‹ La psychologie physiologique (volume 2)Chapitre 46 sur 92 · ASSOCIATION ET CONTRASTE DES PERCEPTIONS · texte numérisé non relu

ASSOCIATION ET CONTRASTE DES PERCEPTIONS

lions d'un sens ni de plusieurs sens ; de même que, dans ce cas, on ne peut avoir la reproduction sans la ressemblance.

Il y a cependant un lien ou une relation plus universelle entre des perceptions successives, comme entre des perceptions réelles et des perceptions renouvelées, c'est la perception de succession qui constitue le temps. Elle a la même valeur que la relation de coexistence dans la contiguïté. C*est ainsi, par la relation de temps, qull est possible d*associer des perceptions disparates successives ; et si cette relation vient à être temporairement abolie, les perceptions disparates se présentent à la conscience, dans le souvenir, de la façon la plus étrange ; car cela revient à dire que toute association entre elles est abolie, comme il arrive dans quelques cas anormaux.

La relation causale appartient aux relations successives. Originairement on peut la considérer comme une dépendance de la relation de temps dont elle s*est rendue plus tard quelque peu indépendante, bien qu*il y ait une connexion très intime de succession entre la cause et TeiTet. Cest une l'elalion associative très étendue, et très commune dans les perceptions, et qui constitue dans le temps même un lien inséparable entre des états antérieurs et des états postérieurs conscients.

Bien que j'aie présenté la coexistence et la succession séparément, et comme deux moyens et deux conditions universelles d'association, elles ne sont pas séparables en réalité, de même qu'il y a, en réalité, un élément de succession dans la contiguïté. On peut dire que, tant pour les perceptions contiguës que pour les perceptions successives, la relation de temps est comnmne ; seulement l'espace domine dans les premières, et le temps dans les sc(!ondes ; mais ni les uns ni les autres ne sont en dehors de ces deux relations que l'on peut, par suite, considérer comme une double relation universelle en laquelle se manifestent les phénomènes, quand des changements d*état se produisent dans la conscience. Le moyen qui fortiûe les relations associatives entre divers étals de conscience, c'est la répétition constante de ces mêmes états, de même que la répétition établit d'une façon inaltérable la perception de coexistence et celle de succession.

261. Et non seulement la répétition des actes psychiques imprime plus fortement les formes phénoménales, mais comme il ne peut y avoir là identité entre les actes répétés, mais seulement ressemblance, le même phénomène se présente avec quelques variétés plus ou moins accidentelles ou accessoires qui permettent de trouver en elles la concordance ou la différence. Celles-ci ne sont rien autre chose que des relations perçues entre des phénomènes psychiques appartenant aux perceptions, dans lesquelles on découvre des éléments semblables et dissemblables, et, en comparant ces éléments avec les phénomènes antérieurs dont on a la représentation, on acquiert un moyen de conaissance plus clair et plus distinct.

Ij% rtàiàifmn 4f. ffjmtoràaatx ei 6t dilûtte mbi àe www fli'/teiu d'aMwiitfiMi de* peKepiions cobboms à b coHdf^h à fa uirrMkiiaa, \art* qa'il |teûl ; avoir ou «ontordiMV oa 4 TtiWM dan* b «imuIlan^Hé oa dant beoiumitioD. oa. «e q au n^e. entre pluuetirt p«rcfrptioiH réelles, od tvire des pcnv^ \¥im réell*;* <4 d>;s perreplioni nrprodiiite». Bain a pour b tamtxtikiwvj, lu'ii fjfDwUrn^ i-juame on second norea d'associUMMu ^ l'N di; nmitnrili, ainti *n[priiDée: t Les actions, sensaiitMic, pewMS. énwrfkHis prétenUa lendent â rappeler les impressioBs on états ie l'esprit (|iu leur mnt smmlables. * D'après cette loi, le principe àe Mtni^trdaace Htlkre ud peu, selon Bain, de re que j'ai a^ipcié rrbtiiia fUi coocfinbnee, bien qae l'un et l'antre soient Ibadiés sw b »iniililudt! (A rf.>siieniliikin':e, «t que, pur suite, je les considère co^ae an accessoire n une dépendance de b contiguïté et de b sorcessiaa. J'ai pbr^ b difTérrac; auprès de la concordance, et je lui auriboe b nM^me valeur, lanx que ni l'une ni l'autre n'ont une significalioa ahsolue ; et que rbns b concordance on trouve b différence, roaunr b Kitamniaim: dans b différence. De là il résulte qu'an fond de toute (M.TC^ption que nous f*ouvons appeler différente, non disparate, il y a un élément de ressi^miilance ou de concordance, par lequel )ii;ut ae bin; l'assocbtioa, ou par lequel elle a réellement commewê puisque b différence est b condition dans laquelle les états de coam-HitiKt: se distinguent nettement les uns des autres.

ïlf>2. Les associations se forment spontanément, ou, comme on dit, uulomaliquement, mais clli;s peuvent se faire aussi sous l'infloeiice de b volonté. Le premier cas se produit quand il n'y a pas de préférence «lécidéc cntn; U-* diverses perceptions qui entrent dans le i:baiup de b conscience ; et le second quand l'attention se dirige de

ASSOaATION ET CONTRASTE DES PERCEPTIONS 255

d'association des cléments du raisonnement, qui est la concordance» et, par antithèse, la différence, de même que celles-ci se rapportent aux relations plus générales de la coexistence et de la succession.

263. Bien que nous puissions, en dirigeant Tattention vers un état de conscience plutôt que vers un autre, former volontairement des associations, pourtant quelquefois la direction de Taperception dépend en grande partie de l'énergie excitatrice; aussi on peut dire plus justement que, dans les cas ordinaires de la vie, Taperception est une attention dirigée vers une impression plus énergique. Celle-ci devient alors le centime, le nœud associatif des autres perceptions simultanées ou successives. Puis quand nous choisissons entre les diverses perceptions, et que nous tournons notre attention vers Tune d'elles, celle-ci devient le nœud de l'association volontaire. Je ferai remarquer toutefois que dans ce cas, si le nœud de Tassocialion est véritablement volontaire, d'autres perceptions peuvent s'y joindre et y adhérer involontairement, spontanément ; et ce cas, loin d'être rare, est au contraire très ordinaire. Mais il peut arriver que, au moment même où se développe l'attention vers une perception qui entre par cela même au point de fixation de la conscience, il s'en présente une autre qui, par son énergie, cherche à vaincre la première pour occuper sa place. Si elle l'emporte, comme elle devient le nœud associatif, l'association dévie. On a dans ce cas ce qu'on appelle le contraste des perceptions dans le champ de la conscience. L'apcrception oscillera tant qu'une des perceptions ne l'emportera pas par sa persistance et son intensité, ou tant que l'influence volontaire ne viendra pas donner la préférence à l'une, à Texclusion de l'autre.

Ce contraste peut se produire dans deux cas : ou bien dans le cours des perceptions Tune d'elles devient saillante par suite d'une énergie plus grande, ou bien, comme ci-dessus, une perception tend à occuper la place de celle qui est le centre ou le point nodal de Tassociation. Dans le premier cas, la perception plus intense, qui se présente dans le cours ordinaire des autres perceptions, émergcy pour ainsi dire, au-dessus des autres qui tendent à être submergées; elle peut devenir centre de nouvelles associations, et, par suite, faire dévier une association commencée ; ou encore, après avoir dominé pendant quelque temps, elle peut s'obscurcir, se déperdre et devenir une simple perception accessoire de l'association qui est en cours. Dans le second cas, outre ce qu'on a déjà dit, il peut arriver que les deux perceptions en contraste courent parallèlement pendant un moment, si elles ont quelque clément commun et concordant; si elles sont disparates, il faut nécessairement que l'une le cède à l'autre.

Le sentiment a une grande part dans ce contraste. Si une percep* tion excite un sentiment plus vif qu'une autre, bien qu'elle n'ait par elle-même qu'une faible intensité, elle aura le dessus; parce que

256 PSYCHOLOGIE PHYSIOUMSIQUE

l'énergie du sentiment est très diffusée, et qu'occupant un champ psychique plus étendu, elle excite un plus grand nombre d'éléments nerveux. Le coDlintste d'une perception est véritablement apparent dans ce cas, parce que la force antagoniste dérive du sentiment excité, et non de la perception même.

Le contraste peut se pi-oduire dans les mêmes conditions que l'association, c'est-ii-dire entre perceptions contiguiis et successives, réelles et idéales.

264. L'état de conscience qui résulte de l'association devient un complexus d'états délinis et détei-minés, mais avec des liens que l'on peut dire inséparables, parce qu'un eut ne se présente presque jamais isolé ; il est presque toujours accompagné d'autres qui forment avec lui un tout, un ensemble constituant un groupe de perceptions, avec un nœud ou centre d'association. Souvent, du reste, le lien entre ces groupes distincts cl divers n'est qu'entre les éléments accessoires qui les accompagnent, comme les extrémités des rajons d'un cercle qui se touchent ou se croisent avec les extrémilcs des rayons d'un autre cercle. De cette façon, le lien associatif peut élre très étendu et constituer une sorte de trame entre des perceptions même disparates, griice aux relations accessoires qui concourent à formel' les groupes distincts.

Ce travail, comme il est facile de le comprendre, dépend du développement successif et gradué des perceptions, del'habitude, des analyses, des synthèses partielles, d'expériences continuelles de la part de l'être sentant, expériences souvent volontaires, souvent aussi involontaires, j)ar suite des erreurs et des illusions qui se produisent dans la vie psychique. L'association, en d'autres termes, est un processus ou une scrio de processus qui commencent dès le premier

facile aussi la distinction de chaque sensation ; l'association arrive alors à son état complet quand les diverses sensations se distinguent clairement, et se rapportent aux objets avec tous les phénomènes accessoires déjà étudiés, c'est-à-dire localisation, perception et ainsi de suite. La facilité des voies nerveuses, le concours vers le centre de toutes les excitations, et leur retour vers la périphérie, voilà ce qui distingue et associe les états de conscience, et ce qui en fait un vaste organisme.

Ce qu'on a dit pour les sensations, les perceptions, les idées, on peut le dire aussi des mouvements et des idées des mouvements, lesquels ont, dans l'association et le contraste, lesmémes conditions psychiques et physiologiques.

Page 1