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PERCEPTION DE TEMPS

mène de conscience est plus longue, si cette durée a plus d'éléments composants ; et nous avons une conscience claire et distincte de ceci après expérience. Ce n'est pas la première fois qu'il se produit un changement conscient que nous savons apprécier la durée ou le temps ; mais après une série d'expériences, nous sommes capables de mesurer le temps avec une certaine exactitude.

238. Le point ou moment de départ pour la succession est le changement présent, non le changement passé, encore moins peutrtre le futur. Ces trois dénominations sont purement relatives, et constituent encore des positions relatives de la série successive des changements conscients. La succession des perceptions n'est pas la perception de la succession y disait Herbart, et son école avec lui (1). En fait, la perception de la succession ne consiste pas dans la perception des changements successifs et sériels ; ceux-ci en sont bien la matière, mais ils ne constituent pas encore la perception du complexus sériel de succession; celui-ci consiste véritablement dans le rapport entre les divers moments et les divers changements, dans le rapport entre les diverses positions relatives de la série. Le rapport le plus simple de deux perceptions relatives se trouve dans le passage entre un moment présent et un moment passé ou entre un changement présent et un changement antérieur. Le changement présent est celui qui est conscient quand la cause externe qui l'éveille et l'excite persiste encore. Le changement antérieur ou passé est celui qui se reproduit ou persiste comme idée pendant le changement présent. Le rapport entre ces deux changements est un rapport de temps ou de succession définie, et la perception de ce rapport est une perception de succession. Après une longue expérience, nous pouvons percevoir une série successive assez étendue, et nous former par suite une idée plus complète de la succession. Avec une expérience plus grande encore, nous percevons les moments d'un changement (ou sa durée), et par suite leur succession. Ainsi les positions relatives sérielles et successives deviennent plus claires, et la perception de succession plus déterminée.

Spencer trouve que la série successive qui constitue le temps peut être intervertie aussi bien que celle qui constitue la coexistence dans l'espace, mais avec cette différence que, dans Tinversion de la coexistence, la série renversée ne perd rien de la vivacité de la série soumise à l'inversion ; tandis que la série successive qui se rapporte au temps diminue de rivacîté dans l'Inversion (2), et cela, principalement parce que les éléments de la série sont renversés à Tétat d'idées, non de perceptions actuelles, comme dans la coexistence. Et j'ai déjà dit plus haut qu'un élément de la succession de deux positions

(1) Volkman, Lerhbuch der Psychologie^ vol. 2% S 37, p. 13.

(2) Principes dé psychologie, tome II, S 375, p. 299. Trad. franc.

relatives est présent, et que Tautre est passé, mais qu'on peut Tavoir comme présent par sa réproduction sous forme d'idée. Il y a donc une différence très notable entre la série qui forme la coexistence et celle qui forme la succession ; dans la première, les éléments sont tous présents, ou d'une manière indirecte, comme dans beaucoup de cas pour la vision, ou simultanément et de la façon que j'ai dit autre part ; dans la succession, une partie des éléments sériels est présente, l'autre peut persister, mais dans le plus grand nombre des cas elle est passée.

Nous pouvons par suite admettre avec Spencer que le temps est, in ahstracto^ un rapport de position entre des états de conscience successifs. En d'autres termes, ajoute Spencer, nous pouvons dire que le temps est la forme blanche dans laquelle sont présentés et représentés ces états successifs, et qui, servant également pour chacun, est indépendante de Vun quelconque d'entre eux (1).

239. Nous ne pouvons pas séparer nos changements conscients de l'ordre successif; et la première notion du temps nous vient par la modification interne de la conscience. Dans ce cas le temps apparaît comme subjectif, en tant que la succession n'est pas autre chose qu'un pur rapport entre des états de conscience. Mais quand nous avons déjà formé la notion de temps comme une abstraction de tous les rapports de position entre des états successifs de conscience, nous pouvons attribuer ce rapport aux événements qui sont en dehors de nous, et former ainsi la notion du temps objectif. Les événements en dehors de nous ne sont pas autre chose que les phénomènes externes qui produisent en nous les états divers de la conscience ; par suite, si nous leur attribuons le même ordre qui s'est produit dans la conscience, nous estimons qu'ils se produisent successivement et dans le temps. Un autre fait contribue à la formation de la notion objective du temps. J'ai dit plus haut que deux changements peuvent être séparés par un intervalle situé entre la limite de l'un et celle de l'autre, c'est-à-dire qu'il y a absence d'un changement dans la conscience et, par suite, absence d'un phénomène que nous pouvons appeler successif. Cet intervalle dans la conscience est analogue à la distance relative des objets dans la coexistence. L'intervalle est un temps vide, comme l'espace vide entre deux étendues coexistentes. Dans cet intervalle, l*état de conscience est dans une modification spéciale, qui est l'attente de l'élément successif d'une série sur laquelle se porte l'attention. L'absence réelle de changement dans la conscience est impossible, c'est même ime contradiction. Dans ce moment le dernier changement passé persiste, et on attend le changement futur dans l'absence présente. De cette façon la notion de succession, eu s'étendant, devient objective et est transportée aux phénomènes extérieurs , dans la façon dont ils se

(1) Op, cit., Tome II, p. 216, S 337.

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