INCONSCIENCE DANS LES PROCESSUS PSYCHIQUES CENTRAUX
dans toutes les autres circonstances ; mais que, les centres nerveux étant occupés vivement par d'autres impressions, Taffection des nerfs locaux n'arrive pas jusqu'à eux, et qu'il n'y a aucune sensation. De même si nous admettons (ce que la physiologie rend de plus en plus probable) que nos impressions mentales, comme nos sensations, ont pour antécédents physiques des états particuliers des nerfs, nous pouvons croire que les anneaux qui manquent à la chaîne de l'association, ceux que Hamillon regarde comme latents, le sont réellement ; que ce sont des états qui ne sont pas perçus, même pendant un seul instant, parce que la succession des causes ne s'est continuée que d'une manière toute physique, par un état organique des nerfs, succédant si rapidement h un autre que l'état de conscience correspondant à chacun d'eux ne s'est pas produit. Nous n'avons le choix qu'entre deux suppositions : ou une modiGcation d'une durée trop courte, qui ne produit pas de sensation ou d'impression mentale, ou bien une succession rapide de diverses modifications nerveuses, laquelle fait que les diverses impressions produites réagissent les unes sur les autres, et finissent par se confondre, i Mill accepte plus volontiers la seconde hypothèse, parce qu'il la juge confirmée par l'expérience, surtout par cette expérience qui permet de recomposer le blanc au moyen des couleurs spectrales, grâce à la rapidité des impressions (1).
298. En réalité, dans la doctrine de Leibnitz, le phénomène est considéré sous une autre forme, et a plus de rapport avec la volonté et avec l'habitude, qu'avec les formes de la pensée proprement dite. L'idée obscure est ainsi définie par lui : c Obscura est notio quœnon sufficit ad rem reprœsentatam agnoscendam, veluti si xitcumque metninerim alicujus floriSy aut animalis olim visi, no7i iamen quantum salis est, aut oblatum recognoscerey et ah aliquo vicino discernere possim (2). > Où il me semble toucher à la réalité des impressions inconscientes, c'est dans le passage suivant : c Toutes les impressions ont leur effet, mais tous les effets ne sont pas toujours notables ; quand je me tourne d*un côté plutôt que d'un autre, c'est bien souvent par un enchaînement de petites impressions, dont je ne m'aperçois pas, et qui rendent un mouvement un peu plus malaisé que l'autre. Toutes nos actions indélibérées sont des résultats d'un concours de petites perceptions, et même nos coutumes et passions, qui ont tant d'influence dans nos délibérations, en viennent : car ces habitudes naissent peu à peu, et par conséquent, sans les petites perceptions, on ne viendrait pas à ces dispositions notables. J'ai déjà remarqué que celui qui nierait ces effets dans la morale imiterait des gens peu instruits, qui nient les corpuscules insensibles dans la physique (3). » Hamilton a été
(Il Op. cit.j pp. 335-7. Trad. franc.
(2) Opéra philogophica omnia, Berolini, 1810. Erilmann, p. 79. (Ifr. 288.
(3j Id. Nouveaux Essais, II, 1, page 225.
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amené à expliquer ce phénomène par ia conceplion de Leibnîtz toQdiant la diRerence des perceptions et de l'apereeption ; LeibnîtE n'attribue pas aux premières la conscience qu'il confond avec l'aperception (1).
299. C'est Carponter qui a donné an phénomène une forme scienlifiqn<^ mieux détinie. Quelques-uns veulent attribuer la priorité de l'explication du phénomène, selon les vues de Carpenler, à Laycock ; il est certain, il est vrai, que ce physiologiste a reconnu le phénomène, comme on le voit par une noie de Carpenter lui-même (2). Mais je ne connais nullement tes œuvres de Laycock.
il ne faut pas oubtiei' l'opinion de Carpenter sur les fonctions du cerveau. Il admet que la conscience réside dans les ganglions tensoriels, dans le sensorium, oîi affluent les excitations externes et les excitations internes ou du sens interne, du cerveau proprement dit, celui-ci n'étant nullement par lui-même capable de conscience (3). Pai- suite ractivilé iniellectuelle, laquelle consiste dans le processus rationnel et les exercices de l'imaf^ination, par cela même qu'elle est ossentjellemeul nulomalique, a été décrite en langage physiologique sous le nom de action réflexe du cerveau, d'une taçoa analogue aux actions réflexes de la moelle épinière, c'est-àdire sans aucune intervention de la volilion. L'excitation auloroatique du cerveau est re(;ue dans le sensorium par les libres descendantes, et on a ainsi conscience du phénoniènc intellectuel. Mais il peut arriver qu'une action réflexe du cerveau soit inconsciente. • En examinant toutes les opérations automatiques de l'esprit à la lumière de l'aclion réflexe du cerveau, il n'est pas plus difficile de comprendre comment beauioup d'actions réflexes peuvent se produire sans que nous en ayons conscience — tes résultats do ces actions