CHAPITRE XI
Perception de Temps
237. De même que Tespace se convertit dans la coexistence, de même le temps dans la succession. J'ai dit, en donnant l'origine de la coexistence, de quelle façon s'obtient la succession ; il reste ici à le mieux déterminer, et à montrer comment, par la succession, on a la perception et l'idée de temps, laquelle, comme celle d'espace, dérive de l'expérience, et n'est pas une intuition a priori comme le prétend Kant.
Nos sensations constituent divers états de conscience ; tout état de conscience est un changement survenu dans la conscience. Ce changement a une limite déterminée par la limite d'un autre change* ment antérieur ou postérieur , ou encore se trouve à un certain intervalle d'un autre changement, lequel peut être plus ;ou moins long. Les changements ainsi produits dans la conscience, nous les appelons une série successive, ou une succession ; et il y a succession soit qu'entre un changement et im autre il y ait une limite commune à deux changements, soit qu'il y ait un intervalle. Un intervalle est aussi décomposable en éléments successifs qui constituent sa durée; et nous pouvons encore avoir conscience deoe fait, ou de la durée plus ou moins longue d'un état de conscience, et, en d'autres termes, d'une sensation.
Ceci est clair poiu* les sensations musculaires, dans lesquelles, comme le dit très bien Bain, nous distinguons la force de résistance de la durée de l'eflbrt musculaire, qui est la mesure du temps (1). Un effort musculaire ayant une durée d'une partie de minute est parfaitement distinct d'un effort qui dure une minute et plos. Comme la surface d'un objet peut se décomposer en points d'espace» qui se rapportent à la coexistence, et par suite à l'étendue, de même la durée d'un état de conscience peut se décomposer en moments qui constituent la succession ou le temps. D'ordinaire nous disons qu'un temps est plus long ou que la durée d'un phéno*
(1) Les Sewt et VititelUgencey p. 75. Éd. franc.