CHAPITRE m
265. On a admis précédenunent que l'association des idées est corrélative à leur reproduction , c'est-à-dire qu'il n'est pas possible d'associer les perceptions sans qu'elles se renouvellent à différents moments et en diverses circonstances. 11 faut maintenant tourner nos recherches du côté de ce fait qui est d'une importance capitale pour les phénomènes psychiques, depuis les plus inférieurs jusqu'aux plus élevés.
On appelle reproduction ou renouvellement d'une perception, la réapparition de cette perception sans qu elle soit provoquée directeiTient par une excitation périphérique ; Bain, Spencer nomment cette perception une idée ou percîeption idéale, par opposition à la perception réelle, qui est provoquée directement par une action sur les organes sensitifs externes. Ce phénomène est commun ; il est connu de tous, et ou le désigne généralement par le nom de souvenir. Le renouvellement des perceptions, ou le nombre d(»s perceptions reproduites forme une grande part de la vie psychique ordinaire. Selon les diverses occupations individuelles, le nombre des perceptions reproduites peut varier, dans le cours d'un jour, de la moitié aux trois quarts de tous les actes psychiques ; et généralement une partie des actes psychiques nouveaux dépend des actes renouvelés, et particulièrement ceux qui se rapportent aux mouvements ou à l'action. De là, on peut approximativement juger de la valeur de liai reproduction et de l'importance de cette ('4ude.
La base de la reproduction est une propriété dos éléments nerveux,
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la rétentivité, selon l'expression de quelques psychologues, ou la persistance des impfessions l'élues. Ici les théories explicatives sont diverses et simplemcnl hypothétiques.
366. L'école d'Hei-bart admet que les perceptions persistent dans l'âme,et ne disparaissent qu'en apparence, pendant que d'autres prennent leur place dans la conscience; elles restent |>ar suite à un état latent, obscur, et reviennent à la lumière dès que cesse l'action des autres perceptions. La reproduction n'est, en conséquence, que le retour des perceptions de l'état obscur à l'état conscient (1).
Luys suppose une phosphorescence organique des éléments nerveux, analogue à la phospliorescence do cei-uiins corps et ii la propriété qu'ils ont de garder pendant, quelque temps la trace des vibralious lumineuses qu'ils ont retjues après avoir subi l'action de la lumière. • Cette curieuse propriété (jue possèdent les substances inorganiques, de pouvoir conserver pendant un Utnips plus ou moins long une sorte de pmiongation des éléments qui les ont tout d'abord mis en mouvement, se retrouve sous des formes nouvelles, avec des apparences appropriées, il est vrai, mais calquées et similaires, dans l'étude des phénomènes dynamiques de la vie des éléments nerveux. Eux aussi sont doués d'une sorte de phospliores(.*cacc organique, eux aussi sont capables de vibrer et d'emmagasiner des impressions extérieui'cs, de jiersister pendant im certain temps, comme dans une sorte de catalepsie passagère, dans l'état vibratoire où ils ont été incidemment placés, et de faire revivre à distance les impressions premièi-es {2). •
La phosphorescence organique de Luys se réduit à la persistance des perceptions de l'école hcrbarliennc, avec cette dilféreiice que Luys cherche à expliquer ce fait par la persistance des excitations.
Icndancfî fonclionnelle des <'»lémonls nerveux centraux qui ont déjà subi une modification par l'exercice, et à une appropriation à la fonction psychique. Cette modification n'est autre chose que la trace ou le résidu qui peut être laissé, par exemple, par Timpression lumineuse sur la rétine, et qu'on observe dans l'image accidentelle (l).
267. J'ai essayé autrî^ part (-2) de donner du phénomène de la reproduction une explication qui me semble analogue à l'hypothèse de Wundt de la (iisposition à la perception ; elkî n'est cependant pas identique et je l'ai formulé(» en une loi que j'ai appelée loi d'induriion. Mais d'abord je veux dire l(»s raisons prin<*ipales pour lesquelles les doctrines de Técrole herbarlienne, de Luys, de Bain, comme toute do<'trine qui admettrait la persistance des impressions, ne me semblent pas acceptables. Que les éléments nervcîux aient la propriété de persister pendant quehjue temps dans l'excitation, c'est ce que je ne puis nier ; c'est un fait assez clair et que prouvent les images qui se forment sur la rétine entre autres, et certaines impressions auditives. De là, il est encore facile de conclure que les éléments eenti*aux ont, comme les élémenls périphériques, cette même propriété rétenlive. Mais cette persistance est n^lalivement de peu de durée dans les organes sensoric^ls, et, si elle était de plus longue durée, elle finirait par épuiser totalement les éléments nerveux, et il ne pourrait plus se produire d'aulre ex(*itation sensitive, ou bien trelte excitation serait tcillement troublée qu'il ne pourrait y avoir de perception distincte, comme on le voit par les images rétiniques accidentelles quand on regarde un autre objet. D'ailleurs on sait quelle est la durée d'une impression sur la rétine ; pourquoi voudrait-on admettre dans le centre psychique um^ e\(*itation d'une durée plus longue, même (îontinueile et constante?
On sait aussi qu'un état d't^xcitalion produit une dépense, (»t par suite un épuisement dans les éléinc^nts nerveux. Xous aurions donc, au bout d'une longue période de vie, un cerveau entièrement en ex(*itation, avec des dilférences de degrés peu sensibles, par suite une dépense considémble d'cHéments, que tout Tafflux sanguin ne suffirait pas à réparer. Enfin une (excitation, à moins qu'elUî ne fut d'une intensité très faible, ne pourrait persister à l'état inconscient; les exci- Uitions d'une intensité (îonsidérable devraient être à l'état conscient.
268. 11 me semble préférable d'accepter Thypothèse que j'avais émise, ces dernières années, et que je développe plus amplement aujourd'hui. L<»s excitations externes ne sont pas, au premier moment, apt<\s à donner une sensation définie, comme on l'a déjà montré par rexemphî des nouveau-nés; il faut non seulement qu'elles se rt'pètent, mais que les éléments sensibles des centres et de la périphérie s'adaptent aux excitations mêmes.
(1) finin(l:iiffP der Phifs. Puffchol., pp. 789-92. Il') rriHvipi di Psicoiogia.iS'i-SG, Messine, 18^.
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Il se produit ensuite une localisation cérébrale et ane localisatîoD périphérique par la réflexion de l'onde ucrveuse excitée. Il s'établit ainsi une communication Facile et habituelle entre les voies externes et les centres conscients, et il se fonnc en outre, en correspondance avec cette communication hubiluelle, un mode de perception par lequel un élément nerveux peut être facilement provoque à l'acte ronclionnel auquel il s'est adapté. En d'autres termes , un élément nerveux, indifférent d'al>ord à une fonction psychique, fmit, quand l'excitation s'est répétée et qu'il s'est adapté à ce mode spécial d'excitation, par se spécialiser dans sa fonction : c'est de là que la localisation cérébrale est dérivée, et plus encore la fat^ilito avec laquelle est mise en jeu celte uitïme fonction à laquelle l'élément nerveux était déjà adapté i ce qui fait que la manifestation a lieu par ta voie habituelle.
De même que les perceptions se sont associées, de miïmc aussi les voies habituelles de manifestation se sont associés; il suit de là qu'en excitant une de ces voies habituellement associées , ou stimule aussi celles qui y sont adhérentes par l'association. De cette façon on peut regarder non seulement comme acceptable, mais comme confirmée, une loi de Bain qui localise les perceptions renouvelées dans le mi^me endroit que les perceptions réelles. Cette loi est ainsi conçue: Le sentiment renouvelé occupe la même place et de la m£me façon que le sentiment original et nulle autre partie, ni d'aucune autre manière (1). Pourtant ce fait que Bain croit expliqué par la persistance de l'excitation primitive, je pense qu'il a son origine dans une nouvelle excitation. Cette excitation n'est plus périphérique, elle est centrale, mais c'est toujours une excitation nouvelle. Le stimulus ou la provocation centrale peut dériver de deux causes qui sont dis-
nic^ines ; par exemple, un afflux de sang un peu plus considérable qu a lordinaire, ou toute autre (*ause.
Ce dernier cas est peut-être le plus rare. Le premier, au contraire, est celui qui provoque un plus grand grand nombre de perceptions déjà produites antérieurement. Si, en outre, aux excitations périphériques purement sensitives s*ajoulenl celles que Spencer appelle entopériphériques, les causes extérieures se multiplient d*une façon considérable par rapport aux causes internes. Beaucoup d'autres perceptions doivent provenir aussi des excitations inconscientes, c'est-à-dire de celles qui restent incomplètes dans leur processus pour des causes accidentelles, mais qui, en qualité de perceptions ou d'états de conscience, étant associées à d autres états conscients, peuvent provoquer ces derniers sans se manifester elles-mêmes à lu conscience.
269. Ce processus spécîial à la reproduction qui, au moyen d'une perception provoquée directement par une excitation périphérique ou par une action centrale, rappelle un groupe de perceptions associées, je le nomme induction, et sa loi, loi de Vinduction de la perception. Cette loi ne repose pas sur d'autres conditions que les suivantes : 1** voies habituelles de manifestations psychiques ; 2^ par suite, localisation de l'élément fonctionnant ; 3** association des éléments fonctionnels, correspondant à l'association des perceptions; 4° provocation périphérique ou centrale d'une des perceptions du groupe associé, ou excitation d'un élément fonctionnel du groupe associé. L'excitation d(»s éléments provo(|ue ou induit celle :des autres éléments associés, et alors le groupe de perceptions se reproduit, ou, en général, le groupe des états de conscience. Et non seulement un groupe de perceptions peut être reproduit par une excitation périphérique, mais plusieurs groupes, et des groupes variés peuvent l'être aussi, parce qu'ils sont aussi associés entre eux, comme on l'a dit au chapitre précédent, soit par l'intermédiaire des éléments extrêmes qui constituent chaque groupe, soit encore par celui des centres ou nœuds de chaque association.
L'induction prend alors un d('»v(^loppement très considérable comme il amve ordinairement. On peut, au moyen d'un diagramme, représenter cette association, et la relation entre une perception excitée par la périphérie et les perceptions renouv(îlées, et même la relation entre les diftérents groupes associés. Dans la figure 34, le cercle externe P représente la périphérie, le cercle interne C le centre psychique ou cerveau, les lignes V les voies conduisant de la périphérie au <*entre. Les cercles plus petits a, b, c, d, tracés dans le cercle intérieur, représentent des groupes associés d'états de conscience, leur intersection en plusieurs points montre l'association plus complexe. Une excitation vient de la périphérie e et arrive en a. Outre la sensation spéciale qui en naît, elle provoque ou induit les autres sensations associées dans le cercle a ; elle peut
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provoquer les autres sensations associét-'s en b, c, d, dans des circonstances variées. De celte sorte on peut dire que les perceptions ne laissent pas de trace, et qu'elles ne persistent pas à l'étal lateat, mais qu'il n'y a qu'un mécanisme d'e\tfitalions agissant sur des associations variées et multiples.
270. Régulièrement et d'ordînaii-e, un état de conscience reproduit a une intensité moindre que celui qui nait sous l'influence d'une action périphérique ; mais il pourrait acquérir une intensité plus gi'ande que tout autre état directement produit. Néanmoins, excepté les cas (le quelques états de conscience ayant une faible intensité, dans le plus grand nombre de ces états de conscience reproduits, l'influence excitatrice passe dans les voies de la motricité, comme dans les perceptions ou sensations réelles, et il se produit des mou-
par une cause présente, et les mêmes mouvements peuvent s'accomplir.
Il y a en outre des cas normaux où une idée et un sentiment remportent sur tous les états conscients excités par Tobjet présent, de telle sorte qu'ils sont plus forts que ceux-ci, et qu'ils persistent longtemps.
211. Les perceptions peuvent iHre reproduites automatiquement, et sans aucune influence de la volonté. La seule présence d'un objet, le simple son d'une voix connue, une odeur, peuvent révéler les sensations et les perceptions qui leur ont été associées ; et sans donner aucune direction à cette reproduction, nous pouvons assister au développement continu de nouvelles reproductions qui, par suite d'une liaison plus lointaine, viennent successivement à la conscience. Quelquefois, ayant eu une perception reproduite, nous pouvons nous y arrêter volontairement et diriger la reproduction de telle soite que cette perception soit comme le centre ou le point de départ de la série reproductive. Nous pouvons enûn, de nous-mêmes, et sous l'influence de la volonté, susciter un certain ordre dans les idées ou les perceptions qui doivent se développer. Bien que, dans le second et dans le troisième cas, la direction volontaire intervienne dans le cours de la reproduction, ce cours lui-même n'est pas moins automatique. La direction consiste seulement à maintenir Tordre des idées sur un seul objet ; mais les perceptions qui se développent sont suscitées automatiquement par l'association. 811 n'en était pas ainsi, il serait très difûcile, pour ne pas dire impossible, de faire un discours au moyen d'arguments d'ordres divers. Un orateur sacré qui a établi une association de diverses perceptions, avec un ordre déterminé par rapport aux différents arguments, peut, en i*appelant le sujet de son raisonnement et en le dirigeant volontairement, développer un long discours sans fatigue et sans eflbrt, parce que les idées se présentent associées au sujet dans le discours. C'est ce qui ariive au professeur faisant une leçon en chaire, à l'avocat plaidant au tribunal, et généralement à toute [)ersonne qui veut développer un argument soit par écrit, soit par la parole. Si chaque idée en particulier avait besoin de la volonté pour être rappelée, il faudrait un temps très long pour faire un discours ou pour exposer un sujet par écrit, si toutefois cela n'était pas impossible, car il n'est pas facile de rappeler volontairement les idées accessoires. En fait, dans un ordre d'idées dont nous n'avons pas formé une association ordonnée, et dont nous n'avons pas une connaissance claire et bien déterminée, l'exposition devient lente et ditticile, et parfois impossible, parce que nous devons rappeler volontairement l)eaucoup de perceptions qui sont en relation avec l'ordre prininpal de perceptions constituant le raisonnement. Cela exige un temps considérable ])Our chaque idée ou complexus d'idées, d'où la lenteur et le décousu de la diction. Aussi les personnes qui veulent parler des choses dont
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elles ont à peine une connaissance va^e et indétermiDée, mais qui ont la reproduction prompte et la parole facile, sont-elles eiqiosées à chaque instant a des erreurs et à des impropriétés de langage.
Dans la pratique, on ne doit exposer un ordre d'idées sur un sujet quelconque qu'après avoir établi des associations entre les parties composant l'ordre mi>me de l'exposition, ce qui revienlà dire qu'on doit répéter les perceptions avec ordre, ou encore, en un mot, qu'il faut conaaitre, fuit qui exige un long travail mental et une analyse continuelle de l'objet qu'on étudie. Alors la reproduction devient facile sous la direction de la volonté, parce que l'automatisme reproductif existe déjà.
12,~'2. Il y a dans l'association et ta reproduction des perceptions des différences individuelles et des variations suivant les difTércnts degrés de la vie, c'est-ù-dire suivant l'ùge. Pour quelques-uns il est facile d'établir des associations mentales, et la reproduction est prompte ; pour d'autres, au contraire , c'est chose laborieuse et difGcile. La facilité dans le premier cas est souvent cause qu'on ne pr^te aux choses qu'une faible attention dont le résultat est la bcilité et la promptitude à perdre les connaissances acquises ; dans le second cas, au contraire, ce que l'on acquiert est acquis par une grande tension de la volonté; les împi-essions ont été répétées un grand nombre de fois, et l'association est devenue solide et indissoluble.
Dans la jeunesse, l'association et la reproduction sont plus faciles que dans tm âge avancé et surtout que dans la vieillesse. Cette difTércnce vient des conditions purement physiques des éléments nerveux. Dans la vieillesse il n'y a plus qu'une nutrition faible et peu abondante des tissus, ù quoi s'ajoute encoie la dégénérescence
lard, les anciennes associations persistent plus ordinairement que les nouvelles, et il lui est facile d'oublier les pei^eptions les plus récentes pour se souvenir des plus éloignées, même de celles de sa jeunesse.
273. Sous le nom de reproduction nous comprenons, en général, les phénomènes de la mémoire, de la réminiscence pendant la veille, et aussi les phénomènes in songe pendant le sommeil. Pourtant, outre ces phénomènes, il en est d'autres qui se rattachent a des conditions patliologiques ; tels sont V hallucination, Villusion, le somnambulisme.
La mémoire, considérée par Tancienne psychologie comme une faculté, n'est que l'exercice de la reproduction des états de conscience ; on peut dire encore que c'est la reproduction claire et distmcte des états de conscience. Dans son domaine rentrent les images sensationnelles, les idées, les relations, les notions ou complexus d'idées, les sentiments et les actes volontaires, et en général les idées de mouvement. La mémoire n'est pas, selon Carpenter, une simple reproduclion ; elle comprend, en outre, la reconnaissance des anciens états de conscience reproduits ; elle renferme un état mental distinct, nommé conscience de conformité (consciousnessof agreement) {\),L\i réminiscence est, au contraire, une reproduction dans laquelle il n'y a pas reconnaissance complète de l'état de conscience rappelé ; on n'en a qu'une image indéfinie et indistincte qui peut être plus ou moins claire, et peut, en certains cas, après un effort volontaire, devenir une image définie de raémoiœ.
Si dans la mémoire on a des relations complètes entre les perceptions, et des associations non interrompues, dans la réminisceui^e une grande partie de ces relations est perdue, ou n'a jamais été acquise, et l'association est interrompue ou faiblement constituée. 11 devient, par suite, ditticilc de reconstruire la succession ou la contiguïté des états conscients, et ce n'est qu'après que l'induction excitatrice a pémHré dans les voies les plus éloignées qu'il est possible de renouveler un état conscient dans toute sa plénitude ; en tout autre cas, il restera indéfini.
Mais de tous les états de conscience éprouvés, tous ne sont pas ordinairement reproduits. Quelques-uns restent comme morts, et c'est seulement dans les conditions extraordinaires qu'ils peuvent revenir à la conscience. Cela dépend de l'énergie primitive de l'excitation, et de l'énergie actuelle de l'excitation «rentrale ou inductive.
Il y a des excitations de peu d'intensité, et qui, bien qu'associées à d'autres d'une grande intensité, laissent des modifications peu profondes. Dans la reproduction, Vexcitation est, de règle, plus faible que dans le phénomène primitif; aussi ces étals , originairement faibles, ne peuvent être rappelés par des excitations encore plus faibles.
(1) Mental Physiotoyy, p. 451.
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Ils peuveat seulement, dans (]uelques cas, revenir à la conadence comme réminiscence ; le plus souvent, ils restent dans le fond obscur de la conscience, jusqu'à ci! qu'une force ti-i-s énergique vienne les réveiller, ce qui arrive ordinairemrnt dans les conditions pathologiques du cerveau, auquel cas il se produit des excitations aaorn^es détenniiitH's souvent par des états d'iiypérémie. Tels sont les cas de délire, d'ébriéu>, deTolie, de monomanie, ou les formes de la manie, semblables à l'hystérie.
il peut y avoir, au contraire, perte partielle ou totale de la mémoire : c'est le cas 4'amiiêsie. (À-tte perte peut être intermiilente, c'est-à-dire alterner avec d'autres états où se retrouve la mémoire, comme dans les cas de conscience double. Cela provient ordinairement de t-onditions pathologiques, anémie ou manque de nutrition du cerveau, partielle ou totale, et de la dégénérescence sénile.
27i. La condition physiologique d'un ('-tat de conscience est principalement le processus de l'excitation, de la périplu'rie au centre, quand il s'agit de phénomènes directement excités par des forces extérieures, ou par des causes purement pliysiologiques , c'est-àdire par ies différents organes fonctionnels. La condition de la localisation de la perception, c'est le retour de la même excitation du centre vers la périphérie ; ce l'etour s'accomplit apK>s une certaine expérience, et c'est pin* lui qu'est rendue possible la connexion qui s'établit entre l'objet el I clat perceptif conscient. Dans la reproduction, le processus de la périphérie au centi'e manque certainement, parce que l'excitation est complètement centrale, si ce nesi qu'une ou deux perceptions sont la cause inductrice des autres dans k- centre psychiquL' même. Kl le retour de l'onde vers la péri-
avec une grande clarté, et sentir distinctement. C'est ce fait que Bain a admis en Texpliquant par Tassociation qui unit une impression interne à la vue ou au loucher du lieu où elle est née, comme s'il y avait une sorte de courant de retour, et comme un phénomène spécial, tandis que jai montré que c était, au contraire^ un phénomène commun à toutes les perceptions (1).
Il y a cependant des cas où Tintensité centrale induite est si grande qu'elle se déverse dans les voies périphériques avec la force originelle même, et souvent avec une plus grande force, quand la reproduction prend la forme d'une perception excitée par la périphérie. Nous pouvons, par suite, établir que la perception induite n'a pas le cours de la perception originelle , mais qu'elle a un cours en retour analogue.
275. Ainsi, dans les cas, et c'est l'ordinaire, où lexcitation induite est plus faible que l'excitation originelle, il n'y a pas confusion entre la perception reproduite et la sensation excitée directement par la péiîphérie ; et, en fait, nous savons les distinguer sans aucune difficulté. Maisdans les cas où l'intensité induite l'emporte sur l'intensité originelle, on a des représentations analogues aux représentations originelles, c'est-à-dire à celles qui sont provoquées par la présence de l'objet. Dans ces conditions, qui sont des surexcitations produites par un «Hat hypéresthésique des paities centrales, on a un phénomène appelé hallucination ^ c'est-à-dire que des objets absents semblent présents ; on éprouve des sensations (]ui semblent provoquées par un objet présent qui n'existe pas, et elles présentent une persistance plus grande» qu'une perception originelle. Une force très grande (»t (»n excès, excitée dans les centres, se répand dans les voies périphériques habituelles jusqu'à l'extrémité périphérique ou jusqu'à l'organe sensoriel externe, et il se produit ainsi une onde de retour qui persiste Umt que dure i'hypéresthésie centrale. Ceci peut être provoqué parlinduction ordinaire, ou par des conditions morbides spéciales de l'endroit excité qui constituent, en général, un étîït hyperhémique.
L'hallucination est, par suite, un état morbide de la reproduction des perceptions, et elle dérive des mêmes conditions physiologiques qu'un état normal, mais elle peut être aussi provoquée par des conditions pathologiques des organes des sens.
Les sens les plus sujets aux hallucinations sont la vue et l'ouïe ; c'est ainsi qu'on voit des objets et des images d'objets qui n'existent pas au moment du phénomène, mais que, pour la plupart des cas, on a déjà vus ; on entend même des sons et des bruits qui n'ont pas été excités par des ondes sonores mais, qu'on regarde pourtant comme tels. Dans certains cas extrêmes, on peut ignorer la nature morbide du phénomène, et croire à sa réalité ; toutefois, dans les
(1) Voyez ci-dessus, pp. 191-195.
autres cas, le patient sait qu'il est lialluciné. Des féits semblables peuvent arriver dans le délire et sous rinduence alcoolique, dans la manie et dans la monomauie.
376. Dans l'hallucination, de quelque espèce qu'elle soit, l'excitatioD est centrale ou périphérique. Mais il peut se produire un autre phcQomène, plus commun, dans lequel l'excitation, dérivée de la présence d'un objet, ne correspond pas aune perception qui représente l'objet même, mais à celle d'un autre objet qui n'est pas présent au moment du phénomène. C'est là une erreur qu'on appelle illusion, II ne s'agit pas ici de l'erreur qui peut provenir de ce que, n'ayant pas perçu clairement les diverses parties d'un objet, nn le confond avec un autre, mais de l'erpciir qui consiste à donner à une excitation quelconque une forme représentative qui ne lui convient en aucune façon. Par exemple, auribuer à un ti'onc d'arbre la figure d'un homme dans une poslure spéciale, à un son une signification qu'il n'a pas, et ainsi de suite. Ce fait arrive oixlinairement quand un individu se trouve dans certaines conditions particulières, soit qu'il ait peur, soit qu'il attende avec beaucoup d'anxiété une personne ou un événement, et principalement pendant ta nuit, quand il est en grande appréhension.
Nous avons par exemple une disposition ù nous représenter l'image d'un homme qui attaque ou qui est en embuscade ; la vue soudaine d'un objet quelconque, un tronc d'arbre jeté ou placé dans une certaine position, nous semble être l'homme que nous craignons. L'image intérieure se confond avec l'image objective du nouvel objet; c'est en réalité une véritable hallucination suscitée par une excitation périphérique, qui revêt de sa forme l'objet visuel, parce que c'est d'elle-même qu'elle s'extériorise et s'objective en prenant corps
lure. En réalité, ceci semble contredit par une grande activité cérébrale se manifestant par des excitations centrales, et qu'il n'est pas possible d'avoir dans un état d'anémie presque complète. S'il fallait avancer une hypotlièse à ce sujet, je dirais que la diminution d activité n'est pas aux centres, mais à la périphérie, ou aux nerfs périphériques, ou qu'elle commence, pour le moins, à l'extrémité périphérique, aux organes sensoriels, et qu'elle occupe, outre tous les nerfs périphériques, leurs racines internes et peut-être aussi, dans le sommeil plus profond, une grande partie de la substance cérébrale.
C'est ce que je déduis de quelques observations que j'ai faites sur moi-même. Gliacun sait qu'eu nous mettant à dormir, nous arrivons à un état qui est intermédiaire entre le sommeil et la veille ; nous commençons à cet état à avoir les fantômes du songe, mais il nous reste encore un lien avec le monde (|ui nous entoure, puisque nous percevons confusément des bruits et des sons (jui viennent se fondre dans les images fantastiques qui commencent. Mais si, étant en cet état, nous revenons pour une raison quelconque à l'état de veille complète, nous sentons que nous réaccjuérons lentement la perception de notre corps, surtout dans les extrémités inféri(?ures, dans les jambes, au moment même oii nous nous apercevons que nous n'avons pas une connaissance claire de ces [)arties. Et ce phénomène est semblable à celui (]ue nous éprouvons (|uand, par suite d'une forte pression ou du froid, nous ne sentons plus une main dont nous retrouvons ensuite une sensation claire et distincte, après que la cause anesthésique a cessé. Inversement, (|uand nous sommes pris par le sommeil, nous ne perdons pas d'abord la conscience des images ou des idées, mais nous comnienrons à perdre celle des phénomènes externes, qui nous viennent par les organes, et celle des parties de notre <;orps, laquelle conscience disparait complètement quand le sommeil est profond et bien prononcé.
Il reste donc, d'après celte hypothèse, une certaine activité cérébrale, tandis que l'activité périphérique est abolie temporairement. Cette même hypothèse expliquerait facilement ce fait qu'on peut provoquer le sommeil, comme on le fait pour les petits enfants, par des chants et par un mouvement oscillatoire uniforme, c'est-à-dire en «'puisant autimt que possible les nerfs périphériques. Elle explique aussi le fait de l'insomnie, quand on a certains s(;ntiments très énergiques et persistants, parcie (pie l'activité cérébrale étant grande envahit encore les voies extérieures et périphéri(iues, et ne leur permet pas de se mettre au repos.
278. Quelle que soit toutefois la cause vraie du sommeil et de la perte de la consci<înce des excitations qui viennent de la périphérie, il est certain qu'il reste une c(»rtaine activité (*érébrale qui est apte à reproduire des sentiments et des perce[)lions avec une consciep quelquefois claire, quelquefois incerlaim; vl obscure. Les repro
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lions prennent, dans ci", cas, la forme d'hallucinations analogues à celles de la veille ou du délire ou lic rinducnce alcoolique.
Cependant, dans le sommeil, la cause de l'hallucination n'est pas la même que dans la veille; dans ce dernier état, les excitations centrales doivent être pi-oduites d'une façon anormale; et exagérée pour pouvoir vaincre celles qui viennent de la pérîphërie ; dans le sommeil, au contraire, les excitations peuvent être d'une intensité normale, mais alors les excitations externes faisant défaut, elles occupent seules la place, et montrent une grande tendance à la réalité objective, semblables en cela aux hallucinations de la veille qui dérivent d'excitations introduites dans les voies externes.
Les excitations centrales ont aussi, dans lo sommeil, un certain cours à travers les voies extérieures, mais ce cours ne doit être que d'une faible intensité et incomplet, de même que l'abolition des excitations périphériques est incomplète. Du reste, la privation la plus gmnde ou même la privation toLtlr d'excitabilité dans les oignes périphériques doit se trauver dans les parties les plus exlemes, et elle doit être moindre vers la partie centrale dans cet état de somnolence qui est le plus propre aux songes. Que l'abolition ne soit pas complète, un autre fait le prouve, c'est que les songes peuvent être provoqués par des excitations périphériques, ou entopériphériqups, qui restent elles-mêmes inconscientes comme telles, mais qui sont eonstnentes sous une forme différente donnée par l'excitation centrale.
Les perceptions ou états de conscience que l'on a pendant le sommeil ont, par suite, une grande analogie avec les phépoinènes morbides de la veille, et elles restent souvent ou presque toujours incolHTi-nlus, s;ins in^-Min' ni iippri^'iaiion (]<■ ti-iiij)s, s;ins lien de
excitations avaient fonné des voies habituelles se trouvent ^ire occupés.
280. Un autre fait encore qui n'est pas rare dans le sommeil, c est celui de mouvements dépendant d'états de conscience reproduits ; les plus communs sont ceux des organes de la voix. Ces mouvements affectent la forme d'actions réflexes, bien qu'ils se produisent là oii, dans la veille, ils sont volontaires. Si on les observe bien, ces mouvements sont, en général, encore imparfaits. Les paroles sont indistinctes et presque inarticulées, et cela, par les raisons que j'ai déjà indiquées plus haut, c'est-à-dire parce que les voies péiiphériques ne sont qu'incomplètement en activité, ou qu'elles sont entièrement fermées. C'est seulement dans le premier cas que ces mouvements se produisent.
Maisilestdes cas oii, dans le sommeil, les mouvements se font avec une grande précision, et où les paroles sont prononcées d'une façon claire et distincte. Cela arrive dans la somnihquie et dans le somnambulisme. Si les paroles sortent complètes, et suivent le cours des perceptions reproduites avec l'automatisme de la reproduction et du mouvement habituel, c'est signe que l'état de sommeil est incomplet; c'est-à-dire qu'il y a alors quelque voie externe motrice, accompagnée ordinairement d'une voie sensitive, l'ouïe, qui n'est pas fermée aux excitations, mais qui se trouve, au contraire, à l'état de veille. Un somnambule fait des mouvements automatiques avec une grande précision, il marche, il ouvre des portes, il prend des objets et les remet en place;, il écrit et peut écrire des choses et des pensées nouvelles, il peut résoudre des problèmes et des diflicultés, comme s'il était en état de veille. En cela on voit que l'activité cérébrale est normale, et qu'il y a quelque sens encore en activité, de même que quelque voie motrice.
Comme le soumieil est un phénomène périodique, et qu'il indique un état siûn et dans les conditions physiologiques, le somnambulisme, qui est un songe imparfait, semble être un fait pathologique.
Le phénomène psychologique doit, dans ce cas, participer de la condition anormale du sommeil incomplet ; comme fait psychologique il n'est pas morbide, mais il n'est pas non plus un état de conscience identique à celui de la veille, ni à celui du sommeil complet. 11 parait qu'il n'est pas complètement vrai, comme on le croit communément, qu'il ne reste aucune mémoire de ce qui (»sl arrivé pendant l'état de somnambulisme ou de somniloquie. Il se produit ici ce qui se produit pour les songes ordinairi\s. Au réveil il en est dont on se souvient, d'autres dont on ne se souvient pas, et pour le sujet les phénomènes du somnambulisme sont comme les songes.
Ces phénomènes, songe, somnambulisme, hallucination et illusion, méritent d'être étudiés à fond et d'une; njanière spéciale. On peut rattacher les deux premiers au sommeil dont les vraies causes ne
sont pas encore bien connues, et les deux autres à des états patbologiijues du système nei'veux (entrai. Mais les limites qui nie sont imposées me forcent it me borner ù ces quelques remarques.