l'espace plein, l'exti^nsion.
212. La psychologie anglaise, dans son interprétation de la perception d'espace, ne parle pas des signes locaux admis par les écoles allemandes. Bain explique la localisation des sensations cutanées au moyen de Texpérience et de l'association, en niant d'une manière absolue qu'elle puisse être intuitive (théorie nativiste). c La localisation de nos sensations, dit-il, est un effet de la perception. Avant l'expérience, nous n'avons aucune notion de la situation ou d'une
Sergi. 13
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sensution locale, (lommc, par exemple, d'une douleur dans l'épaule, ou dans un doigt de pied. Il est impossible que nous ayons une semblable notion par intuition ; il faut que nous joignions le sentiment interne que nous éprouvons ù une image visuelle de la partie où naît cette sensation, ou à une expérience du tact qui nous apprend la situation de cette partie. > — < Notre corps est un objet exposé à nos sens et à nos mouvements, tout comme une table, une statue. L'œil peut en embrasser presque toutes les parties, la main peut les percevoir, l'oreille entendre les sons qui en dérivent, la bouche et la langue peuvent y être appliquées comme la main. Les yeux en apprécient la couleur, le contour, la solidité; l'esprit habiluéà la perception du volume et de la distance peut concevoir l'éloîgnement des parties et la grandeur de l'ensemble, grâce au concours des divers mouvements propres au corps. > — < Jusqu'ici le corps est pour nous un objet extérieur ; mais il est encore le siège de diverses espèces de sensations que nous rapportons d'ordinaire û quelque lieu, il la tête, au bras, ii la poitrine, etc. Comment avons-nous la connaissance du lieu de la sensation ? Par l'expérience et l'association d'après la distinction des fibres nerveuses qui occupent les diffcn-ntes parties. > < Cette association qui unit une impression interne et la vue ou le tact de la localité où est née l'impression agit par i-éciprocîté, et produit des effets singuliers.
t En fixant l'œil sur la main, par exemple, et en la regardant attentivement pendant quelque temps, nous pouvons Taire naître une sensation par une sorte de courant de retour : l'idée qui pour nous consiste à réveiller une expérience passée dans les mêmes voies nerveuses, tend à rappeler la réalité. » Ce courant de retour est l'onde réllexe dont j'ai parlé plus haut, et qui, je crois, est la vraie
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sion dlntensité fixe, nous en sommes diversement aflectés selon sa durée. Si nous exécutons une poussée d*un quart de minute, et si nous recommençons après un intervalle à appuyer pendant une demi-minute, nous sentirons une diiïérence dans les deux eflorts. La durée implique une dépense plus grande de force en une seule manière, et nous avons distinctement conscience de cette augmentation. Nous savons encore que ce n'est pas la même chose qu'un accroissement dans l'intensité de l'eflbrt. Non seulement on sent entre ces deux modes d'augmentation une différence de degré, mais on y sent aussi une différence spécifique >. — c L'un est le sentiment et la mesure de la résistance ou force ; l'autre, la mesure du temps. >
c C'est par la continuation que nous mesurons l'amplitude de la contraction musculaire, ce qui est la même chose que Tamplitude ou l'extension du mouvement de la partie mue. De ce que nous avons conscience de la continuation plus ou moins longue d'un mouvcm(;nt, nous sommes en état d'estimer l'étendue plus ou moins grande de Fespace parcouru. Voilà le premier pas, le fait élémentaire de la sensibilité dans la connaissance de l'espace. Sans doute, pour la perception de l'étendue, il faut une combinaison des sensations des sens avec le cours du mouvement, mais l'élément essentiel de cette connaissance est donné par les sentiments du mouvement (1). >
214. Le tact, selon le même Bain, concourt à nous donner la notion de l'espace, et principalement la propriété fondamentale du monde extérieur, c'est-à-dire Vétenduey dont la distance, la direction, la position et la forme ne sont que des modes spéciaux. Examinant la sensation tactile, il trouve que, grâce au mouvement, nous avons une conscience plus nette et plus vive qui nous met à même d'estimer plus exactement le degré de la continuation. Le mouvement dans le vide n est pas capable de nous donner la différence entre la succession et là coexistence, ou entre le temps et l'espace, qu'il faut déjà posséder avant de pouvoir dire qu'on connaît l'étendue. Et en réalité, temps et espace sont corrélatifs, et Tuu ne peut être connu si l'autre ne lest, c Nous pouvons montrer maintenant comment la représentation de nos mouvements, sous forme de sensations, nous fait distinguer Tun et l'autre de ces deux faits ou propriétés que Ton appelle la coexistence et la succession ». c Nous avons la succession quand nous prenons un corps qui se meut avec la main, et que notre main à nous se meut ; nous avons alors une sensation d'un contact et d'une pression qui ne changent pas, et la sensation forme un ensemble avec le mouvement. Si, au contraire, nous mouvons la main sur une surface fixe, nous avons, en même temps que le sens du mouvement, une succession de sensations tactiles. Dans ce cas nous avons la coexistence dans Tespace. La coexistence devient plus
(1) Op. cit., pp. 75 et suiv.
196 PSTCHOLOCIE PHTSIOLOGIQt-B
apparente quand nous changeons le mouvement, el que nous remontons ensuite la série tactile en sens inverse. > — < Ces expériences nous amènent peu à peu à constater une distinction profonde entre des mouvements idenliques faits dans des circonstances diverses ; cette distinction s'exprime par les mots succession et coexistence, temps et espuce. La succession est lo fait le plus simple ; un contact qui ne change pas, accontpagoé d'un mouvement, lui suflit. Mais la coexistence est bien plus complexe : les principaux éléments qu'elle suppose sont ceux que nous avons indiqués, une série de contacts, et l'inversion de la série par l'inversion du mouvement. lâ répétition de ces séries directes et inverses, accompagnées des mêmes elTcts dans l'esprit, constitue la notion de permanence et de fixité des dispositions que suppose l'objet, le monde extérieur, l'univers conçu comme coexistant dans l'espace {!). >
Il résulte de là que le coexistant dérive du successif ; et c'est là un tmîl caractéristique de la philosophie anglaise actuelle. J. Smart Mill s'en tient aux mêmes idées que Bain (^J ; pour H. Spencer c'est là la conception fondamentale de la perception et de l'idée d'espace (3). J'exposerai plus loin la théorie de Spencer quand j'aurai noté les [ihénoménes de la vue par rapport k l'espace.
215. Les phénomènes de lu vue difl'èrent de ceux du tact en un point principal. C'est que dans ces derniers il y a une localisation, au vrai sens du mot ; tandis que dans les premiei-s, au contraire, il n'y a que la projection de l'Image rétinienne sur une surface ou sur un champ extérieur il l'iuil. Mais, comme il y a beaucoup de manières de considérer cette projection, on a distingué divers champs selon que l'œil est fixe ou qu'il se meut, que la tête de celui qui regarde ou que le champ sont au repos ou en mouvement. En
c] Champ de regard : c*est celui que l'on peut parcourir en mouvant les yeux (1).
Le champ de vision se réduit à la déposition superficielle apparente des objets, et cela se produit dans la vision monoculaii'e , par laquelle on ne distingue pas la distance, et où Tune des trois dimensions de Tespace n'est pas perçue. Les étoiles nous apparaissent comme distribuées sur la surface imaginaire de la voûte céleste. Cette surface n'a pas de forme déterminée (Helmholtz), tandis que le champ visuel et celui de regard sont supposés avoir une forme sphérique d'un rayon infiniment grand, et dont le centre sera au centre de rotation de l'œil. De cette façon, on peut mesurer géométriquement le champ de regard. On détermine la position d*un point que Ion voit dans le champ de regard, au moyen d'une ligne qui partant du centre de rotation passe par ce point et va jusqu'à la surface idéale du champ susdit. Le point où cette ligne rencontre la surface du champ de regard est la position géométrique du point considéré dans le champ [Helmholtz).
Le champ de regard est donc la projection extérieure d'une image rétinique invariable; le champ visuel, celle de la rétine elle-même avec ses images et ses particularités. Ainsi, les images accidentelles, Tarbre vasculaire, le point aveugle, la tache jaune se projettent toujours sur les mêmes parties du champ visuel (Helmholtz). Et, en réa- Uté, nous ne connaissons aucune des images rétiniennes, nous ignorons cette partie sensible de l'organe de la vision, et nous n'en avons pas conscience.
216. Le champ visuel tire son origine, selon Wundi, de deux sources qu'indique la physiologie :
1) Le sentiment d'innervation uni aux mouvements oculaires ;
2) Les signes locaux ou diflerences sensationnelles pour des impressions externes d'égale nature. Helmholtz admet aussi ces signes locaux déjà établis par Lotze aussi bien pour la rétine que pour la peau. Ces deux conditions de la sensation visuelle sont identiques à celles de la sensation tactile : mouvement avec le sentiment qui lui est joint, et signes locaux.
(1) optique physiologique, % 28, pp. 0^9-91. II y a ({uelque différence avec les définitions données par W'undt. Celui-ci distinj^ue un champ visuel monoculaire, et un espfice visuel binoculaire. Il définit le premier : l'ensemble des points de l'espace qui peuvent être vus en môme temps par un seul wil ; le second : l'ensemble de ces points qui sont visibles simultanément ensemble par les deux veux.
Par champ de ret/ard, il entend celui qui comprend les points ({ui peuvent être lixés successivement en tenant la tète lixe. Il appelle champ de vision l'espace qu'embrassent les deux champs visuels monoculaires, par suite tous les points vus avec un seul œil et avec tous les deux. {Lehrbuch der Physiologie^ pp. 639, 627 — Cfr. Grundz. der Phys, Psychol,^ chap. xiv.) Comme on voit, le champ de vision d'Helmholt7. correspond à un champ monoculaire : pourWundt, f*e »Hont tous les deux des champs monoculaires.
198 PSYCHOLOGIE PHTSIOLOGIQVE
Mais si, comme je l'ai déjà montré, celte théorie des si^es locaus ne me semble pas assez satisraisante pour le sens du tact, où se trouve une véritable localisation sur la peau, et où, comme le faisait remarquer Lotze, une différence d'excitation est facile à expliquer par la différence des parties sous-cutanées, elle me semble ici encore moins admissible pour la rétine. Et de fait, si nous ignorons que nous avons une rétine, au moins dans le fait de la vision, et en dehors des recbcrcbes scientifiques, et s'il se produit une projection de l'image rétiniquc, comment est-il possible que nous sentions une sensation qui devra ^tre rapportée au lieu excité î S'il n'y a pas de localisation sur la rétine, comment sera-l-il possible que nous sentions une différence de lieu? Je crois, au contraire, qu'avec l'hypothèse que j'ai émise au sujet de la localisation cutanée, il est facile d'expliquer comment la vue donne la différence dans l'espace. J'ai supposé des ondes réflexes qui se produisent en suivant cette même voie des nerfs sensitil^ excités. Comme dans la peau les objets sont en contact, la localisation se fait ù la superficie ; mais dans la vision elle dépasse la superficie, et se projette dans le champ visuel en suivant les mêmes directions que les lignes visuelles.
Toutefois ceue projection de l'image réiinique est le propre du champ de regard, et là une plus grande activité psychique se manifeste dans la perception, qui est une tendance vers l'objet qui a^ éveillé cette activité. Par suite les points de la rétine sont différents sans que, pour cela, la sensation de chacun des points soit différente ; mais les fibres nerveuses excitées sont variées et différentes ; elles sont placées dans des situations dilTérentes, sur une surface qui peut ôlrc fM'iU''!' iKirtii'llciiii'nl et (jiii projciH' alors une Iniagi- dont la
champ sur lequel se projettent rimage et les modifications de la rétine (1).
Au lieu donc de dire avec Wundt que le champ visuel dérive des mouvements oculaires et des signes locaux, qui sont aussi regardés par Helmholtz comme des éléments sensationnels nécessaires pour déterminer la position de Tobjet dans Tespace (2), j'admets qu*il dérive des mouvements oculaires avec le sentiment d'innervation, et de la projection de la rétine, laquelle projection vient de Tonde réflexe d'excitation rétinienne, et de l'expérience. 11 y a ici divergence avec le sens du tact, et convergence ; le sens cutané a un contact immédiat avec l'objet, et il y a par suite coïncidence des points de l'objet même avec les diverses parties de la peau ; dans la sensation visuelle l'objet n'a aucun contact avec l'oi^ane, c'est la lumière qui le met en évidence, et qui peut être regardée par suite comme un intermédiaire. Il y a aussi dans la vision coïncidence des points deTobjet avec ceux de la rétine ; mais cette coïncidence n'est pas consciente pour l'être sentant ; on peut la voir cependant avec les points correspondants de l'image projetée. 11 y a une autre différence très importante : l'image rétinienne est plus petite que la surface visuelle, tandis que dans la perception, et on le voit par les images accidentelles, elle prend la même grandeur que l'objet, que l'objet, il s'entend, qui est situé à la distance nécessaire pour être perçu en grandeur naturelle. Dans le toucher, le phénomène est donc plus simple et la localisation plus facile ; dans la vue, il est plus compliqué et la projection nécessite un double processus, c'est-à-dire le retour de l'onde nerveuse sur la rétine, où est fixée l'image réelle, et le passage de la rétine au champ visuel de la même image, passage qui est purement apparent.
217. Dans le champ de regard , on retrouve un ordre sériel analogue ù celui du sens cutané. Il y a là un point dit de fixation ou de regard qui correspond au centre de \2i fosse centrale de la rétine. Quand on tourne les yeux, ce point central passe par une série de points de l'objet visible, tandis que latéralement d'autres points de l'objet même sont représentés aussi. En supposant qu'on fasse tourner l'œil de droite à gauche dans le champ de regard, on aura un point de l'objet tourné vers le centre de fixation, et latéralement, à droite et à gauche, d'autres points contigus à celui-ci ; dans le mouvement.
(1) Helmholtz parle ainsi des phénomènes localisés : « Nous reportons dans l'espace toutes les excitations des fibres nerveuses suivant cette loi que nous croyons être en présence de phénomènes lumineux situés dans les parties d'un champ visuel monoculaire ou binoculaire où se trouveraient des objets lumineux réels, capables d'éclairer par leur lumière les parties correspondantes des rétines. On peut constater l'exactitude de cette assertion en pruvo(|uant des phénomènes subjectifs réels dans le champ visuel. » — et ainsi de suite. [Optique physiologique S 29, pp. 780 et suiv.)
(2) Helmholtz, op. cit,, $ 28 et trois autres endroits.
le point central passe à gauche, et celui de droite le plus proche du centre arrive au centre, et ainsi de suite. Il arrive dans ce cas que les points de fixation sont successifs, mais ils arrivent à itre représentés simultanément comme points latéraux, jusqu'à ce qu'ils dispa- ■■aisaent du champ du regard ; je veux dire qu'ils font simultanément partie du même champ, non plus comme vision directe, mais comme vision indirecte. Dans ce cas la vision directe se continuant avec la vision indirecte, il se forme un tout continu qui est plus clair que celui qui est représenté par la série de la sensation cutanée ; parce que non seulement il y a continuité dans les parties de la rétine, mais encore parce qu'il y a répétition d'excitation simultanée des points de l'objet sur cette continuité de la rétine. La succession n'a donc pas de peine ici à se transformer en coexistence, la contiguïté en extension.
On peut, au moyen d'un diagramme, représenter ce phénomène, qui paraîtra, par suite, plus clair et plus intelligible. La surface d'un objet est représentée dans la fig. 33 par la ligne S D, et supposée
çtLetic ù a f a'û'c'd'f.' y.
PERCEPTION D*ESPACK 201
fosse. Il en est de même pour la surface de l'objet ; le point fy qui correspond au point de regard, la divise en partie gauche et en partie droite. Les lignes montrent la direction des rayons lumineux qui se brisent ici pour plus de simplicité, dans la pupille, par suite de ia réfraction.
La tête restant fixe, l'œil se meut dans le champ du regard en parcourant successivement les points de la surface visible. Si donc, dans la ligure, Tœil se meut toujours dans une direction horizontale vers la gauche, la ligne F f, ligne moyenne ou de regard, devient Fn, le point f passe à droite du champ du regard, à gauche de la rétine /h. L'œil continuant son mouvement, la ligne devient successivement F6, Fc, F(/, Fe, etc. ; a, 6, c, rf, e passent à droite du champ, à gauche de la rétine, en devenant successivement na\ ha\ ca\ da\ ea\ puis hh\ iW eh\ et ainsi de suite. Tout point de la gauche passe par le centre de vision et par le point de fixation, (;e qui est la vision directe, pour passer ensuite à la partie droite où commence la vision indirecte. Il en est de même encore si le mouvement de Tœil se fait vers la droite. En supposant en e et e' les limites de la rétine, eeié (ligne S D) seraient les points de plus gi*ande vision indirecte, tandis que a et a' seraient les points de moindre vision indirecte, et les plus voisins de la vision directe; les points h, t, /, m, n ne seraient pas visibles si la ligne de fixation était F f; si elle devient Fa, h apparaîtra ; si au contraire elle devient Fc/, n apparaîtra, et b\ é disparaîtront de la vision indirecte, etc.
Dans la vision directe et indirecte d'une surface au moven du mouvement oculaire, on a donc simultanément la sensation directe et indirecte d'une portion et de toute la surface, et la succession se change en coexistence des points visibles, parce qu'un point qui était de fixation devient point latéral coexistant avec le point de fixation qui a succédé, et ainsi de suite. Dans ce cas, un point qui s'éloigne du centre de vision est vu encore une autre fois en vision indirecte et en même temps qu'un autre point de vision directe.
2 1 8. Cette conclusion est encore mieux confirmée par une autre considéi'ation. La fossette centrale n'est pas un point, elle a une certaine étendue ; il n'y a donc pas qu'un seul point excité dans la vision directe, mais une série dans le même temps. Si j'ai supposé que c'est un point, c'était pour rendre plus facile la démonstration précédente. Mais, en ramenant les choses à leur état réel, il en résulte une excitation d'une certaine étendue, c'est-à-dire se faisant sur un espace, à deux dimensions, pai*ce qu'il y a dans la rétine une série de points excitables, non seulement dans le sens de la largeur, mais encore dans celui de la hauteur. Sans faire tourner les yeux de leur position horizontale vers le haut ou v(4*s le bas, mais en les dirigeant simplement à droite et à gauche, il y a une zone superficielle qui excite successivement la rétine dans sa partie moyenne, non pas en un point mais en une série ou un complexus de points.
303 PSVCHOI.OGIF. PHYSIOLOGIQUE
D'où il suit qu'on peul diri? de cette partie de la rétine ce qu'on dit du sens du tact, d'un doigt par exemple, à savoir que sur une portion de la surface passent successivement beaucoup de points de la peau excitée, en sorte qu'une seule particule super6cielle excite divers points de la peau successivement, tandis qu'il y a simultanément excitation d'autres parties de la m^me surl^ce. II en est de même pour la rétine ; du point médian aux parties latérales de la foxse, il y a une série de points excitables, qui arrivent successivement à ^tre excités par un point donné d'une surihce, et simultanément avec d'autres points qui sont excités par d'autres parties de la surface.
A ces conditions, qu'on ajoute celles de ta vision indirecte, déjà indiquées ci-dessus, et on trouvera que les conditions pour la perception de l'espace occupé sont plus nombreuses et plus délicates pour le sens de la vue que pour la sensibilité cutanée, bien qu'il y ait certains modes d'étendue qui soient mieux et plus directement perçus par la sensibilité cutanée, surtout par le tact, et pour lesquels la vue doit, en ce cas, apprendre du tact la façon de juger. Mais quant au cbamp de surface perceptible, la vue dépasse de beaucoup le sens cutané, et parce qu'elle peut embrasser sans mouvement un champ plus étendu, et parce qu'avec le mouvement, elle peut le parcourir avec ime vitesse beaucoup plus grande ; la succession, dans la perception visuelle, se change plus facilement et plus vite en coexistence.
219. La troisième dimension de l'espace dépend de conditions plus compliquées. La vision monoculaire ne nous donne que les dimensions superficicllos, foni/tieur et iarjeur; il faut y :youter celle de la profondeur, laquelle se réduit à la distance qui sépare de l'œil
de Helmholtz ; car le premier, c*est-à-dlre Tangle visuel, est un moyen pour connaître la grandeur de l'objet et sa distance, ce qui est compris dans la première catégorie d*Helmholtz. Les autres sont identiques.
220. Dans la perception de la troisième dimension, nous avons la gi'andeur et la forme. Mais la grandeur dépend de la distance absolue de Tobjet à nos yeux, tandis que la forme peut (^tre représentée par la distance relative. Dans Tappréciation de la grandeur, il y a celle de la distance absolue. La grandeur peut être trouvée sans la forme, mais non celle-ci sans la grandeur. La distance absolue est celle qui existe entre l'objet et Tœil, indépendamment de la disposition des divers points de Tobjet ; elle peut être appréciée par le degré absolu de convergence que présentent les lignes de regard, quand elles sont dirigées sur quelque point de Tobjet. Par distance relative, on entend celle de chacun des points de Tobjet, lequel présente une différence quant aux divers points dont il est formé. L'appréciation de cette distance s*appuie sur les différences que présentent les images réUniques des deux champs visuels. Pour la distance absolue, la différence des images n'a aucune valeur, ou est, pour le moins, de peu d'utilité. Je disais qu*on peut avoir la représentation de la grandeur sans celle de la forme ; cela se produit surtout pour les objets qui sont situés à une distance inGnie, où il n y a en réalité aucune différence d'images, tandis que la perception de la forme est toujours accompagnée de celle de la grandeur. Du reste, ce n'est pas la seule différence des deux images rétiniennes qui fait apprécier ces deux modalités de l'étendue ; il y a encore d'autres moyens, comme on l'a dit plus haut. Je dis seulement, quant à l'appréciation des deux distances, que, d'après les diverses expériences, celle de la distance relative est d'une exactitude surprenante, tandis que celle de la distance absolue est très incertaine, et souvent inexacte (1).
221. Examinant le premier moyen qui contribue à la représentation de la distance, Helmholtz trouve que cette représentation est aidée par un grand nombre d'expériences ; c'est-à-dire qu'il y a rinfluence de la perspective, t parce que le même objet, vu à des distances différentes, donne des images rétiniennes de grandeurs différentes, et se présente sous des angles visuels différents i.
c Dans un grand nombre de cas, il suflGt de savoir ou de présumer que l'objet perçu a une certaine régularité, pour arriver à une interprétation réelle exacte de l'image qui se présente, que cette interprétation nous donne ou l'objet, ou un dessin qui le représente. > De là peuvent naitres beaucoup d'illusions. Les ombres, 1 eclairement, le voisinage, d'autres objets connus ont aussi une certaine influence pour l'appréciation de la distance et de la grandeur des objets.
(1) Cfr. HelmholU, op. nï., S 30, pp. 815-30.
304 PSrCHOLOGIE PHYSIOLOGIQUE
Passant au second groupe de moyens, le m^me auteur trouve que l'appréciation de la distance, donnée par l'accommodation de l'œil, est très imparfaite ; et il le prouve par certaines expériences de Wundt, et par d'autres faîtes par lui-même. * Un moyeu d'apprécier les dislances plus important et plus exact que celui qui précède, c'est celui qui s'appuie sur la comparaison des images perspectives que présente un objet, quand on le regarde sous des points de vue différents. Ce mode de comparaison peut se faire de deux manières : par la vision monoculaire, en dépla(,'ant la téic ou le corps, ou par la vision binoculaire, avec l'aide des deux images difTérenles que le même objet fournît simultanément aux deux yeux. > — C'est le mouvement qui a ici une grande importance ; et la distance peut être appréciée dans la vision monoculaire, parce qu'il se forme deux images rétiniennes, la première d'abord, puis une autre après le déplacement de la tête et du corps. Lu confrontation de ces deux images successives permet de trouver la dislance avec une certaine précision. C'est ce qui se fait mieux dans la vision binoculaire, parce que les deux images sont simultanées. Et de fait, chaque œil a une image rétinienne propre de l'objet qui se présente h la perception, et chaque image dîllère de l'autre d'une certaine façon, parce que les deux yeux n'occupent pas la mt^me position dans l'espace, et que le regard se dirigeant vers un objet qui est dans le prolongement du plan médian de la létc, l'œil droit voit la partie droite, et le gauche la partie gauche de cet objet. Il y a beaucoup de différence entre les deux images, et ces différences sont plus ou moins sensibles et perceptibles. Elles sont très grandes pour les objets voisins, très petites pour les objets éloignés, nulles pour ceux qui sont dits être à une distance infinie, comme les étoiles. La ditlérence qu'il y a
instrument, non seulement deux iinages ou deux dessins qui représentent les deux aspects d'un objet vu par les deux yeux se fondent en une seule, mais le relief ou la troisième dimension de lespace, la profondeur, apparaît môme. Le stéréoscope le plus commun est celui de Brewstcr ; il consiste en une boite au fond de laquelle on place les objets que Ton veut observer ; sur le devant se trouvent deux prismes convexes, correspondant aux deux yeux. Les rayons qui partent de chaque image sont réfractés par les prismes et entrent déviés dans Tœil. L'œil suit les rayons réfractés, lesquels se i*ençontrent en un point conunun, d*oii la fusion des deux images en une (1).
Gomment se produit cette fusion dans la vision binoculaire?
Pour indiquer les résultats auxquels conduisent les recherches faites par Ilelmholtz et Wundt, il faut établir préalablement quelques définitions.
On appelle points correspondants de deux champs visuels les points qui ont la même position appai*ente par rapport au point de fixation, et qui, par conséquent, coïncident dans le champ visuel commun. Comme à chaque point de tout champ visuel correspond un point de la rétine, on peut parler aussi des points coïncidents correspondants ou identiques des deux rétines ('2), Pour Helmholtz, ces trois dénominations n'indiquent qu'une seule et même chose. Wundt, au contraire, établit quelque distinction entre elles, c Deux points des deux rétines, dit-il, sur lesquels, par suite de la position parallèle des yeux, se trouvent les points de limage qui correspondent aux mêmes points d'un objet situé à une distance infinie, s'appellent points identiques ou correspondants. On a aussi introduit l'expression de points coïncidents J)eckpunkte)y dans lesciuels on a fait abstraction de la position, et tenu compte seulement du caractère le plus commun, celui de la fusion des impressions ; aussi les points coïncidents admis par Helmholtz ne correspondent pas parfaitement avec les points de l'image correspondante (le l'objet à une distance infinie. On voit qu'à ces dénominations se rattachent deux idées qui ont besoin d'être examinées attentivement : l'une anatomique, qui se rapporte seulement à la position des points; l'autre physiologique, qui est en rapport avec le caractère plus ordinaire de la fusion des impressions. 11 semble nécessaire de distinguer ces deux idées par des dénominations difFércntes, et de les distinguer de plus d'ime troisième. Il nous semble bon par suite d'appeler , 1° identiques^ les points de la rétine qui, par suite de la position parallèle des yeux, ont une situation correspondante par rapport au centre de la rétine, et qui correspondent avec les points
(1) Consulter pour de plus amples détails Helmhollx, op, cil.j S 30, et Wundt, op. cit., ch. XIV.
(2,1 Helmholtz, op. cil, y p. 880.
206 PSTCHOLOGIE PHTSIOLOGIOUE
également correspondants de Kmage d'un objei situé à une distance i^nie ; 2° correspondants ceux dont les impressions dans le plus grand nombre des cas se fondent en une sensation indivise au point de vue de l'espace, et qui par suite, en conséquence de celte fréquente union, contribuent à une perception simple; 3" points coïncidents eniin, ceux dont les impressions, dans des cas donnés, sont rapportées it un point extérieur. Ainsi les points correspondants sont souvent aussi les points coïncidents ; toutefois ils ne se confondent pas toujours, d'où la nécessité d'ime désignation spéciale. Les points identiques ont invariablement, pour tous les yeux normaux, la même situation. Les points correspondants sont soumis à de faibles variations individuelles (1).
Helmhoitz accorde, dans le phénomène de la fusion des images, quelque importance à certaines conditions physiologiques, mais c'est aux conditions psychiques qu'il attribue la plus grande importance. Il admet, en fait, une condition d'une grande valeur, c'est la correspondance des points. Si les points ne sont pas correspondants il n'y a pas, en général, fusion des deux images ; il accorde toute* fois avec \^'heaslone, bien qu'avec une certaine restriction, que l'on peut avoir dans certains cas la fusion stéréoscopique d'images non correspondantes. Mais, comme je l'ai déjà dit, il accorde beaucoup d'importance aux conditions psychiques. • La circonstance la plus importante, dit-il, qui nous empêche de percevoir la difTérence de position des deux images doubles d'un seul et ui<;me objet, c'est la représentation que nous nous formons de l'unité de l'objet. Si, comme nousavonscherchë à l'établir, la mesure du champ visuel repose sur une estimation à vue d'œil acquise par l'habitude, la perception des images doubles est également
acquis une idée très vive de la forme représentée par le dessin, ce qui se produit souvent subitement, à la suite d'une interprétation heureuse, je puis mouvoir les yeux avec une grande sécurité, sans crainte de voir de nouveau les objets se séparer (1). >
L'autre condition essentielle est le mouvement des yeux.
Le même Helmholtz, dans un autre ouvrage (2), résume ainsi ce qui a rapport à la vision binoculaire :
c 1^ Les excitations des points correspondants des deux rétines ne se fondent pas en une impression indistincte, parce qu'il ne serait pas possible de voir l'éclat stéréoscopique (3).
c 2^ Les sensations qui dérivent d'excitations des points correspondants de la rétine ne sont pas également indistinctes, parce qa'û ne serait pas possible de distinguer par un éclaircissement momentané le relief exact d'une image stéréoscopique de Timage pseudoscopique (4).
c 3* La fusion des deux sensations des deux points correspondants ne se vérifie pas, parce que chacune d'elles dure pendant quelque temps ; mais la perception binoculaire de la profondeur dépend de ce que les deux images différentes arrivent simultanément à la conscience. Cette perception de la profondeur peut se faire par des images rétiniques fixes et par un éclairement momentané.
c Nous tirons donc de ces considérations, que des deux yeux deux sensations distinctes arrivent simultanément, mais séparées à la conscience, et que, par suite, leur fusion en une image simple intuitive des corps doit se produire, non pas par suite d'un mécanisme antérieurement formé de la conscience, mais grâce à un acte de la conscience.
« 4^ Il en résulte encore que la localisation correspondante des impressions visuelles des points correspondants de la rétine dans le champ visuel se fait tout à fait également, ou, au moins, presque également ; que, toutefois, la perception qui rapporte les deux impressions au même objet simple peut troubler considérablement cette égalité. »
On peut ajouter à cela ce que dit lauteur en terminant l'exposition des principes de la théorie empirique, dont il est partisan et l'un des fermes défenseurs, à savoir, que « parmi les processus psychiques, il ne faut tenir compte que des associations involontaires des représentations, actes qui ne sont pas directement sous le domaine de notre conscience et de notre volonté ; avec cette réserve toutefois que nous pouvons exercer une influence sur leurs manifestations, en leur opposant des représentations, des buts dont nous avons conscience. Il suit de là, continue-t-il , que les résultats de
(1) Op, cii.y p. 920.
(2) Populare wiaaenschaftUche Vorlrage. — BrauQSchweig, 1871, pp. 85-6.
(3) ar. Optique physiologique, pp» 983-87, 997, 1007-1008.
(4) Cfr. Op cit„ pp» 819-20.
?08 PSYCHOLOGIE pmSIOLOGIQUE
cette production des représentations se présentent à nous comme imposés par une puissance que nouâ ne pouvons surmonter, ou du moins que nous ne pouvons surmonter qu'en partie, et qui s'offre, par suite, h noti-e volonté et à notre conscience comme une force naturelle étrangère à nous, ou objective , absolument comme les sensations qui nous viennent du monde extérieur ».
323. Wundt, après avoir distingué les points correspondants, identiques et t-otucidents, montre comment il est possible, d'après la position de l'objet et de l'œil, et la relation des lignes de mire, que les points identiques se confondent avec les points correspondants, ou, au contraire, qu'ils en soient séparés. Si les lignes de mire, spécialement pour les objets éloignés, ne sont pas sensiblement difliérentes des myons de direction, les points coïncidents dans le champ visuel sont également les points de l'objet, quand le champ visuel a la même Torme que celle que présente la surface de l'objet, tournée vers l'observateur. Et c'est le cas, en général, et, par suite, les deux yeux voient généralement une image, et non deux. Wundt disUngue encore un champ visuel objectif, et un subjectif. Il appelle champ visuel subjectif, cette forme du champ visuel qae nous nous représentons à la suite du mouvement du regard et du sentiment d'innervation, e( le champ visuel objectif est, au contraire, la forme réelle delà surface de l'objet tournée de notre câté : il en tire cette règle pour la vision binoculaire : Nous voyons une seule image dès que le champ visuel subjectif coïncide avec le champ visuel objectif; les points du champ visuel objectif, qui ne sont pas situés dans le champ visuel subjectif, nous apparaissent doubles.
1 Le moyen le plus commun de faire correspondre le champ visuel subjectif avec le champ objectif, si cela n'est pas produit par le sentimpnt imvnédia) d'innervatinn. c'osl de fixer s'i'vrasiremenl des fleiii
PERCEPTION D'kSPACE 209
que « la vision binoculaire stéréoscopique ne nous donne pas, comme on le soutient, l'espace à trois dimensions, mais que nous voyons seulement, en général, une surface ^ par suite une image à fleux dimensions. Toutefois, cette surface a luie courbure varice qui change tantôt d une façon continue, tantôt subitement, de telle sorte qu elle peut être construite, avec Taidc de la troisième dimension, dans lespace plan, que nous employons ordinairement pour les mesures géométriques. La diiïérence propre de la vision binoculaire et de la vision monoculaire, c'est que la vision monoculaire peut produire immédiatement, au moyen des lois du mouvement, les deux surfaces les plus simples, la sphérique et la plane, et celle-4i comme une petite partie dune sphère d'un rayon très grand ; tandis qu'avec les deux yeux, grûce au déplacement variable du point de regard, nous pouvons produire dans notre perception des surfaces de toutes les formes (1) >.
224. On a émis pour interpréter ces phénomènes visuels, que j'ai à peine indiqués, des théories différentes, et, de même que pour le toucher, ces tliéories sont dites nativisley empirique ou génétique. La première ne dit rien pour l'explication des phénomènes, car elle admet des dispositions anatomiques innées, et des intuitions naturelles, tandis que la seconde considère comme indifférentes les dispositions anatomiques, et prend pour base Texpérience, à laquelle concourt le sentiment d'innervation, c Pour la théorie empirique, dit Ilehnholtz, la forme de la rétine, la position et la régularité de l'image, pourvu que celle-ci soit nettement limitée, sont des choses absolument indiflerentes ; cette lh(»orie ne se préoccupe que de la projection de la rétine au dehors par les moyens 0{)tiques (2). i
llelmhollz est l'un des plus célèbres représentants de la théorie de l'expérience ; Wundl accepte aussi cette théorie bien qu'il diffère un peu d'Helmholtz. A la ihéorit* nativiste se rattachent d'abord J. Millier, puis Pamim, Hering, qui lui ont donné de grands développements, et d'autres. Parmi les philosophes anglais, Hain et Mill sont pour la théorie de l'expérience ; Spencer prétend concilier les deux manières (le voir. Si je ne me suis pas occupé de la théorie nativiste en parlant des phénomènes qui ont trait à la perception d'espace, la raison en est très simple, c'est que j'accepte la théorie empirique comme (!elle qui est la plus conforme non seulement aux principes que j'ai exposés dans ce ti^ité de psychologie, mais encore aux faits euxmêmes (;^).
225. Tout ceci étant donné, comment a-ton la perception d'espace? Pour Wundt, c'est un processus psychologique comme pour la sensation de tact, une synthèse psychique, par laquelle les signes
l) OrHfulziiffc. etc., p. 010. .:>) ()fUique p/iffJtioioffiqut\ p. 1CX)5, S 33. (3; Grundzuge^ etc., p. 627.
Sergi. 14
210 PSTCnOLOGIE PHVgIOI.OGIQCB
locaux (les sensations périphériques, uciilcs et visuelles, viennent 8e fondre, avec le sentiment gradué d'innervation, en un complexus inséparable. De là, Wundt lui-même donne à sa théorie le nom de liiéorie génétique synthétique, ce qui est nne des formes de la théorie empirique. Il dit dans un autre endroit : «La théorie synthétique cherche à prouver que notre perception d'espace dérive surtout de l'union des sensations périphériques qualitativement variées avec les sentiments d'innervation qualiiativement uniformes, lesquels, par leur gradation d'intensité, conduisent ù une mesure générale de la grandeur. De là, la possibilité que la variété des signes locaux soit ordonnée en un ensemble continu de dùnensions homogènes, c'est-à-dire qu'elle soit rapportée à une forme spéciale. Et ainsi, dans le même temps, la diversité qualitative des signes locaux portés dans la forme de l'espace rend possible la distinction des directions parliculicres et des positions dans l'espace. Ainsi chaque pen^cption visuelle donne non seulement la forme générale de l'espace, mais encore la relaiion des impressions aux directions et aux positions dans l'espace (I). i Cette théorie diffère de celle d'HelmhoIlz, comme le dit Wundt lui-même, en ce qu'elle pose les sentiments d'innervation et les sensations locales de la rétine, comme deux moyens Indépendants l'un de l'autre, dont chacun peut donner par lui-même des représentations d'espace (2).
Wundt, comme Lotze, admet que la représentation de l'espace est une reconstruction ; et j'ai fait remarquei' plus haut qu'il pense que la troisième dimension ne vient pas de la vision binoculaire, mais qu'elle est reconstruite grince aux moyens que fournit cette même vision, avec les sentiments d'innervation motrice des yeux.
226. Quel est le râle des autres sens dans la perception d'espace.
PËRCEPtlON D*ESPACE Hi
grâce à la direction des sons et au mouvement ; la direction elle-même est une acquisition de Texpérience par le moyen du mouvement de la tête.
L'organe de l'ouïe ne peut, comme celui de la vue, se mouvoir sans que le corps se meuve; il est fixé dans Tos temporal, et absolument immobile. Pour lui faire subir un mouvement, il nous faut mouvoir la tête. La position des deux organes, qui sont situés des deux côtés de la tête, leur fait accomplir des mouvements divergents, et non convergents, au point que, dans Tusage de Torgane, on ne fait pas de mouvements, afin que les deux organes viennent converger pour nous donner une perception unique, mais qu'au contraire, on néglige l'un pour l'autre, selon les convenances et les besoins. Toutefois, la situation des organes et leur structure leur permettent de recevoir des excitations de toutes les directions, et de pouvoir percevoir pour toutes les mêmes directions. Ceci est supérieur aux conditions de la vision, qui, l'organe étant dans une position fixe, est limitée à une seule direction. Le champ visuel peut être représenté par une sphère pour la mesure géométrique des directions et des positions ; mais le champ auditif est réellement sphérique dans la position fixe de l'organe, et les excitations viennent toutes comme de la surface interne d'une sphère, ou sont comme les rayons d'une sphère. Quelle que soit la direction d'un rayon auditif, l'ouïe est en mesure d'apprécier la position de la courbe d'où il dérive, et sa distance.
J'ai déjà dit plus haut que cette appréciation dépend du mouvement qui constitue l'expérience du sens. Car ce n'est pas naturellement que l'on peut déterminer et apprécier la direction et la situation de l'objet d'où vient l'excitation. On peut observer ce fait chez les petits enfants qui apprennent peu à peu, et par les mouvements de la tête, la direction des sons. Quand Texpérience est acquise, l'appréciation de la direction des sons devient d'une exactitude très grande si des circonstances extérieures ne viennent pas s'interposer, et produire des illusions auditives. Ces circonstances peuvent dériver d'inflexions d'ondes sonores, de réflexions variées, et de certaines ombres sonores qui peuvent se produire grâce aux conditions du milieu ondulatoire. Bien qu'avec l'expérience nous puissions apprécier la direction de tous les rayons du champ auditif, il est cependant certain que nous percevons mieux dans certaines circonstances les rayons qui arrivent directement et perpendiculairement à l'organe, puis les rayons obliques quand toutefois ils ne font pas un angle aigu trop petit avec le plan de l'os temporal. Et de fait, il arrive que, ne sachant pas quelquefois distinguer la direction d'un son, nous faisons un mouvement de la tête pour nous mettre dans cette position par rapport à la direction des sons.
Direction et mouvement sont les moyens qui nous permettent d'apprécier la distance ; mais on n'arrive ainsi qu'à une eslim
213 PSYCHOLOGIE PmSIOLOGlUUE
approximative. Pour apprécier certains sons et certaines dislances, il est nécessaire que nous ayons une expérience antérieure. L'expérience pourra venir de ce fuit que ks marnes sons ont été entendus de près, et ù des distances diverses, de telle sorte qu'à peine sont-ils perçus on en peut estimer la distance.
La sensation de l'ouïe nous fournit une perception secondaire relativement à rcsj>ace ; l'impression que nous recevons de la décharge d'un canon diiïère de celle d'un cri ou d'un coup de fusil ; le tonnerre nous produit une impression dilTérenie du sifilcraent d'un corps qui tombe, ou qui parcourt l'espace. Cette dilTérence tient au volwne de lu sensation, non pas par rapport à son intensité, mais par rapport à son ej;feimon; nous percevons en quelque sorte la dimension de l'onde sonore. Les sons graves ont, de fait, une onde plus longue et qui dure plus que l'onde courte des sons aigus. Dans ce cas la sensation de son est dilTcrenle en tant que forme dans l'espace, et nous percevons l'onde longue du son grave comme occupant un plus grand espace que l'onde plus courte du son aigu. J'appelle cette sensation particulière Dofume r/u 5on, et elle est encore une perception relative à l'espace, perception secondaire toutefois, car elle n'est pas suffisamment ni toujours distincte.
2'27. La sensation d'odorat a, elle aussi, une relation d'espace; ceitainement elle ne contribue pas ù la perception de la grandeur, de la forme, de la situation de l'objet que nous donnent la vue et le tact, mais elle peut nous fournir la perception de la distance, bien que d'une façon moins claire que l'ouïe. Les particules odorantes qui se détachent des corps ne nous donnent la direction que pour une distance très nipprochëe, c'esL-à-dire pour le Heu d'oii elles émanent ; mais à une certaine distance, il y a une diffusion très indis-
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sensations, ronïc^ plus que l'odorat, il est vrai. Nous ne percevons notre modification intérieure que comme un phénomène extérieur et situé dans Vespace, Faut-il donc admettre les signes locaux? ou bien le phénomène ne s*explique-t-il pas encore plutôt ici pai* l'onde de réflexion qui va se formant avec Texpérience, comme je l'ai déjà admis pour le tact et la vue? Je pens*»: que cette dernière hypothèse est la vraie, et si je n'avais pas d'autre preuve je crois que j'en trouverais une dans les sensations d'ouïe et d odorat, en tant qu'elles ont rapport à l'espace, vu qu'il est impossible de supposer ici le phénomène de la localisation que l'on veut admettre pour la peau et la rétine. Je n'admets pas dans les diverses sensations des processus divers pour expliquer leurs relations à l'espace ; je crois au contraire à un proc^essus unique et simple, que j'ai déjà appelé psycho-physiologique.
Le sens du goi1t a une localisation. Celle-ci est-elle produite exclusivement par les cellules fungifoimes et circumvallées, les seules sensibles aux excitations de goût, ou bien avec l'aide et le concours des papilles tactiles ? — 11 me semble qu'on peut, surtout sur la langue, distinguer facilement les deux sensations. Si ou excite un endroit de la langue au moyen d'une substam^e douce ou amère, la sensation se localise en cet endroit quand il n'y a pas diffusion de la substance sapide sur la muqueuse. Si on met, au contraire, en contact avec la langue un objet qui est incapable d'exciter le goût, il y a simplement localisation tactile. La localisation est une marque de perception d'espace ; et il y a, dans ce cas, une gi*ande ressemblance avec la perception cutanée. Il ne me semble donc nullement douteux qu'il y ait pour l'organe du goût une certaine représentation de l'espace, bien que cette représentation soit très limitée.
Les sensations d*odoi*at et d'ouïe deviennent les auxiliaires des autres sens dans la perception de l'espace, de même qu'inversement les autres sens excitent ceux-<'i à développeur leurs relations avec l'espace, en s'assoiMant dans l'idée qui en résulte.
220. Les perceptions d'espace acquises par le moyen des cinq sens indiqués : vue, toucher, ouïe, odorat et goût, en y joignant le sens du mouvement, sont-elles identiques dans la forme? — 11 me semble que non, et qu'il y a quelques (caractères essentiels qui les distinguent les unes des autres.
La sensation de tact donne la représentation d'espace parla rêsvi' tance. J'entends ici par tact non pas seulement la sensation simple et superficielhï de la peau, mais aussi la pression en tant que sensation cutanée. Le mouvement avec les sentiments corrélatifs, joint au sens de la résistance, nous fournit Vextension ou l'espace plein ; l'espace non occupé ou vide ne nous est pas donné par la sensibilité cutanée, parce qu'il y a, dans ce cas, absen(re d'excitations et par suite de sensations. On ne pourra donc pas acciuérir la notion d'une
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surface indéfiniment éti>ndue, ni celle d'une distance très grande, pur le tact indépendamment du sens d'innervation motrice. La perception de l'étendue au moyen du tact étant acquise par l'expérience, pour percevoir une étendue particulière quelconque, il faut néceitairemenl du mouvement.
La vue a, elle aussi, besoin du mouvement pour acquérir la représentation d'espace. Ce n'est pas toutefois par la résistance qnc la Tue perçoit l'espace ; In résistance n'a ici aucune raison d'exister ni aucune si^ification. C'est au contraire une image rétinique projetée, qui forme le champ visuel, qui nous donne l'élendue superficielle.
La vue nous donne l'espace vide, lequel dépend non seulement de la présence ou de l'absence d'images, mais encore de la distance à un objet, distance perçue simultanément. En d'autres termes : le champ visuel est une projection de l'image rétinienne, l'œil se mouvant dans une direction donnée; l'intervalle entre nous, Tcoil, et le champ visuel est un espace vide et non occupé. En nous représentant la distance absolue d'un objet, nous nous représentons la quantité plus ou moins grande d'espace non occupé. C'est par la vue seulement que nous pouvons nous former la notion d'étendue indéfinie. L'expérience du sens de la vue étant acquise avec l'aide du mouvement, nous pouvons, l'œil étant fixe, percevoir d'une façon analogue les distances et les surfaces. La vue a en commun avec le toucher la succession de l'excitation, mais la vitesse des ondes excitantes est si grande que les mouvements oculaires sont parfois inconscients et ne sont pas perçus, ce qui ne se produit pas pour le mouvement dans le sens du toucher. H y a encore, au point de vue du sens d'innervation, une difTérence considérable dans la source et
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depuis longtemps déjà par le toucher, quand ces objets sont présentés à leur vue, qu'après une période d'expérience dont la durée vaiie de trente à cinquante jours.
Entre les sens qui sont les plus propres à la représentation d'espace, c'est-à-dire la vue et le toucher, qu'on peut regarder comme les sens typiques de l'espace, on trouve des différences notables, qui, naturellement, comme je l'ai déjà montré, doivent donner un résultat psychique différent. Nous ne pouvons pas tout d'abord nous convaincre de la différence des deux perceptions, parce que nous avons jusqu'ici appris à les associer ensemble à l'objet- représenté, cet objet se présentant simultanément aux deux sens perceptifs. Pourtant, en y réfléchissant bien, nous trouverons que si nous percevons un objet avec l'un des deux sens seulement, l'image de l'objet fournie par l'autre sens se renouvelle en nous, comme une image différente de celle que nous avons en ce moment ; ce qui ne se produirait pas si les deux sens donnaient une représentation d'espace identique. Si nous regardons un cube, il se réveille en nous la sensation tactile de ce corps, comme de surfaces ayant des arêtes coupantes, non situées sur le même plan, et placées de telle façon que la main ne peut les parcourir en se mouvant toujours dans une même direction. La forme ou image visuelle est une projection de divers plans qui se trouve complète dans la perspective. La perspective est entièrement un effet de la perception visuelle ; le tact n'a rien de commun avec elle, surtout lorsqu'il s'agit non de la perspective d'un seul objet, mais de celle d'un certain nombre d'objets disposés de diverses manières dans le champ de la vision.
La perception d'espace que fournit l'ouïe a quelque analogie avec celle de la vue, mais elle est plus limitée. On en peut dire autant de celle de l'odorat qui est, du reste, très indéterminée et très vague. La localisation du sens du goût ressemble à celle du toucher.
230. Résumé de la perception d'espace. Les principaux sens de la perception d'espace sont le toucher et la vue ; en second lieu vient l'ouïe, puis le goût et l'odorat. A ces sens est associé le mouvement avec le sentiment d'innervation.
Sans le mouvement les sens ne seraient pas aptes à la perception d'espace. Pour certains sens, la vue et l'ouïe, il est possible, dans certains cas, d'avoir cette perception sans le mouvement, après que son a(*quisition a été rendue plus facile par l'expérience et le mouvement. La sensation du toucher est localisée, ainsi que celle du gont; la sensation visuelle est projetée, ainsi que celle de l'ouïe et de l'odorat. La localisation aussi bien que la projection d'espace ont, à mon avis, une cause unique, bien qu'il y ait, en apparence, diversité absolue. La localisation, qui pour Lotze, Wundt, Helmholtz, dérive d'une sensation accessoire, laquelle constitue les signes locauxy tant pour la peau que pour la rétine, parce qu'on les admet pour ces deux organes , vient pour moi de la réflexion de l'onde nerveuse au point
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excité, où elle s'arrête quand il est sur lu peau, tandis que, s'il est sur la rétine où l'onde nerveuse doit s'am^tcr de la même manière, le processus continue et l'onde est projeU-e en suivant la direction des rayons et des lî^es de vision jusqu'à l'objet qui envoie les ondes lumineuses. Comme it est fanle de le comprendre, la localisation sur la peau se produit parce que les ondes d'excitation retournent aux endroits mc^mes de l'excitation ; et la projection rétinienne est localisée sur la surface visible de l'objet, parce qu'il s'est déjà produit une localisation, ou mieux, un retour de l'excitation sur la rétine en Tonction. Ce processus n'est pas apparent dès que les organes commeneeni à entrer en activité, mais il ne le denent qu'avec l'expérience des sens mêmes. Ce fait dépend de conditions psycho-physiologiques et, par suite, du développement et des localisations du cerveau. Au début, che?: le nouveau-né, les excitations extérieures ne sont pas localisées dans le cerveau ; mais ensuite, étant donné les conditions analomiques, les iotalisations s'établissent, et cela produit une différencialion physiologique des centres, laquelle tend à s'établir au dehors, dans les nerfs périphériques, La sensation devient déterminée et locale dès que son élément perceptif se développe ; quand la communication s'est faite entre les centres psychiques et les organes extérieurs, la perception devient distincte et claire, et elle se localise selon les conditions établies.
J'ai pu voir par mes observations sur les nouveau-nés que la perception de la vue se développe plus vite que i-elle de la peau et du loucher proprement dit. L'n petit enfant de trois semaines tourne les yeux vers les objets lumineux, vers la flamme d'une bougie, mais il ne fait pas usage de ses mains pour toucher. A cinq ou six semaines, il dirige les yeux sur les grands objers, comme les personnes bumat-
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mois laissent tomboT les objets de leurs mains, et ne s'aperçoivent que tard qu'ils ne les ont plus ; ce qui prouve que la sensation de tact et celle de pression ne sont pas encore développées. Quand le petit enfant, à neuf ou dix mois, fait usage de ses mains avec beaucoup de facilité, la perception visuelle est déjà très développée en lui, comm(i on peut le voir par la connaissance qu'il a de la distance, de la direction, de la position et de la grandeur des objets.
Je crois que si la perception visuelle se développe avant la perception tactile, cela tient à deux causes : l'excitation continuelle que reçoivent les oi'ganes de la vue, et le mouvement oculaire dépendant des muscles propres des yeux, lesquels s'innervent avec beaucoup de fiiciiité et de vitesse, et dont en outre l'innervation se fait toujours sous J'influence des excitations lumineuses. Le mouvement des mains dépend, au contraire, d'un complexus de muscles qui n'ont pas rapport à la sensation (cutanée, mais plutôt à la préhension. Il faut donc que d'abord la facilité d'innervation des muscles, surtout des flecteurs, s'acquière, puis que la pression devienne consciente, et enfin le tact proprement dit.
La pierception d'espace par l'oreille s'acquiert de la même façon que par la vue. Je crois toutefois que non seulement le mouvement de la tête, mais encore la vue contribue à la développer plus rapidement.
231. Toutefois, les diverses sensations s'associent bien vite, et fondent en un acte psychique unique les diverses sensations d'esp«ice. Galles (jui se fondent le mieux sont celles du toucher et de la vue ; celles de l'ouïe et de l'odorat se fondent aussi avec celles de la vue, celles du goût avec celles du toucher. Cette fusion fait que l'objet de toutes c(îs sensations, s'il est unique, n'est pas perçu comme multiple dans la forme superficielle obtenue. Cependant la fusion n'est pas complète, elle est purement ej*(rinshjiuo, car les images sensationnelles sont, en réalité, diff<'»rentes, comme je l'ai déjà montré. La fusion réelle, eftective, existerait si la sensation (cutanée pouvait se ramener à la sensation visuelle, ce qui est impossible. iMais il se produit un fait notable qui donne la prééminence et, pour ainsi dire, l'hégémonie à la vision : les images d'espace, l'étendue avec ses attributs, forme*, grandeur, (île, se* ramènent à une image rêtinique projetée, de quelque sens qu'elles dérivent. II est facile de vérifier ce fait en rapp(*Iant à l'esprit uiïe s(însation d'espace donnée par le tact, ou encore, en touchant dans l'obscurité un objet ayant une fonne déterminée. 11 ne nous vient à (;e moment que l'image visuelle de Tobjet que nous touchons; c'est à peine si nous pouvons interpréter ce qu'est cet objtît.
Au conti'aire, si nous voyons un objet, nous ne pensons pas aux sensations tactiles que nous pouvons en avoir, sinon aux sensations de poli ou de rugueux, ([ui ne sont pas des phénomènes d'espace. Si nous tou(!hons un corps par une de ses arêtes, il se présente à notre
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esprit l'image visaclle d'un espace plein ; au contraire en toudiant un angle interne d'un corps, nous obtenons l'image visuelle d'un espace vide.
La direction et la distance obtenues par l'ouïe se Tondent complètement avec celles que donne la vision.
Pour ces raisons, l'aveugle-né doit avoir une conception incomplète de l'espace, une conception qui n'a pas atteint son entier développement, vu que les images visuelles lui manquent ; et la notion de l'espace, qu'il acquiert par des mouvements et des sensations tactiles, doitdiiTérer de celle qu'en ont les autres hommes qui font usage de tiHts leurs sens.
Uuelle que soit toutefois la diiTërencc des perceptions d'espace pour les divers sens, l'étendue avec ses attributs n'est cependant pas perçue comme différente ; parce que les perceptions, grâce à l'expérience continuelle et variée, sont rapportées aux mêmes objets, et complétées en ce qui est nécessaire. La troisième dimension de l'espace a, plus que les autres, besoin de l'aide de la sensibilité tactile danscertaines circonstances, même quand la vue est très développée ; mais les rapports s'établissent très vite entre les deux organes quand ils entrent en activité, et pour cette raison les résultau acquis deviennent inséparables pour nous, parce qu'ils sont acquis avec le concours des diverses sensations.