CHAPITRE PREMIER
Sentiment
304. Nous avons montré, dès le (commencement de cet ouvrage, que la sensation est le phénomène fondamental primitif d'où dérivent, par évolution et différenciation, tous les autres phénomènes psychiques plus élevés ; nous avons montré aussi que cette sensation, bien qu'elle semble être un fait simple, est en réalité un phénomène complexe qui a une qualité et une tonalité. La première de ces propriétés se développe dans les différentes formes de la perception, la seconde dans le sentiment. La perceptivité est en relation avec le monde extérieur, facteur externe de la sensation ; le sentiment n*a en apparence aucun rapport avec TexUTieur, et il se manifeste comme un état qui n'est jamais isolé, mais qui est toujours joint à la qualité de la sensation, ou qui au moins se localise, ce qui est toujours une propriété de la perception. En réalité, une sensation ne se présente jamais comme simple qualité, c'est là une véritable abstraction ; mais elle est toujours accompagnée de l'état de sentiment. Pour l'analyse, on a dîi considérer comme distincts ces deux modes du phénomène qui sont naturellement inséparables.
J'ai dit que le sentiment n'a pas, en apparence^ de cause externe comme la qualité de la sensation, mais, en réalité, elle en a une qui n'apparaît pas toujours, et qui, quand elle apparaît, n'apparaît jamais que par la perceptivité. C'est une force extérieure à l'organisme vivant, laquelle, agissant sur lui de diverses manières et sous des conditions diverses, contribue à déterminer les formes du sentiment. De sorte qu(» le sentiment est le résultat d'un conflit de deux forces, l'une extérieure et l'autre intérieure, la première comprise dans les forces naturelles externes, la seconde dans l'organisme vivant. Dans ce conflit, il y a une victoire (|ui peut être du côté de la force externe, ou au contraire de celui de l'organisme qui est sous l'influence de cette force externe ; dans la défaite et dans la victoire sont deux formes diffiérentes et opposées du sentiment, on les appelle ordinairement plaisir et douleur.
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305. Le sentiment est donc la parlic aflective de la sensation, et il se manifeste sous cenaincs formes fondamentales, qui sont ses principaux caractères. Toutes les autres formes sont des variantes de ces formes fondamentales ; souvent elles tirent leur caractère de la qualité de la sensation, dont elles sont accompagnées. Quand elles n'ont pas une qualité sensationnelle délinie, la forme du sentiment ne présente pas de variété dans le caractère, mais elle offre une uniformité très indéterminée, et qu'il est impossible de définir.
Les formes fondamentales sont le plaisir et la douleur qui sont opposés, ot l'indifférence ou état d'excitation. Toute sensation est accompagnée d'un de ces états, et, par suite, chacun d'eux prend un caractère défini, et se manifeste sous une forme secondaire qui est déterminée par la sensation avec laquelle elle apparaît à la conscience. Aina, par exemple, une excitation sur les organes du goût provoque, outre la sensation qualiLillve de goât, un scniimcnt de complaisance ou de dégoAt ; la complaisance se rapporte au plaisir, le dégoût à la douleur ; mais l'un et l'autre sont des formes qui ont des caractères dilférenLs de ceux du sentiment qu'on éprouve de la part d'une excitation cutanée pour une température trop basse ou trop élevée, ou pour une température que nous appelons ordinairement tiède, et qui est, par suite, agréable. Cependant ces deux formes de sentiment se rapportent l'une ei l'autre au plaisir et à la douleur.
Il )' a, au contraire, d'autres états douloureux et agréables qui restent avec leurs caractèi-es généraux, et ne sont définis par aucune qualité sensationnelle ; ce sont ceux qui dc'rivcnl d'excitations de fonctions organiques, ou qui proviennent de certaines parties du corps qui ne donnent ordinairement aucune sensation, et qui ne sont
gradations souvent très notables, souvent aussi assez délicates pour échapper à une analyse attentive.
306. Plaisir et douleur sont deux états de sentiment opposés, ce sont deux termes extrêmes qui en supposent un moyen. Cet état moyen est VéUkX d'indifférence ou d'excitation^ selon l'expression de Bain.
En général, il est facile de s'apercevoir qu'on ne passe pas de la douleur au plaisir et vice versa, de même que la cessation de Tun n*est pas le commencement de l'autre. Douleur et plaisir sont comme deux pôles qui ont une ligne neutre, et le passage de Tun à l'autre se fait par cette ligne neutre. Il n'y a pas, du reste, de raison pour qu'on passe d'un état extrême à l'autre ; on peut, au contraire, rester dans la ligne neutre, et à l'état d'indiflërence. C'est ce qu'on voit mieux que partout ailleurs quand le plaisir cesse ; l'état suivant est alors un état d'indifférence. On le voit encore quand une excitation, qui d'abord a produit du plaisir, diminue de valeur parla répétition. La même excitation finit, au bout d'un certain nombre de fois, par produire non plus le plaisir vif qu'elle a produit la première fois, mais seulement un état d'indifférence.
11 y a en outre certaines excitations normales qui produisent des ondes nerveuses d'intensité médiocre. Telles sont les ondes qui dérivent d'excitations périphériques, température normale, lumière diffuse, et d'excitations entopériphériques, c'est-à-dire des organes de nutrition en fonction normale.
Non seulement cet état d'indifférence du sentiment est bien une réalité, mais, pour le nier, il faudrait supposer que la condition psychique est une lutte continuelle entre le plaisir et la douleur, sans un intervalle de repos : ce qui est contraire à l'expérience et aux faits. Epicure, qui n'a admis aucun intermédiaire entre le plaisir et la douleur, a été obligé de reconnaître qu'entre la douleur et le plaisir directement provoqué par les sens, il y a un état qu'on peut appeler privation de douleur, et que c'est dans cet état que consiste le plaisir le plus grand. Cet état est un état de calme et de tranquillité, et par suite le souverain bonheur pour les épicuriens (1). Si la cessation de la douleur peut produire du plaisir, c'est là, pour nous, un plaisir négatif, le plaisir réel et positif venant de stimulus qui conduisent directement à lui, sans passer par la douleur. 11 me semble utile d'appeler l'indifférence élat d'équilibre, équilibre psychique qui est très instable, parce qu'il est très facilement troublé
(1) « Natn qtioniam, quum privamur dolorc, ipsa Uberatione et vacuitnte omnis molestiœ gcuutemw, omne autem iU, qiio gaudcmus^ voiupttis est.., Itaque non plcKuit Epicuro médium esse quiddam inter dotorem et voluptatem : illud enim ipsum, quod quibiisdam médium videretur, quum omni dolore cm non modo voluptatem esse, verum etiam summatn voluptatem. Non i voluptas est, quœ quasi titillet setisus et ad eos cum siiavitaie adfluat. » Gi( De (inibus bonorum et nialoruni, 1, 37» 10.
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même par les courams aerveux qui le constituent; il sufBt d'un accroissement ou d'une diminution très faible d'intensité.
307. Il sera plus facile de comprendre l'équilibre psychique et de se convaincre de son existence, quand on saura en quoi consistent le plaisir et la douleur et les causes qui tes produisent.
On a dit précédemment que, dans la production du sentiment, il y a conflit de deux forces et que la victoire doit rester à l'une de ces deux forces, soit à la force externe, soit à la force psychique. Expliquons plus clairement cette idée. Une force extérieure à l'organisme vivant peut agir sur lui de telle sorte que son action soit nuisible, destructive, soit totalement, suit en [lartie. Il y a ici un conflit entre la force externe avec son influence destructive et l'organisme qui réagit néanmoins. Si l'inHucncc nuisible a une grande énergie, la réaction on aura une aussi grande ; si l'action l'emporte, la réaction est une force perdue, et l'inllucnce nuisible continue à agir au détriment de l'organisme. Ce conilit qui se teimine par la victoire de l'action destructive sur l'organisme, par une perle de force non seulement sans compensation, mais contioue, se manifeste à la conscience de l'être sentant comme une douleur.
Si, au contraire, l'influence d'une action extérieure provoque, dans les forces de l'organisme, une réaction qui n'est pas opposée ni contraire, l'action et la réaction coopèrent pour produire une activité énergique qui surpusse celle de l'état ordinaire ; l'énergie vîule coopère avec l'énergie externe, et s'augmente. 11 n'y a pas ici d'action funeste, mais augmentation d'action utile ; ce fait se manifeste à la conscience comme plaisir.
Des exciutions qui ne sont pas ouisibles, et qui n'augmentent l'activité vitale, mais qui la laissent dans son état ordinaire, pro-
SENTniENT 309
les modifications organiques réclamées par ces mêmes conditions d*existence.
Or, dans les êtres vivants actuels qui se sont déjà, en général, adaptés aux conditions d'existence, il peut se produire, dans le milieu où ils vivent, des influences externes qui ne sont pas adaptées à eux soit entièrement, soit en partie. La sensibilité de relation, développée sous cette influence et pour la défense, avertit de l'antagonisme qui existe entre l'être vivant et les actions extérieures. Cet avertissement ne peut être qu'un état de conscience que nous avons coutume d'appeler douleur. On a donc, comme dans le premier cas, un conflit dans lequel la force extérieure l'emporte, ou bien, comme dans le second cas, un manque d'adaptation aux forces externes influentes, et la douleur est un état de conscience qui fait connaître ou manifeste l'antagonisme de deux forces, dont l'une, la force extérieure, l'emporte. La seconde manière n'est qu'une explication de la première, parce que les forces sont en antagonisme alors qu'elles ne concordent pas, et ne concourent pas au même but. Quand, au contraire, il y a adaptation entre les forces extérieures incitantes et la force organique incitée, la conscience manifeste sous forme de plaisir cet accord et ce consensus.
Or, ces adaptations des états sensationnels sont beaucoup plus variables et plus relatives que les fonctions organiques qui ont rapport à la nutrition et à la reproduction. Une excitation à laquelle nous nous sommes adaptés dans les états antérieurs cesse d'être en accord par suite d'une augmentation d'intensité : ou encore cette même excitation qui aune intensité à laquelle nous nous adaptons ordinairement et facilement est en désaccord par suite d'une condition relative du moment; il faut alors un certain temps pour que l'adaptation se fasse ; et si cette excitation n'est pas d'une énergie telle qu'elle puisse s'adapter ordinairement, elle acquiert le véritable caractère d'excitation nuisible, et elle produit une douleur définie et constante, tant que dure l'excitation même. Si, par exemple, une chaleur de 26'' centigi*ades est une température normale, à laquelle nos organes sensationnels sont adaptés, une augmentation de 10** produit un état douleureux parce que nous ne sommes pas adaptés à cette nouvelle température, et, comme nous ne pouvons nous y adapter, la sensation acquiert un caractère douloureux défini et fixe, qui ne cesse que quand la température s'abaisse. Quand, au contraire, nous sommes habitués à une lumière d'une intensité médiocre /, une augmentation /' de lumière nous cause une douleur parce qu'elle nous éblouit. Mais si T est la lumière ordinaire du jour, pour laquelle nous ne sentons aucune peine, la douleur cesse au bout de quelque temps, parce que l'organe s'adapte graduellement à l'excitation.
Ce qui est vrai pour les sensations pures l'est aussi pour les autres sentiments dont le caractère général se ramène aux formes primitives, plaisir et douleur. Affliction, chagrin, peine, compas*
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»on, correspondent à des étals douloureux, tandis que joie, plaiûr, bienveillance correspondent à des états agréables de la conscience. Si on est ufiligé de la perte d'une personne chère, c'est que celle-ci faisait partie de l'organisme de la conscience, la présence oul'idée de la présence de celte personne était habituelle et adaptée à l'état constituUf de la conscience, et l'idée de la perte de celte personne ou l'absence de la personne avec l'idée ({u'elle est perdue, non seulemeat ne peut se concilier avec la conscience, mais est encore en antagonisme avec elle, et dans cet antangonisme l'êti-c sentant succombe. La persistance de l'idée de la perte produit im état douloureux qui est l'afOicUon, et un abattement correspondant, dérivé d'une dépense contiDuelle de forces qui ne se réparent pas. Dans la joie c'est II! fait oppose qui se produit. Un désir satisfait est une excitation en liai'inonie avec l'état de conscience dont le désir était partie intégrante; la satisfaction provoque par suite une réaction de ntfime sens qui n'est pas nuisible, et réactive les forces vitales; il y a ici une compensation à la réaction.
Je dis donc que la douleur est un état de conscience qui révèle un conflit entre la force extérieure et la force oi^nîquc,ie défaut d'adaptation de celle-ci à la première, et une réaction sans compensation ; de là naissent l'abattement et la pcrLe des forces. Le plaisir, par contre, est un état de conscience qui révèle que la réaction s'est ajoutée il l'action excitatrice par adaptation, et qu'il en est résulté, par synei^îe, une augmentation d'activité vitale, d'où la compensation de la réaction. L'indifférence, enlîn, est l'état neutre de conscience qui manifeste une adaptation parfaite de l'organisme aux excitations d'intensité constante et invariable. L'exposition ultérieure de la théorie du sentiment montrera mieux la vérité du prin-
douleur est une réflexion de Tcxercice forcé et comprimé de cette faculté. • Stuart Mill fait une critique sévère de cette théorie, et la rejette (1).
Bain suit le principe de Hamilton, mais il en modifie les termes, après avoir distingué dans le sentiment ce qui est état de conscience proprement dit, et ce qui est purement physique. Considéré comme plaisir ou comme douleur, l'étal de conscience est indéfinissable ; mais si Ton considère la partie physique du phénomène, on peut dire dans le plus grand nombre des cas que « lex étaU agrédbles se rattachent à un accroissement et les états douloureux à une diminution de Vaction de quelque fonction vitale ou de toutes les fonctions vitales (2) ».
Dumont dirige contre cette théorie de Uain une critique qui me semble plus apparente que réelle. Il accepte le |)rincipe de Uamillon avec quelques modifications d'expressions. « Nous dirons, dit-il, pour exprimer les mêmes vues que Hamilton, qu'il y a plaisir toutes les fois que Pensemble des forces qui constituent le moi se trouve augmenté, sans que cette augmenUition soit assez considérable pour produire un mouvement de dissociation de ces mêmes forces; il y a douleur, au contraire, quand cette quantité de forces se trouve diminuée. Ce nVst pas dans la dépense de force que nous pla^^ons la condition du plaisir, mais au contraire dans le fait de recevoir de la force ». Or, dans les expressions de Bain, accroissement et diminution, Dumont trouve que Taugmentation des fonctions doit entraîner avec elle une dépense et une diminution de force et réciproquement. « Par suite de cette inexactitude d'expression, continue-t-il, cette définition arriverait à signifier le contraire de la nôtre, et il semblerait que Bain iilace le plaisir où se trouvent selon nous, la fatigue et la douleur (3).»
Ainsi Dumont admet l'augmentation de force dans le plaisir, mais peut-être croit-il que Taugmentation vient de l'extérieur? Comment? c'est ce qu'il ne dit pas. J'ai admis, pour moi, une synergie de la force excitatrice et de la force excitée, mais comme action et réaction ({ui, loin de se combattre, tendent au contraire à un effet unique. Mais ce qu'on ne comprend pas, c'est qu'une force externe vienne s'immiscer dans l'organisme par le moyen de l'excitation.
Je crois les expressions de Bain exactes, mais je pense que le principe dont il se réclame peut être considéré coumic un effet de la douleur et du plaisir, plutôt ({ue comme l'essence de l'un ou de l'autre, car, d'après ce que j'ai dit plus haut, par suite de l'absence d'adaptation, la réaction provoipiée est une dépense de force sans compensation, étant, connue elle est, opposée et contraire et d'autant plus grande que la résistance est plus considérable dans la force excitatrice. Dans la réaction provo(iuée par des excitations adaptées, il y a synergie, l'action coopère avec la réaction à l'activité vitale, qui, par cela mêmcy doit être augmentée.
H. Spencer, en admettant des états de douleurs dérivés d'inactions (the nvyative pains)^ et d'autres dérivés d'actions excessives (the positive pains) y établit que le plaisir accompagne les états qui sont entre ces deux extrêmes. 11 suit de là «lue les états extrêmes, positifs et négatifs, pour les(iuels il y a douleur, sont incompatibles avec l'équilibre des foncti(»ns qui constitue le bienêtre, tandis que l'état intermédiaire, dans lequel on éprouve le plaisir, est
(ti La Philosophie de Hamilton, chap. xxv.
ii.Les Sens et l'Intelligence^ p. 246 et suiv. Trad. franc.— Cfr.LT<pri7ef le Corps, ]}. lu*. Trad. franc. Biblioth. scient, intern. F. Alcsn, édiieur.— Les Émotions vl la Volimtéy 3* édition, p. 12. Trad. franc- F.Alcan, «'éditeur.
i3) Dament. Théorie scientifique de la sensibililéj pp. 67-68. Biblioth. scient, internat. F. Aican, éditeur.
312 PSTCHOLOfilE PHrStOLOCIQUE
<:oiup>iitile avec I'é<tnilibre lies foni^lions, ou plutût est PHelamé par cet équilibre. • Dans une si'rie mutae Ile ment UépenJanie d'organes ayant un eonMfiisui de rnRetions,rcxUlence mAme d'un orKanespécial, ayant sa fonction spéciale, ira pli- [|ue que l'absence de cette fonction doit causer un trouble dans le corueium; implique aussi que sa fonction peut-devenir excessive au point de troubler le eoiitfnimi ; implique par consi^quenl que le coHiiemu4 n'est maintenu que par un degré inoycu de la fonction (1]. ■
La liiéorie de l'illustre pliilosophc anglais est ini:omplète ; elle se réduit essentiellement âTadaplation des états de l'urbanisme aux exi'itationsexlêrieures, mais elle n'explique pas tous les faits du sentiment qui ne se réduisent pas toujours ù ces trois tenues, inaction et excès d'activité, termes extrêmes, et terme intermédiaire entre ceux-ci, comme nous le montrerons dans la suite.
300. Je désigne sous le nom de phases du sentiment, la transformation en une autre forme des tix)is formes indiquées, qui sont les foimes fondamentales. Souvent il arrive qu'une excilalîoit qui a produit un état douloureux produit dans le même individu un sentiment opposé, du plaisir ; comme i) arrive aussi que le plaisir passeà l'état d'indifférence. Ces deux cas que j'ai indiqués sont les plus ordinaires. Une douleur, par suite, peut devenir un plai^r, quand elle ne produit pas réellement la destnietîon de l'organisme, oiius qu'elle est seulement provoquée par des excitations auxquelles les fonctions organiques ne sont pas encore adaptées. La possibilité de l'adaptation implique celle de la transformation et de la phase. La fumée du tabac en est uo exemple aussi clair qu'il est commun ; la première fois, elle apporte des troubles notables ; si l'on continue à fumer, l'organisme s'adapte à rcfTcl du tabac, et, quand l'adaptation est complète, il en résulte un état de plaisir. Au contraire, une excitation qui a produit du plaisir devient indifTérenle en devenant babitudlu. Co i)lK>ri(»[iK'[ic si- |.n'sciiH- ii:ins un j,'r;iiiii iuiiiii>n? ilc
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nous devenir chère par suite d'une action vertueuse ou généreuse qu'elle accomplit pour nous ou pour d autres.
Le passage d'un sentiment extrême à lautre est graduel, comme Tadaptation aux excitations, et il doit se faire par la ligne neutre, (fest-:Vdire que, si c'est la douleur qui se change en plaisir, le sentiment s'abaisse graduellement jusqu'à l'indifférence, pour s'élever de là jusqu*à l'autre extrême qui est le plaisir.
310. La relativité du sentiment est plus grande que celle de tout autre phénomène psychique. On entend par relativité la façon différente dont le phénomène se manifeste dans les différents individus. Des excitations identiques peuvent produire sur deux personnes différentes des états opposés, de même que deux excitations différentes peuvent produire des états Identiques. Et le sentiment excité n'est pas seulement relatif aux divers individus, il Test encore dans le même individu, aux différents temps et aux différentes occasions. On peut donc dire que la relativité se manifeste dans le même individu par suite de 1 âge, de l'éducation, de la culture intellectuelle, de l'habitude, du temps, du lieu, selon Tétat antérieur ou présent, sain ou morbide.
Les sentiments relatifs à la pudeur sont, en général, plus vifs chez les femmes, et, parmi les femmes, chez celles qui sont les mieux élevées. La tendresse et les sentiments qui s'y rapportent sont plus faciles à exciter chez la femme que chez l'homme. Chez celui-ci, au contraire, prédomine le sentiment de la supériorité, qui se manifeste même par l'effort qu'il fait pour cacher et pour étouffer les sentiments de tendresse. Les personnes bien élevées et dont l'esprit est le mieux cultivé ont des sentiments plus délicats que les autres. La femme du peuple n'a aucune honte de prononcer, dans un accès de colère et de ressentiment, les mots les plus grossiers ; tandis que la femme bien élevée a honte même de les entendre. Les sentiments de compassion sont développés dans Tage milr, mais ils font défaut, ou sont à peine rudimentaires dans Tàge tendre. On sait quel traitement les petits enfants font subir aux animaux, et même aux vieillards et aux fous qui deviennent pour eux un objet de divertissement et de moquerie.
Si nous arrivons aux sentiments esthétiques, la diflérence est plus sensible entre les différent<'s personnes en général, et en particulier entre celles qui ont de l'éducation et de Tinslruction. Deux lettrés ne sont pas toujours d accord dans l'appréciation d*une beauté esthétique. Celui qui lira les appréciations de Tonftnaseo sur Schiller et Gœthe, sur Shakspeare et Byron et qui les comparera à celles de Mazzini, trouvera entre elles une opposition bien marquée. Il suffît d'assister à la représentation d'un drame ou d'un opéra pour s'apercevoir de la diversité des jugements, née de la différence du sentiment esthétique excité. Le sentiment qui en déri"^ '^ rapport avec tous les états de conscience de l'individu d
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antérieuremenl ; il ne peut, par suite, se développer que sous certaines conditions qui sont les antécédents nécessaires de l'être sentant, en admettant que celui-ci soit supposé être privé de toute préoccupation.
11 y a plus, chez un mi^me individu en des cas dilTérents, une même excitation peut donner naissance à des sentiments divers et opposés. Cela implique que les états de conscience, qui constituent la l'aison de la relativité, sont changés ou simplement modifiés.
La relativité du sentiment constitue à elle seule une étude très importante quia son application, dans la science de l'éducation, pour la formation des caractères.
Bain formulo d'une fa<,'on un peu différente la loi de relativité du sentiment, et il établit une cat^orie spéciale de sentiments relatifs, dans laquelle il trouve deux facteurs, l'un intérieur, et l'autre objectif, qui a rapport à lanalurt' dcl'e:ti-ilalion(l). Je reviendrai sur ce sujet àunmoment plus opportun.
311. Un fait très important, c'est la diffusion des excilntions, qui a été bien étudiée par Bain et par Spencer sous le nom de loi de diffusion. Bain a formulé ainsi la loi : < Selon qu'une impression est accompagnée de sensations, les courants excités se diffusent librement à tmversle cerveau en provoquant une agitation générale des organes du mouvement, et en y intéressant aussi les viscères (3) *. Spencer l'a énoncw ainsi : • Tout sentiment périphérique ou central, sensation ou émotion, est le simultané, d'un ébranlement nerveux, et csl le résultat d'une déirliargc nerveuse, laquelle a, dans le corps, un effet spécial et un eiïet général, i
t Voici quel est, comme on l'a expliqué plus haut, l'eiïct général. Le mouvement moléculaire dégagé par un slimulus quelconque, dans
excités sous forme d'activité et de mouvements réflexes, ainsi que d'autres organes, comme les organes de sécrétion, et le système vasculaire. Je m'occuperai plus loin de ce point d'une façon spéciale.
Mais l'action diffuse de l'excitation n'agit pas seulement sur les viscères et sur le système moteur, elle envahît encore les fibres et la substance grise des centres sensitifs adjacents à ceux qui sont stimulés directement, et elle accroît, pour ainsi dire, le volume et l'intensité de la sensation, non seulement en mettant en liberté une force nerveuse plus grande , mais en donnant encore à quelques sentiments ce caractère indéfini, qui fait souvent qu'on ressent un désir plus fort de les éprouver. La raison en est dans ce fait seul que les fibres secondaires excitées par diffusion ne peuvent correspondre dans ce cas à une sensation spéciale et déterminée, mais qu'elles aident seulement à accroître celle qui est directement provoquée et définie. Néanmoins, la diffusion ne limite pas là ses effets, elle peut induire, et cela selon les lois de reproduction, des sensations qui accroissent par des éléments accessoires la valeur de la sensation directe et principale, sous la forme où elles apparaissent.
Herbert Spencer a fait remarquer ce nouvel effet de la diffusion que Bain semble réduire aux seuls mouvements et aux affections viscérales, c... Puisque plaisirs et douleurs sont en partie constitués par ces états de conscience locaux, frappants, excités par des stimulus spéciaux, ils sont en grande partie et surtout composés par CCS états de conscience secondaires excités indirectement par la dillîision de la stimulation du système nerveux (1). » — La diffusion des excitations même à travers les éléments sensitifs, outre les éléments moteurs, explique certaines manifestations particulières de sentiments qui ne pourraient être expliquées d'une autre façon. Dans beaucoup de cas par exemple, la colère n'apparaît pas instantanément, mais lentement et progressivement, jusqu'à ce qu'elle arrive à son maximum. Il y a dans le premier cas diffusion par les éléments sensitifs, etdans le second par les éléments moteurs.
312. Les sentiments ont une intensité. Cette intensité dépend en partie de l'excitation, comme celle des sensations, mais elle peut aussi dépendre des conditions de la force psychique, ctnonde l'excitation. Le premier cas se trouve dans les sentiments excités directement par un stimulus extérieur, et qui ont une communauté d'origine avec les sensations proprement dites avant qu^elles ne se transforment en idées. Telles sont les excitations qui sont produites sur la peau, sur la rétine, sur la muqueuse de la langue et sur la région olfactive. La douleur ou le plaisir excité est proportionnel au stimulus extérieur.
Mais il y a pour le second cas un fait auquel on n'a pas peut-être prêté autant d'attention qu'il le faut , c'est celui où ime excitation de
(1) Pnucij}fs de pHijvholotjie, p. 294,;*,,; 12Sel lôI.Trud. fran»;. Dans ce dernier parjgr;àphe, Tauleur se propose de démoalrer ce qu'il avait avancé dans le S 128.
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petite intensité provoque un sentiment très intense. Une expression qui renouvelle une idée est comme une étincelle dans une matière explosive. Le vériiable excitant du sentiment, c'estl'idéc renouvelée par un mot, ou par autre chose, par exemple la présence d'un individu on d'un objet. La force psychique se trouve, dans ce cas, dans un état analogue à celui que les mécaniciens nomment énergie virtuelle, et force decollocation. La poudre enfermée dans la culasse d'un fusil ou d'un canon produit les etlets que chacun sait, tandis que, libre et non comprimée, elle n'a aucune force en s'enflammant. C'est la force d'expansion des gaz qui se dilatent qui produit des ellets d'une grande énergie, quand ces gaz sont dans un endroit où ils ne peuvent se répandre librement. L'énergie de la poudre ou de la dynamite est une énergie virtuelle ou une force de collocation. 11 en est de même pour quelques sentiments.
On est disposé par des circonstances antérieures à un sentiment d'une grande intensité ; une seule idée qui se trouve excitée, et qui est en rapport avec les dispositions déjà constituées, évoque un sentiment exagéré. Cela a coutume d'arriver tant dans les cas de sympathie que dans ceux d'aversion pour les choses ou les individus; ia disposition antérieure à l'aversion ou ù la sympathie rend exagéré et très Intense le sentiment qui peut naître d'une excitation très petite en ce sens.
313. En admettant que la douleur et le plaisir ont une intensité, cette intensité est très difficile à apprécier d'après des signes extérieurs. En réalité, l'individu même qui l'éprouve peut évaluer un sentiment ; il est difficile pour d'autres d'en apprécier l'intensité. Néanmoins il y a des signes qui permettent de calculer approximativement la force de la douleur ou du plaisir; ces signes sont les expressions des sentiments, en général des mouvements ou d'autres modifications
SENTIHBIIT 317
raison dans rhérëdité. Seulement rexpériencc faite sur les individus peut indiquer, dans des circonstances spéciales, la véritable mesure de rintensité d*un sentiment, parce qu*elle permet de voir les différentes manières dont elle se manifeste dans les différents cas qui se présentent.
L'évaluation même qu*un individu peut faire d'un sentiment qui lui est propre est toute relative. Car toute mesure, de quoi que ce soit, ne se fait pas d'une manière absolue, mais seulement par rapport avec quelque chose de connu. Généralement, en mesurant et en appréciant un sentiment, nous le comparons à un sentiment passé ; mais comme le sentiment actuel est toujours plus fort qu'un autre que nous pouvons reproduire en idée, il sera beaucoup plus fort que celui que nous nous rappelons avoir éprouvé sans le renouveler. Bien que nous puissions conserver une mémoire très vive du sentiment passé, celui-ci apparaîtra moins énergique que le sentiment présent qui est là pressant et en pleine activité. Gela est vrai pour des sentiments qui peuvent avoir entre eux des éléments communs, ou qui sontdelaméme forme. Il y en a quelques-uns dont nous ne pourrions pas dire quel a été le plus énergique et le plus vif.
On voit d'après ces considérations la difficulté qu'il y a à apprécier un sentiment soit subjectivement, soit objectivement, et cette difficulté dépend en très grande partie de la grande relativité qu'on observe dans les variations individuelles et ethniques. Bien que des variations individuelles puissent encore se trouver dans la qualité des sensations, elles sont néanmoins si incalculables qu'on les néglige ; aussi, pour les connaître distinctement, est-il besoin d'une analyse très délicate, excepté pour les casd'idiosyncratie.
Le sentiment, comme état psychique , peut se comparer au fond d'un tableau, avec ses dégradations de teintes, souvent indescriptibles, sans limites et sans contours, mais qui donnent pourtant au tableau lui-même sa vivacité et son caractère.
314. Si on apprécie la durée du sentiment, celui qui semble plus long, c'est la douleur ; le plaisir, au contraire, pai*aît très court. Jecrois que ce phénomène dépend de deux causes, Tune subjective, l'autre objective. La douleur, venant de la non-adaptation des excitations aux conditions organiques, se manifeste d'une façon uniforme et sans aucune variété, ou, s'il y a quelque variété, c'est dans l'accroissement ou la diminution d'intensité. Et le phénomène ne se manifeste pas seul à la conscience de l'être sentant, mais il nuit encore une atlente de sa cessation, une tendance à s'en délivrer. L'uniformité est la cause objective, la tendance ou l'attente de la délivrance est la cause subjective. Plus l'intensité de la douleur est grande, plus devient grande l'attente d'en être soulagé ; et dans cette tendance, le temps semble plus long que le temps ordinaire et vrai. Seulement le temps peut sembler moins long quand nous sommes distraits de l'attente, la conscience étant occupée par un autre fait.
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Dans le plaisir, nu (.-ontraîrc, si on lf> considère! objectivement, il y a, en gênerai, Tariété et adaptation aux conditions d'existence ou organiques; par suite, une partie du plaisir ou des excitations qui le provoquent se confond avec les excitations normales et passe h l'iDdiftércnce, et il ne reste que la partie la plus énergique et la plus vivace. D'antre part, au point de vue subjectif, naît dans la conscience le phénomène de l'attcnle opposé à celui qu'on a signalé plus haut, c'est-à-dire un désir de persister dans l'état présenl. La cause objective ici est complexe, parce qu'il y a variété, adaptation et passage à l'indifférence. Par suite, le temps, pour un plaisir déterminé, semble très court, et devient tel en réalité.
Tout cela laisse une trace profonde qui se manifeste dans ta mémoire de ces deux formes de sentiment. En général, le temps paraît plus court dans la mémoire; mais comme la douleur a laisse des trares plus sensibles, et qu'elle est restée plus longtemps dans l'attente de la conscience, non seulement, dans le souvenir, le plaisir apparaît moins long que la douleur, mais encore il est rappelé beaucoup moins facilement qu'elle. De fait, le plaisir, qui se rapporte ii une exaltation de l'activité vitale adaptée, ne peut laisser de résidus notables ; tandis que la douleur, qui se rapporte à un effet nuisible à l'organisme, doit laisser des résidus très considérables et des traces très profondes, et qu'elle en laisse quelquefois de très apparentes qui dui'cnt toute la vie d'un individu. La mémoire d'un état deconscience vit de cette énergie d'action et de réaction, et le souvenir a pour antécédent immédiat la force originelle de l'exaltation. Un plaisir reproduit est donc pour nous beaucoup plus fugitif qu'im plaisir réel, mais la mémoire d'une douleur est encore proportionnée à la douleur originelle.
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époques oii ce sentiment se reproduit, il apparaît toujours plus faible. Ce n*est pas parce que l'excitation reproductive s'affaiblit de plus en plus, car, s'il en était ainsi, il se produirait un oubli complet au bout d'un certain temps; mais c'est parce que le sentiment principal était d'abord accru d'un certain nombre de sentiments accessoires, excités par un grand nombre de perceptions ayant rapport à l'objet lui-même. Plus tard, par suite d'états de conscience nouveaux et divers qui se sont établis après la destruction des premiers qui s'étaient associés à l'idée principale, c'est-ù-dire à celle de la personne chère, ces idées et sentiments accessoires, dissociés en partie, ou tendant à se dissocier, réapparaissent en nombre moindre jusqu'à ce que le sentiment principal se présente seul. En ce cas son intensité est diminuée, bien qu'il puisse être assez vif, car cette intensité n était pas constituée seulement par l'onde nerveuse principale, mais encore par des ondes accessoires concomitantes. La diffusion, par suite, devient moindre ou est abolie, et le sentiment enfin ne reste plus dans le souvenir qu'à l'état d'idée.
Quand, donc, on dit que la douleur diminue avec le temps, on ne dit pas une chose vide de sens ; on exprime un fait réel qui dépend de ce complexus de circonstances que j'ai notées plus haut.
Mais il peut arriver, au contraire, qu'un sentiment reproduit soit plus intense que le sentiment originel. Cela se produit parce qu'il s'est déjà établi un état de collocation; de sorte que la reproduction se présente comme un phénomène nouveau qui suscite une énergie virtuelle, d'où la force du sentiment, et la diff*usion par les manifestations extérieures. Cette énergie nouvelle peut encore se produire quand d'autres sentiments accessoires, qui manquaient la première fois, se joignent en ce moment au sentiment principal.
316. Tout ce qui a été exposé jusqu'ici de la nature et du caractère du sentiment implique la supposition que les processus de cette manifestation psychique sont aussi de même nature que ceux des perceptions des autres états de conscience, c'est-à-dire qu'ils ont un caractère physique. Je crois que (^eci ne laisse place à aucun doute ; et qu«and même on n'aurait pas d'autres preuves, il suffirait de la diffusion des excitations pour le démontrer, parce que la diffusion ne peut se faire par une autre voie que parcelle des nerfs et qu'elle ne peut avoir lieu si déjà une première excitation ne s'est pas répandue directement par eux.
Bain admet un tempérament émotionnel, c'est-à-dire une tendance spéciale aux manifestations émotionnelles. Ce tempérament semble, en général, être plus développé où le pouvoir intellectuel Test moins ; car les diverses manifestations de l'esprit dépendent de la vigueur totale de la constitution, laquelle est distribuée d'une façon très variée, et qui, outre cette partie qui a rapport aux fonctions purement physiques, digestion, respiration, etc., en comprend une autre qui est affectée à rcxercice de l'intelligence.
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une il celui de l'activité extérieure, et enfia une dernière aux manifestations du sentiment. Les pouvoirs de l'esprit forment trois dînsioas principales, action, émotion, intellect ; et ces trois formes peuvent être manifestées inégalement, par suite du mode de distribution des forces totales du cerveau. En règle générale, on peut établir qu'une grande supériorité de l'une de ces forces implique l'infériorité des autres, la puissance humaine étant enfermée dans certaines limites, bien qu'il y iiit des individus exceptionnels chez qui celte puissance atteint un haut degré (I). Il est certain toutefois qu'il se rencontre des natures dans lesquelles ces trois pouvoirs ont un développement considérable, sans se porter préjudice entre eux. Du reste le pouvoir du sentiment est presque toujours accompagné de l'action et de l'inlelligeDce, qui, sans lui, resteraient dans l'inertie. Cela s'applique à certains sentiments spéciaux ; mais pour d'autres qui sont en opposition avec le développement et l'exercice de l'intelligence ou de l'action, ce pouvoir émotionnel est distinct, comme rnffirme Dain, l'activité nerveuse d'où dépend la manifestation de l'énergie psychique ayant une limite. Le tempérament émotionnel est une preuve de la base physique du sentiment.