‹ La psychologie physiologiqueChapitre 14 sur 130 · LA SENSATION · texte numérisé non relu

LA SENSATION

39. La première fonction de la sensibilité, c*est la sensation. Nous savons généralement de quoi nous parlons en parlant de sensation : une pression, le cliaud, le froid, une couleur, une saveur, nous appelons tout cela sensation. Jamais une de ces sensations ne se produit spontanément, c'est-à-dire, sans une force extérieure qui la provoque. Nous nonnnons psyché^ sans donner pour le moment à ce mot de détermination qui soulève bien des questions, la force intérieure à un être vivant et à Thomme, et qui donne son n<mi aux phénomènes psychiques. Cette ame se manifeste principalement dans la force nerveuse tant des nerfs périphériques que des centraux. Force psychique est doncî, pour moi, synonyme de force nerveuse et les deux expressions seront «employées dans le même S(ms.

La psyché est la cause intérieunî d(»s phénomènes psychiques; comme force, elle doit être provoquée pour entrer en action, et c'est la force extérieure ou de la nature qui sert à ce but. Leinodegéncrai d'action de la force, comme action de la matière, c'est U^ mouvement. Et il est maintenant suflisamment connu (]ue les phénomènes natui^els» qui sont de si nombreuses manifestations de forces, se réduisent à (l(»s mouvements, (;omme la chaleur, la lumièn», l'électricité, le magnétisme, et(!. Or, (*es manifestations de la matière en énergie sont c(^ qui p(»ut provoquei* la force intérieure app(»h''e psyché à entrer en activiti».

Ce fait constitue un cxcUanl ou une excitation qui se produit sur certiiins appareils spéciaux de l'organisme que l'on nomme organes sensoriels. La force extérieure peut donc s'appeler force excitatrice^ et la psyché, force excitée,

40. L'(»xcitaiîon est un mouvement purement m<'ranique ou une action physique ou chimique ou physico-chimi(iue, parce qu'il ne p(»ut y avoir d'autre mode d'action des corps et de la matière. Cette excitation se fait, je l'ai déjà dit, sur les organes d(»s sens. Ce sont les nerfs qui sont sensibles à l'c^xcitation, et c'est dans ces organes qu(» se trouvent les parti(»s terminah^s des n(»rfs sensoriels qui peuvent être (»xcit<'s. l*our (|ue r<»xcitati(m rencontre une voi<» plus facile, et pour qu'elh» soit plus eflicace, les nerfs senshifs (jui viennent aux appareils sensoriels se subdivisent <'t se» séparent à la surface en fibrilles et cellules, comme, j)ar exemple, la rétine dans l'œiL

Sur celle exlréniilé (iu nerf parfaîtenK^nt construile et adapl<^e à son objet, rexeitation produit une modification qui n'est pas diflérenle en réalité de celle que produit sur la matière l'action des agonis naturels. La modification n'est qu'une altération de la substance nerv<»use du nerf (»xcité, un changement moléculaire de cette substance qui n'est pas limité à la périphérie du nerf, mais qui se propage dans toute la longueur du nerf jusqu'au centre oii il a son poinl de départ ; c'est-à-dire, jusqu'au centre psychique oîi il doit se produire une modification correspondante dans la masse grise ou dans les c<41ules où le nerf va se perdre. Ce fait est de nature physiologique, parce qu'il se passe dans les organc^s, et est une fonction, mais il ne diflère pas d'un phénomène physico-chimique en gwral.

Cotte modification qui se produit dans la substance des nerfs peut êli^ provoquée, comme je l'ai dit, par toute forme des agents naturels, lumière, chaleur, et(î. Nous ignorons si la modification noneuse qui suit une excitation lumineuse est la même que celle qui soit une excitation de chaleur ou de pression ; mais elle doit être pix)bablement de nature différente, si l'on considère que les éléments nerveux ne diHerent pas par leur énergie, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas une énergie spécifique^ et que pourtant la s<msation ou ce qui en rcsulte est de nature différente. Ce qui, à mon avis, doit avoir lieu en raison et de la nature différente de l'excitation, et des différentes îïltérations provoquées, et des fonctions diverses des centres ou dcvs masses nerveuses centrales.

il. La sensation est donc un phénomène qui se produit alors que la force psychique est provoquée à agir par la force extérieure de la ï^aiure, d'une façon qui lui est propre, par une manifestation qui (»st commune et constante. On peut dire par suite que hi sensation <»st le produit de deux forces, l'une interne, la psyché, l'autre exterm», la ^lure, en prenant ce mot dans le sens de monde extéri(»ur à l'autre. Si Tune des deux causc»s manque, hî phénomène fait défaut.

^2. Mais l'excitation, au lieu d'étnî physique, c'est-à-dire dépendante ^^ la nature extérieure, peut aussi être physiologique, c'est-à-dire ^t't)endre des oi^anes eux-mêmes de l'être sentant. Les nerfs sensitifs ^ vont pas seulement à la périphéries du corps et dans les organes *l<*8sens, mais encore dans l<»s viscères; c(nix-ci peuvent les exciter **> par suite, faire naître d(\s sensations. On verra combien diffé- '^nies sont les sensations provoquées sur les organes des *^s et celles qui dérivent de cette excitation physiologique». IJourtant on peut établir que, de cette façon, les fonctions de nulri- ^^ ()e>iennent conscientes, sans que» pourtant leurs organes soient ^trcs de conscience (*omme on l'a déjà montré.

Outre cette excitation que j'ai appelée physiologique, mais qui est l^^jours péripli^nque, il y en a une autre qui dérive du mouvement ""Musculaire. Un knuscle se erontnuUe par excitation du nerf moteur,

Seii(;i I 2

iS k>SYCllOLOGtE t»HYSIOLOGIQUE

excitation centrale; mais la sensation qui se rapporte au mouvcmeni môme dérive du muscle môme qui s'est contracté. Dans ce cas encore l'excitation peut être dite périphérique, mais elle est de nature physiologique.

Il peut enfin y avoir une excitation centrale qui dérive des centres psychiques mêmes ; et cette excitation arrive dans la reproduction des sensations, dans les songes, dans les hallucinations. Ce fait pourtant n'est que le dérivé du premier, c'est-à-dire de la sensation produite par l'excitation périphérique, avec laquelle elle a toujours des rapports, comme nous le montrerons en son licui.

De tout cela il résulte que la sensation ne peut se produire sans une excitation, de quelque part qu'elle vienne, périphérique ou centrale ; avec cette réserve pourtant que l'origine primitive de toute sensation est dans l'excitation périphérique, la centrale n'en est qu'un dérivé.

43. Les deux causes de la sensation, l'excitation et la force psychique, opèrent dans des limites déterminées ; c'est-à-dire que toute excitation n'est pas capable de provoquer une sensation , ce qui revient à dire que toute excitation n'est pas propre à provoquer la force intérieure psychique pour en obtenir un effet qui est la seasation. Il y a une limile d'excitation qu'on peut appeler minima ^ et une limite mnxima ; ce qui signifie que la sensation ne commence, pas à une quantité infiniment petite d'excitation, mais à uiM quantité définie; et elle ne croît pas indéfiniment avec l'excitiUiondc quelque degré qu'elle soit, mais jusqu'à une certaine force qui est elle-même limitée.

La limite minima a été appelée par Fechner et Wundt seuil d'excitation (Keizschweile), la limite maxima hauteur d^excitation (Reiihohe). La valeur finie, propre à produire la sensation la plus petites a été dite valeur du seuil d'excitation, et la valeur maxima finie, valeur de la hauteur d'excitation (Schwellenwertli des Reizes, pour la première, Iloenweilh des Reizes pour la seconde).

44. Pour ti'ouver une relation entre l'excitation et la sensation, il est nécessaire de trouver celle qu'il peut y avoir entre l'excitation et le processus nei*veux par lequel arrive la sensation. C'est dire quïl faut trouver si, à la valeur limite de l'excitation, qui est un processus physique, correspond une valeur psychique d'excitation limite. Après cela, il est possible de trouver une loi de proportionnalité entre l'excitation et la sensation, laquelle loi conduit à la recherche de l'intensité de la sensation elle-même.

Et comme la recherche directe de la relation de l'excitation avec le processus nerveux des nerfs sensitifs n'a pas été faite, on a recours aux nerfs moteurs pour lesquels on a fiût cette étude.

La recherche de la relation entre l'excitation et le processus ne^ veux des nerfs moteurs se fait au moyen de la contraction musculaire, qui se produit par suite de l'excitation du nerf moteur. De là on a

une porportionnalité entre le travail musculaire cl lexcilation, et enlre la force de cette excitation et le processus nerveux. On peut poser Téquation suivante :

(l) yz=iax^Cy

«I désignant par y la force d'excitation, par x la force du processus nerveux, par c la constante de la force excitatrice : de a dépend la vitesse avec laquelle y doit croître pour produire 1 augmentation de X, L'équation peut s'exprimer ainsi : la force excitatrice est proportionnelle à la force du processus nerveux, plus la constante avec Imroissetnent que ce processus peut subir.

En faisant z == contraction musculaire, a c étant d'autres constantes, on a :

(2) x=za z -{- c

laquelle équation exprime le rapport du processus nerveux à la contraction musculaire.

Réunissant les deux équations, on a :

y = aa z -\- {a c -\- c) doù : (3) y = AzH-C,

ou: la force excitatrice est à la contraction musculaire comme les constantes A, C, puisqu'on a :

A = aa C = a c -\- c

45. Cette proportionnalité trouvée entre le processus nerveux €t l'excitation, et ensuite entre l'excitation et la contraction, peut s'appliquer à la recherche de la proportionnalité entre lexcitation et la sensation, en substituant celle-ci au processus nerveux, pour faciliter la recherche des lois fondamentales de cette relation.

A la limite minima ou seuil d'excitation, correspond une sensation à peine perçue^ c'est-à-dire la plus petite sensation qui correspond iion seuil ou limite inférieure minima, A la hauteur ou limite maiima d'excitation, correspond la sensation maxima, ou sensation de la limite supérieure maxima, et par suite hauteur de la sensation. Au delà de ces limites maxima et minima, il n'y a plus de sensations que nous disions perçues, ou capables (Fétre perçues par la conscience.

Bien qu'il puisse se produire des sensiUions de qualité ditîérente, CCS limites font qu'à ce degré d'intensité elles sont égales, parce; qu'elles correspondent toujours aux sensations à peine ])erçues, celles de la limite minima, et aux plus hautes possibles, celles de la limite maxima.

La sensibilité qui se rapporte et 'correspond à la limite maxima d*excitation dépend de la position de cette limite; ; plus (;ile est petite, et plus la sensibilité est grande. Ainsi, soit 1 Texcitation dans un cas, 2 dans im autre, la sensibilité est comme 1 : j ; ou en général, la sensibilité de limite minima est inversement proportion-

ndle à la valeur de lu limite nrinima d'excitation. Au contraire, la sensibilité de limite maxinia croît avec l'excitation. Si Texcitation est 1 dans un cas, 2 dans un autre, la sensation correspondante est alors comme 1 : 2 ; c'est-à-dire que la sensibilité de limite maxima est dirœtement proporti(mnelle à la valeur de la limite maxima d'excitation. Du rapport de la sensibilité de limite minima et maxima, dépend le circuit relatif d'excitation, correspondant au circuit de sensibilité, c'est-à-dire ce qui est compris entre les limites minima et maxima. 11 croit quand descend la limite minima, et quand la limite maxima s'élève. Supposons dans un cas la limite minima = 1, la limite maxima = 4 ; si, dans un autre cas, la limite minima est 2, et la limite maxima 8, le circuit relatif est égal à 4. Si, au contraire, la limite minima est ^, la maxima i, le circuit = 8 ; c'est-à-din; que: le circuit relatif d'excitation est proportionnel au produit de la sensibilité de limite minima par celle de limite maxima, ou au (|uolient de la limite maxima d'excitation par la limite minima.

Soit s la limite minima d'excitation, h la limite maxima, on aura :

la mesure de la sensibilité de limite minima

la mesure de limite maxima = A,

la mesure du circuit =^ — .

46. Qu'on ne croie pas pourtant que ce soit chose facile de déterminer la limite minima et maxima d'excitation ; c'est, au contraire, une tâche difficile et incertaine parce que l'excitabilité des différentes parties d'un sens n'est pas égale, et parce que la mé^me diversité apparaît encore dans la qualité des sensations. D'où on peut établir que, dans les diverses qualités d'un sens, la valeur limite d'excitation, correspondant à la valeur limite de sensation, varie extrêmement.

Mais à considérer la valeur limite de la sensation elle-même, c'està-dire la sensation à peine perçue, et celle de limite maxima, ou sensation de hauteur maxima, ces deux quantités extrêmes restent des grandeurs d'égale valeur. Parce que, si une sensation était plus petite ou plus grande qu'une autre à peine pcTcue, on n'aurait plus comme limite la plus petite capable d'être perçue ; on peut en dire autant de celle de limite maxima. La sens;Uion se manifeste donc toujours entre deux limites identiques, tandis que l'excitation doit parcourir, pour les divers sens, des degrés d'intensité très variés.

47. La sensation se manifeste entre deux limites indiquées, varie de l'une à l'autre, de la limite minima à la limite maxima ; et cette variation peut être différentielle ou infinitésimale entre ces mêmes I limites. iMais de la même manière (|u'il y a une limite de sensation à

peine perçue, ainsi il y a une limite de différence sensationnelle , à peioe perçue. 11 faut examiner ce point pour mieux établir et prouver la ]oi de proportionnalité entre l'excitation et la sensation.

Dans la sensation, il y a deux constantes qui correspondent à deux quantités, minima et maxima ; dans la différence de sensation, il n y en a qu*unc qui est la variation minima de sensation, ou variation à peine perceptible. Et celle-ci, conune la grandeur de la sensation, à ses deux limites, a une valeur constante pour tous les sens et toutes les qualités diverses de sensation, et cela pour les mêmes raisons indiquées à propos de la sensation. 11 y a par suite une limite minima ou seuil de ^t/férence d'excitation, à laquelle correspond un seuil de différence de sensation ou un minimum de diflérence d'excitation.

48. On emploie (rois méthodes pour trouver la relation entre les variations de rnciuUon et celles de la sensation; de ces méthodes, Tune est directe, les deox aalres sont indirectes.

(1) Méthode de différence à peine perceptible, qui consiste à passer d'une excitaUon d'une certaine force à une autre qui la surpasse d'une quantité telle qu'elle puisse donner une différence de sensation égale à la plus petite perceptible.

|2) Méthode de Perreur moifenne. Elle consiste en une série d'expériences pour lesquelles on fait usage d'excitations de valeur décroissante en les ajoutant, en commençant pourtant toujours par la méthode directe. Ainsi pour une série ^ cas, on peut avoir une moyenne qui correspond ù la vérité.

(3) Enfin, il y a la méthode des cas vrais et des fanx. Par cette méthode, on ^ par exempte, deux excitations sur l'organe d'un sens, de façon qu'elles alitèrent peu Tune de l'autre et qu'elles correspondent à des sensations de <Hfférence peu observable aussi.

^s excitations peuvent être estimées plus ou moins fortes. Si le nombre des

^ observés est n et celui des cas réels r, on aura la relation — , qui s'appro- <^^ d'auUint plus de l'imité que le nombre des cas réels est plus grand. Alors ^ quotient — est la mesure de la sensibilité de différence, c'est-à-dire que la

<^ibilité est d'autant plus grande que le quotient est plus grand, et vicc-versa.

49. Selon qu'on emploie une de ces trois méthodes qui d'ailleurs ne s'emploient PK séparément, on a trois expressions de la loi suivant laquelle la sensation *Vie avec Texcitatlon entre les limites minima et maxima. Soit pour la Pfnnière méthode : P accroissement de sensation qui produit un changement ie tetuation à peine perceptible est toujours dans un rapport constant avec la iptantitê iCexeitation à laquelle elle a été ajoutée. Ainsi, si à un poids 1 on Voote 4- pour avoir la différence de sensation à peine perceptible, ù un poids i il hkvX ajouter 4- pour avoir la différence de même nature.

Suivant la méthode de l'erreur moyenne, renonciation de la loi est la suivante : terreur moyenne variable qui s'obtient par la comparaison (Vune excitation une autre dont celle-ci ne diffère pas quant au mode (Caperception, toujours une fraction constante de l* excitation. Ainsi, si pour une cidiation 1 l^erreur varial)le est ^i pour 2 elle est de tbi pour 3 Ue ^ et ainsi

Selon la méthode des cas vrais et faux, rexpression de U loi est U suivante: quand après les éliminations des influences dans la comparaison de

deux excitations non perceptibles diverses, la relation -r enln? les manifestation»

iTa?># et le nombre total des cas reste constante, les deux excitations comparées doivent conserver toujours, Cune et Pautre, la même relation. En admettant qu'une excitation 1, comparée avec une de 1 + -}-, présente un rapport déter-

rainé —, l'excitation 2 comparée avec Pexcitation 2 + -f-, Tcxcitatioa 3 avec

3 + -f- doivent garder le même rapport — .

Les trois formules précédentes peuvent se ramener à une plus générale qoi exprime une loi sur Taccroissemcnt de la sensation auquel correspond la variation de l'excitation, c*est-à-dire que : si Cintensité de la sensation doit augmenter pour des quantités absolues égcU^s, V augmentation relative d*exeUatiim doit rester constante. Ou encore, une différence entre deux excitations est setUie comme égalenwnt grande, si cette différence reste relativemetU invcwiablr.

Cette loi fut d'abord établie par Wcber, en employant la première des trois méthodes; Fechiier, ensuite, au moyen des deux autres prouva la vérité de cette loi, qui fut appelée loi de Weber ou loi fondamentale psycho-physique. Wundt aussi, à sou tour, accepta la loi en corrigeant les expériences de ses prédé* eesseurs, et en introduisant encore quelque modification dans rexpression (1).

50. De tout ce qui précède et des expériences faites, il résulte que la formule uiathématique pour exprimer la relation qui existe entre la sensation et l'excitation est la formule du rapport entre la proportion arithmétique et la proportion géométrique, c'est-à-dire entre les logarithmes et leiu* base. La loi

Fie. G.

fondamentale psycho - physique s'énonce : la sensation est proportionnelle au \ logarithme de l'excitation. Si on désigne par K la force d'excitation, par S la ]

(I) Wunilt. Psychologie physiologique, tiiap. vin. (Traduit en fr. par M. E. Rouvier. — ' F. Alcan, édit.) i

sensation correspondante, par a la valeur limite de Texcitation, celle pouf laquelle S==<>, par C une constante à déterminer, on aura l'équation ;

S = C. log. -

SI a = 1, l'expression devient :

S = C log. E

Cette loi penl encore être rendue claire et visible géométriquement: On représente Tintensité de la sensation au moyen des abcisses et la force d'excitatioD au moyen des ordonnées et on construit, comme dans la fîgure 5, la courbe qoi exprime une ligne logarithmique. Si on admet que les augmentations

de sensations sont représentées par des parties d'égale longueur, sur la ligne

des abcisses, les accroissements correspondants doivent apparaître comme des

augmentations des ordonnées.

Soit chaque partie de l'abcisse —, par quoi noas voulons dire que l'intensité

définie de la sensation S a été divisée en n parties de Tabcisse. Désignons par

R h grandeur —, l'ordonnée du point o par a et les suivantes par b, c, e/, etc.,

lei valeurs de l'abcisse par K, 2K, 3K; selon la loi psycho-physique, aux augments épua R, doit toujours correspondre la même relation des ordonnnées entre

lesquelles est comprise chaque portion K. Ainsi on a •— = T ^ ~~ rapi)ort

coQstant; et les ordonnnées, venant Tune après l'autre, forment la série suivante :

dans laquelle a désigne Tordonnée pour la valeur de Tabcisse, et ~-;^ , Tor-

donnée pour la valeur de l'abcisse nK = S. Si nous représentons par E l'ordonnée correspondante à l'excitation, nous aurons, en substituant la

ndenr -r-à la valeur de l'abcisse S pour Fordonnée — ^ qui est pour iw, une

relation générale entre les abcisses et les ordonnées de la courbe, dans réquation suivante :

OU, si a =r 1, E* = 6»

d'où l'équation fondamentale pour le rapport entre la sensation et l'excitation :,

S log. nat. /> = K log. nat. E

~" log. nat. b

Cette équation a été trouvée par Fechner, comme formule de mesure psychophysique, parce qu'elle sert immédiatement comme mesure de l'intensité de h sensation, tandis que la formule fondamentale explique seulement la loi générale de Taugmentation de la sensation. La valeur de l'abcisse k est le point , limite où commence la sensation, le seuil de la sensation, a = 1 désigne donc ' la quantité prise pour unité d'excitation de valeur limite de cette même sensu- \ tron. Et le logarithme de 1 = 0, et k est la valeur de Tabcisse ù laquelle I corre<(pond Fordonnée 6.

I Si it = 1, ^ = ^ (base du logarithme naturel}, par suite log. nat. b = 1, on a \ b formule plus simple :

I S = log. nat. E

2i PSYCHOLOGIE PHYSIOLOGIQUE

La sensation est égale au lof/nrithme naturel de l'excitation, si on prend comme unité d''excittUion la limite minimu, et comme unité de sensation Cintensité de la sensation correspondant à 2,7183 fois la valeur de la limite minimu d'excitation,

51. Si, au lieu de celle unité choisie, on en veut prendre une autre, on a alors

S = K !<)(;. nal. K où K désigne une constante dépendant de l'unité choisie. Si on veut aussi changer la valeur de l'unité d'excitation, et en prendre une qui ne corresponde

pas à la limite mininia, on aura alors — au lieu de K, a exprimant la limite

minima de la valeur (1).

52. Cette loi mathématique qui exprime la relation entre l'excitation et la sensation n'est pas abstraite, mais elle est fondée sur des expériences variées, d'abord faites par Weber comme je l'ai déjà dit, puis étendues par Fechner, à toutes les sensations, et continuées par Helmholtz et d'autres avec Wundt. Le nombre d'expériences le moins considérable a été fait sur les sensations auditives; on en a fait un grand nombre sur la vue, le poids, la température, que nous ne pouvons rapporter ici. Seulement une observation importante est a faire ici, c'estque les lois mêmes ne peuvent être en fait appliquées qu'approximativenient, et la raison principale en est que l'élément nerveux qui constitue le processus principal de la sensation est très changeant et très variable par la nature de sa composition et par suite des influences continues auxquelles il est soumis. Aussi entre-t-il encore dans le calcul cet élément qui souvent est une inconnue cause de trouble pour le phénomène psychique selon la loi d'une exacte relation entre l'excitation et la sensation.

53. La loi logarithmique n'a pourtant pas été sans soulever de graves objections. Un des derniers qui y aient été opposés, c'est Bering, professeur de physiologie à l'université de Prague. Déjà Dell)wuf (2) de Liège y avait fait des objections, mais, en gardant la loi , il l'avait modiliée , et, en la défendant contre les objections de Hering, il confirme les modifications ({u'il avait proposées. La plus grave objection est que, dans la loi énoncée, on ne tient pas compte de l'état de l'organe et de la force de l'être sentant qui doivent pour l'exactitude entrer dans le calcul. Delbœuf propose en ce sens une modification à la loi, en en émettant deux autres, ce qui donnerait trois lois de la sensation.

La première est appelée loi de déyrailation de la sensation. En appelant p la

force du sujet sentant, p' celle de l'objet externe excitant et s la sensation, on

aura, suivant Weber, l'équation:

$=. k log. ijf'p) = A* log. E

à kiquelle on a substitué la suivante :

/ I P + E *= Alog. ^ ^ ,

c'est-à-dire : la sensation est égale au logarithme de la force du siget plus la force excitatrice divisée par la première de ces deux quantités, équation qui devient en substituant à E sa valeur p'-p

et en faisant k =

s z=i k log.

s = log. —

(1) C. Wundt, op, cit. pp. 304. 308.

{H Théorie générale de la sensilfilité, Bruxelles, 187G, «> Rçvue PhiloiçpMgue. 'i' aRQée, Paru, 1877 if. Alcan, cd.), *^ ^

Cette fonnule exprime que les sens sont des instruments essentiellement différentiels, qui apprécient non lu valeur absolue des forces qui les excitent, mais leur

différence; ^ exprime une rupture d*équilibre. D'où il résulte qu'une sensation,

à peine produite, s'affaiblit parce que la différence entre p et ;/ tend ù devenir Dalle. Cest un effet de la réaction de Tune sur l'autre. La sensation, qui correspond à un mouvement, se transforme en un état sensible correspondant au repos. Cest-à-dire que la sensation se déijrcule^ d'où la loi de dégradation.

On peat considérer p comme constant, et/i variable et vice-versa', ou encore les deux quantités comme varial)les, ce qui rend le cas beaucoup plus compliqué ; mais la loi reste la même.

Poor la formuler, on suppose que y, la force la plus grande, est constante et qoelaforce p*, qui est la moindre, est devenue p après un temps ^; on a la relation:

t = lOg. '-r- ^ P-P

Ihns la fraction du second membre de l'égalité, le numérateur est constant et exprime la différence initiale, le dénominateur est variable, et on voit que le temps nécessaire pour que p augmente, et que la différence de ;/ à p diminue d'une quantité éyale, est de (dus en plus grand à mesure que cet effet se produit. Donc la sensation va en diminuant mais de moins en moins rapidement. En réalité l'équilibre ne s'établit pas, et p ne devient jamais égal à p' qu'à un espace de temps infini, c'est-à-dire que cela n'arrive jamais ; la première impression laisse une empreinte qui ne s'efface jamais.

54. La seconde loi a rapport à ^intensité (te ta sensation. La sensation est oolJe quand p = p', et que leur différence est zéro ; en ce cas la quantité

log. A devient log. — = 0. L'être sentant reste dans l'état de mouvement

marqué par p et il est en équilibre avec le milieu ambiant. Si p' change, s'il devient plus grand que p, à ce moment l'être sentant reçoit une impression et la sensation se produit. Il résiste à l'impression, mais peu à peu il cède et il obéit enfin à l'impulsion et arrive ainsi à un nouvel état d'équilibre, c'est-à-dire

que p devient égal à p', la sensation à zéro. Si nous exprimons S' = log. ^ = ^

il est nécessaire, pour qu'une nouvelle sensation apparaisse dans le même sens, qu'il y ait une augmentation de force extérieure, il faut que p devienne

p^j alors on a S' = log. ^ ; j/ finira par devenir égal à j>', et leur différence

égale par suite à zéro, d'où la proportion :

d'où on tire :

P'P P qui est en réalité la loi de Weber, c'est-à-dire que les accroissements d'excitation, tels qu'il les entend, doivent toujours être en rapport constant avec rexcitation primitive, parce que la sensation croit de quantités égales.

Si on a d'abord S = log. |Ç, =log. -J-, quand S deviendra égal à log. §5 = ^i pour avoir une nouvelle sensation s = Sy nous devons établir : s = log. |S log. -I-. L'exciUtion, qui d'abord était 36-27 = 9, est maintenant 48-36 := 12, c'est- ^-dire plus grande, et on a la proportion ^^ = lii ^^^^^ ^ ^^^ ^^ Weber.

Ce qui eit conforme au théorème suivant : Pour Uea accroissements égaux de

#mf0/teiii iet accroiutmnU rf*wpc<Wte/i 9oni m prçgrewon géométrique^ l^

raison de celle |>rof(ression est e ; /' représente la base des logarillimes népériens.

55. 11 y a une troisième loi, qui est celle de tension, li faut distinguer féquilibre naturel et VéquWbre de tension. La position d'équilibre naturel d*une corde de violon est celle qu'elle prend naturellement sur rinstrument, quand elle est abandonnée à elle-même ; si elle se tient écartée de cette position, c^est un équilibre de tension ; si la tension est trop forte la corde rompt. Il y a pour la quantilép un maximum et un minimum, où la tension est extrême et confine à la rupture ; la faculté d'accommodation, la flexibilité de l'être sensible est déterminée, en extension, par ces valeurs extrêmes de p. La tension est nulle, l'équilibre est naturel, quand p = ^"^^ «-fymax. ^ mesure que les excitations

se produisent, la tension augmente, la résistance devient plus grande et la flexibilité diminue.

Si nous exprimons par T la tension qui accompagne l'excitation log. ^^ et par

A le maximum de tension possible, la formule d*épuisement et de lassitude de l'organe sera :

f = log. -^

L'épuisement devient de plus eu plus grand à mesure que T augmente, et tend vers rinfini quand T arrive à son maximum.

Le même raisonnement qui a été fait pour l'excitation s'applique à la tension, laquelle, après un certain temps, devient T = par suite de la faculté d'accommodation que possède l'organe.

Ce (jui est exprimé par la formule :

f = log. jy^

quand A = A-T = A', d'où on tire :

/■=log.^; =

et ainsi de suite.

56. Je ne sache pas <iue les physiologistes et les psychologues se soient jusqu'ici occupés de ces trois lois de Delbœuf. J*ai à faire ici quelques obsenrations» et la première est la suivante : la loi de tension n'exprime- 1- elle pas quelque chose qui est déjà contenu dans la loi d'intensité ? Quand T devient égal à Oy n'est-ce pas parce que p est devenu égal à;>' ? La formule :

* = log. —

peut se changer en celle autre :

f = iog- "Â" ;

quand p par accommodation deviendra p\

s= log. ^ =0; comme quand T sera égal à 0, on aura

/■=ïog. ^ = 0.

La loi de la tension parait donc inutile, comme loi spéciale.

On peut faire le même raisonnement pour la loi de dégradation présenlée comme la première par Delbœuf. Les lois établies par lui peuvent avoir uni utilité : à savoir, comme explication et analyse de la loi principale qui a rapport] à l'intensité de la sensation.

^ -^ I 57. Une seconde observation à faire: la seconde loi de DeUxruf n'éUihlit qu'un renoaveUement ou qu'une restauration de la sensation, mais de la même intensité, sans aucun accroissement réel. Les formules posées par lui Tindiquent assez clairement :

■ * = log. ^ ,

<P^p devient égal à p par Teffet de l'accommodation, la sensation est nulle :

* = log. 1=0

il fiiat que p' devienne p^ pour qu'on ait de nouveau une sensation

*' = log. ^, et ainsi de suite.

s = log. e?

Ou en cbiffires :

détient:

pvioite

s = log. §5 = 0,

qai devient

»' = log. Jî

y = log. H =

et

**' = log. JJ, et ainsi de suite. # = *'=**. C'est-à-dire 4% h première sensation a la mî^me intensité relative que la seconde, la *wonde que la troisième.

^cine semble pas pouvoir s'accorder avec la loi de Weber; ce qu'il faudrait, ^^ un véritable accroissement de sensation après un accroissement d'exci- ^tion et ces deux accroissements doivent avoir entre eux le rapport établi ^tre la proportion arithmétique et la proportion géométrique. C'est ce qui '^te des expériences directes de Bouguer et de Fechner sur la vue. Soit une ^'Qiière V assez distante d'une autre lumière L pour rendre invisible l'ombre l^t^tée d'an objet sur une table, soit s la distance de la lumière la plus voi- ^e de L. / celle de V ; les intensités des deux lumières sont entre elles comme *^ carrés des distances, par suite comme «* et *'-. L' est dix fois plus éloigné ^e L, on a :

^' = ihr ^'

^. Des observations et des expériences, il résulte (]ue, suivant les lois de

^^^radation et de tension avec celle qu'il nomme loi d'intensité, on trouverait

Pour la sensation de la vue, par exemple, qu'après un certain temps la sensation

'^ïait nuDe, et qu'on ne devrait plus voir d'objet lumineux. Nous avons des faits

^^ sont entièrement opposés. En venant d'un lieu plus éclairé à un autre qui

^st moins, c'est-à-dire en passant d'une excitation plus grande qui nous donne

^■^e sensation plus intense, à une moindre, au premier moment nous nous

^t^ojons dans l'obscurité, ou, au moins, nous ne distingons pas clairement les

^^Jets; après un certain temps, pourtant la vision devient plus claire et nous

^i^stingaons. Au lieu d'une dégradation, il semble qu'il y ait dans ce cas une

^^^gmentation de sensation. L'accommodation des organes à la lumière, ou excita -

^^On, entraine-t-elle ici que la sensation soit nulle 1 L'hypothèse que fait nUustre

^^tenrd'un œil sans pupille, immobile, excité toiyours par une lumière uniforme,

expliquerait le phénomène pour une autre raison, comme je le dirai plus loin.

On ne peut nier d'autre part qu'il n'y ait des sensations qui, après un certain

^Qps, deviennent nulles, comme celles de température, de pression, de tact et

^^ contact, d'odeur. Mais je voudrais rapporter ce phénomène à une tout

aulre cause que celle que Tuuteur imlique. El d'abord je distingue les sensations qui peuvent être prolongées pendant un temps plus ou moins long, et celles qui sont devenues habituelles (1).

TïO. Uno sensation se prodnîl par une action externe, mouvement vibratoire d(^ l'éther, de l'air, des corps d'ime température donn<*e, efflux de particules volatiles d'une fleur et ainsi de suite, plus, par une force psychique représentée par la force nerveuse. C(»lle-ci, comme toute aulre force, se transforme et s'épuise dans sa manifestation spéciale qui dans ce cas est la sensation. Quel est l'efl'et d'une ex(!itation instantanée sur un organe? Elle provoque, si elle a rintensité voulue, la force nerveuse à l'activité, ce qui a pour elVet le changement chimico-physique de la substance du nerf ou des éléments nerveux ; et, selon le degré de l'excitation instantanée sur celle force psychique, celle-ci se manifeste dans le phénomène sensitif avec une intensité correspondante. Ces éléments nerveux, en supposant qu'aucune excitation nouvelle ne s'ajoute à la première*, doivent revenir à l'état primitif, que l'on peut appeler l'état d'équilibre de l'être sentant, ou de la for(;e psychique elle-même. Et après un certain temps, l'organe (îorrespondant se remet à l'état primitif. En cet état, l'excitation produit le même effet que la première fois, si elle a la même intensité.

Mais si, au contraii*e, à une première excitation d'une intensité déterminée en succède une seconde, puis une troisième, c'est-àdire, si l'excitation, au lieu d'être instantanée, est contiiute pour un temps donné, l'organe et la force nerveuse correspondante n'ont pas le temps de se remettre à l'c'aal d'équilibre, ou à l'état primitif, avant d'avoir reçu une excitation nouvelle. La sensation, en ce cas, ne peut être d'égale intensité depuis le commencement jusqu'à la fin, elle doit aller en diminuant de force, c'est-à-dire qu'elle doit se dégrader^ et peut arriver à zéro. Alors il arrive que la sensation ne peut plus être rétablie, même avec un accroissement d'excitation.

Une de ces sensations, c'est le tact. Le contact d'un corps avec mon corps pi^ut, dans le premier moment, me donner la sensation relative; mais l'excitation de mon corps continuant, jc^ ne sens plus le contact de l'autre. Le même fait se produit pour la sensatitm d*odeur. Si je flaire une fleur ou un autre objet odorant, au premier instant, j'ai la sensation correspondante à l'excitation ; la fréquence de la sensation ramène la sensation à zéro.

Si on veut, par analogie, appliquer <!es faits à la sensation d(^ la vue, on trouve que cela est impossible, parce que l'excitation sur la rétine peut, à un instant donné, pi*oduii*e une sensiition d'une intensité donnée qui est toujours relative à l'état de l'organe. Cc^tte sensation visuelle sei*a éblouissante, si un passe d'un état antérieur

(I) cir. Sur les lois psyolio-ptiysiqucs, voir le livre de Q. E. ^iillçr : Zur Grvndlegung iHcr PtychophytiHi UerllDi 1879, 2* édition, page 53,

d'excitation moins intense à un élat plus intense ; c'est l'effet opposé qui se produira, c'est-à-dire une sensation d obscurité, si on paSvSe d'un état plus intense à un autre moins intense. Mais en revanche il arrivera que ce pi*cmier effet cessera, et que la rétine s'accoutumera à la lumière actuelle, et en aura une vision claire et distincte, à moins que ce ne soient les deux limites extrêmes d'excitation.

A partir de ce moment il n'y aura plus dans l'être sentant de changement d'aucune sorte au point de vue de la clarté de la vision. Suivant la loi de dégradation de Delbœuf, (»n passant d'une lumière plus intense à une lumière moins inKmse, il ne devrait plus jamais y avoir de vision; mais, au contraire, on devrait être dans robsourilé complète, parce qu'il faudrait uncî excitation d'une vahîur relative^ constante égale à la première pour produire une sensation de la valeur de la première, (k; cjui est contraire à l'c^xpérience et aux laits.

GO. En comparant les sensations du tact, d(^ l'olfaction et de la ^Tie, on voit clairement qu'elles n(^ sont pas dans les mêmes relations par rapport à l'organe sensitif. El j'ai déjà avancé cette idée que la sensation, pour une excitation de courte durée, a une valeur correspondante à cette excitation, mais que pour une excitation continue de la même intensité, et encore d'une intensité plus grande, elle peut, pour certains organes, se réduire à zéro, et cela, parce que Forgane épuisé n'a pas le temps de se réparer. Ce qui est vrai pour le tact, l'olfaction, la température, la pression, mais non pour la vue ni pour l'ouïe ; et encore pour ce dernier sens, parlons-nous des sensations instantanées et (continues, non des sensations habituelles. Les nerfs de la vision et de l'ouïe ne s'épuisent donc pas ? Il n'en est rien; ils sont sujets aux mêmes lois naturelles que les autres, et il n'y a aucune exception pour eux à cet égard. Je crois que la raison principale de ce qu'ils présentent de particulier est dans un fait auquel on n'a pas fait attention jusqu'ici. Je dis que les sensations de la vue et de l'ouïe sont à excitation intermittente, et toutes les aotres à excitation continue.

Le contact d'un corps avec notre peau est continu, non intermittent, (le même que l'excitation de la muqueuse du nez et de la langue, et les excitations de température. Cette continuité consiste encore en ce que les excitations, dans quelques sensations, ne sont variables qu'en degré, c'est-à-dire sont d'une plus ou moins grande intensité, comme la température, la pression; dans d'autres, si celles sont variables, le passage de l'une à l'autre n'est pas très rapide, mais fenl, comme il l'est pour les sensations de goût et d'odeur, en sorte que, pour une excitation donnée, les sens dont nous parlons sont à ficîtation continue.

Il nen est pas ainsi pour la vue et pour l'ouïe ; outre que les vibrations de Téther pour la vue, comme celles de l'air pour l'ouïe, sont intermittentes, bien que cela ne soit pas observable ni percep-

lible, la variabilité de Texcitatioa est extrême, et la délicatesse des organes répond à cette variabilité. C'est-à-dire qu'il se produit ce fait que ni Texcitation de la vue ni celle de Touïe ne peuvent être dites identiques à tous les instants, pai'ce que dans un temps très court se succèdent des excitations différant en intensité et en nature* Et puis les organes sont en état de pouvoir recueillir tous les changements rapides qui se produisent, même dans les temps les plus courts. L'organe de la vue a un autre avantage, c'est sa meneilleuse mobilité, par laquelle croit la variabilité de lexcitation et par suite son intermittence. G est cette différence dans lexcitation, qui, à mon avis, produit les conséquences que nous avons remarquées. Dans Texcitation intermittente, les éléments nerveux ne s'épuisent pas entièrement, mais ils ont le temps de réparer la force qui se transforme dans la sensation et dims tous ses edets. Ce qui ne peut arriver pour les sens à excitation conUnue. Ce fait et cette opinion son corroborés par les deux observations suivantes. Si nous ramenons les excitations de la peau à la forme intermittente, nous sommes ' capables de percevoir longtemps les sensations qui nous en viennent. En second lieu, le fait de l'excitation intermittente de la rétine est ■ prouvé pai* ceci que les images qui se forment sur la nitim; dans la vision ont une durée très courte, et s'effacent pour donner lieu à d'autres images qui suivent ; et (pie cette durée peut devenir plus grande par la persistance de l'excitation sur la rétine. La brièveté de la durée de l'image sur la rétine ne peut s'expliquer d'une autre façon que par ce fait que l'organe se remet à l'état primitif par une réfection instantanée que l'on peut rapporter à l'intermittence des ondes éthérées ou lumineuses.

De là résulte ce corollaire très important que l'action excitatrice est capable d'épuiser très facilement et très rapidement les appareils sensitifs périphériques, et les organes spéciaux, plus que les nerfs condu(*teurs et les centres ; et par suite les premiers s'épuisent, étant plus exposés à l'action de la force externe excitatrice, tandis que les seconds ne s'épuisent pas.

Page 1