Darwin, lui, pose trois principes
f 1. Principe d'association des habitudes utiles, — Certaines actions complexes sont d'une utilité directe ou indirectte, dans certains états de l'esprit, pour répondre à quehiues sensations à quelques désirs, etc., ou pour leur donner satisfaction, et chaque fois que le même état d'esprit se reproduit, même à un degré assez faible^ la force de l'habitude et de l'association tend à faire produire un mouvement, bien que ce mouvement ne soit d*aucune utilité. Il peut arriver que ces actes associés ordinairement par l'habitude à certains états d'esprtl soient en partie empêchés par la volonté ; en ce cas, les muscles, principalement ceux qui sont moins soumis à la volonté, peuvent cependant vSe contracter et produire des mouvements qui nous semblent expressifs. Dans d*autrcs cas, pour réprimer un mouvement habituel, d'autres mouvements légers sont produits, et ceux-ci sont encore expressifs.
€ H. Principe de Vantithèse. — Quelques états d'esprit amènent certains actes habituels qui sont utiles, c'est ce qu'établit le premier
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principe. Ensuite, (|iianc) il S(^ produil un éiat d'espril directement opposé, OD est rortcment et involontairement tente d'accomplir des mouvements absolument opposés, bien qn'îls puissent être inutiles; et ces mouvements sont dans certains cas très expressifs. *
I III. Principe de» actes dus à la constilutioH du système nerveux, cntiéretaetit indépendants de lavolonté, et jusqu'à uncerlain point, de l'habitude. — Quand le sensorium est fortement excité, la force nerveuse est produite en excès, et se transmet en certaines directioDs diUerminées, dépendant de la connexion des cellules nei-veuses, et en punie de l'habitude ; ou encore il peut aniver quL' l'afllux de la force nerveuse soit en apparence inten-ompu. Il en i-csulte des effets que nous trouvons cxpi-essifs. Ce troisième principe pourrait, pour plus de concision, être appelé princijte de l'action directe du système nerveux (t). >
430. Lk principe de l'associadon des habitudes utiles de Darwin correspond à la loi de l'action nerveuse restreinte de Spencer; celui des actes dus à la constitution du système nerveux, à la première loi de Spencer sur l'action diffuse. Le principe de l'autidièsc n'a pas son correspondant dans la théorie de Spencer. Or ce second prindpc, selon Dumont, n'a pas sa raison d'éti-e ; selon Sully, il est possible de le considérer comme une partie de ebacun des deux autres principes, mais non comme un principe distinct {i).
En «."aliié, d'après les exemples de Danvin, on pourrait comprendre le princi|)e de l'antilbèse quand les mouvements de nature opposée seraient volontaires et (|uand on en connaîtrait la sif^nification; ce qui, d'un autre côté, exigerait que les mouvements aient été déjà précédemment acquis.
EXPRESSION DES SENTIIIENTS 405
associées, ou dans la seconde loi de Spencer, celle de l'action nerfouse restreinte.
Bien que les deux principes de Darwin s^accordent en substance avec les lois de Spencer, ils en diffèrent dans les détails. Darwin explique le froncement des sourcils comme un dérivé des cris que pousse Tenfant dans les premiers jours à la suite de quelque sensation douloureuse. < A ce moment, les muscles qui entourent ro'il sont fortement contractés et ce fait explique en grande partie le froncement des sourcils qui persiste pendant tout le reste de la vie. » La contraction du muscle /rowceur du sourcil se produit, par suite, toutes les fois qu'on^se heurte de front a des obstacles de quelque sorte que ce soit. Une autre cause a probablement encore fortifié rhabitude de froncer les sourcils en présence d'une diniculté ; c'est la façon dont se comporte le sens de la vue en présence du soleil. Nos ancêtres, qui avaient certainement la tète nue, pour distinguer les objets placés au loin, ont évidemment usé de la contraction des muscles oi*biculaires et de celle du fronceur, comme chacun le fait encore habituellement, sous un ciel brillant, pour empêcher que les rayons lumineux n'entrent en ti*op grande quantité dans Tœil (1). Cette seconde cause est analogue à celle qu'adonnée Spencer plus haut.
437. Wundt, dans sa Psychologie physiologique (2), croit bon de ramener à trois principes les phénomènes de l'expression : 1® le principe delà modification directe deTinnervation; 2"* celui deTassodation des sensations analogues ; 3° celui de la relation du mouvement avec les représentations sensorielles.
Par le premier on entend ce fait que de fortes émotions exercent sur les centres de l'innervation motrice une réaction immédiate, par laquelle, dans les affections les plus fortes, il se produit une paralysie subite d'un grand nombre de groupes musculaires, et, dans une commotion faible, une excitation qui donne lieu ensuite à un affaiblissement. Les mouvements de ce genre échappent à l'empire de la volonté pour la plus grande partie. En voi(*i quelques-uns : dilatation ou contraction des vaisseaux, pAleur, rougeur, larmes, etc..
Le principe de l'association des sensations analogues s'appuie sur une loi suivant laquelle les sensations du même caractère affectif s'associent facilement et se renforcent mutuellement. Les mouvements mimiques de la face appartiennent en grande partie à ces principes.
Le principe de la relation du mouvement avec les représentations sensorielles régit la physionomie elles gestes que l'on ne peut rapporter aux deux principes précédents. Tels sont les mouvements des bras et des mains, ceux qui expriment ratYirmation et la négation, la mimique des yeux, et ainsi de suite. Ces trois principes peuvent
(U op. cit., chap. IX.
(2) Tome II. chap. xxii.
406 PSTCnOLOGIE PHVSIOLOfîlQtlE
concourir ensemble à produire un effet unique. Au troisième principe, Wundt rattache le langage, sous quelque forme qu'on le considère,
438. La diversité des principes posés par les diSërenU obsemteurs vient de la diflicullé extrême du sujet, de la multiplicité des phénomènes, et de b façon variée dont ils se présentent dans des circonstances analogues ou opposées. Il faut encore des études plus approfondies, et des observations nouvelles. En réalité, Darwin en a f^t une étude sérieuse et spéciale ; c'estlni qui le premier a cherché à en résoudre les difficultés par de nouveaux principes, et en se mettant ix un point de vue différent. 11 ne suffit pas d'avoir étudié le phénomène du côté purement anatomîque, et du côté physiologique au moment des fonctions. Il faut le relier aux sentiments avec lesquels il est uni extérieurement, bien qu'on ne voie pas le lien intérieur. Spencer et Darwin avec le principe d'évolution, avec l'hérédité, ont pu jeter une grande lumière sur l'explication des phénomènes, mais il me semble que, même avec les principes qu'ils ont émis, ils n'ont pas pu expliquer d'une façon heureuse tous les phénomènes. Il ne peut y avoir de principe plus vrai, plus exact et plus universel que celui de la dlilusion. Spencer en connaissait l'importance, et il lui a donné le premier rang pour l'explication des phénomènes. Le principe qui se rapporte aux actes associés aux habitudes utiles est encore vrai ; mais l'explication du passage à l'expression d'un sentiment n'est pas toujours satisfaisante. Les principes de Wundt semblent trop abstraits, et on ne peut sans elTort coordonner lei différents phénomènes par leur moyeu.
En renvoyant aux auteurs précédents, et surtout à Darwin, quiconque veut étudier en détail les faits et vérifier les hypothèses, en