CHAPITRE X
Idée d'espace
232. Le processus d'idéatlon de l'espace est analogue à celui des autres idées que nous avons décrit précédemment, c'est un processus d'analyse primitive qui suit la représentation complexe de l'objet étendu dans toutes ses relations avec les autres objets, et avec l'être qui perçoit.
Nous ne percevons pas l'étendue sans objet étendu, ni un objet sans étendue, et par suite, sans forme, sans grandeur, sans distance relative ou absolue. Néanmoins, nous parlons d'étendue, de grandeur, de forme, comme si c'étaient des entités existant en ellesmêmes et par elles-mêmes; cela signifie que, par l'analyse, nous avons mentalement séparé deux éléments inséparables, l'étendue et le corps, et que nous avons considéré l'étendue, d'une façon abstraite, comme existant en elle-même. Toutefois, cette explication, qui semble facile à comprendre pour l'étendue et la forme, ne l'est pas autant pour la distance. Celle-ci ne représente pas un attribut du corps,
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rïsible ou tangible, mais simplement un processus musculaire, soit des yeux, soit du bras, soit des autres membres, conune les jambes, qui sont propres à nous donner Texpérience de la distance. Mais, en y réfléchissant bien, on trouve que retendue représente un processus musculaire se développant avec les sensation^ spéciales des sens représentatifs, tact, vue, etc. ; parce que, comme on Ta déjà vu, l'étendue dérive d'une série ou d'une succession d'excitations contiguês. L'étendue n'est pas l'objet, mais la représentation se confond avec la propriété ou attribut de l'objet même, tandis que, dans la cas de la distance, la représentation d'espace montre clairement son origine qui vient du mouvement musculaire joint au sentiment d'innervation qui l'accompagne. Quand le mouvement est libre, sans résistance, on a la perception d'espace vide. Cet espace est indéterminé, sans forme, sans figure et sans dimensions établies. La distance consiste dans cet espace vide. S'il a quelque dimension, c'est simplement la longueur ; il acquiert ensuite la forme, la grandeur et les dimensions, et par les limites de l'espace occupé, et parce que les attributs de cet espace sont transportés à l'espace vide et le déterminent. Ce fait suppose l'analyse primitive que nous avons indiquée, c'est-à-dire la séparation mentale de l'étendue de l'objet perçu comme étendu. Etant donné l'étendue pure ou abstraiiCy ou ce qui est la même chose, étant donné Vidée de l'étendue avec ses modalités, celle-ci se transporte avec une grande facilité à Icspace vide qui est, par suite, assimilé à une idée d'espace pur ou non occupé. C'est là un second processus dans l'évolution de l'idée d'espace, processus synthétique, avec lequel on a une représentation totale, une idée dans laquelle il n'y a plus distinction entre l'espace vide et l'espace occupé ; on a par suite une idée d'espace mesurable, qui peut avoir toutes les formes possibles, et toutes les dimensions corporelles. L'idée d'espace est évidemment une forme abstraite de l'espace perçu par les sens, de la façon que nous avons exposée précédemment. Cette idée, que les philosophes et psychologues allemands appellent intuition {Anschauung) , a, selon Texpression heureuse de Wundt, trois marques caractéristiques, pluralité, continuité et homogénéité des dimensions (1). La pluralité se rapporte aux diverses dimensions que nous percevons, au nombre de trois ordinairement ; il y a continuité en tant que nous ne trouvons pas d'interruption dans l'espace, et la représentation de l'espace dans les corps est quelque chose de continu où il y a homogénéité, c'est-à-dire que les propriétés de l'espace ne changent pas, quelle que soit Timage superficielle.
233. Les philosophes se demandent si Tespace est objectif, c'est-à-dire quelque chose de réel, ou bien si c'est une simple forme subjective à laquelle
(1) Grutidzûge, etc., pp. 685 et seq.
rien d'extérieur ne correspond. Cette question se trouve liée à une autre : concevons-nous Tidée d'espace, ou en avons-nous l'intuition, c'est-à-dire cette notion dérive-t-elle de l'expérience ou est-elle une intuition a priori t Ce n'est pas ici le lieu d'examiner et de résoudre les diflicultés que soulève cette question, cela n'entre pas dans notre sujet ; je crois bon cependant de rappeler seulement quels sont les philosophes qui ont émis des théories sur la question. En première ligne je mets Kant, qui a exercé une influence considérable sur la philosophie allemande, qui a été suivi en Angleterre par Hamilton et qui regarde l'idée d'espace comme une idée a priori, comme une forme subjective de la sensibilité, et lui refuse toute valeur objective. Voici comment il s'exprime : « L'espace n'est rien autre chose que la forme de tous les phénomènes des sens externes, c'est-à-dire la seule condition subjective de la sensibilité sous laquelle soit possible pour nous une intuition extérieure (1) ». Et ensuite: « Toutes les choses, en tant que phénomènes extérieurs, sont juxtaposées dans l'espace; cette règle a une valeur universelle et sans restriction. Notre examen de l'espace nous en montre donc la réalité (c'est-à-dire la valeur objective) au point de vue delà perception des choses comme objets extérieurs ; mais il nous en révèle aussi Vidéalité au point de vue de la raison considérant les choses en elles-mêmes, abstraction faite de la constitution de notre sensibilité. Nous affirmons donc la réalité etitpirique de l'espace (relativement à toute expérience antérieure possible), mais nous en affirmons aussi Vidée tramteendentale, c'est-àdire la non-existence, dès que nous laissons de côté les conditions de la possibilité de toute expérience et que nous nous demandons s*il peut servir de fondement aux choses, en soi. » Hamilton qui soutient la théorie de l'espace a priori^ a essuyé de très sérieuses critiques de la part de Mil! et de Spencer (2).
Herbart, le créateur de la psychologie moderne en Allemagne, est au contraire pour la théorie de l'expérience. Ses idées sont en très grande partie adoptées par Wolkmann, qui suit entièrement la doctrine herbartienne (3).
On peut dire, en général, que les idées de Kant ont encore une certaine influence non seulement en philosophie, mais encore dans les théories physiologiques de l'espace. Toutefois la philosophie réaliste a gagné du terrain sur la théorie a priori, et surtout depuis que les doctrines physiologiques se sont développées avec Helmholtz, Wundt et beaucoup d'autres.
Cependant un des plus célèbres représentants de la philosophie réaliste en Angleterre a quelque rapport avec la théorie de l'intuition; je veux parler de H. Spencer. Il est intéressant de connaître les principes de la doctrine de ce philosophe sur l'espace.
234. On a déjà dit que Spencer divise les perceptions en perceptions de corps présentant des attributs dynamiques, et de corps présentant des attributs statico'dynamiqueê et simplement stcUiques, Les perceptions relatives à l'espace sont celles des deux dernières espèces. Les attributs statico-dynamiques dérivent surtout du sens du tact, de la pression, de la tension musculaire et du mouvement musculaire ; la perception des corps comme présentant des attributs statiques et statico-dynamiques se compose des éléments suivants : • Des rapports entre un si^et et un objet, de coexistence dans le temps et de contiguïté dans l'espace, des impressions combinées qui constituent nos idées de grandeur et de forme plus ou moins déterminées; des impressions comprises
(1) Kant, Critique de la Raison pure, trad. Bami, pp. 81-83, 185. F. Alcan, éditeur.
(2) La Philosophie de Hamilton, chap. xiii, par St. Mill. — Spencer, Principes de Psychologie, tome II, pp. 184 et suiv. Trad franc.
(3) l^e^ràMcf^ dçr Psychologie, vol. Il, partie V.
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dans nos idées de surface, de celles comprises dans nos idées de texture; enûn, des autres nonibreuses impressions que représentent les termes de ductilité, flexibilité, élasticité, etc., tout cela rapporté à une seule place dans Tespace et dans le temps. » — « La perception du corps comme présentant des attributs statiques et statico-dynamiques est un état de conscience composé ayant pour éléments primaires les impressions indéfinies de résistance et d^étendue, inconditionnellement unies ensemble et avec le sujet, dans des rapports de coïncidence dans le temps ou de contiguïté dans l'espace ; ayant pour éléments secondaires une série de rapports entre des positions résistantes, diversement unies entre elles dans des rapports de simultanéité et de séquence : ceux-ci pour la plupart dépendent conditionne Uement de la nature do l'objet et des actions du sujet et tous sont unis conditionnellement avec les éléments primaires par des rapports de séquence. » Cette perception a comme autres éléments secondaires certaines relations indéfinies (constituant les connaissances de grandeur et de forme) qui sont aussi inconditiontieUenient unies avec les éléments primaires et avec les autres éléments secondaires (1). »
Les attributs statiques, volume, figure et i)osition, qui sont des attributs d'espace du corps, ne sont pas donnés par la vision seule, il faut encore le mouvement, comme on le voit par la perception de la distance, qui résulte des expériences musculaires. La rétine, par le moyen du mouvement, peut éprouver une série de sensations et ainsi l'élément primitif, par lequel se développe l'idée d'étendue visible, est une connaissance de la position relative de deux états de conscience dans une série d'un grand nombre d'états qui suivent après un mouvement subjectif. L'idée de l'étendue visible n'est cependant pas constituée par la relation entre des états de conscience successifs, mais elle est un symbole des perceptions musculaires et tactiles, parce que la notion d'étendue ne se développe pus sans la mesure de la distance, et que celle-ci n'est pas possible sans les expériences du toucher qui donnent les limites de la distance. Si on considère le processus par lequel un aveugle-né peut connaître les attributs de l'espace, la figure peut se résoudre dans les grandeurs relatives, la grandeur dans les positions relatives, et toute position relative peut finalement être ramenée à une position relative entre le si^'et et l'objet (2).
Puisque la perception des attributs d'espace se résout dans des positions relatives du siget et de l'objet et que ces positions peuvent être connues seulement par le mouvement, comment, par Texpérience de l'espace occupé, ou du corps, peut-on acquérir la notion d'espace ou d'étendue non occupée ? Comment de la perception de position résistante passe-t-on à celle de position non résistante 1 Comment est-il possible de séparer Tidée du corps de celle de position 1 — Puisque c'est par le mouvement que s'acquiert la perception de la position relative des objets, il en résulte qu'il y a association, par l'expérience, entre le mouvement et la position qu'occupe l'objet. Mais dans les expériences continuelles, de la vue par exemple, il n'y a pas toigours une perception de Tobjet dans une position donnée : « Nous trouvons qu'un certain mouvement de l'œil qui a été suivi une fois de la vue d'un objet noir est suivi maintenant de la vue d'un objet blanc, puis d'aucune vue; il en résulte que l'idée de position particulière qui accompagne chacun de ces mouvements est, par l'accumulation des expériences, séparée des objets et impressions. Il en résulte encore que, comme de tels mouvements sont infinis, ces positions que l'on conçoit indépendamment des corps doivent être infinies. Il en résulte ensuite
(1) Op. cit., pp. 160 et 183. Trad. franc.
(2) Op. ctl., S 328.
que, comme dans le premier acte de la perceplion et dans tous ceux qui suivent, chaque position est connue comme coexistant avec le suy^^ i^ ^^ produit une conscience de ces positions coexistantes, infmies en nombre, cVstà-dire de l'espace (1). » Ce processus assigné par Spencer à la perception a beaucoup d'analogie avec le processus analytique que j'ai exposé plus haut, et je serais disposé à accepter cette dissociation des objets et des impressions de la position, comme le moyen d'obtenir la séparation mentale de l'espace perçu dans les corps, de l'espace abstrait, devenu idée.
Ce mode d'explication n'est pas encore complet pour l'espace. Par suite de la nature de la rétine qui est composée d'éléments capables d'î^tre excités indépendamment, nous recevons simultanément plusieurs excitations, dont une petite partie seulement se font directement au point central, les autres sont latérales ; nous avons cependant une certaine conscience de ces dernières, bien que cette conscience ne soit pas aussi claire que celle de la vision directe.
Ces excitations simultanées ont un rapport avec les excitations en série. Supposons la série de A à Z, laquelle se présente successivement k la rétine; par suite de la rapidité de la succession, cette série successive se manifeste comme simultanée, attendu que l'excitation Z commence avant que rexcitation A ait cessé, et pour un moment la série entière A-Z reste en même temps en an état d'excitation. Supposons maintenant que l'œil est tourné vers une ligne d'une longueur égale à la série A-Z, il en résulte que cette excitation diffère de la première, en ce qu'elle est persistante et non accompagnée de la sensation du mouvement. Il suit de là, par suite, en vertu de la loi d'association, que h série entière d'un grand nombre d'états tend à se consolider en un état unique. Ce qui est vrai pour la ligne, l'est aussi pour la surface, et pour l'espace à trois dimensions, lequel constitue une conscience complète des positions relatives. De là dérive une conscience naissante d'une inflnité d'autres positions, une conscience qui est naissante dans le même sens que la conscience des divers objets qui sont situés hors du centre du champ visuel. Le mouvement fait tout le reste.
La difficulté que l'on pourrait trouver à concevoir comment, pour une notion aussi simple et aussi homogène que celle d'espace, il est possible qu'il faille un processus aussi long, sera diminuée si l'on considère les faits suivants: « l** que les expériences, outre que la notion est formée et consolidée, sont dans leurs parties essentielles les mêmes pour nous et pour les races antécédentes dont nous avons hérité notre organisation et que ces expériences primitives uniformes, présentées en puissance dans la structure nerveuse qui nous a été transmise, constituent une préparation en partie innée à la notion ; 2* que les expériences individuelles qui répètent ces expériences des ancêtres commencent dès la naissance et aident à provoquer le développement des structures correspondantes, tandis qu'elles donnent à cette notion sa forme définitive; 3** qu'à tous les jours de notre vie et à tous les moments de chaque jour, nous répétons nos expériences de ces innombrables coexistences de positions et de leurs diverses équivalences avec les états sériels de sentiments qui accompagnent les mouvements; 4» que, quand le développement est complet, ces expériences sont invariablement d'accord, que ces rapports de positions coexistantes ne changent pas, sont toigours les mêmes entre eux et par rapport au sujet, qu'ils équivalent toujours aux mêmes mouvements. »
Enfin, la façon dont a été conçue la notion de l'espace nous donne Torigioe
(I) Op. cit., p. 189, •;. 331. Trad. franc.
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de l'intuition de Tespace, laquelle est recoonae comme étant nécessaire. Cette conception repose sur le principe d'évolution et sur celui d'hérédité, par suite desquels nous avons une structure nerveuse douée d'une prédisposition à la perception d'espace. L'auteur pense ainsi concilier la théorie de l'expérience avec rbarmonie préétablie de Leibnitz et le transcendantalisme de Kant. « En admettant que les données de l'intelligence sont a priori pour l'individu et a posteriori pour la série entière des individus dont il est le dernier terme, nous échappons aux difficultés des deux hypothèses telles qu'on les présente communément (1). »
235. L'idée d'espace se convertit en celle de coexistence. Selon Técole anglaise, Mill, Bain, Spencer, la coexistence dérive de la succession. Toutes nos perceptions n'arrivent que successivement à la conscience ; il ne s'en présente qu'une seule à la fois dans le champ de la conscience, bien qu*évidemment un grand nombre arrivent simultanément. C'est le mouvement qui joue le principal rôle dans la succession, laquelle est un ordre sériel de sensations obtenues par le mouvement; il en est de même dans la coexistence, où le fait est plus complexe, la succession devant se changer en une série continue et coexistente. La façon dont se fait cette transformation est ainsi décrite par Spencer : c Là consolidation (unification) si souvent décrite d'une série d'états de conscience en un état presque simple ne constitue pas la totalité du procédé qui donne naissance à nos idées de coexistence et d'étendue. C'est une propriété des séries tactiles et visuelles qui concourent à la genèse de ces idées, de pouvoir non seulement être transformées en un état composé dans lequel les positions successives deviennent des positions simultanées, mais encore de pouvoir être renversées. La chaîne d'états de conscience de A à Z produits par le mouvement d'un membre, ou d'un objet sur la peau, ou de Toeil le long des contours d'un objet peut avec une facilité égale passer de A à Z. Tout différents de ces états de conscience qui constituent notre perception de séquence, et dont l'ordre n'admet aucun changement, ceux qui constituent notre perception de coexistence admettent que leur ordre soit renversé, suivent aussi facilement une direction que l'autre. > Et plus loin, après avoir démontré que nos perceptions sont successives dans la conscience, il se demande comment nous pouvons connaître la coexistence de deux choses qui ne sont pas visibles ensemble. « Quand un adulte, après avoir vu im objet A, voit un autre objet B, il afGrme d'ordinaire leur coexistence sur le fondement de cette simple observation. 11 est évident que ce qui le rend apte à cela, c'est une accumulation d'expériences antérieures, d'où il a tiré rinduction que certains groupes de phénomènes sont persistants. Mais qu'entend-il par persistants ? Il veut dire que les phénomènes sont de telle sorte qu'il peut de nouveau en avoir une conscience
(1) Op. cit., «J 331-332.
aussi vive qu'auparavant. 11 pense qu'en retournant la tète, Vobjet A lui causera une impression nouvelle telle que celle qu'il lui a causée d'abord.
« Le contenu total de cette assertion : A et B coexistent, c'est qae les états de conscience que chacun produit en lui, il peut les alterner aussi souvent qu'il lui plait. Mais laissons la coexistence qui est connue par inférence : nous ne devons nous occuper ici que de ces expériences primordiales qui produisent en nous la notion de coexistence. Pour une intelligence naissante, des impressions produites par deux objets A et B, vus successivement, ne peuvent paraître différer en persistance de deux sons entendus l'un après l'autre. Dans les deux cas, il n'y a rien qu'une séquence d'états de conscience. Comment donc l'un des deux rapports vient-il à se distinguer de l'autre? Simplement par ceci : c'est qu'on trouve que les termes de la seconde séquence ne peuvent être conçus dans un ordre inverse avec une égale clarté, tandis que, pour la première, on le paît. On trouve pareillement que, tandis que certains états de conscience peuvent se suivre ave(*. une facilité et une clarté égales, dans une direction et dans la direction contraire (A, B ; B, A), d'autres ne le peuvent pas ; et de là résulte la distinction du rapport de séquence et du rapport de coexistence (1). »
Ce n'est pas, d'après Spencer, la'simultanéité des sensations qui donne naissance à l'idée de coexistence, mais une inférence dérivant de 1 mversion de la série obtenue par expérience du mouvement avec les sensations tactiles et visuelles. Ce n'est donc pas une notion immédiate de l'expérience, mais une notion médiate, parce qu'elle dérive non seulement de l'expérience d'une série invertie et susceptible d'être invertie, mais encore de la connaissance de l'inversion. Mais le principe fondamental de cette doctrine repose sur l'impossibilité où est la conscience de percevoir deux choses coexistantes dans le même temps ; elle ne les perçoit que successivement. Et Spencer se pose encore la question de savoir s'il est possible à la conscience de recevoir simultanément diverses impressions, c Comment sais-je que je reçois ces diverses impressions en même temps ? Comment sais-je que les objets externes qui les produisent sont coexistants ? Simplement en vertu de ce fait que je puis être successivement conscient de ces divers sentiments dans un ordre quelconque avec une égale facilité (2). >
236. J'ai décrit plus haut la manière dont nous pouvons avoir simultanément une série d'impressions et de perceptions, spécialement au moyen de la vue et du mouvement concomitant, et comment ces sensations se changent en la coexistence par la contiguïté. Tout cela est en opposition directe avec la doctrine de Spcncrer, de Bain, de Mill,
(1) Op. cit., S 366.
(2) Qp. cit., S 366.
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1 admettent pas qu'on puisse avoir deu\ sensations simultanées, e que Tattention de la conscience ne peut se porter que sur une e. Bien qu'il soit possible que des impressions extérieures se luisent simultanément, et de la part de divers sens, il ne Test indant pas que nous portions notre attention sur un grand bre. Laissant de côté, pour le moment, cette question générale
sera traitée en parlant de la conscience, je dis, pour me residre au phénomène de la coexistence de l'espace, qu'il y a et I peut y avoir simultanément deux perceptions ayant rapport à :ension dans l'espace, et dont l'une peut être claire et distincte lis que l'autre est moins claire et moins distincte que la première. )hénomène se produit de cette façon dans la vision, dans laquelle 1 la vision directe qui donne la conscience claire, la conscience : attention, et la vision indirecte qui donne la conscience obscure ians attention.
t ce n'est pas là une simple hypothèse, mais un fait d'expérience; moment même oii nous avons le regard fixé sur un point d'un ît, nous voyons aussi les parties latérales et les contours de ce Qc objet, c'est-à-dire que nous voyons une série de points dispo-
et placés dans un certain ordre, et coexistant avec le point icipal que nous fixons par la vision directe. Quand nous voulons Ler notre attention sur un autre point de la même série, nous ivons l'œil, en dirigeant le regard sur ce point ; ce point devient s le point de la vision directe et de la conscience claire et diste, et le premier, s'il n'est pas en dehors des conditions de la m, est visible indirectement, comme je l'ai montré dans la figure pag. 200). De la combinaison de la vision directe avec la vision rectc, ou, en d'autres termes, de la combinaison de la conscience re ou avec attention, avec la conscience obscure ou sans attention
une perception composée qui est celle de coexistence. A l'état Ite, et après une longue série d'expériences, cela est possible, ae quand le regard est immobile ; mais originairement, et pour stituer l'expérience, le mouvement est nécessaire ; d'où il suit
la coexistence est formée non seulement par la simultanéité rite, mais par la succession de la simultanéité même, avec le pas- 3 de la conscience claire à la conscience obscure, et de celle-ci à première, et, pour m'en tenir à la vision, du passage de la vision cte à la vision indirecte du même point, et de la vision indirecte
vision directe d'un autre point de l'objet visible. De telle sorte )n a la succession dans la simultanéité des perceptions, et la KÎstencc dans la succession. Je crois possible de cette façon la solidation de la perception d'espace considérée dans la coexis-
ouiefois rinversion admise par Bain et Spencer de la série *essive a une grande influence pour consolider la notion de cistence ; mais, au lieu de la considérer, comme le moyen unique
Sergi. 15
pour acquérir cette notion qui se trouve déduite de la possibilité et de la facilité de Tinversion, je dis qu*elle est un des moyens secondaires pour Tacquisition de la notion de coexistence, parce qu'elle aide principalement à vérifier le fait de la perception simaltanée et successive que nous venons de décrire.