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CHAPITRE PREMIER

La Conscience

242. On a donné du mot conscience des interprétations nombreuses et variées. On a considéré généralement la conscience comme un tableau sur lequel viennent s'inscrire les faits psychiques, ou comme une faculté spéciale par laquelle tout événement psychique se manifeste à Tétre vivant. Pour d'autres la conscience est une connaissance, quelque chose de plus élevé qu'un simple avertissement ; pour quelques-uns, elle ne fait qu'une seule et même chose avec les modifications de l'esprit. J'ai considéré ailleurs la conscience comme une propriété du phénomène psychique.

Un phénomène que nous appelons psychique est un changement de l'état dans lequel nous nous trouvons, et constitue par suite un nouvel état, qui est une manière d'être psychique. Si cette modification n'est pas connue de nous, ce n'est plus un nouvel état qui se Droduit, et nous restons ou nous persistons dans le premier. Par uite, pour qu'on puisse dire qu'il constitue pour nous un nouvel tat, il est nécessaire qu'il soit connu de nous. Puisque la connaisnce que nous avons d*im changement psychique s'appelle conience, il suit qu'un nouvel état doit être conscient pour être consiré comme tel, et comme le changement d'un état antérieur auquel ve substitue. Mais des changements peuvent se produire sans être mus de nous ou conscients ; je dis que ces changements ne sont des changements d'un état antérieur que nous connaissions, et Us restent dans l'ombre ; nous pouvons les appeler inconsciente^ »ar cela même ils ne sont pas des modifications psychiques. Je s, par suite, qu'un fait, un changement quel qu'il soit, qui se luit en nous, a le caractère psychique quand il est réellement hangement d'état et qu'il constitue un état nouveau, une modion d'un état précédent ; et, pour qu'il soit un état psychique, il ^cessaire qu'il soit conscient ; être conscient, voilà donc le véricaractère psychique. C'est ce que j'appelle la propriété du «mène psychique.

Un état de conscience est donc un changement perçu par Tétre sentant, et le mot conscience on général est un terme abstrait exprimant les changements connus ; mais il n*y a pas une conscience vide ou conscience de rien, sorte de faculté générale de Tétre sentant. Le changement cessant, l'état de conscience cesse aussi : sans aucun changement, il n'y aurait aucun état de conscience, il y aurait par suite apsychie.

Nous devons donc considérer la conscience sous deux aspects : comme propriété du phénomène psychique et comme état de Tétre sentant. Dans le premier cas, on considère le phénomène, dans son rapport avec Tétre sentant dans lequel il se produit, conune quelque chose d'achevé ; dans le second, on regarde Tétre sentant comme apte à avoir une série de changements ou d'états achevés et psychiques. Comme il est facile de le voir, la conscience, comme propriété du phénomène, n'est rien autre que la propriété qui constitue les divers états de l'être sentant. Le phénomène est conscient quand l'être sentant perçoit le changement. Alais cette distinction est utile pour bien étudier le fait.

243. Considérons le phénomène psychique. Ce phénomène, en tant que psychique, est, je l'ai dit, quelque chose d'achevé» c'est-àdire qu'il y a là un processus du phénomène même, constitué par un état initial, un développement et un achèvement. Et, en fait, il en est amsi. La conscience du phénomène en est le développement ultime, et cette conscience, le phénomène peut ne pas l'atteindre, ou, en d'autres termes, il peut ne pas devenir conscient. Le phénomène psychique commence avec la rencontre d'une force naturelle extérieure et d'un appareil sensoriel ; l'élément nerveux, apte i toutes les excitations externes, se déploie en un changement physicochimique, en une série de processus physiologiques jusqu'aux centres mêmes de la substance nerveuse. Dans tout cela il y a une certaine intensité et une qualité qui dépendent des causes que nous avons étudiées. Le phénomène qui se développe est un résultat de deux forces, force incidente extérieure, et force interne nerveuse ; de là résulte une différence d'effet qualitatif ; la différence quantitative dépend de l'énergie de la force incidente et de la force intérieure excitée. Il peut arriver que le phénomène s'arrête là, c'est-àdire que le processus dont nous avons parlé n'arrive pas à son développement ultime, et ne devienne pas conscient. Ce n'est pas alors un phénomène psychique ; il n'a pas un caractère psychique^ niais purement physique.

Il y a àcela plusieurs causes. L'énergie de l'excitation est une des causesquiinfluentsurl'achèvementdu phénomène; une excitation defaiUe intensité ne produit aucune conséquence psychique; et nous avons vu qu'il y a une Kmt^etn/<frteurederexcîtoh*on(ReizschweUe). Il semble en ce cas que l'excitation inférieure à cette limite produit un changement ou une onde nerveuse si faible qu'elle se perd dans son cours,

L\ CONSGIENCR 235

en certains cas, et que, dans d'autres cas, la résistance qu'elle doit vaincre aux centres est trop grande pour elle, et que la résistance même qu'elle éprouve la détruit. Une des conditions indispensables à l'accomplissement du phénomène psychique est donc une certaine énei^îe à son début et dans son processus, qui dépend en grande partie de l'énergie initiale et en partie aussi de la condition ou de la situation présente de l'être sentant, comme on le dira mieux quand le moment sera venu.

La seconde cause qui empêche le développement total du phénomène, c'est l'état actuel de l'être sentant, outre son énergie relative. Si l'être sentant se trouve dans un état de conscience très vif et énergique qui l'occupe entièrement , une excitation qui pourrait vaincre une faible résistance ne vaincra pas celle qu'elle éprouve et qui est trop grande, de sorte que le phénomène n'atteint pas son entier développement.

Mais il peut arriver que le nouveau phénomène qui tend à se substituer au premier, sans avoir une grande intensité, en ait une médiocre. Dans ce cas il se développe en une certaine conscience que j'appelle voilée (larvata) ou obscure (adombrata), parce que l'être sentant en a une connaissance qui est comme dans l'ombre. L'être sentant lui-même peut ensuite développer et mettre dans une clarté relative ce phénomène, en y reportant son attention, quand il est sous forme d'idée. On a de très nombreux exemples de ce fait. La vision indirecte en est un ; si nous avons le regard tourné vers un point ou vers quelque objet (vision directe), dont par suite nous avons une pleine connaissance, il peut se produire une excitation d'un autre objet sur un point latéral de la rétine ; si nous continuons à tenir le regard fixé sur le premier objet, nous n'avons du second qu'une sensation peu claire, et par suite qu'une conscience obscure. Mais si nous y tournons le regard, la conscience devient distincte et claire ; ce second moment, qui est volontaire, développe l'état primitif ou naissant de la conscience. Ce qui arrive pour un seul ' sens peut encore arriver pour plusieurs. Tout en portant notre attention sur un objet, il est probable que nous entendons un son, ou que nous avons une autre excitation venant d'un son. Ces secondes excitations, si elles ne sont pas très énergiques, au point de nous faire tourner vers elles, restent dans l'ombre ; elles s'associent toutefois à celle à laquelle nous prêtons notre attention, et peuvent arriver à la conscience claire et distincte sous forme d'idées.

244. Le phénomène psychique, avant de s'achever dans la conscience, est constitué, nous l'avons vu, par un processus physiologique, lequel peut rester le terme ultime de ce même phénomène et ne pas devenir conscient ; il gardera alors un caractère purement physique. Pour acquérir ce caractère psychique, il doit avoir une certaine énergie ou intensité ; il y a par suite une limite minima d'excitation, comme il y aune sensation qui est la plus petite percep-

tible ; au-dessous de celte limite minima, il n'y a pas de sensation perceptible par la conscience. Mais une sensation consciente de limite minima est dans son processus un composé d^éléments, lesquels, pris chacun en particulier, ne constituent aucune sensatioi perceptible. Nous pouvons appeler ces composants éléments sensationnels, et on peut dire qu'ils sont inconscients. S'il n'y a pas, dans une unité de temps, un certain nombre de vibrations de l'air, il n'y a pas sensation de son; chaque vibration, à elle seule, est insuffisante à donner une sensation de caractère psychique. Il en est de même des sensations lumineuses. Et en réalité, ce n'est pas seulement dans le nombre des vibrations, mais c'est encore dans leur éneifie, laquelle se traduit en vitesse, que consiste l'aptitude à provoquer des sensations conscientes. Le phénomène psychique conscientes! par suite composé d'éléments inconscients ; et on peut encore dire que le phénomène psychique est constitué par des éléments physiques.

245. Mais il faut maintenant étudier la conscience de l'être sentant. La recherche de la conscience du phénomène est tout objective, et, en réalité, le phénomène n'est pas conscient sans qu'il se produise en un être sentant, qui possède les «conditions nécessaires à la conscience. Dans les êtres supérieurs qui ont des organes centraux distincts et différenciés comme dans l'homme, la conscience se bit par les centres encéphaliques ; et à mon avis, opinion que j'ai déjà émise plus haut (1), cette conscience se fait par tous les organes encéphaliques et non par les lobes du cerveau seulement, comme le voudrait Ferrier. Le phénomème est, dans ce cas, une manifestation des organes centraux dans lesquels sont réunies toutes les communications extérieures. Pourtant, sans émettre d'hypothèse, il est indubitable que des animaux dépourvus d*organes centraux comme ceux des vertébrés ont aussi des sensations conscientes, comme ils ont des organes sensoriels bien définis.

Le phénomène psychique ne peut être séparé de l'être sentant, qui seul en constitue l'état conscient, car le phénomène de caractère psychique ne serait pas possible, s'il n'y avait un organisme apte à produire la conscience du phénomène et à lui donner sa forme achevée. Par suite, le phénomène est nul sll n'est pas psychique, s'il n'est pas perçu.

246. Mais il se présente ici une grave question. Comment se produisent ces changements qui constituent les états de conscience? Arrivent-ils successivement ? Ne peuvent-ils se produire simultanément? Les philosophes anglais, Bain, Mill, Spencer, admettent que les changements arrivent successivement, et que la conscience ne peut percevoir deux phénomènes à la fois. Aussi, comme nous l'avons dit plus haut, ils considèrent la coexistence dans l'espace comme dérivée

(l) Voyez livre II, chap. n.

de la succession, ou mieux, comme n'étant rien autre chose que la série successive invertie. Un état de conscience, disent-ils, est un état simple, et un état de conscience ne peut, à cette condition, impliquer qu'un changement unique. — 11 y a un état de conscience, celui de conscience claire et distincte, qui ne peut être que successif; c'est la conscience avec attention, déjà mentionnée; et si les phénomènes conscients étaient tous rangés en ordre, il arriverait que tous ceux qui sont accompagnés d'attention occuperaient une série successive, comme des points placés sur une droite. Mais dans la réalité, l'état de conscience à ce degré est une pure abstraction, comme c*est une pure abstraction de considérer les points de Gxation d'une image, les seuls visibles et conscients. 11 est vrai que nous parcourons toute la surface d'un objet par le mouvement des yeux, et que par suite nous percevons successivement les divers points de cette surface ; mais au moment même où les lignes de regard so.nt tournées vers un point donné, la rétine est simultanément excitée dans ses parties latérales, et on a ainsi une \ision indirecte. 11 n'y a pas, comme dans la vision directe, une conscience claire, mais il y en a certainement une qui nous avertit de la présence d'autres sensations de la surface visible. On pourrait faire un diagramme des divers états de conscience, dans lequel ceux de la conscience accompagnée d'attention occuperaient ane ligne médiane bien marquée, et ceux de la conscience obscure ou Toilée, les points latéraux à chaque point de la ligne médiane. On arriverait à ce fait qu'un état de conscience est constitué par un point central clair et distinct, et par des points secondaires plus ou moins clairs selon leur voisinage du point central ; et que, par suite, un état de conscience réel, non abstrait , est un composé de divers éléments, l'un primaire, prédominant ; les autres secondaires, accessoires. Et ce qui est vrai pour la sensation visuelle, l'est aussi pour un groupe de sensations différentes ; dans la conscience claire, il y a une succession, mais chaque élément de la série successive est accompagné de sensations secondaires de nature différente. 11 y a plus, la série successive peut dévier de façon à faire entrer dans la conscience claire un des éléments secondaires, et alors Télément primaire devient secondaire, et peut même disparaître.

C'est seulement en interprétant de cette façon les phénomènes conscients qu'il est possible, à mon avis, de concilier les deux doctrines opposées, en reconnaissant jusqu'à un certain point ce qu'il y a de juste dans la doctrine anglaise qui trouve une succession dans les états de conscience accompagnés d'attention.

247. La philosophie anglaise a donné de la conscience une idée exacte, bien qu'incomplète. La conception principale et dominante de cette doctrine, c'est que les états de conscience ne se distinguent pas du phénomène conscient, et que la conscience n'est pas quelque chose de distinct des phénomènes eux-mêmes. Ainsi, James Mill dit : c Avoir une sensation et sentir ne sont pas deux choses. Ce n'est qu'une seule

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chose pour deux mots différents Quand, au lieu du mot sentir,

j^emploie le mot être conscient, j'exprime exactement la même chose, — j'emploie simplement une expression tautologique. Dire que je sens une sensation, c'est dire simplement que je sens ce que je sens, ce qui est un langage défectueux. Et dire que j'ai conscience d'un sentiment, c'est être conscient ; être conscient, c'est avoir un sentiment (1). > Hamilton pense de même. H. Spencer est assez explicite: c Etre conscient, c'est penser ; penser, c'est former des conceptions, c'est réunir des impressions et des idées; et faire cela, c'est être le sujet de changements internes. Il est admis de tous que sans changement la conscience est impossible. Un état de conscience uniforme en réalité est une non-conscience. Si donc un changement incessant est la vraie condition sous laquelle seule la conscience peut continuer, cela semble donc une conclusion nécessaire que les divers phénomènes de conscience soient tous résolubles en changements (2). >

Mais un changement incessant ne suffit pas à constituer la conscience. Si ces changements ne sont pas ordonnés, mais faits au hasard, il n'y a pas conscience proprement dite. La conscience n'est pas seulement une simple succession des modifications» mais une succession ordonnécy une succession de modifications combinées et rangées d'une façon particulière. Les modifications forment la matière de la conscience ; et le développement de la conscience est Vorganisation de ces modifications. La conscience se développe des modifications les plus simples aux plus complexes ; ces modifications complexes sont im ensemble de sensations réimies en une modification, au point que ce qui est arrivé successivement, c'est-à-dire les sensations, quand cela constitue un ensemble, une modification unique, se présente comme dans le même temps. De cette façon la conscience est composée non plus de modifications particulières ou simples, mais de divers groupes de modifications qui sont composés d'éléments sensationnels réunis (3).

Wundt, en posant la conscience même comme la condition de toutes les expériences internes, conclut que celles-ci ne peuvent pas fidrc connaître immédiatement la nature de la conscience. Il ne croit pas possible d'en donner une définition : elle consiste principalement en états et en processus. Et il y a deux processus psychologiques : Ton est la formation de perceptions par les impressions sensibles ; l'autre les allées et venues des perceptions reproduites. Toute perception apparaît comme la réunion de sensations multiples. La sensation nue est une abstraction qui ne vient jamais à notre conscience. Celte conscience possède seulement des perceptions : les sensations y

(1) La Philosophie dé ffafnilton, par i. Sté Mill, ch. viu.

(2) Principes de psychologie, tome II, | 377, p. 302. Trad. franc.

(3) Op. ciU, p. 295j vol* 2*, S 378*

sont toujours ordonnées selon les formes universelles du temps et de l'espace (1).

248. Puisque les phénomènes conscients sont ordonnés selon la succession et la coexistence, ou dans le temps et dans l'espace, ils sont rapportés à une unité qu'on appelle unité de conscience. Cette unité s'appelle encore ordinairement unité du siget sentant ou pensant, ou unité de l'esprit. Constitue-t-elle une unité simple, comme on l'entend ordinairement, ou bien est-elle un résultat et un complexus? L'examen des phénomènes mêmes, qu'on appelle conscients, permet de résoudre la question.

Bien qu'une sensation se présente comme un phénomène indécomposable, il résulte pourtant de l'analyse qu*elle dérive d'un ensem* ble d'éléments combinés. La sensation visuelle dérive d'un nombre considérable d'éléments qui sont les vibrations de l'éther, en considérant seulement les excitations. Chaque élément toutefois n'est pas une sensasion, il n'est même pas propre isolément à en donner une; un nombre inférieur d'éléments ne pourrait pas non plus produire d'effet utile. Cependant ces cléments n'arrivent pas simultanément, mais successivement, étant produits en une unité de temps divisible elle-même en parties encore plus petites, qui sont autant d'unités. Et pourtant la conscience ne perçoit aucune succession dans ces éléments combinés en une série successive, grâce à la rapidité de la succession même, et parce que, sans la composition de la série de ces éléments, il n'y a pas encore conscience de phénomène et de changement. La première condition, ou le premier antécédent d'un état de conscience est par suite une composition d'éléments qui agissent successivement. Ces éléments agissent comme excitations non sur un point, mais sur des parties étendues de l'organe sensoriel. La rétine, par exemple, est une surface concave formée d'éléments nerveux en très grand nombre. Des millions de vibrations éthérées viennent exciter non pas un seulement de ces éléments, mais un certain nombre qui forment une surface, c'est-à-dire un composé divisible et mesurable. Si un seul élément nerveux était excité, il n'y aurait là que quelque chose d'indécomposable et de simple. Mais cela ne suffît pas ; l'excitation qui ne s'arrête pas aux fibres et aux cellules externes se propage par les nerfs périphériques, et va dans ce cas aux nerfs optiques, deux gros nerfs sensoriels. La part que ceux-ci prennent au phénomène n'est ni petite ni simple, et on peut la considérer dans son processus comme un second antécédent de la sensation visuelle.

Dans les centres psychiques ou encéphaliques oii arrive l'excitation, le processus physiologique doit prendre une plus grande extention. Vu qu'il occupe une plus grande quantité d'éléments nerveux,

(1) Grundzilget etc., p. 711.

Le processus nerveux centrîil peut être considtfré comme un Uoîsième antécédent du phénomène conscient.

Ces trois antécédents ne sont donc que des processus composés e( combinés, le premier constituant une série successive inséparable; les deux autres, une série linéaire dont les parties et les clémenti agissent simultanément au commencement, puis successivanal dans le processus de la périphérie au centre. La conscience ne pe^ çoit aucun de ces processus, ni aucun élément composant ; et est naturel, si elle dérive elle-même du processus complet.

Mais une sensation qui s'est développée pendant Tunité de tem] la plus petite, une seconde, n'est que la plus petite sensation, à la durée, qu'il soit possible de percevoir ; ce n*est pourtant pas cas ordinaire. Nos sensations, même petites, doivent avoir durée plus grande pour être clairement perçues par la consdi

Ce n'est donc pas assez d un certain nombre d'éléments suc vement ordonnés et simultanément reçus par la surface sensible l'un des oignes ; il faut encore une série de ces séries primitives du premier degré, pour éveiller un état de conscience clair et tinct, ou, ce qui revient au même, pour produire un phéno conscient défini. Et la conscien(;ei pendant la durée du phénoi ne perçoit pas la succression ou les éléments appréciables de la parce que la setronde série ou série du secrond degré est app non par la même conscience du phénomène, non par le même gement d'état, mais par un autre état conscient concomitant, c*estdire par la conscience de la tension et du mouvement musculaire.

Et ce n'est pas tout. Si on veut admettre avec Wundt que la ception est un ensemble d'un grand nombre de sensations, et ces sensations sont une abstraction, et que des perceptions seules présentent à la conscience , on aura un nouveau composé, su ou simultané, d'éléments conscients qui ne sont perceptibles qii composition. De mon côté, comme j'ai admis que la sensation caractère psychique est consciente, et que, à cet égard, elle est perception, je trouve toujours que la sensation, à son véritable réel, est un composé d'un grand nombre d'éléments conscients constituent la perception ; je trouve encore qu'elle est un phc même qui est déromposable en deux parties entrant en relation : sont les deux côtés interne et externe du phénomène, ou les causes dont il dérive.

Il résulte de tout cela qu'un phénomène conscient est corn d'un grand nombre d'éléments, divisibles encore en d'autres élé qui sont les plus simples, qui sont inconscients et de caractère ment physique. La conscience ou les états de conscience qui semi simples et formés d'une unité indivisible dérivent d*éléments i scients, d'une multiplicité, d'une succession d'éléments externes de processus, et se manifestent comme un résultat de tous ces

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mts, nv'iullal qui apparuit simple dans sa rormc comme toutes li>s >riéié8 des choses.

i9. Si Li théorie que nous vcnoas d'exposer sur la consciem'c l sembler plausible dans une perception, elle ne paraîtra pas telle, n considère nn groupe de perceptions diverses, et produites en temps diiTéi'cnts. Une pen'eption peut bien être consciente par même, et celte (conscience peut iltrc une propriété ii elle, et iraltrc dans l'être sentant comme un résultat ; mais on dira : |ue perception restera isolée, sans aucune relation avec une autre, uns le temps présent, ni dans le temps successif; l'i^tre sentant mira alors si c'est luiHii<>me qui a les diverses perceptions qui se «■tient, et il se regardera comme un compicxus d'individus ou de rioiices dans le temps présent.

I conscience est une sorte d'organisme qui est la forme psycho- |iie de l'organisme animal vivant. C'est un complexus et c'est unité, c'est quelque chose de composé et de simple à la fois ; si ase organifiuc est lésée, la conscience s'en ressent aussi, et elle ; perdre son unité organique. La conscience est comme la vie, rrpose dans tous les éléments, et dans tout l'oi^^ismc ; une je do l'organisme vient-elle à manquer, la vie se dissipe, et iquc elle aussi. La vieest une abstraction, considérée comme une lié, r<>trcvivantseulcxisteave<- ses manifestations vitales. De même, Msi-ience sansl'ëtre sentant est une abstraction, l'être sentant seul He avec les manifestations conscientes. Ces prémisses posées, on R commencer â entrevoir comment les phénomènes conscients ers peuvent se coordonner pour apparaître comme apparle- M à un même individu.

'/ei phénomènes psychiques, si on considère les sensations, ne K jamais isolés, ils ne se produisent pas avci' une séparation ulue, ni dans le temps, ni dans l'espat'c ; mais ils arrivent toujours iB le temps, ou successivement, et dans l'espace ou simultané- ■I. La succession et la coexistence sont déjà des coordinations, et I des formes accidentelhrs de la conscience, ou désordonnées ou produisant au hasard. Les phénomènes qui se produisent en suc- ^n ou en coexistence sont donc d<-jii, par cola seul, cordonnés nne conscience organique. Si im phénomène arrivait à la conaice isolément, il ne pourrait avoir aucun lien avec un autre k éloigné ; si, au coulraire, il arrive simultanément avec un autre, bien après cet autre successivement, il acquiert avec lui une rela- 1 qui est celle de i-oexistence ou de succession. Tout cela a une le physiqt}e. Le centre principal de la conscience, le cerveau, peut I considéré comme lo centre d'une s|>hci'e, qui a pour rayons les tt conducteurs du centre à ht périphérie. A la périphérie se ment la plus grande divergence des conducteurs sensibles et les irces de sensations dans les organes sptk'iaux. Il y a plus, les t» motrices sont coordonnt^es aux voies sensilivcs par les organes

spéciGques, les muscles ; elles sont coordonnées en partie dans le sens des rayons mêmes, et entièrement, au centre de cette sphère organique. Le centre, le cerveau, n'est pas une unité comme un point, mais un complexus de points non séparés, mais liés entre eux, et commimiquant les uns avec les autres. Les nerfs extérieurs périphériques ont un point d'arrivée à ce centre. Si l'influence nerveuse est isolée dans un nerf conducteur, elle reste isolée au point d'arrivée; on pourrait avoir, par suite, une sensation consciente, mais sans relation avec un autre point par une autre voie. Cette autre à son toor serait dans le môme cas. Mais si, au contraire, des sensations semblables arrivent simultanément en des points contigus, il s'établira alors entre elles une relation. Si deux sensations disparates, mais ayant im effet commun, comme celles qui se rapportent au sens et au mouvement, viennent à se joindre et à se produire, simultanément un lien se forme entre elles comme dans le premier cas. Si avec le mouvement, ou avec les sensations correspondantes, il y a un certain nombre de sensations appartenant au même organe» mais se produisant successivement, il s'établit entre elles un lien qui réside dans la sensation du mouvement, et dans la conscience en tant que successive. Le lien et la relation qui s'établissent entre des sensations semblables se produisent encore entre celles qui dérivent d'organes dififérents. Si j'ai établi les relations enuv les diverses sensations visuelles, et si, par suite, j'ai développé aussi la perception en l'objectivant, quand le même objet, qui est présent à la vue, excite un autre organe qui est le tact, les voies (!onductrices, divergentes dans le principe, deviennent convergentes à leur arrivée au centre, et il s'établit une relation entre les deux sensations et l'objet perçu.

Mais tout cela n'arrive pas en un moment, dans im temps très court ni pour un petit nombre de sensations : il faut au contraire une expérience très longue, qui réclame Taclivité de l'être sentant, s'excrçant sur l'objet présent sensible. Sans cette expéricncei la sensation d'un organe n'est pas associée à celle d'un autre, et b conscience qu'on a de Tune est un fait entièrement séparé de la conscience qu'on a de l'autre. Un petit enfant qui voit un objet et qui ne peut le toucher et le reconnaître avec la main ne reconnaît aucun lien, aucune relation entre l'objet et la sensation tactile, quand ce même objet, quïl a vu, excite sa peau. Un aveugle-né qui recouvre la vue ne trouve pas tout d'abord de relation entre un objet qu'il voit et la sensation tactile qu'il a eue de cet objet : ne k reconnaît pas. C'est là un état conscient isolé qui n'a aucun rapport avec celui qu'il a eu précédemment. L'expérience seule peut les coordonner. L'aveugle-né, maintenant qu'il voit, reconnaîtra peu à peu Tobjet qu'il a vu, comme identique à Celui qu'il a touché, grûcc à la relation qui s'établira en lui, organiquement et dans la con* science, entre ces deux sensations différentes. Organiquement on]

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physiquement, le rapport s'établit par la communicatioD des fibres i;t des cellules seasitives ; dans la conscience, il se fait par l'association de deux pbénomi'nes qui ont un objet identique perçu simulta* ucment par deux organes, la vue et le toucher. L'expérience s'appuie principalement sur la rép<^lilion de la sensation. Une sensation éprouvée pour la première Tois laisse une trace trop faible dans l'organisme, qui est encore privé de relations ou qui n'en a qu'un très petit nombre ; si elle se répète use seconde fois, elle ne sera pas reconnue par l'être sentant. Mais la trace est plus forte cette fois ; il en est de même encore si la sensation se répète un plus grand nombre de fois, et si dans ces répolilions il s'établit des relations avec d'autres sensations. II arrivera alors qu'une sensation répétée ne sera pas confondue avec une nouvelle, mais qu'elle sera reconnue. Une sensation reconnue est quelque chose d'acquis pour l'être sentant, qui lui permet non seulement d'avoir un plus grand nombre de relations avec les autres sensations, mais encore de réveiller cette tnôme sensation, griice aux relations acquises. Par suite des répéUtioDS du même phénomène conscient, la conscience de ce phénomène devient plus claire, parce qu'il s'établit ime relation entre ce qui est rappelé comme connu, et ce qui est reconnu comme identique; parce que, en se répétant, le phénomène s'est présenté avec quelques variations d'intensité ou de quaUté, avec des rchitions semblables ou diOërentes, ou plus complexes, ou avec des éléments soit nouveaux, soit répétés de ces relations. Tout cela, en éveillant 'activité psychique de l'être sentant, fait surgir en lui le phénomène ic la conscience par Vattention.

Le mouvement, qui n'est jamais accompagné de perception, rend ilus prompte la perception, et établit un lien de succession entre les Jiverses perceptions, et de coexistence entre les objets perçus. C'est tins! qu'il arrive que la conscience devient un organisme avec des >i^aiics variés et avec des voies de communication diverses.

'250. Si nous nous rappelons ce qui a été dit au sujet des locali- «liions périphériques, cela nous viendra en aide pour expliquer la :onscience, dans le sens que nous lui attribuons. Les localisations périphériques sont coordonnées aux localisations cérébrales. Dana le principe, les régions cérébrales n'ont pas de fonctions bien caractérisées; les courants nerveux n'ont pas de terme ni de centre bien définis ; les courants sensibles passent dans les voies motrices [ïomme des exciialions qui se transforment eo actions réflexes, intime ceux qui produisent des actions volontaires, même par les roies qui sont propres à la voUtion. Il ne peut y avoir par suite je localisations périphériques, et les petits enfants n'en n'ont pas, l>as plus qu'ils n'ont de sensations visuelles définies. Les excitations :oDtiiiues et par suite les répétitions des excitations qui passent par es mêmes voies produisent des impressions durables, et des comnunicatioDs faciles. Uuandolt commence ù fixer les impressions

on commence à acquérir une conscience définie ; alors s'établissent dans le cerveau des centres spéciaux aux sensations et au mouvement, alors apparaît le phénomène de Tonde nerveuse réflexe d'où dérive la localisation cutanée et visuelle, et, en général, la perception qui rapporte aux objets les modifications intérieures de Tétre sentant. Avant ce moment, il n'existe ni succession ni coexistence dans la conscience de Tétre sentant, ou, en d'autres termes, il n'existe pas encore de conscience comme organisme, de même qu'il n*y a pas de conscience organique. Les coordinations des phénomènes conscients exigent la coordination des excitations et des phénomènes qui en dérivent, en organes fonctionnant avec ordre et système. La conscience deviendra, par suite, avec l'évolution, un organisme, et cette évolution est déterminée par les excitations sensibles qui se répètent continuellement ; Tunité de la conscience n'est donc pas une unité simple, mais une unité organique.

251. Cet organisme de la conscience, qui s'appuie sur l'organisme du système nerveux central en rapport avec le système périphérique, peut disparaître dans certains cas et tout naturellement, par des causes pathologiques venant des centres psychiques: alors se produisent les phénomènes de double conscience. L'oifanisme total se scinde en deux organismes partiels, qui, à leur tour, peuvent devenir deux organismes distincts et indépendants, qui s'alternent aux diverses périodes de la vie. Le passage d'un état de conscience à un autre est constitué par une mterférence, d'une durée ordinairement très courte. Tel est le cas rapporté par le docteur Azam de Bordeaux, d'une dame Félida X., encore vivante (1). Chaque état de conscience est accompagné presque toujours de la perte de la mémoire de Tétat précédent, et l'individu se croit un autre. Des phénomènes semblables se produisent dans le sonmambulisme, et souvent dans le sommeil ; ils se manifestent par des songes et, plus souvent, dans les états de manie et de mononumie. 11 résulte de là que, quand il y a altération du cerveau, il y a aussi altération de la conscience, comme d'un tout organique. Nous étudierons ailleurs ces phénomènes.

252. Les psychologues distinguent dans la conscience des changements d'état, une conscience en soi, sujet de ces mêmes changements ( Selbstbeumsstsein ) ; de cette conscience dérive l'idée du moi distinct du monde extérieur et des modifications qu'il produit ; et de cette conscience aussi, comme de l'idée du moi, dérive l'idée de personnahté , si imp(»rtante dans l'activité humaine.

I^ conscience de soi, du tnoi propre, est une acquisition de l'expérience. Bien qu'un phénomène psychique soit toujours le résultat d'une force intérieure excitée par une force extérieure, il semble

(1) Voyez Revue scirntifique^ 20 mai, 16 sept. 1876, 22 déc. 1877. — Cfr. Taine, De VltUeUigetice, passim.

pourtant que là nous soyons passifs, ce qui a induit quelques psychologues à croire que la sensation est passive. La raison en est que nous n'avons nullement conscience de cette activité qui se développe dans le processus sensationnel, et qu'au contraire nous connaissons la force de l'activité de l'objet extérieur, quand elle s'exerce sur nous. Mais par l'expérience, nous savons qu'une sensation peut être évitée, et que d'autres peuvent, si nous le voulons, avoir une plus grande durée. Pour tout cela, nous employons le mouvement, et on a vu, dans le développement des perceptions, quelle part il a dans nos perceptions et dans nos expériences psychiques. Le sentiment d'innervation nous semble dérivé de nous-mêmes, spontanément, sans qu'une action étrangère à nous l'ait provoqué, et cela, principalement parce que les excitations sont centrales, non périphériques, et qu'elles semblent par suite venir de nous-mêmes, de notre intérieur, comme d'une force propre et indépendante. Par suite, ce phénomène ne peut se produire aux premiers degrés de la vie, quand le sens du mouvement n'est pas développé, ou l'est peu, et qu'on est au contraire soumis à toutes les impressions externes que l'on subit passivement. Mais, grâce à une organisation développée, les actions réflexes apparaissent très vite, et, avec les autres mouvements spontanés, elles font si bien que l'être sentant commence à reconnaître sa propre activité.

Ce sentiment de l'activité propre se transforme en un sentiment que Ton a de soi, comme de quelque chose d'actif bu d'agissant, et chacun se croit le maître de ses propres mouvements. Mais comme les mouvements se sont associés aux sensations qui sont la cause première de Tactivité musculaire, dans la conscience, lemoi qui estapte à se mouvoir et à mouvoir les parties du corps est aussi le moi qui éprouve les modifications appelées sensations, ce même moî qui peut, par sa propre activité, avoir un plus grand nombre de sensations, en éviter beaucoup, et persister dans celles qu'il éprouve. Le moi s'estime alors le siège de la conscience, comme ce autour de quoi se passent tous les événements psychiques, qui sont, par suite, conscients. Ce moi, en vertu de l'organisme de la conscience et de sa continuité, dans la série des phénomènes, reste comme invariable au milieu de la variété des phénomènes qui passent si rapidement ; il reste comme le lien indissoluble de la chaîne successive qui relie les faits psychiques, et comme le fondement de la coexistence phénoménale. Le moi apparaît donc d'un côté comme simple, et de l'autre comme multiple. 11 apparaît comme simple, parce que, dans la variété et dans la multiplicité des phénomènes éprouvés, il reste comme un point fixe et invariable. 11 semble multiple, parce que le nombre des modifications variées est expérimenté par lui-même, et qu'il se manifeste comme multiforme et étendu. Ces apparences montrent que le moi est un phénomène, qui a son fondement dans l'unité organique du système neneux et de la conscience ; et compie cette pnité ^st

aussi une multiplicité, il en résulte les manifestations de la simplicité et de la multiplicité de ce même moi.

253. Le moi n'est pas invariable. On croit communément que le sentiment du moi d'aujourd'hui est identique au sentiment du moi d'hier ; et on en appelle pour le prouver au témoignage de la omscience. Si le moi était quelque chose de simple, et non un phénomène qui repose sur l'organisme de la conscience, on pourrait, jusqu'à un certain point, soutenir cette thèse ; mais puisque le moi est on composé, ou un résultat phénoménal des apparitions conscientes, la thèse commence à rencontrer des difGcultés. Le moi plus développé est ce moi qui se regarde comme l'être qui sent, qui veut, qui pense, avec toute la multiplicité, des sensations, des sentiments, des pensées, des volitions. On peut prouver expérimentalement que le moi d'une époque n'est pas le moi d*une autre époque. Un homme à trente ans sait qu'un certain ordre d'idées et de sentiments était prédominant dans une période de sa vie, et que Tordre des volitions était conforme à Tordre des idées de cette période. Il sait que, au milieu de Tordre de pensées ou d'idées de cette période, il y avait certaines autres idées qui étaient considérées comme fausses, ou douteuses, ou chimériques, et que dans une nouvelle période les rôles ont changé : ces idées se sont développées, et ont formé la partie principale du moi de cette nouvdle période, tandis que les premières ont paru chimériques, on fousses,i ou douteuses. Tbutes les volitions, et le mode d'action en général dê| cette seconde période révèlent un autre moi, ou une forme modifiée, du premier moi. Ce moi phénoménal est donc variable, et chaque homme peut trouver en soi-même Thistoire de l'évolution de son mm propre. Et il n'y a pas de moi en dehors de celui-là ; son fondement, son substratum est un autre phénomène, la conscience, continu organique phénoménal ; et cette conscience enGn a pour base l'organisme physique en relation avec les forces naturelles extérieures. Ce moi phénoménal est la base du caractère, comme on le montrera en sonÛea.

254. L'activité psychique consciente ne se dirige pas également vers toutes les perceptions suscitées dans la conscience ; c'est dans cette direction spéciale qu'elles prennent vers quelques perceptions, à l'exclusion des autres, que consiste Vatteniion. C'est pourquoi Wundt, à la ressemblance de la direction oculaire dans la vision, a appelé champ de fixation de la conscience la direction de la conscience vers les perceptions à un moment donné, comme si c*était une vue intérieure. 11 a nommé point de fixation interne (innerer Blickpunkt) le fait de Tattention, se retournant vers une partie de ces perceptions. 11 désigne du nom de perception l'entrée d'une perception dans le champ de fixation interne, et de celui d*aperception son entrée dans le point de fixation (1).

(I) Grundziige, etc., pp. 717-18.

Le mot aperception a été introduit dans la philosophie par Leibnitz (1) ; mais la signiGcation que lui donnait Leibnitz n*est pas celle que lui attribue Wundt ; il exprimait plutôt l'entrée des perceptions dans la conscience de soi [Selbstbewnsstsein). La philosophie allemande, avec Herbart» Ta employé toujours avec une signification plus ou moins étendue. Puisque le mot perception indique la conscience des diverses perceptions sans une attention particulière, on peut désigner par Vaperception Tétat particulier de la conscience, s'occupant d*une perception plutôt que d'une autre. Pour Leibnitz, les perceptions sont inconscientes et sont les éléments dont se compose Taperception. /

En revenant à ce que nous avons dit plus haut sur la succession ies perceptions, nous pouvons considérer Taperception de la même façon que dans la vue, comme le point de fixation ayant la perception lies parties latérales, ou points latéraux et contigus de Tobjet même (pag. 200, fig. 32), et avoir dans la succession une simultanéité, et Jans la simultanéité, une succession ; de là une conscience claire dans 1 aperception, et une conscience obscure dans les perceptions du reste du champ de fixation {inneress Blickfeld). Ce qui est vi*ai pour les perceptions de même nature Test aussi pour celles de natures différentes (§246).

En général, si on compare ce processus de la conscience, que Ton appelle attention, avec les divers phénomènes sensibles, on trouve qu il acquiert son développement dans les mouvements qui accompagnent les sensations. Sans ces mouvements, aucune activité directrice ne serait possible, le moyen principal pour Texécution manquant. Considérée de cette façon, l'attention, dans sa manifestation externe, ne se distingue pas des mouvements mêmes, relatifs aux organes sensoriels, dont celui de la vue peut être regardé comme le type, parce qu'aucun organe n'a, dans son exercice, des muscles aussi appropriés aux mouvements spéciaux (2) ; dans sa manifestation interne, au contraire, elle se confond avec l'activité volontaire.

Par suite, la force de l'attention dépend de diverses causes qui sont les mêmes qui stimulent et déterminent l'activité volontaire. Ce peut être la force même de l'excitation sensible, comme dans les cas ordinaires et communs ; mais cette force peut avoir une intensité très faible, et alors un autre motif peut seul faire diriger les mouvements vers un objet donné, ou faire diriger l'attention vers

(1) II est bon de faire distinction entre la Perception qm est Tétat intérieur le la monade représentant les choses externes, et V Aperception qui est la Con~ tcience^ ou la connaissance réflexive de cet état intérieur, laquelle n'est point ionnée à toutes les âmes, ni toujours à la même âme. Opéra philosophica ornnia ierol, édit. Erdmann, p. 715. Cfr. p. 233.

(2) Fechner montre que dans TaUention aux impressions sensibles externes lans les organes de relation, comme dans Toreille pour Vov&e, dans les yeux pour a vue, nous percevons un sentiment de tension (SpttnnungsgefUhk), Le mot de ension de l'attention est donc très juste (Voyez VVundt^ op, cit., pp. 721 et sui?.).

une partie d'un phénomène qui présente un intérêt spécial dans un cas donné. L'intérêt peut venir du sentiment éveillé par une perception, et cela est vrai tant pour les impressions extérieures des sens que pour les idées associées aux sentiments mêmes. Il y a par suite un certain état d'attention où l'attention est tournée entièrement vers l'extérieur ou vers les impressions actuelles dérivées d'exdtitions sur les organes sensoriels; et un autre état d'attention m l'attention est dirigée vers les idées qui occupent pour le moment k champ de la conscience. Mais alors il peut naître un contraste, quand un grand nombre d'impressions ou d'idées se présentent simultanément à la conscience réclamant chacune l'attention, ou l'entrée au point de fixation de la conscience. C'est ce qui sera développé par la suite.

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