SENTIMENTS INDIVIDUELS
de liberté. Â sa première apparition, ce sentiment se rapporte exclusivement aux mouvements du corps, il s*étend ensuite à toutes les opérations mentales, aux volilions, et à toutes les choses où peut se déployer Tactivité humaine. L'empêchement aux diverses actions produit de la peine ; l'exercice, sans obstacles, de l'activité cause du plaisir. Les hommes, comme les autres animaux, à Tétat primitif se meuvent dans toutes les directions, ils mènent ainsi une vie errante, surtout chez les peuples nomades. L'état sauvage est, à ce point de vue, plus libre que l'état civilisé dans lequel les homjnes doivent respecter certaines conditions sociales et sont limités dans leur action. L'homme acquiert donc bien vite le sentiment de liberté, puisqu'au commencement il jouit de la liberté d'exercice corporel la plus grande, cette liberté étant gênée rarement et pour peu de temps. Les animaux mènent aussi la même vie que les hommes à l'état primitif; renfermés, ils éprouvent une grande peine ; quelques-uns s*y accoutument, mais d autres ne le peuvent et meurent ou vivent mélancoliques dans la servitude.
Si l'homme restreint la liberté d exercice corporel de la vie errante, il acquiert une liberté plus grande et plus étendue dans les opérations intellectuelles, quand les préjugés, Tignorance et le despotisme ne viennent pas limiter et restreindre les manifestations et le développement de la pensée. Malheureusement, chez les peuples qui se disent civilisés, il y a de tristes exemples de la servitude de la pensée ; et parmi ceux qui s'estiment les plus avancés en civilisation, la liberté n'est pas encore arrivée à son développement maximum.
Il n'y a rien qui nous fasse mieux connaître ce sentiment de liberté que la privation ; aussi une des plus grandes punitions à infliger à l'homme c'est de le priver de l'exercice libre de son activité physique et intellectuelle. La prison n est pas seulement un moyen d'empêcher le coupable de nuire, c^est encore une punition parce qu'elle restreint la liberté ; empêcher l'exercice des membres par les fers est une punition plus grande qui produit une douleur plus grande. Les animaux qui sont attachés montrent qu'ils éprouvent la même peine provenant de lempêchement de l'exercice du corps. Parmi les animaux domestiques, on a un exemple dans le chien qui manifeste une grande joie quand on le délie.
336. Bain place le sentiment de liberté parmi ceux qu'il nomme sentiments de relativité. Au $ 310, on entend sous le nom de relativité des sentiments la façon différente dont les sentiments se manifestent chez les différents individus ou chez les mêmes individus dans des circonstances diverses.
Or, Bain entend par ce mot Tétat d'uil sentiment qui, mis en relation avec un autre, peut varier d'intensité. A ce point de vue, tous les sentiments sont dans un état de relativité. Ainsi recouvrer la santé après une maladie produit un plaisir qui n*est pas égal à celui qu'on éprouve quand on jouit de la santé sans qu'on puisse la comparer à la maladie.
336 PSYCHOLOGIE PHySIOLOGIQUB
Par suite de celle relalirité, les sentimenls goni soumis il une loi ù'aeeometodatio» d'après laquelle riotensiié de lu iiianiFe station diminue, c'est-à-dire le plaisir cl la douleur qui, très énergiques lii premii-re fois qu'un les i-proure, perdent de leur énergie priinilive, et constituent un état nuniial, tamme un éiat d'indifTêrence. Cette loi d'accumniodation de Itain ressemble au pliênuniùne que j'ai noté plus haut, c'est-i-dire aux phases du sentiment el au passage des deui sentiments extrêmes à la ligne neutre.
Un peut pourtant, selon l'illustre psychologue, désigner proprement sous le nom de teiilimrHU de relation certains senlimeoU qui ne se pruduiraient pas si une cause ubjective sjiéciale ne venuit pas les stimuler. Le caractère spécial de celte cause consiste en une transition externe de circonstances communes à quelque circonstance non commune. Les principaux de ces sentiments sont la nouveauté, l'admimlion, la puissnnue el la liberté. Chacun d'eux a un corrélatif dans le sentiment op[iosé: ninsi. la liberté dans la servitude. On a pour la liheilé la même loi d'accommodation ipie pour les antres sentimenls, mais il j a les états d'exaltation dans la délivrance de la servitude (1).
Tout en acceptant les observations de Bain parce qu'elles sont très Unes el très exactes, je ne trouve pas qu'il y ait lieu de mettre le sentiment de liberté dans une autre classe que celle ou je l'ai placé. Les autres, en réalité, peuvent être considérés comme une augmentation d'intensilé des formes fondamealales dusentimeot, sans constituer une classe distincte.
337. Beaucoup d'autres sentiments pourraient être raugés dans la catégorie des sentiments individuels ; mais comme dans leur développement ils ont rapport surtout aux conditions de la vie sociale en commun, il vaut mieux les ranger, dans tout leur ensemble, dans la classe des sentimenls îndividuo-sociaux ; cette classe du reste est la plus riche de toutes, pan.'e que dans les relations de l'espèce naissent et se développent des sentiments qui n'auraient hors d'elle aucune raison d'être, attendu qu'ils constituent l'iûtérôt invididuel