‹ La psychologie physiologiqueChapitre 43 sur 130 · PERCEPTION D*ESPACE · texte numérisé non relu

PERCEPTION D*ESPACE

irumont, non seulement deux images ou deux dessins qui présentent les deux aspects d'un objet vu par les deux yeux se dent en une seule, mais le relief ou la troisième dimension de »pace, la profondeur, apparaît même. Le stéréoscope le plus [ninun est celui de Brewster ; il consiste en une boîte au fond de [uelle on place les objets que Ton veut observer ; sur le devant trouvent deux prismes convexes, correspondant aux deux yeux, s rayons qui partent de chaque image sont réfractés par les ismes et entrent déviés dans l'œil. L'œil suit les rayons réfractés, ;quels se rencontrent en un point conmiun, d'où la fusion des ux images en une (1).

Gomment se produit cette fusion dans la vision binoculaire? Pour indiquer les résultats auxquels conduisent les recherches [tes par Helmholtz et Wimdt, il faut établir préalablement lelques définitions.

On appelle points correspondants de deux champs visuels les 3ints qui ont la même position apparente par rapport au point de lation, et qui, par conséquent, coïncident dans le champ visuel )mmuu. Comme à chaque point de tout champ visuel correspond un oint de la rétine, on peut parler aussi des points coïncidents corespondants ou identiques des deux rétines (2). Pour Helmholtz, e^ trois dénominations n Indiquent qu*une seule et même chose. Vundt, au contraire, établit quelque distinction entre elles. Deux points des deux rétines, dit-il, sur lesquels, par suite de a position parallèle des yeux, se trouvent les points de l'image qui 'orrespondent aux mêmes points d'un objet situé à une distance nfinie, s'appellent points identiques ou correspondants. On a aussi Atroduit l'expression de points coïncidents [Deckpunkte), dans esquels oii a fait abstraction de la position, et tenu compte seule- Dient du caractère le plus commun, celui de la fusion des impressions; aussi les points coïncidents admis par Helmholtz ne correspondent pas parfaitement avec les points de l'image correspondante ^^ l'objet à une distance infinie. On voit qu'à ces dénominations se l'attachent deux idées qui ont besoin d'être examinées attentivement : ^'uneanatomique, qui se rapporte seulement à la position des points; l'autre physiologique, qui est en rapport avec le caractère plus (ordinaire de la fusion des impressions. 11 semble nécessaire de cfistinguer ces deux idées par des dénominations différentes, et de 'es distinguer de plus d'une troisième. Il nous semble bon par suite ^'appeler , 1° identiques, les points de la rétine qui, par suite de la position parallèle des yeux, ont une situation correspondante par apport au centre de la rétine, et qui correspondent avec les points

(1) Consulter pour de plus amples détails Helmholtz, op, cit,, % 30, et Wundt, *^- ci7., ch. XIV. •

(2) Helmholtz, op. cit., p. 880.

également correspondants de Timage d'un objet situé à une distaiice infinie ; 2^ correspondants ceux dont les impressions dans le plus grand nombre des cas se fondent en une sensation indinse au point de vue de l'espace, et qui par suite, en conséquence de cette fréquente union, contribuent à une perception simple; 3^ points coïncidents enfin, ceux dont les impressions, dans des cas donnés, sont rapportées à un point extérieur. Ainsi les points correspondants sont souvent aussi les points coïncidents ; toutefois ils ne se confondent pas toujours, d'où la nécessité d'une désignation spéciale. Les points identiques ont invariablement, pour tous les yeux normaux, la môme situation. Les points correspondants sont soumis à de faibles variations individuelles (1).

Helmholtz accorde, dans le phénomène de la fusion des images, quelque importance à certaines conditions physiologiques, mais c'est aux conditions psychiques qu'il attribue la plus grande importance. 11 admet, en fait, une condition d'une grande valeur, c'est la correspondance des points. Si les points ne sont pas correspondants il n'y a pas, en général, fusion des deux images ; il accortle toutefois avec Wheastone, bien qu'avec une certaine restriction, que l'on peut avoir dans certains cas la fusion stéréoscopique d'images non correspondantes. Mais, comme je l'ai déjà dit, il accorde beaucoup d'importance aux conditions psychiques, c La circonstance la plus importante, dît-il, qui nous empêche de percevoir la différence de position des deux images doubles d'un seul et même objet, c'est la représentation que nous nous formons de l'unité de l'objet. Si, comme nous avons cherché à l'établir, la mesure du champ visuel repose sur une estimation à vue d'œil acquis^ par l'habitude, la perception des images doubles est également basée sur l'estimation ; ainsi cette perception peut, comme toutes les estimations oculaires, être sujette à des erreurs très grande^ par suite des effets d'influences psyhiques de toutes sortes et, en particulier, par suite de cette idée, vraie ou fausse, que les deu^ images appartiennent à un seul et môme objet. C'est pour cett^ raison que la dissemblance entre les deux images nous échappa avec une facilité encore plus grande, quand elles sont relatives à nO même objet réel, pourvu toutefois que celte différence ne soit pa^ trop grande: c'est pour la même raison aussi que la plus grande partie des personnes n'ont jamais remarqué les doubles images t bien que la présence de ces images soit presque continuelle dan^ le (;hamp de la vision (2). — • Quand j'ai devant les yeux uO dessin stéréoscopique difficile à fondre, je n'arrive que péniblement à faire coïncider les lignes et les points analogues, et ils se séparent de nouveau à chaque mouvement des yeux. Mais dès que j*aî

(1) Grandzûge der phys, Psych,,

(2) Op, ciï., p. 917.

pp. 585-6.

PERCEPTION d'espace 207

cquis une idée très vive de la forme représentée par le dessin, ce ui se produit souvent subitement, à la suite d'une interprétation eureuse, je puis mouvoir les yeux avec une grande sécurité, sans rainte de voir de nouveau les objets se séparer (1). »

L'autre condition essentielle est le mouvement des yeux.

Le même Helmholtz, dans un autre ouvrage (2), résume ainsi ce [ui a rapport à la vision binoculaire :

f 1^ Les excitations des points correspondants des deux rétines le se fondent pas en une impression indistincte, parce qu'il ne •eraitpas possible de voir Téclat stéréoscopique (3).

f 2° Les sensations qui dérivent d'excitations des points correspondants de la rétine ne sont pas également indistinctes, parce ]u'il ne serait pas possible de distinguer par un éclaircissement momentané le relief exact d'une image stéréoscopique de l'image pseudoscopique (4).

« S"" La fusion des deux sensations des deux points correspondants oe se vérifie pas, parce que chacune d'elles dure pendant quelque temps; mais la perception binoculaire de la profondeur dépend de ce que les deux images différentes arrivent simultanément à la conscience. Cette perception de la profondeur peut se faire par des images rétiniques fixes et par un éclairement momentané.

< Nous tirons donc de ces considérations, que des deux yeux deux sensations distinctes arrivent simultanément, mais séparées à b conscience, et que, par suite, leur fusion en une image simple intuitive des corps doit se produire, non pas par suite d'un mécanisme antérieurement formé de la conscience, mais grâce à un acte de la conscience.

< 4^ Il en résulte encore que la localisation correspondante des impressions visuelles des points correspondants de la rétine dans le champ visuel se fait tout à fait également, ou, au moins, presque Cernent ; que, toutefois, la perception qui rapporte les deux impressions au même objet simple peut troubler considérablement cette égalité. »

On peut ajouter à cela ce que dit lauteur en terminant l'exposition des principes de la théorie empirique, dont il est partisan et l'un des fermes défenseurs, à savoir, que « parmi les processus psychiques, il ne faut tenir compte que des associations involontaires des représentations, actes qui ne sont pas directement sous le domaine de notre conscience et de notre volonté ; avec cette réserve toutefois que nous pouvons exercer une influence sur leurs manifestétions, en leur opposant des représentations, des buts dont nous dvons conscience. 11 suit de là, continue-t-il , que les résultats de

(1) Op. cit.y p. 920i

(2) PopxUare wissenschaftliche Vortrage, — Braunschweig, 1871, pp. 85-6.

(3) Cfr. Optique physiologique, pp. 983-87, 997, 1007-1008. (1) Cfr. Op ciL, ppi 819-20.

cette production des représentations se présentent ù nous comme imposés par une puissance que nous ne pouvons surmonter, ou du moins que nous ne pouvons surmonter qu'en partie, et qui s'offre, par suite, à notre volonté et à notre (conscience comme une force naturelle étrangère à nous, ou objective , absolument conune les sensations qui nous viennent du monde extérieur ».

223. Wundt, après avoir distingué les points correspondants, identiques et coïncidents, montre comment il est possible, d'après la position de Tobjet et de l'œil, et la relation des lignes de mire, que les points identiques se confondent avec les points correspondants, ou, au contraire, qu'ils en soient séparés. Si les lignes de mire, spécialement pour les objets éloignés, ne sont pas sensiblement diflërentes des rayons de direction, les points coïncidents dans le champ visuel sont également les points de l'objet, quand le champ visuel a la même forme que celle que présente la surface de l'objet, tournée vers l'observateur. Et c'est le cas, en général, et, par suite, lesdeax yeux voient généralement une image, et non deux. Wundt distingue encore un champ visuel objectif y et un subjectif. Il appelle champ visuel subjectif, cette forme du champ visuel que nous nous représentons à la suite du mouvement du regard et du sentiment d'inne^ vation, et le champ visuel objectif est, au contraire, la forme réelle de la surface de l'objet tournée de notre côté : il en tire cette règle pour la vision binoculaire : Nous voyons une seule image dès que k champ visuel subjectif coïncide avec le champ visuel objectif; Un points du champ visuel objectif, qui ne sont pas situés dans le champ visuel subjectif, nous apparaissent doubles,

a Le moyen le plus commun de faire correspondre le champ visuel subjectif avec le champ objectif, si cela n'est pas produit par le sentiment inunédial d'innervation, c'est de fixer successivement des deux yeux les divers points qui comblent les intervalles, pour compléter la forme avec une justesse approximative. >

Une autre règle qui semble dériver de la précédente, ou qui, pour le moins, concorde avec elle, c'est la suivante : L'excitation des points de la rétine, qui, dans le plus grand nombre des cas, correspondent aux points coïncidents de l* objet, produit plus facilement une représentation simple que l'excitation des points de h rétine pour lesquels il se produit plus rarement un rapport de cette espèce {{).

Il résulte de là qu'il y a deux conditions essentielles pour la fusion des images, à savoir la correspondance des points et le sentiment d'innervation, conditions déjà admises par Helmholtz, comme on Ta vu, mais qui ne sont pas accompagnées des processus psychiques établis par lui.

Quant à la signification de la vision binoculaire, Wundt prétend

(1) Grundziitje der Phys. PstjchoL. pp. 586-588-9.

PERCEPTION d'espace 209

c « la vision binoculaire stéréoscopique ne nous donne pas, mme on le soutient, Tespace à trois dimensions, mais que nous yons seulement, en générai, une surface, par suite une image à ux dimensions. Toutefois, cette surface a une courbure variée qui lange tantôt d'une façon continue, tantôt subitement, de telle sorte l'elle peut être construite, avec Taide de la troisième dimension, dans espace plan, que nous employons ordinairement pour les mesures 3ométriques. La différence propre de la vision binoculaire et de la sien monoculaire, c est que la vision monoculaire peut produire nmédiatement, au moyen des lois du mouvement, les deux surfaces ^s plus simples, la sphérique et la plane, et celle-ci comme une etite partie dune sphère d'un rayon très grand ; tandis qu'avec les eux yeux, grâce au déplacement variable du point de regard, nous cuvons produire dans notre perception des surfaces de toutes les )rmes (1) ».

224. On a émis pour interpréter ces phénomènes visuels, que j'ai peine indiqués, des théories différentes, et, de même que pour le oucher, ces théories sont dîtes naiivisle, empirique ou génétique. Ji première ne dit rien pour l'explication des phénomènes, car elle idmet des dispositions anatomiques innées, et des intuitions naturelles, tandis que la seconde considère comme indifférentes les dispositions anatomiques, et prend pour base l'expérience, à laquelle concourt le sentiment d'innervation, c Pour la tliéorie empirique, dit Hclmholtz, la forme de la rétine, la position et la régularité de l'image, pourvu que celle-ci soit nettement limitée, sont des choses absolument indifférentes ; cette théorie ne se préoccupe que de la projection de la rétine au dehors par les moyens optiques (2). >

Helmholtz est l'un des plus célèbres représentants de la théorie de l'expérience ; Wundt accepte aussi cette théorie bien qu'il diffère un peu d'Helmholtz. A la théorie nativiste se rattachent d'abord J. Millier, puis Panum, Hering, qui lui ont donné de grands développements, et tl'autres. Parmi les philosophes anglais, Bain et Mill sont pour la Uiéorie de l'expérience ; Spencer prétend concilier les deux manières de voir. Si je ne me suis pas occupé de la théorie nativiste en parlant des phénomènes qui ont trait à la perception d'espace, la raison en est très simple, c'est que j'accepte la théorie empirique comme ^cUe qui est la plus conforme non seulement aux principes que j'ai txposés dans ce traité de psychologie, mais encore aux faits eux- [Hèmes (3).

225. Tout ceci étant donné, comment a-t-on la perception d'esse? Pour Wundt, c'est un processus psychologique comme pour ^sensation de tact, une synthèse psychique, psiV laquelle les signes

{^) Orundziige^ etc., p. 610.

(2) Optique physiologique, p. 1005, S 33.

{^ Grundziige, etc., p. 627.

Sergi. \^

locaux des sensations périphériques, tactiles et visuelles, viennent se fondre, avec le sentiment gradué d'innervation, en un complexus inséparable. De là, Wundt lui-même donne à sa théorie le nom de théorie génétique synthétique^ ce qui est une des formes de la théorie empirique. 11 dit dans un autre endroit : «La théorie synthétique cherche à prouver que notre perception d'espace dérive surtout de l'union des sensations périphériques qualitativement variées avec les sentiments d'innervation qualitativement uniformes, lesquels, par leur gradation d'intensité, conduisent à une mesure générale de la grandeur. De là, la possibilité que la variété des signes locaux soit ordonnée en un ensemble continu de dimensions homogènes, c'est-à-dire qu'elle soit rapportée à une forme spéciale. Et ainsi, dans le même temps, la diversité qualitative des signes locaux portés dans la forme de l'espace rend possible la distinction des directions particulières et des positions dans Tespace. Ainsi chaque per(;eption visuelle donne non seulement la forme générale de l'espace, mais encore la relation des impressions aux directions et aux positions dans l'espace (1).» Cette théorie diffère de celle d'Helmholtz, comme le dit Wundt lui-même, en ce qu'elle pose les sentiments d'innervation et les sensations locales de la rétine, comme deux moyens mdépendants l'un de l'autre, dont chacun peut donner par lui-même des représentations d'espace (2).

Wimdt, conune Lotze, admet que la représentation de l'espace est une reconstruction ; et j'ai fait remarquer plus haut qu'il pense que la troisième dimension ne vient pas de la vision binoculaire, mais qu'elle est reconstruite grâce aux moyens que fournit cette même vision, avec les sentiments d'innervation motrice des yeux.

226. Quel est le rôle des autres sens dans la perception d'espace, c'est ce dont les auteurs cités ne s'occupent pas. 11 y a à ma connaissance Delbœuf qui s'en est occupé spécialement (3), et qui estime que l'ouïe, l'odorat et le goût sont aptes, eux aussi, à nous donner la perception d'espace.

Je crois qu après un examen attentif des faits relatifs à ces sens, il est impossible de nier qu'ils n'aient quelque rapport avec l'espace^ mais ce rapport toutefois n'est pas naturel, il s'acquiert par l'expérience. Etudions le sens de l'ouïe. Nous n'avons certainement pas par ce sens la perception des dimensions du corps, largeur, longueur et profondeur, comme nous les donnent la vue et le toucher, nous n'avons pas la grandeur et la forme, attributs de l'étendue; mais nous pouvons acquérir par lui cette perception de la distance qui se rapporte à la position de l'objet dans l'espace, et qui est très semblable à la distance absolue de la vision. Cette distance s'acquiert

(1) Op, cit., p. 641.

(2) Ib,

(3) Du rôle des sens dans la formation de Cidée d'espace. Revue phUasophipt, août 1877.

PERCEPTION d'espace 211

grâce à la direction des sons et au mouvement ; la direction elle-même est une acquisition de l'expérience par le moyen du mouvement de la tète.

L*oi^ane de Toute ne peut, comme celui de la vue, se mouvoir sans que le corps se meuve; il est fixé dans l'os temporal, et absolument immobile. Pour lui faire subir un mouvement, il nous faut mouvoir la tète. La position des deux organes, qui sont situés des deux côtés de la tète, leur fait accompUr des mouvements divergents, et non convergents, au point que, dans l'usage de l'organe, on ne fait pas de mouvements, afin que les deux organes viennent converger pour nous donner une perception unique, mais qu'au contraire, on néglige l'un pour Tautre, selon les convenances et les besoins. Toutefois, la situation des organes et leur structure leur permettent de recevoir des excitations de toutes les directions, et de pouvoir percevoir pour toutes les mêmes directions. Ceci est supérieur aux conditions de la \îsion, qui, l'organe étant dans une position fixe, est limitée à une seule direction. Le champ visuel peut être représenté par une sphère pour la mesure géométrique des directions et des positions ; mais le champ auditif est réellement sphérique dans la position fixe de l'organe, et les excitations viennent toutes comme de la surface interne d'une sphère, ou sont comme les rayons d'une sphère. Quelle que soit la direction d'un rayon auditif, l'ouïe est en mesure d'apprécier la position de la courbe d'où il dérive, et sa distance.

J'ai déjà dit plus haut que cette appréciation dépend du mouvement qui constitue l'expérience du sens. Car ce n'est pas naturellement que l'on peut déterminer et apprécier la direction et la situalion de l'objet d'où vient l'excitation. On peut observer ce fait chez les petits enfants qui apprennent peu à peu, et par les mouvements de la tête, la direction des sons. Quand l'expérience est acquise, l'appréciation de la direction dés sons devient d'une exactitude très grande si des circonstances extérieures ne viennent pas s'interposer, et produire des illusions auditives. Ces circonstances peuvent dériver d'inflexions d'ondes sonores, de réflexions variées, et de certaines ombres sonores qui peuvent se produire grâce aux conditions du milieu ondulatoire. Bien qu'avec l'expérience nous puissions apprécier la direction de tous les rayons du champ auditif, il est cependant certain que nous percevons mieux dans certaines circonstances les rayons qui arrivent directement et perpendiculairement à l'organe, puis les rayons obliques quand toutefois ils ne font pas un angle aigu trop petit avec le plan de l'os temporal. Et de fait, il arrive que, ne sachant pas quelquefois distinguer la direction d'un son, nous faisons un mouvement de la tête pour nous mettre dans cette position par rapport à la direction des sons.

Direction et mouvement sont les moyens qui nous permettent d'apprécier la distance ; mais on n'arrive ainsi qu'à une estimation

approximative. Pour apprécier certains sons et certaines distances, il est nécessaire que nous ayons une expérience antérieure. L'expérience pourra venir de ce fait que les mêmes sons ont été entendus de près, et à des dislances diverses, de telle sorte qu*à peine sont-ils perçus on en peut estimer la distance.

La sensation de Touïe nous fournit une perception secondaire relativement à l'espace ; Timprcssion que nous recevons de la décharge d*un canon diffère de celle d'un cri ou d'un coup de fusil ; le tonnerre nous produit une impression différente du sifflement d'un corps qui tombe, ou qui parcourt l'espace. Cette différence tient au volume de la sensation, non pas par rapport à son intensité, mais par rapport à son extension ; nous percevons en quelque sorte la dimension de Tonde sonore. Les sons graves ont, de fait, une onde plus longue et qui dure plus que l'onde courte des sons aigus. Dans ce cas la sensation de son est différente en tant que forme dans Vespace, et nous percevons l'onde longue du son grave comme occupant un plus grand espace que l'onde plus courte du son aigu. J'appelle cette sensation particulière volume du son, et elle est encore une perception relative à l'espace, perception secondaire toutefois, car elle n'est pas suffisamment ni toujours distincte.

227. La sensation d'odorat a, elle aussi, une relation d'espace; certainement elle ne contribue pas à la perception de la grandeur, de la forme, de la situation de l'objet que nous donnent la vue et le tact, mais elle peut nous fournir la perception de la distance, bien que d'une façon moins claire que l'ouïe. Les particules odorantes qu^ se détachent des corps ne nous donnent la direction que pour uu^ distance très rapprochée, c'est-à-dire pour le lieu d'où elles éma^ nent ; mais à une certaine distance, il y a une diflusion très indi&" tincte de ces particules, laquelle diffusion est plutôt une cause d'ef reur pour l'apprécialion de la direction. 11 en est ainsi quand I^ source odorante est de faible intensité et de peu de volume ; mais 0au contraire, elle est très grande et très intense, l'estimation de 1 direction n'est alors que rarement sujette à l'erreur. La distanc s'estime plutôt par l'intensité et par le volume de la sensation qu par la direction, et elle est moins appréciable pour les sensation d'odorat que pour celles de son. Ici encore, comme pour les autre sensations, le mouvement contribue à donner une clarté plus grande^ aux perceptions d'espace.

228. L'ouïe et l'odorat ne sont pas comme la peau et la rétine su lesquelles les excitations sont localisées, ils ne sont pas deux surface qui peuvent être excitées en partie ou tolalement, à moins qu'on veuille accepter la théorie d'Helnihohz qui admet des libres spéciale^ pour les divers sons, étendant ainsi la théorie de Young à l'ouïe, e"^ qu'on ne suppose quelque chose d'analogue pour la région olfac — tive. 11 est certain toutefois que l'ouïe et l'odorat sont tous les deu^^ excentric[ues comme la vue, et qu'ils projettent au dehors leur^

PERCEPTION d'espace 213

ensations, Touïe plus que Fodorat, il est vrai. Nous ne percevons lotre modification intérieure que comme un phénomène extérieur ;t situé dans l'espace. Faut-il donc admettre les signes locaux? >u bien le phénomène ne s'explique-t-il pas encore plutôt ici par 'onde de réflexion qui va se fonnant avec Texpérience, comme e Tai déjà admis pour le tact et la vue? Je pense que cette lemière hypothèse est la vraie, et si je n'avais pas d'autre preuve e crois que j'en trouverais une dans les sensations d'ouïe et rodoi*at, en tant qu'elles ont rapport à l'espace, vu qu'il est imposible de supposer ici le phénomène de la localisation que Ton veut dmettre pour la peau et la rétine. Je n'admets pas dans les diverses ensations des processus divers pour expliquer leurs relations à 'espace ; je crois au contraire à un processus unique et simple, que ai déjà appelé psycho-physiologique.

Le sens du goût a une localisation. Celle-ci est-elle produite xclusivement par les cellules fungiformes et circumvallées, les eules sensibles aux excitations de goût, ou bien avec l'aide et le oncours des papilles tactiles ? — Il me semble qu'on peut, surtout ur la langue, distinguer facilement les deux sensations. Si ou excite n endroit de la langue au moyen d'une substance douce ou amère, 1 sensation se localise en cet endroit quand il n'y a pas difluion de la substance sapide sur la muqueuse. Si on met, au conraire, en contact avec la langue un objet qui est incapable d'exciter 3 goût, il y a simplement localisation tactile. La localisation est une larque de perception d'espace ; et il y a, dans ce cas, une grande esseniblance avec la perception cutanée. Il ne me semble donc nulsment douteux qu'il y ait pour l'organe du goût une certaine repréentation de l'espace, bien que cette représentation soit très mitée.

Les sensations d'odorat et d'ouïe deviennent les auxiliaires des litres sens dans la perception de l'espace, de même qu'inversement 3s autres sens excitent ceux-cM à développer leurs relations avec espace, en s'associant dans 1 idée qui en résulte.

2*29. Les perceptions d'espace acquises par le moyen des cinq Bns indiqués : vue, toucher, ouïe, odorat et goût, en y joignant le ens du mouvement, sont-elles identiques dans la forme ? — Il me ^mble que non, et qu'il y a quelques caractères essentiels qui les îstinguent les unes des autres.

La sensation de tact donne la représentation d'espace par la résis- ^nce. J entends ici par tact non pas seulement la sensation simple - superilcielle de la peau, mais aussi la pression en tant que sensai^n cutanée. Le mouvement avec les sentiments corrélatifs, joint au ^Qs de la résistance, nous fournit Vexiension ou l'espace plein ; espace non occupé ou vide ne nous est pas donné par la sensibilité utanée, parce qu'il y a, dans ce cas, absence d'excitations et par ^ite de sensations. On ne pourra donc pas acquérir la notion d'une

surface indcfininient étendue, ni celle d'une distance très grande, parle tact indépendamment du sens d'Innervation motrice. La perception de rétendue au moyen du tact étant acquise par Texpérience, pour percevoir une étendue particulière quelconque, il faut nécessairement du mouvement.

La vue a, elle aussi, besoin du mouvement pour acquérir la représentation d'espace. Ce n'est pas toutefois par la résxMance que h vue perçoit l'espace ; la résistance n'a ici aucune raison d'exister ni aucune signification. C'est au contraire une image rétinique projetée, qui forme le champ visuel, qui nous donne l'étendue superficielle.

La vue nous donne l'espace vide, lequel dépend non seulement de la présence ou de l'absence d'images, mais encore de la distance i un objet, distance perçue simultanément. En d'autres termes : le champ visuel est une projection de l'image rétinienne, l'œil se mouvanl dans une direction donnée ; l'intervalle entre nous, l'œil, et le champ visuel est un espace vide et non occupé. En nous représentant la distance absolue d'un objet, nous nous représentons la quantité plus ou moins grande d'espace non occupé. C'est par la vue seulement que nous pouvons nous former la notion d'étendue indéfinie. L'expérience du sens de la vue étant acquise avec l'aide dn mouvement, nous pouvons, l'œil étant fixe, percevoir d'une façon analogue les distances et les surfaces. La vue a en conunun avec te ' toucher la succession de l'excitation, mais la vitesse des ondes ex<i' tantes est si grande que les mouvements oculaires sont parfois inconscients et ne sont pas perçus, ce qui ne se produit pas pour ^^ mouvement dans le sens du loucher. Il y a encore, au point de vU* du sens d'innervation, une différence considérable dans la source ^^ les modes du mouvement. Les yeux ont des muscles propres, ^^ l'excitation lumineuse contribue à leur innervation (1), tandis que 1^* muscles qui servent pour la sensibilité cutanée ne sont qu'accessoire' ment employés à cet oflice, et qu'on a à peine conscience de leur inne^ vation. La distance, ou l'appréciation de la distance, est fournie poi.^ ' la vision par la sensation du degré absolu de convergence qi^^ présentent les deux lignes de regard, quand elles se dirigent si^ un point donné de l'objet; c'est là un phénomène composé auqu^^ concourent la vue et l'innervation motrice constituant les lignes ^^ regard dans le champ de regard, conditions spéciales de la sensaticr^ visuelle. Le tact ne nous donne pas la distance ; c'est le mouvemer» ^ qui nous peut la fournir indépendamment du tact.

Quant à la forme des objets, il y a une différence dans les repr^^ sentations qu'en donnent ces deux sens. On en trouve une preuv^ suffisante dans l'exemple des aveugles-nés qui ont été opérés dar»^ l'âge adulte. Ils ne peuvent reconnaître les objets qu'ils connaissaie

(1) Wundt, Grundzuge derphijs. Psych», pp. 581 et seq.

PERCEPTION d'espace 215

depuis longtemps déjà par le toucher, quand ces objets sont présentés à leur vue, qu'après une période d'expérience dont la durée varie de trente à cinquante jours.

Entre les sens qui sont les plus propres à la représentation d'espace, c'est-à-dire la vue et le toucher, qu'on peut regarder comme les sens typiques de l'espace, on trouve des différences notables, qui, naturellement, comme je l'ai déjà montré, doivent donner un résultat psychique diiTérent. Nous ne pouvons pas tout d'abord nous convaincre de la difTérence des deux perceptions, parce que nous avons jusqu'ici appris à les associer ensemble à l'objet représenté, cet objet se présentant simultanément aux deux sens perceptifs. Pourtant, en y réfléchissant bien, nous trouverons que si nous percevons un objet avec l'un des deux sens seulement, Timage de l'objet fournie par l'autre sens se renouvelle en nous, comme une image différente de celle que nous avons en ce moment ; ce qui ne se produirait pas si les deux sens donnaient une représentation d'espace identique. Si nous regardons un cube, il se réveille en nous la sensation tactile de ce corps, comme de surfaces ayant des arêtes coupantes, non situées sur le même plan, et placées de telle façon que la main ne peut les parcourir en se mouvant toujours dans une même direction. La forme ou image visuelle est une projection de divers plans qui se trouve complète dans la perspective. La perspective est entièrement un effet de la perception visuelle ; le tact n'a rien de commun avec elle, surtout lorsqu'il s'agit non de la perspective d*un seul objet, mais de celle d'un certain nombre d'objets disposés de diverses manières dans le champ de la vision.

La perception d'espace que fournit l'ouïe a quelque analogie avec celle de la vue, mais elle est plus limitée. On en peut dire autant de celle de l'odorat qui est, du reste, très indéterminée et très vague. La localisation du sens du goût ressemble à celle du toucher.

230. Résumé de la perception d'espace. Les principaux sens de la perception d'espace sont le toucher et la vue ; en second lieu vient l'ouïe, puis le goiit et l'odorat. A ces sens est associé le mouvement avec le sentiment d'innervation.

Sans le mouvement les sens ne seraient pas aptes à la perception d'espace. Pour certains sens, la vue et l'ouïe, il est possible, dans certains cas, d'avoir cette perception sans le mouvement, après que son acquisition a été rendue plus facile par l'expérience et le mouvement. La sensation du toucher est localisée, ainsi que celle du goût; la sensation visuelle est projetée, ainsi que celle de l'ouïe et de l'odorat. La localisation aussi bien que la projection d'espace ont, à mon avis, une cause unique, bien qu'il y ait, en apparence, diversité absolue. La localisation, qui pour Lotze, Wundt, Helmholtz, dérive d'une sensation accessoire, laquelle constitue les signes locaux, tant pour la peau que pour la rétine, parce qu'on les admet pour ces deux organes , vient pour moi de la réflexion de l'onde nerveuse au point

excité, OÙ elle s*arréte quand il est sur la peau, tandis que, s'il est sur la rétine où Tonde nerveuse doit s*arréter de la même manière, b le processus continue et Tonde est projetée en suivant la direction r des rayons et des lignes de vision jusqu^à Tobjet qui envoie les ondes lumineuses. Comme il est facile de le comprendre, la localisation sur la peau se produit pai^ce que les ondes d'excitation retournent aux endroits mêmes de l'excitation ; et la projection rétinienne est localisée sur la surface visible de Tobjet, parce qu'il s'est déjà produit une localisation, ou mieux, un retour de l'excitation sur la rétine en fonction. Ce processus n'est pas apparent dès que les organes commencent à entrer en activité, mais il ne le devient qu'avec l'expérience des sens mêmes. Ce fait dépend de conditions psycho-physiologiques et, par suite, du développement et des localisations du cerveau. Au début, chez le nouveau-né, les excitations il^ extérieures ne sont pas localisées dans le cerveau ; ^lais ensuite, étant donné les conditions anatomiques, les localisations s'établissent, et cela produit une différenciation physiologique des centres, laquelle tend a s'établir au dehors, dans les nerfs périphériques. La sensation devient déterminée et locale dès que son élément perceptif se développe ; quand la communication s'est faite entre les centres psychiques et les organes extérieurs, la perception devient distincte et claire, et elle se localise selon les conditions établies.

J'ai pu voir par mes observations sur les nouveau-nés que la perception de la vue se développe plus vite que celle de la peau et du toucher proprement dit. Un petit enfant de^»?oîs semaines tourne les yeux vers les objets lumineux, vers la flamme d'une bougie, mais il ne fait pas usage de ses mains pour toucher. A cinq ou six semaines, il dirige les yeux sur les grands objets, comme les personnes humaines, mais non sur les petits objets brillants, comme un morceau de cristal de deux centimètres cubes. A quatre mois, il commence à connaître sa mère, tourne les yeux avec beaucoup de facilité, mais ne se sert pas de ses mains ; le mouvement qu'il leur fait faire est indéfini, indéterminé. A quatre mois environ, il distingue par la vue les petits objets et même leur position. Il tourne avec rapidité et les yeux et la tête vers les objets qu'il a vus prédédemment de près, et qu'il perçoit de loin comme identiques. Mon petit enfant, sur lequel j'ai fait la plus grande partie de ces observations, a commencé vers le sixième mois environ à faire usage de ses mains pour prendre les objets qu'il voyait ; vers le sixième et huitième mois, il se trompait sur le relief, c'est-à-dire qu'il croyait prendre les images peintes sur le fond d'un plat et les images photographiques. A cette époque, il percevait parfaitement la distance absolue ; mais il en faisait peutêtre une appréciation très inexacte.

La sensation de tact se développe avec celle de pression, si celle dernière ne la précède pas, et commence avec le mouvement musculaire des mains, avec la préhension. Les petits enfants de quatre

PERCEPTION d'espace 217

mois laissent tomber les objets de leui's mains, et ne s'aperçoivent que tard qu'ils ne les ont plus ; ce qui prouve que la sensation de tact et celle de pression ne sont pas encore développées. Quand le petit enfant, à neuf ou dix mois, fait usage de ses mains avec beaucoup de facilité, la perception visuelle est déjà très développée en lui, comme on peut le voir par la connaissance qu'il a de la distance, de la direction, de la position et de la grandeur des objets.

Je crois que si la perception visuelle se développe avant la perception tactile, cela tient à deux causes : l'excitation continuelle que reçoivent les organes de la vue, et le mouvement oculaire dépendant des muscles propres des yeux, lesquels s'innervent avec beaucoup de facilité et de vitesse, et dont en outre l'innervation se fait toujours sous rinfluence des excitations lumineuses. Le mouvement des mains dépend, au contraire, d'un complexus de muscles qui n'ont pas rapport a la sensation cutanée, mais plutôt à la préhension. Il faut donc que d abord la facilité d'innervation des muscles, surtout des flecteurs, s'acquière, puis que la pression devienne consciente, et enfin le tact proprement dit.

La perception d'espace par l'oreille s'acquiert de la même façon que par la vue. Je crois toutefois que non seulement le mouvement de la tête, mais encore la vue contribue à la développer plus rapidement.

231. Toutefois, les diverses sensations s'associent bien vite, et fondent en un acte psychique unique les diverses sensations d'espace. Celles qui se fondent ' nieux sont celles du toucher et de la vue ; celles de l'ouïe et de l'odorat se fondent aussi avec celles de la vue, celles du goût avec celles du toucher. Cette fusion fait que l'objet de toutes ces sensations, s'il est unique, n'est pas perçu comme multiple dans la forme superficielle obtenue. Cependant la fusion n'est pas complète, elle est purement extrinsèque, car les images sensationnelles sont, en réalité, différentes, comme je l'ai déjà montré. La fusion réelle, eflective, existei*ait si la sensation cutanée pouvait se ramener à la sensation visuelle, ce qui est impossible. Mais il se produit un fait notable qui donne la prééminence et, pour ainsi dire, l'hégémonie à la vision : les images d'espace, l'étendue avec ses attributs, forme, grandeur, etc., se ramènent à une image rètinique projetée, de quelque sens qu'elles dérivent, 11 est facile de vérifier re fait en rappelant à l'esprit une sensation d'espace donnée par le tact, ou encore, en touchant dans l'obscurité un objet ayant une forme déterminée. Il ne nous vient à ce moment que l'image visuelle de Tobjet que nous touchons; c'est à peine si nous pouvons interpréter ce qu'est cet objet.

Au contraire, si nous voyons un objet, nous ne pensons pas aux sensations tactiles que nous pouvons en avoir, sinon aux sensations le poli ou de rugueux, qui ne sont pas des phénomènes d'espace. Si lous touchons un corps par une de ses arêtes, il se présente à notre

esprit limage visuelle (l*un espace plein ; aa contraire en touchant un angle interne d*un corps, nous obtenons Timage visuelle d'iia espace vide.

La direction et la distance obtenues par Touïe se fondent complètement avec celles que donne la vision.

Pour ces raisons, Taveugle-né doit avoir une conception incompl^ de Tespace, une conception qui n'a pas atteint son entier développement, vu que les images visuelles lui manquent ; et la notion de l'espace, qu'il acquiert par des mouvements et des sensations tactiles, doitdifiërer de celle qu'en ont les autres hommes qui font usage de tous leurs sens.

Quelle que soit toutefois la différence des perceptions d'espace pour les divers sens, l'étendue avec ses attributs n'est cependant pai perçue comme différente ; parce que les perceptions, grâce à l'expérience continuelle et variée, sont rapportées aux mêmes objets, él complétées en ce qui est nécessaire. La troisième dimension de l'espace a, plus que les autres, besoin de l'aide de la sensibilité tactile dans certaines circonstances, même quand la vue est très développée ; mais les rapports s'établissent très vite entre les deux organes quand ils entrent en activité, et pour cette raison les résultats acqub deviennent inséparables pour nous, parce qu'ils sont acquis avec le concours des diverses sensations.

Page 1