‹ La psychologie physiologiqueChapitre 47 sur 130 · PERCEPTION DE TEMPS · texte numérisé non relu

PERCEPTION DE TEMPS

produisent. Ainsi, en supposant que j*ccoute les battements d'une cloche qui se succèdent régulièrement, et à un intervalle assez sensible, après le dernier coup, j'attends l'autre, et, en cet instant, je n'ai aucun changement de son présent, si ce n'est la persistance du son antérieur ou son idée. J'attribue aux sons de la cloche la succession, et de la même manière qu elle se produit en moi. Par suite, les phénomènes naturels se produisent pour nous dans le temps, ou se succèdent, de la même façon que se succèdent les modiGcations de la conscience.

240. La mesure du temps subjectif est la durée d'une sensation, celle du temps objectif est l'espace. Mais entre ces deux mesures, il n'y a pas une séparation absolue, ,de même qu'entre le temps objectif et le temps subjectif, il n'y a pas de distinction absolue. L'espace se mesure par les sensations, et principalement par l'eflbrt musculaire ; par suite, en dernière analyse, la mesure du temps objectif est la durée d'une sensation. Considérée objectivement, cette mesure est l'espace, avec lequel elle a un rapport de corrélation. En fait, l'espace se mesure par le temps, et celui-ci par l'espace, et espace et temps se confondent dans leur mesure. Même dans le langage ordinaire, c'est là un fait commun ; la distance d'un Heu à un autre s'indique par le temps qu'on met à la parcourir ; de même, le temps est indiqué par l'espace parcouru. L'arc apparent que décrit le soleil en juillet est plus grand que celui qu'il parcourt en décembre, et cet arc mesure la durée du soleil ou la longueur du jour. Une horloge présente le même phénomène commun ; la partie du cadran parcourue par l'aiguille indique le temps qui s'est écoulé. Et nous avons coutume de dire un espace de temps pour désigner un temps parcouru.

L'espace est le moyen le plus sur pour apprécier le temps ; mais il faut un autre élément, le mouvement. Ce mouvement est, dans la mesure du temps, un symbole de l'effort musculaire et de la tension qui donnent la première notion de la mesure du temps. Comme le mouvement musculaire est indispensable à la perception d'espace, de même aussi, il est nécessaire à la mesure du temps d'après l'espace. La corrélation est, dans ce cas, plus complète, parce qu'elle indique que les notions d'espace et de temps dépendent toutes les deux du mouvement musculaire. Le mouvement objectif, employé comme moyen de mesurer le temps, est donc un symbole du mouvement musculaire et, sans celui-ci, nous n'aurions en aucune façon une notion précise de la mesure chronométrique.

Il est encore d'autres sensations qui servent à mesurer le temps subjectif, le temps par rapport aux états de conscience. Mais les appréciations sont, dans divers cas, très incertaines. Dans les sensations douloureuses, le temps semble plus long qu'il n'est en réalité, il semble plus court dans les sensations agréables. Il en est ainsi dans le cours des diverses occupations journalières ; quand nops

avons beaucoup d'affaires, ou que nos occupations entraînent une succession continuelle et constante d'idées, de pensées qui se traduisent en acte, le temps passe très rapidement. Au contraire, quand on a peu d'occupations, ou que ces occupations sont désagréables, le temps parait très long. Pour un écolier qui veut sortir bien vile de récole et qui ne prête pas d'attention aux leçons, le temps passé dans l'école semble très long. Une représentation scénique qui charme parait courte, une qui ennuie paraît beaucoup trop longue.

La mesure du temps comme celle de l'espace est relative à l'âge. Enfants et jeunes gens, les heures nous semblent trop longues, et les espaces trop grands. Dans le premier cas c'est la nature des occupations qui produit cette erreur d'appréciation, dans le second c'est la comparaison des choses avec notre personne.

241. Kant, de même qu'il a admis que l'espace est une forme a prioriy a pensé que le temps en est une aussi, c Le temps n'est pas un concept empirique ou qui dérive de quelque expérience, mais une représentation nécessaire qui sert de fondement à toutes les intuitions. >

c Le temps n'est autre chose que la forme du sens interne, c'està-dire l'intuition de nous-mêmes et de notre état intérieur. En effet, il ne peut être une détermination des phénomènes extérieurs : il n'appartient ni à la figure, ni à la position ; mais il détermine luimême le rapport des représentations dans notre état intérieur, t

c Le temps est la condition formelle a priori de tous les phénomènes en général. L'espace, comme forme pure a priori de toute intuition externe, ne sert de condition a priori qu'aux phénomènes extérieurs. Au contraire, comme toutes les représentations, qu'elles aient ou non pour objets des choses extérieures, appartiennent toujours par elles-mêmes, en tant que détermination de l'esprit, à un état intérieur, et que cet état intérieur, toujours soumis à la condition formelle de l'intuition interne, rentre ainsi dans le temps, le temps est la condition a priori de tout phénomène en général, la condition immédiate des phénomènes intérieurs (de notre âme), et, par là même, la condition médiate de tous les phénomènes extérieurs. Si je puis dire a priori que tous les phénomènes extérieurs sont dans Tespace, et qu'ils sont déterminés a priori suivant les relations de l'espace, je puis dire d'une manière tout à fait générale du principe du sens interne, que tous les phénomènes en général, c'est-à-dire tous les objets des sens, sont dans le temps et qu'ils sont nécessairement soumis aux relations du temps (i)* >

Spencer, qui est très éloigné de la théorie kantienne, admet une prédétermination dans la conscience du temps, laquelle dérive de

(1) Kant, Critique de la raison ptire^ trad. franc., pp. 79-81-89. — Cfr Fortbge, Beilrage zur Psychologie, Leipzig, 1875, S 21, pp. 242 et suiv. — Fortlageesl d*accord avec Kant, sauf quelques différences de détail.

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rhérédité par suite d'expériences accumulées ; cette prédétermination est déterminée par l'expérience individuelle. C*est seulement en ce sens que sa théorie a du rapport avec Tlntuition a priori, de même que pour l'espace. Mais il ne faut pas, à cause du rapport, confondre les deux théories, celle de Kant et celle de Spencer; car, pour ce dernier, la conscience de l'espace et du temps dérive toujours de l'expérience, de quelque façon que se fasse cette expérience ; tandis que pour Kant la forme de l'espace et celle du temps sont pour les perceptions une condition a priori, nécessaire. La théorie de Spencer se rapporte à l'évolution psychique déterminée par la présence des sensations et perceptions, et à l'hérédité de la structure nerveuse, comme base de la conscience des états intérieurs, base modifiée par l'évolution même (i).

L'école d'Herbart cherche à faire dériver les formes de l'espace et du temps uniquement des propriétés des perceptions (2) et rejette les intuitions a priori de Kant.

(1) Cfr. op. cit., S 338-9, g 91.

(2) Volkmann, op. «Y., p. 4, vol 2*.

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