PERCEPTION D*ESPACE
(lire que le contact simple, ou contact de pression, n'est pas le fait d*un élément isolé de Torgane sensible, mais d'un grand nombre d'éléments excités simultanément ; de sorte que, dans le cas du mouvement, la série n'est pas constituée par des éléments sensationnels isolés, mais par des groupes d'éléments, lesquels donnent réellement une sensation continue, ou une contiguïté réelle de parties étendues. De là il arrive que, dans la succession des divers groupes d'éléments étendus, il n'y a pas entre eux séparation totale, mais seulement partielle, un lien subsistant toujours, lequel lien est une partie du groupe même dans la succession par série. Si l'extrémité de l'index est en contact avec lasurfaxe polie d'une table, et si elle reste immobile, il y a beaucoup d'éléments étendus du corps en contact avec un grand nombre d'éléments sensibles de la peau ; si on fait mouvoir le doigt dans le sens de la longueur de la table, il résulte qu'à chaque mouvement le doigt se déplace d'une quantité égale à sa propre surface, mais ce déplacement ne produit pas un contact avec des parties de l'objet entièrement nouvelles : le contact a lieu alors en partie avec des points déjà touchés par l'extrémité du doigt déplacé. Je suppose d'un centimètre la largeur de l'index en contact avec la table ; la partie de la table qui excite l'organe cutané est d'un centimètre. Si je déplace le doigt, avant qu'il y ait un déplacement total d'un centimètre sur la surface de la table, il arrîve qu'une extrémité du doigt, par exemple l'extrémité de droite, si le mouvement se fait vers la droite, occupe une portion du second centimètre qui devra être la seconde partie de la série ; et toutes les autres parties de l'index passent par la même portion sur les parties contiguës au premier centimètre, tandis que l'extrémité de gauche reste libre. La surface du doigt se déplace d'un centimètre, mais celle de la table qui est occupée ne change que d'une partie c|ue, pour prendre des nombres, je suppose d'un millimètre, ou la dixième partie de celle de la peau, de sorte qu'il reste encore neuf dixièmes, ou neuf millimètres de la table à exciter la peau ; et ainsi successivement, d'autres parties nouvelles de la table venant remplacer les anciennes. De cette façon on a simultanément une t série d'excitations qui sont contiguës, et chaque série a avec l'autre I un lien de coexistence. Ainsi, il me semble que la succession se i confond dans la coexistence ou la contiguïté des élément corporels, 4 qui constituent la forme universelle de l'espace plein, l'extension. 212. La psychologie anglaise, dans son interprétation de la perception d'espace, ne parle pas des signes locaux admis par les écoles allemandes. Bain explique la localisation des sensations cutanées au moyen de l'expérience et de l'association, en niant d'une manière absolue qu'elle puisse être intuitive (théorie nativiste). c La localisation de nos sensations, dit-il, est un effet de la perception. Avant l'expérience, nous n'avons aucune notion de la situation ou d'une
Sergi. 13
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sensation locale, comme, par exemple, d'une douleur dans Tépaulc, ou dans un doigt de pied. 11 est impossible que nous ayons une semblable notion par intuition ; il faut que nous joignions le sentiment interne que nous éprouvons à une image visuelle de la partie où nait cette sensation, ou à une expérience du tact qui nous apprend la situation de cette partie. > — c Notre corps est un objet exposé à nos sens et à nos mouvements, tout comme une table, une statue. L'œil peut en embrasser presque toutes les parties, la main peut les percevoir, Toreille entendre les sons qui en dérivent, la bouche et la langue peuvent y être appliquées comme la main. Les yeux en apprécient la couleur, le contour, la solidité; Tesprit habitué à la perception du volume et de la distance peut concevoir Téloignement des parties et la grandeur de Tensemble, grâce au concours des divers mouvements propres au corps. > — c Jusqu'ici le corps est poor nous un objet extérieur ; mais il est encore le siège de diverses espèces de sensations que nous rapportons d'ordinaire à quelque lieu, à la tète, au bras, à la poitrine, etc. Comment avons-nous h connaissance du lieu de la sensation ? Par l'expérience et l'association d'après la distinction des fibres nerveuses qui occupent les (fiffércntcs parties, i < Cette association qui unit une impression interne et la vue ou le tact de la localité où est née l'impression agit par réciprocité, et produit des effets singuliers.
c En fixant l'œil sur la main, par exemple, et en la regardant attentivement pendant quelque temps, nous pouvons faire naître une sensation par une sorte de courant de retour : Vidée qui pour nous consiste à réveiller une expérience passée dans les mêmes voies nerveuses, tend à rappeler la réalité. » Ce courant de retour est l'onde réflexe dont j'ai parlé plus haut, et qui, je crois, est la vraie cause ou au moins la cause principale des localisations cutanées. L'auteur montre encore que c'est par l'association du mouvement que nous pouvons distinguer les divers points de notre corps, parce que les sensations des différentes parties du corps semblent être identiques, sinon par l'association, c La possibilité qu*elles ont de servir de lien à des associations diflérentes prouve qu'il y a une différence réelle dans les sensations, qui, elles, ne se confondent pas dans le ceiTcau, bien que nous ne puissions trouver cette distinction dans la conscience immédiate. L'association seulement la manifeste. > Enfin, Bain admet qu'on peut, ù l'aide du même processus, expliquer la localisation des sensations musculaires (i).
213. Quant à l'origine de la perception d'espace, Bain attribue b priorité au mouvement musculaire ; il en dit autant du temps. Mutant au nombre des modes de l'activité musculaire la continuation de l'effort, c'est de celle-ci principalement qu'il fait dériver la pre* mière représentation d'espace et de temps, c Etant donnée une ten-
(1) Les Sens et CintelligencCy pp. 35-1 et suiv.
PERCEPTION D^ESPACË l9o
sion d*intensité fixe, nous en sommes diversement affectés selon sa durée. Si nous exécutons une poussée d'un quart de minute, et si nous recommençons après un intervalle à appuyer pendant une demi-minute, nous sentirons une différence dans les deux efforts. La durée implique une dépense plus grande de force en une seule manière, et nous avons distinctement conscience de cette augmentation. Nous savons encore que ce n'est pas la même chose qu'un accroissement dans Tintensité de l'effort. Non seulement on sent entre ces deux modes d'augmentation une différence de degré, mais on y sent aussi une différence spécifique >. — c L'un est le sentiment et la mesure de la résistance on force ; l'autre, la mesure du temps. >
c C'est par la continuation que nous mesurons l'amplitude de la contraction musculaire, ce qui est la même chose que l'amplitude ou l'extension du mouvement de la partie mue. De ce que nous avons conscience de la continuation plus ou moins longue d*un mouvement, nous sonunes en état d'estimer l'étendue plus ou moins grande de l'espace parcouru. Voilà le premier pas, le fait élémentaire de la sensibilité dans la connaissance de l'espace. Sans doute, pour la perception de l'étendue, il faut une combinaison des sensations des sens avec le cours du mouvement, mais l'élément essentiel de cette connaissance est donné par les sentiments du mouvement (1). >
214. Le tact, selon le même Bain, concourt à nous donner la notion de l'espace, et principalement la propriété fondamentale du monde extérieur, c*est-à-dire Vétenduey dont la distance, la direction, la position et la forme ne sont que des modes spéciaux. Examinant la sensation tactile, il trouve que, grâce au mouvement, nous avons une conscience plus nette et plus vive qui nous met à même d'estimer plus exactement le degré de la continuation. Le mouvement dans le vide n'est pas capable de nous donner la différence entre la succession et la coexistence, ou entre le temps et Icspace, qu'il faut déjà posséder avant de pouvoir dire qu'on connaît l'étendue. Et en réalité, temps et espace sont corrélatifs, et l'un ne peut être connu si l'autre ne l'est, c Nous pouvons montrer maintenant comment la représentation de nos mouvements, sous forme de sensations, nous fait distinguer l'un et l'autre de ces deux faits ou propriétés que l'on appelle la coexistence et la succession >. c Nous avons la succession quand nous prenons un corps qui se meut avec la main, et que notre main à nous se meut ; nous avons alors une sensation d'un contact et d'une pression qui ne changent pas, et la sensation forme un ensemble avec le mouvement. Si, au contraire, nous mouvons la main sur une surface fixe, nous avons, en même temps que le sens du mouvement, une succession de sensations tactiles. Dans ce cas nous avons la coexistence dans Tespace. La coexistence devient plus
(1) Op* ciLj pp« 75 et suiv«
1% PSTCHOI/lGIE PHTSIOLOGIQrE
apparentif quaod nous changeons le mouTement. et que nous remontons ensuite la série tactile en sens inverse. > — « Ces expériences nous amènent peu à peu à constater ime distinction profonde entre des mouvements identiques faits dans des circonstances diverses ; cette distinction s'exprime par les mots succession et coexistence, temps et esf>ace. La succession est le fait le plus simple ; im contact qui ne change pas, accompagné d'tm mouvement, lui suffit. 31ais h coexistence est bien plus complexe : les principaux éléments qu'elle suppose sont ceux que nous avons indiqués, une série de contacts, et l'inversion de la série par l'inversion du mouvement. La répétition de ces séries directes et inverses, accompagnées des mêmes effets dans l'esprit, constitue la notion de permanence et de fixité des dispositions que suppose l'objet, le monde extérieur, Firnivers conçu comme coexistant dans l'espace (I). >
Il résulte de là que le coexistant dérive du successif ; et c'est là un trait caractéristique de la philosophie anglaise actuelle. J. Stuart Mill s'en tient aux mêmes idées que Bain (2) ; pour H. Spencer c'est là la conœplion fondamc^ntale de la perception et de l'idée d'espace (3). J*expos<?rai plus loin la théorie de Spencer quand j*aani noté les phénomènes de la vue par rapport à Tespace.
215. Les phénomènes de la vue différent de ceux du tact en un point principal. C'est (|U(* dans ces derniers il y a une localisation, au vrai sens du mot ; tandis que dans les premiers, au contraire, ^ n'y a que la projection de l'image rétinienne sur tme surface oa sur un champ extérieur à l'd^il. Mais, comme il y a beaucoup de manières de considérer cette projection, on a distingué divers champs selon que Y œil est fixe on qu'il se meut, que la tète de celui qui regarde ou que le champ sont au repos ou en mouvement. En outre, il faut distinguer encore la vision monoculaire de la binoculaire, et trouver de quels autres éléments ou conditions la vue doit être accompagnée pour arriver à la perception de deux ou de trois dimensions.
Pour c(;la on a distingué trois champs :
a) Champ de vision. Selon Helmholtz, cette dénomination s'applique à rai)parition des objets placés devant nous, et considérés uni' (|uenient au point d(^ vue de leur disposition superficielle, indépendanunent de la distance qui nous sépare d'eux, et sans qu'on déter^ mine s'il s'agit d'un regard fixe ou mobile, ou accompagné de mou" vement de la tète et du corps ;
h] Champ visuel, ou visible. C'est celui qui est supposé se mouvoir avec l'dîil, de telle sorte que chacun de ses points vienne toujours se peindre sur le même point déterminé de la rétine ;
(1) Op, cU.^ ])|>. 140 et suiv.
(2) La Philugophie de Haimiton, trad. franc. F. Alcan, étiit., chap. xiu, et noie,
(3) Principtt de psychologie^ vol. 2, partie VI, chap. xiii, xxvni, passlm.
PERCEPTION d'espace 197
c] Champ de regard : c*est celui que l'on peut parcourir en mouvant les yeux (1).
Le champ de vision se réduit à la disposition superficielle apparente des objets, et cela se produit dans la vision monoculaire, par laquelle on ne distingue pas la distance, et où Tune des trois dimensions de Tespace n est pas perçue. Les étoiles nous apparaissent comme distribuées sur la surface imaginaire de la voûte céleste. Cette surface n'a pas de forme déterminée (Helmholtz), tandis que le champ visuel et celui de regard sont supposés avoir une forme sphérique d'un rayon infiniment grand, et dont le centre sera au centre de rotation de l'œil. De cette façon, on peut mesurer géométriquement le champ de regard. On détermine la position d'un point que Ion voit dans le champ de regard, au moyen d'une ligne qui partant du centre de rotation passe par ce point et va jusqu'à la surface idéale du champ susdit. Le point où cette ligne rencontre la surface du champ de regard est la position géométrique du point considéré dans le champ (Helmholtz).
Le champ de regard est donc la projection extérieure d'Une image rétinique invariable ; le champ visuel, celle de la rétine elle-même avec ses images et ses particularités. Ainsi, les images accidentelles, larbre vasculaire, le point aveugle, la tache jaune se projettent toujours sur les mêmes parties du champ visuel (Helmholtz). Et, en réalité, nous ne connaissons aucune des images rétiniennes, nous ignorons cette partie sensible de l'organe de la vision, et nous n'en avons pas conscience.
216. Le champ visuel tire son origine, selon Wundt, de deux sources qu'indique la physiologie :
1) Le sentiment d'innervation uni aux mouvements oculaires ;
2) Les signes locaux ou différences sensationnelles pour des impressions externes d'égale nature. Helmholtz admet aussi ces signes locaux déjà établis par Lotze aussi bien pour la rétine que pour la
I peau. Ces deux conditions de la sensation visuelle sont identiques à celles de la sensation tactile : mouvement avec le sentiment qui lui est joint, et signes locaux.
(l) Optiqite physiologique y § 28, pp. 089-91. II y a quelque différence avec les définitions données par Wundt. Celui-ci distingue un champ visuel monoculaire, et on espace visuel binoculaire, 11 définit le premier : l'ensemble des points de Tespace qui peuvent être vus en même temps par un seul œil ; le second : Fensemble de ces points qui sont visibles simultanément ensemble par les deux yeux.
Par champ (le regard, il entend celui qui comprend les points qui peuvent être fixés successivement en tenant la tête fixe. Il appelle champ de vision l'espace qu'embrassent les deux champs visuels monoculaires, par suite tous les points vus avec un seul œil et avec tous les deux. {Lehràuch der Physiologie^ pp. 639. 627 — Cfr. Grutulz, der Phys, PsychoL, chap. xiv.) Comme on voit, le champ de vision d'Hclmholt/. correspond à un champ monoculaire ; pour Wundt, ce sont tous les deux des champs monoculaires.
Mais si, comme je Tai déjà montre, cette théorie des signes locaux ne me semble pas assez satisfaisante pour le sens du tact, où se trouve une véritable localisation sur la peau, et où, comme le faisait remarquer Lotze, une différence d'excitation est facile à expliquer par la différence des parties sous-cutanées, elle me semble id encore moins admissible pour la rétine. Et de fait, si nous ignorons que nous avons une rétine, au moins dans le fait de la vision, et en dehors des recherclies scientifiques, et s'il se produit une projection de limage rétinique, comment est-il possible que nous sentions une sensation qui devra être rapportée au lieu excité ? S'il n*y a pas de localisation sur la rétine, comment sera-t-il possible que nous sentions une différence de lieu ? Je crois, au contraire , qu'avec rhypothèse que j'ai émise au sujet de la localisation cutanée, il est facile d'expliquer comment la vue donne la différence dans l'espace. J'ai supposé des ondes réflexes qui se produisent en suivant cette même voie des nerfs sensitifs excités. Conune dans la peau les objets sont en contact, la localisation se fait à la superficie ; mai) dans la vision elle dépasse la superficie, et se projette dans le champ visuel en suivant les mômes directions que les lignes visuelles.
Toutefois cette projection de l'image rétinique est le propre du champ de regard, et là une plus grande activité psychique se manifeste dans la perception, qui est une tendance vers l'objet qui a^ éveillé cette activité. Par suite les points de la rétine sont différents sans que, pour cela, la sensation de chacun des points soit différente; mais les fibres nerveuses excitées sont variées et différentes ; dles sont placées dans des situations différentes, sur une surface qui peut être excitée partiellement et qui projette alors une image dont la forme est déterminée par les parties excitées de cette surface. El pour la vue comme pour les sensations cutanées, l'expérience est nécessaire pour projeter au moyen du mouvement et de la sensation correspondante l'image rétinienne, comme l'expérience est nécessaire pour constituer l'onde réflexe de perception.
On parle cependant de localisation des phénomènes visuels, spécialement des phénomènes subjectifs. Mais si on y regarde de prèSi c'est toujours une projection dans le champ visuel, et la localisatioa est celle du champ visuel même. On peut objecter que le champ estime projection de la rétine avec toutes les modifications qu'elle a subies^ et que par suite la localisation est une localisation de la rétine. S^ par localisation nous entendons la conscience que nous avons d'un^ modification locale, il n'y en a aucune sur la rétine ; si, au contraire 2 nous entendons par là la position indépendamment de la conscienr ^ de cette position, je dis alors que la localisation est rétinienne. Mai- ' ce second mode n'est pas le phénomène dont on parle, parce qu^ ^ c'est déjà un fait psychique, comme on Ta indiqué ; d'où il résuit '^ que ce qu'on appelle localisation visuelle est une localisation d
PERCEPTION d'espace 199
champ sur lequel se projettent Tiroage et les modifications de la rétine (1).
Au lieu donc de dire avec Wundt que le champ visuel dérive des mouvements oculaires et des signes locaux, qui sont aussi regardés par Helmholtz comme des éléments sensationnels nécessaires pour déterminer la position de Tobjet dans l'espace (2), j'admets qu'il dérive des mouvements oculaires avec le sentiment d'innervation, etde la projection de la rétine, laquelle projection vient de l'onde réflexe d*excitation rétinienne, et de lexpérience. Il y a ici divergence avec le sens du tact, et convergence ; le sens cutané a un contact immédiat avec l'objet, et il y a par suite coïncidence des points de l'objet même avec les diverses parties de la peau ; dans la sensation visuelle l'objet n*a aucun contact avec l'organe, c'est la lumière qui le met en évidence, et qui peut être regardée par suite comme un inteimédiaire. Il y a aussi dans la vision coïncidence des points de l'objet avec ceux de la rétine ; mais cette coïncidence n'est pas consciente pour l'être sentant ; on peut la voir cependant avec les points correspondants de l'image projetée. 11 y a une autre différence très importante : l'image rétinienne est plus petite que la surface visuelle, tandis que dans la perception, et on le voit par les images accidentelles, elle prend la même grandeur que l'objet, que l'objet, il s'entend, qui est situé à la distance nécessaire pour être perçu en gi*andeur naturelle. Dans le toucher, le phénomène est donc plus simple et la localisation plus facile ; dans la vue, il est plus compliqué et la projection nécessite im double processus, c'est-à-dire le retour de l'onde nerveuse sur la rétine, où est fixée l'image réelle, et le passage de la rétine au champ visuel de la même image, passage qui est purement apparent.
217. Dans le champ de regard, on retrouve un ordre sériel analogue à celui du sens cutané. Il y a là un point dit de fixation ou de regard qui correspond au centre de la fosse centrale de la rétine. Quand on tourne les yeux, ce point central passe par une série de points de 1 objet visible, tandis que latéralement d'autres points de l'objet même sont représentés aussi. En supposant qu'on fasse tourner l'œil de droite à gauche dans le champ de regard, on aura un point de l'objet tourné vers le centre de fixation, et latéralement, à droite et à gauche, d'autres points contigus à celui-ci ; dans le mouvement.
(t) Helmholtz parle ainsi des phénomènes localisés : « Nous reportons dans l'espace toutes les excitations des fibres nerveuses suivant cette loi que nous croyons être en présence de phénomènes lumineux situés dans les parties d'un champ visuel monoculaire ou binoculaire où se trouveraient des objets lumineux fceU, capables d*éclairer par leur lumière les parties correspondantes des rétines. On peut constater l'exactitude de cette assertion en provoquant des phénomènes subjectifs réels dans le champ visuel. » — et ainsi de suite. [Optique physiologique S 29, pp. 780 et suiv.)
(2) Ueûnholtz, op. ctY., S 28 et trois autres endroits.
P8TCB0L0CIE PHYSIOLOGIQUE
le point central passe k ganche, et celui de droite le plus proche au centre arrive au centre, et ainsi de suite. Il arrive dans ce cas qne les points de fixation sont successifs, mais ils arrivent ù être représentés simultanëmeni comme points latéraux, jusqu'à ce qu'ils dispiraissent du champ du regard ; je veux dire qu'ils font simultaoémeDl partie du même champ, non plus comme vision directe, mais comme vision indirecte. Dans ce cas la vision directe se continuant avec la vision indii'ecle, il se forme un tout continu qui est plus clair que celui qui est représenté par la série de la sensation cutanée ; parce que non seulement ily a continuité dans les parties de la rétine, maii encore parce qu'il y a répétition d'excitation simultanée des poinb de l'objet sur cette continuité de la rétine. La succession n'a donc pas de peine ici à se transformer en coexistence, la contiguïté a extension.
On peut, au moyen d'un diagramme, représenter ce phénomène, qui paraîtra, par suite, plus clair et plus intelligible. La surface d'un objet est représentée dans la iig. 33 par la ligne S D, et supposée
divisible aux points l, k, e, etc. La rétine rr, divisée elle aussi en points, présente une section horizontale, avec la partie médiane F, la fosse, d'où la ligne de regard F f. Les points de la surface S D sont dépeints sur la rétine à la partie opposée, et dans le même ordre. J'appellerai partie gauche de la rétine celle qui est à gauche de la fosse centrale, et partie droite, celle qui est à droite de cette même
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Il en est de même pour la surface de l'objet ; le point /*, qui pond au point de regard, la divise en partie gauche et en partie . Les lignes montrent la direction des rayons lumineux qui se t ici pour plus de simplicité, dans la pupille, par suite de la :ion.
(He restant fixe, Tœil se meut dans le champ du regard en irant successivement les points de la surface visible. Si donc, 1 figure, Tœil se meut toujours dans une direction horizonrs la gauche, la ligne F /*, ligne moyenne ou de regard, devient
point f passe à droite du champ du regard, à gauche de la fa. L'œil continuant son mouvement, la ligne devient succès- 'nt F6, Pc, Frf, Fe, etc. ; «, b,Cyd,e passent à droite du champ, he de la rétine, en devenant successivement aa^ ba\ca\da\ lis bb\ iW eb\ et ainsi de suite. Tout point de la gauche par le centre de vision et par le point de fixation, ce qui est on directe, pour passer ensuite à la partie droite où com-
la vision indirecte. Il en est de même encore si le mouveie l'œil se fait vers la droite. En supposant en e et e' les . de la rétine, e et é (ligne S D) seraient les points de plus gi*ande indirecte, tandis que a et a^ seraient les points de moindre vision ne, et les plus voisins de la vision directe; les points hy i, 2, le seraient pas visibles si la ligne de fixation était F f\ si elle \,Ya,h apparaîtra ; si au contraire elle devient Frf, n appa-
et b\ é disparaîtront de la vision indirecte, etc. § la vision directe et indirecte d'une surface au moyen du ment oculaire, on a donc simultanément la sensation directe recte d'une portion et de toute la surface, et la succession se ; en coexistence des points visibles, parce qu'un point qui était uion devient point latéral coexistant avec le point de fixation iuccédé, et ainsi de suite. Dans ce cas, un point qui s'éloigne irc de vision est vu encore une autre fois en vision indirecte nême temps qu'un autre point de vision directe.
Celte conclusion est encore mieux confirmée par une autre conlion. La fossette centrale n'est pas un point, elle a une certaine le ; il n'y a donc pas qu'un seul point excité dans la vision ^ mais une série dans le même temps. Si j'ai supposé que n point, c'était pour rendre plus facile la démonstration prée. Mais, en ramenant les choses à leur état réel, il en résulte :citation d'une certaine étendue, c'est-à-dire se faisant sur un , ù deux dimensions, parce qu'il y a dans la rétine une série nts excitables, non seulement dans le sens de la largeur, mais î dans celui de la hauteur. Sans faire tourner les yeux de 3sition horizontale vers le haut ou vers le bas, mais en les mt simplement à droite et à gauche, il y a une zone superfi- ^ui excite successivement la rétine dans sa partie moyenne, is en un point mais en une série ou un complexus de points.
D OÙ il suit qu'on peut dire de cette partie de la rétine ce qu'on dit du sens du tact, d'un doigt par exemple, à savoir que sur une portion de la surface passent successivement beaucoup de points de la peau excitée, en sorte qu'une seule particule superficielle excite divers points de la peau successivement, tandis qu'il y a simultanément excitation d'autres parties de la même surface. Il en est de même pour la rétine ; du point médian aux parties latérales de la fosse^ il y a une série de points excitables, qui arrivent successivement à être excités par un point donné d'une surface, et simultanément avec d'autres points qui sont excités par d'autres parties de la surface.
A ces conditions, qu*on ajoute celles de la vision indirecte, déjà indiquées ci-dessus, et on trouvera que les conditions pour la perception de l'espace occupé sont plus nombreuses et plus délicates pour le sens de la vue que pour la sensibilité cutanée, bien qu'il y ait certains modes d'étendue qui soient mieux et plus direct^nent perçus par la sensibilité cutanée, surtout par le tact, et pour lesquels la vue doit, en ce cas, apprendre du tact la façon de juger. Mais quant au champ de surface perceptible, la vue dépasse de beaucoup le sens cutané, et parce qu'elle peut embrasser sans mouvement im champ plus étendu, et parce qu'avec le mouvement, elle ^ peut le parcourir avec une vitesse beaucoup plus grande ; la succession, dans la perception visuelle, se change plus facilement et plus vite en coexistence.
219. La troisième dimension de Tespace dépend de conditions plus compliquées. La vision monoculaire ne nous donne que les dimensions superficielles, longueur et largeur ; il faut y ajouter celle de la profondeur^ laquelle se réduit à la distance qui sépare de Tceil chacun des points de l'objet dans sa situation dans l'espace.
Selon Helmholtz c les moyens qui permettent d'arriver à reconnaître la forme des objets dans l'espace peuvent se ranger dans deux catégories entièrement distinctes. La première renferme les résultats de notre expérience sur la nature particulière des objets que nous voyons ; il ne peut en résulter évidemment qu'une représentation de distance. A la seconde catégorie appartiennent les sensations qui nous donnent une perception réelle de la distance, et qui sont: 1® te conscience de V effort d'accommodation nécessaire ; 2® Voh* servation à Vaide des mouvements d'accommodation de la tète et At corps; 3® l'usage simultané des deux yetix (1) •. — Wundt ramène tous ces moyens à quatre principaux; ce sont: 1^ V angle vwêÀ\ 2* V accommodation des yeux ; 3** le mouvement de Vœil ; 4** la di/férence stéréoscopique des deux^images rétiniques {2). Les quai moyens indiqués par Wundt ne dififèrent pas en substance de cetf^
(1) Optique physiologique, $ 30, p. 791.
(2) Lehrbuch der PhysioL pp. 651-6. Cfr. Grutidzuge der phys. pêychoi., cha^j XI Y.
PERCEPTION d'espace 203
de Helmholtz ; car le premier, c'est-à-dire Tangle visuel, est un moyen pour connaître la grandeur de l'objet et sa distance, ce qui est compris dans la première catégorie d'Helmholtz. Les autres sont identiques.
220. Dans la perception de la troisième dimension, nous avons la grandeur et la forme. Mais la grandeur dépend de la distance absolue de Tobjet à nos yeux, tandis que la forme peut être représentée par la distance relative. Dans l'appréciation de la grandeur, il y a celle de la distance absolue. La grandeur peut être trouvée sans la forme, mais non celle-ci sans la grandeur. La distance absolue est celle qui e3Ûste entre l'objet et l'œil, indépendamment de la disposition des divers points de l'objet ; elle peut être appréciée par le degré absolu de convergence que présentent les lignes de regard, quand elles sont dirigées sur quelque point de l'objet. Par distance relative, on entend celle de chacun des points de l'objet, lequel présente une différence quant aux divers points dont il est formé. L'appréciation de cette distance s'appuie sur les différences que présentent les images rétiniques des deux champs visuels. Pour la distance absolue, la différence des images n'a aucune valeur, ou est, pour le moins, de peu d'utilité. Je disais qu'on peut avoir la représentation de la grandeur sans celle de la forme ; cela se produit surtout pour les objets qui sont situés à une distance infinie, où il n'y a en réalité aucune différence d'images, tandis que la perception de la forme est toujours accompagnée de celle de la grandeur. Du reste, ce n'est pas la seule différence des deux images rétiniennes qui fait apprécier ces deux modalités de l'étendue ; il y a encore d'autres moyens, comme on l'a dit plus haut. Je dis seidement, quant à l'appréciation des deux distances, que, d'après les diverses expériences, celle de la distance relative est d'une exactitude surprenante, tandis que celle de la distance absolue est très incertaine, et souvent inexacte (1).
221. Examinant le premier moyen qui contribue à la représentation de la distance, Helmholtz trouve que cette représentation est aidée par un grand nombre d'expériences; c'est-à-dire qu'il y a l'influence de la perspective, c parce que le même objet, vu à des distances différentes, donne des images rétiniennes de grandeurs différentes, et se présente sous des angles visuels différents >.
c Dans un grand nombre de cas, il suffit de savoir ou de présumer que l'objet perçu a une certaine régularité, pour arriver à une interprétation réelle exacte de l'image qui se présente, que cette interprétation nous donne ou l'objet, ou un dessin qui le représente. > De là peuvent naitres beaucoup d'illusions. Les ombres, l'éclairement, le voisinage, d'autres objets connus ont aussi une certaine influence pour l'appréciation de la distance et de la grandeur des objets.
(1) Cfr. Heimholtz, op, cit., S 30, pp. 815-30.
Passant au second groupe de moyens, le mc^me auteur trouve qne Tappréciation de la distance, donnée par Taccommodation de rœîl, est très imparfaite ; et il le prouve par certaines expériences de Wundt, et par d'autres faites par lui-même, c Un moyen d'apprécier les distances plus important et plus exact que celui qui précède, c'est celui qui s'appuie sur la comparaison des images perspectires que présente un objet, quand on le regarde sous des points de vue différents. Ce mode de comparaison peut se faire de deux manières: par la vision monoculaire, en déplaçant la tête ou le corps, oa par la vision binoculaire, avec l'aide des deux images différentes que le même objet fournit simultanément aux deux yeux. » — C'est le mouvement qui a ici une grande importance ; et la distance peut être appréciée dans la vision monoculaire, parce qu'il se forme deux images rétiniennes, la première d'abord, puis une autre après le déplacement de la tête et du corps. La confrontation de ces deux images successives permet de trouver la distance avec une certaioe précision. C'est ce qui se fait mieux dans la vision binoculaire, parce que les deux images sont simultanées. Et de fait, chaque œil a une image rétinienne propre de l'objet qui se présente à la perception, et chaque image diffère de l'autre d'une certaine façon, parce que les deux yeux n'occupent pas la même position dans l'espace, et que le regard se dirigeant vers un objet qui est dans le prolongement do plan médian de la tête, l'œil droit voit la partie droite, et le gauche la partie gauche de cet objet. 11 y a beaucoup de différence entre les deux images, et ces différences sont plus ou moins sensibles et perceptibles. Elles sont très grandes pour les objets voisins, très petites pour les objets éloignés, nulles pour ceux qui sont dits être à une distance infinie, comme les étoiles. La différence qu'il y ^ entre les images rétiniennes des deux yeux donne un moyen plus sûr d'estimer les dislances, avec une exacrtitude suffisante qui va* par suite, en diminuant à mesure que l'objet visuel s éloigne (1).
Nous pouvons, au moyen d'une expérience facile, nous convamcr^ de la différence des deux images. Qu'en regardant un objet placé dans le prolongement du plan médian de la tête, on ferme tantôt un œil, tantôt l'autre ; il est facile de s'apercevoir alors qu'en fermant l'œil, l'objet, vu par l'œil gauche seulement, paraît dévié à droite; de plus une portion du champ de vision de la partie droite est cachée, avec l'extrémité droite de l'objet niêm*? dans la surface latérale ; il en est de même pour l'œil gauche» quand on vient à le fermer.
222 . Les deux images rétiniennes se fondent en une seule, cl î^ se produit un effet stéréoscopique. Ce phénomène est mieux connu, depuis (lue Wheatstone a inventé le stéréoscope, instrument très usité aujourd'hui, même comme passe-temps. Au moyen de cet
(1) HelmholU, aux endroits cités g 30, pp. 791-309. (>/>. ci7.