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CHAPITRE II

Association et contraste des perceptions

255. Les états de conscience que nous avons examinés plus haut ont une propriété qui est la base de la connaissance, c*est celle de se composer ou de s'associer. S'ils restaient isolés , sans aucun lien entre eux, nous ne pourrions avoir aucune connaissance ; nous n'aurions qu'un certain nombre de changem^is incohérents qui s'entremêleraient les uns dans les autres sans profit pour l'intelligence. Or ceci n'arrive pas ; au contraire, les perceptions s'unissent entre elles, sous certaines circonstances déterminées que l'on peut ramener à des lois.

Un état de conscience que nous pouvons considérer comme simple se compose, nous l'avons vu plus haut, d'une série successive d'éléments qui ne sont pas perçus ; et ce n'est pas encore tout, il y a une seconde série qui se compose de la succession des premières séries, ou séries du premier degré, et c'est cette seconde série qui constitue en réalité un état de conscience déiini. On a essayé avec cela de trouver les éléments ultimes de la conscience. En considérant le fait inverse, c'est-à-dire celui d'où résulte le maximum de composition, on trouve que cet état défini de conscience, composé d'éléments secondaires en séries, constitue une sensation simple d'intensité uniforme, et d'une durée relativement courte, par suite qualitativement invariable. Un son d'une courte durée et d*une faible intensité est une de ces sensations simples. 11 en est de même d'une couleur. Mais ce n'est pas le cas ordinaire: ea réalité de$

sensations simples, isolées de celle manière, n'existent pas, et c*est une véritable abstraction de les considérer comme des faits ou des L^tats de conscience. En général, nous éprouvons des sensations plus (Complexes, d'une durée plus grande, et variables quant à leur intensité. Alors l'état de (îonscience commence à montrer de la multiplicité et de la variété dans la série sensationnelle même, qui est perçue par l'être sentant, dans les divers passages, comme une succession de sensations appartenant ù la même catégorie. Ce n*est pas seulement une certaine durée de sensation uniforme qui est perçue grâce au sentiment de tension, mais c'est une variété de la même sensation qui se présente successivement, comme divers états simples en composition. Mais ce fait peut encore être regardé comme simple, eu égard à la grande complexité des sensations diverses qui s'associent. Pourtant la propriété par laquelle les sensations et en f^énéral les phénomènes psychiques, non seulement ceux qui sont identiques, mais ceux qui sont semblables et même les différents, se composent en une série, est toujours identique à elle-même. Dans le phénomène plus simple, ou élémentaire, cette propriété est l'associabilité des éléments similaires inconscients, associabilité qui se manifeste ù la conscience comme quelque chose d'indivisible et d'élémentaire ; dans le phénomène plus complexe, c'est l'association i'éléments conscients consolidée en une sensation ou en un autre phénomène psychique.

Cette même propriété se retrouve dans l'union de phénomènes iistincts et divers. Dans ce dernier cas, pourtant, il y a une différence importante et essentielle, c est que les sensations différentes et es semblables ne se fondent pas en un acte indistinct, mais qu'elles i'associent, sans rien perdre de leur indépendance. L'étal de conicience pour l'association est un phénomène plus complexe, pour equel on a une série de faits distincts, que la conscience peut discerler, et qui sont reliés par l'association.

256. Toutefois, ce phénomène de la conscience ne se développe pas )our les perceptions qui se manifestent seulement en présence de

excitation extérieure, sans laisser aucune trace ni aucun vestige de eur production ; par contre, les associations psychiques peuvent se lévelopper grâce à une autre propriété des éléments nerveux, qui consiste dans la persistance d'une impression subite, même après {ue la cause excitatrice a disparu ; et c'est par cette propriété qu'on i des phénomènes conscients même en l'absence d'une action péri- )hériquc. Cette propriété est la base de la mémoire et des phénonènes intellectuels plus développés, en commençant par l'élément le >lus simple, qui est l'idée. Admettant ce fait dont je m'occuperai dus tard, je passe à l'analyse de la première propriété, ou propriété l'association.

257. L'association peut s'expliquer par contiguïté. Bain a établi lae loi de contiguïté aîQsi formulée ; Les actions ^ les sensationsy les

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états de sensibilité qui se présentent Vun avec Vautre y ou immédia* tement l'un après Vautre, tendent à s*unir étroitement^ à adhérer Vun à Vautre, de sorte que, quand Vun d'eux se présente ensmie à Vesprity les autres sont susceptibles d'être rappelés à la pensée. Pour Bain, la contiguïté est la base de la reproduction, il n'a aDcm doute sur ce fiaiit ; pour moi, et seulement ici, je considère la cèntiguïté dans un sens plus restreint quand il s*agit de la propriété associative des perceptions. Nous verrons ce qu'il y a d*exact dans ce que dit Bain.

Dans la contiguïté, les impressions adhèrent Tune à Tantre pour former un état de conscience complexe. Cette contiguïté a lieu soit pour la simultanéité des sensations ou autres états de conscience, soit pour une succession si immédiate que la première impression persiste encore quand arrive la seconde. C est en cela encore que consiste cette contiguïté qui a été étudiée dans les perceptions visuelles, et en général dans les états de conscience. L*adlié8ion de deux états conscients en contiguïté est très grande. Deux ou plusieurs impressions ont parallèlement, ou presque parallèlement produit deux ou plusieurs courants nerveux, et puis les états de conscience correspondants. 11 s*est produit un lien intérieur très fort, comme d*excitations qui dérivent d'une seule cause, et se dirigent par les mêmes voies. Mais une condition indispensable du fait, c*est la répétition, comme le fait remarquer Bain lu|-méme ; c'est par la répétition que s'acquiert la facilité dans les voies nerveuses, et que l'impression externe s'imprime plus fortement, de sorte qu'il reste une trace claire et distincte de cette impression, soit comme image sensationnelle, soit comme idée. En réalité, Timage sensationnelle est la première trace du phénomène sensible ; l'idée exige, comme on l'a vu, un travail postérieur sur Timage, elle est cependant elle-même une portion de l'image, et dérive de la seconde propriété que nous avons citée, de la persistance de l'image même.

258. L'association existe entre les phénomènes d un même sens, ou entre ceux de sens différents , entre des sensations d*un même sens se rapportant à un même objet ou à des objets divers , entre des sensations différentes se rapportant à un objet unique ou à des objets divers. La relation peut se trouver, d*ime façon plus éloignée, entre des sensations différentes dérivées de sens différents et ayant rapport à des objets différents.

Je cite quelques exemples, pour ne pas me laisser aller à de plus longs développements.

Les sensations de la peau, comme on l'a vu, sont diverses : tact, température, pression. On peut avoir une association de simples sensations tactiles, ou de sensations de température seules ; cette association peut être, par contre, entre le tact et la température pour un même objet. La pression peut encore y entrer. Celle-ci, toutefois, résulte d'une excitation composée, les muscles cutanés y étant inté-

ressés, et la sensation est une résultante de Tcxcitatlon cutanée et de Texcitation musculaire, non discernables, jusqu'à une certaine limite, ou mieux indivisibles à Tétat conscient. Ces excitations peuvent être réellement simultanées, et produire des courants parallèles, et des états simultanés dans la conscience.

D*un autre côté, plusieurs sens peuvent être excités par un seul objet, par exemple, la vue et le toucher, ou la sensation de résistance qui accompagnée la pression, ou la sensation de température. Un objet poli sur la surface apparaît luisant à la vue ; et, de fait, la vue d'un objet semblable rappelle la sensation de poli déjà éprouvée. La résistance et la forme d'un solide, la mobilité d'un liquide et la facilité de déplacement des parties, la température d'une flamme et la vue de son éclat, la vue de la glace ou de la neige et la forme ou la blancheur de ces objets, toutes ces choses sont des associations connues et ordinaires.

On peut avoir des associations plus complexes entre trois ou quatre sens. Un objet odorant, une fleur peut être perçue par la vue, par le tact ou la pression et par l'odorat ; un objet doué de saveur peut l'être par quatre sens : vue, tact, odorat, goût. Une orange est, en général, perçue par quatre sens qui s'associent sur un objet unique et par des états contigus dans la conscience.

L'oigne de la vue n'est pas source d'une seule sensation, mais d'un grand nombre de sensations variées. La couleur, la forme, la grandeur, la distance, la situation, le mouvement des objets sont des perceptions visuelles. Or, on peut associer une ou plusieurs de ces perceptions du sens de la vue à celles qui dérivent des autres sens.

239. Il est plus difficile de concevoir comment est possible l'asso* ciation entre des perceptions qui se rapportent à des objets différents. La base de cette association est la même que celle des associations pour un objet. Etant admis que la reproduction est une condition indispensable du phénomène, et qu'il reste des traces des perceptions dans la persistance des impressions, dans le cas d'association pour un objet unique, on a la' répétition du tout ou d'une partie du phénomène composé, et par suite la reconnaissance de l'objet perçu par des excitations contiguës, puisque, suivant la loi énoncée par Bain, les sensations et les états de conscience en général se rappellent quand ils ont été associés dans leur production. L'association et la reproduction sont donc inséparables , comme le dit Spencer , et comme l'admet Bain. Sans la reproduction point d'association des perceptions, et vice-versa. C'est seulement par une analyse artificielle, et pour en donner une idée plus claire, qu*on peut les séparer.

Quand les objets sont diflerents, c'est-à-dire quand ils n'ont pas toutes leurs qualités phénoménales semblables, le processus ultime et plus développé de l'activité perceptive, c'est-à-dire le processus

analytique ou d'idéation, peut seul donner les conditions de l'association, tandis que, dans le premier cas, Tétat d'image sensationnelle pouvait suffire. Dans le cas de plusieurs objets divers présentés à un ou plusieurs sens, on a donc d*abord une analyse des éléments de ces objets et la représentation partielle de Tobjet analysé ; puis vient le processus d'association. Ce processus se fait, en réalité, et simultanément, entre des parties et un tout; entre des parties, parce que c'est seulement dans quelques éléments sensationnels, déjà séparés comme idées, qu'on trouve la ressemblance et la contiguïté associatives ; les autres éléments restent étrangers, et comnEie disparates. On a association du tout de l'objet avec une seule partie, parce que, en réalité, la séparation n'est pas possible ; on a donc un ou plusieurs états de conscience obscure pour le tout, tandis qu'on en a un distinct pour quelques parties contiguês avec d'autres parties d'un objet différent.

En d'autres termes, on a des associations composées d'associations simples ; ces dernières sont pour un objet unique et un seul sens, ce sont les plus simples ; puis viennent celles pour plusieurs sens et un seul objet ; la plus grande complexité se trouve dans les associations dérivées de plusieurs sens et de plusieurs objets. Les sensations si complexes se réduisent à des associations de relations, qui sont des résultats de nouvelles analyses et de nouvelles synthèses perceptives (1) ; on a, en effet, un processus séparatif des éléments sensationnels différents dans un objet particulier, puis la relatioB perçue entre les idées ou l'élément séparé et individualisé mentalement, et cnfîn l'association de ces relations que l'on peut rapporter aux objets mémos; de là vient la relation spéciale.

Une des associations de relation de contiguïté, c'est celle de coexistence, ou relation d'espace, et c'est peut-être la plus étendue, parce que c'est en elle que sont perçus les objets, et les dimensions avec les modalités de l'espace peuvent être rapportées à la coexistence. Hais il n'y a pas que les objets qui ont cette relation, les phénomènes euxmêmes ou les manifestations vspéciales de la matière ont une relatioii de contiguïté dans l'espace, parce qu'ils ne se produisent pas hors de l'espace.

260. L'asociation peut encore se produire par \tk succession des petceptions ; c'est-à-dire non de la façon précédente où il y a contiguïté, les phénomènes se présentant l'un en même temps que l'autre, oi immédiatement Tun après l'autre ; mais parce qu'il y a entre eux une véritable succession que l'on peut nettement distinguer. Dans ce cas, l'association dérive principalement de la reproduction et de la perception de ressemblance entre une sensation ou un autre état de conscience et sa reproduction ; sans un état de conscience antérieur renouvelé, il ne peut y avoir d association entre des percep"

(1) Voyej^ livre U, cbap. v|.

l'un sens ni de plusieurs sens ; de même que, dans ce cas, on ne voir la reproduction sans la ressemblance, a cependant un lien ou une relation plus universelle entre des )tions successives, comme entre des perceptions réelles et des )tions renouvelées, c'est la perception de succession qui con- Ic temps. Elle a la même valeur que la relation de coexistence a contiguïté. C'est ainsi, par la relation de temps, qu'il est le d'associer des perceptions disparates successives ; et si cette m vient à être temporairement abolie, les perceptions dispase présentent à la conscience, dans le souvenir, de la façon la t range; car cela revient à dire que toute association entre 'st abolie, comme il arrive dans quelques cas anormaux, 'dation causale appartient aux relations successives. Originaireon peut la considérer comme ime dépendance de la relation de dont elle s'est rendue plus tard quelque peu indépendante, [u'il y ait une connexion très intime de succession entre la et l'eiïet. C'est une relation associative très étendue, et très une dans les perceptions, et qui constitue dans le temps même n inséparable entre des états antérieurs et des états postérieurs ients.

a que j'aie présenté la coexistence et la succession séparément, ime deux moyens et deux conditions universelles d'association, le sont pas séparables en réalité, de même qu'il y a, en réalité, 'inent de succession dans la contiguïté. On peut dire que, tant les perceptions contiguës que pour les percepti(jns successives, ition de temps est commune ; seulement l'espace domine dans emières, et le temps dans les secondes ; mais ni les uns ni les ; ne sont en dehors de ces deux relations que l'on peut, par (!onsidérer comme une double relation universelle en laquelle nifestent les phénomènes, quand des changements d'état se isent dans la conscience. Le moyen qui fortifie les relations atives entre divers états de conscience, c'est la répétition conde ces mêmes états, de même que la répétition établit d'une inaltérable la perception de coexistence et celle de succes-

. Et non seulement la répétition des actes psychiques imprime ortement les formes phénoménales, mais comme il ne peut y avoir ntité entre les actes répétés, mais seulement ressemblance, le I ph(';nomène se présente avec quelques variétés plus ou moins 3ntelles ou accessoires qui permettent de trouver en elles la rdance ou la différence. Celles-ci ne sont rien autre chose que dations perçues entre des phénomènes psychiques apparteaux perceptions, dans lesquelles on découvre des éléments labiés et dissemblables, et, en comparant ces éléments avec les amènes antérieurs dont on a la représentation, on acquiert un m de conaissance plus clair et plus distinct.

Les relations de concordance et de différence sont de nouTeani moyens d'association des perceptions communs à la contiguïté et à la succession, parce qu'il peut y avoir ou concordance ou diflerence dans la vsimultanéité ou dans laconsécution, ou, ce qui revient au même, entre plusieurs perceptions réelles, ou entre des perceptions réelles et des perceptions reproduites. Bain a pour la conc(N^ dance, qu'il considère comme un second moyen d'associatioDi une loi de similaritéy ainsi exprimée : c Les actions, sensations, pensées, émotions présentes tendent à rappeler les impressions ou états de l'esprit qui leur sont semblables. > D'après cette loi, le principe de concordance diffère un peu, selon Bain, de ce que j'ai appelé relation de concordance, bien que l'un et l'autre soient fondés sur ta similitude et ressemblance, et que, par suite, je les considère comme un accessoire et une dépendance de la contiguïté et de la successioiL J'ai placé la différence auprès de la concordance, et je lui attribne la même valeur, parce que ni Tune ni l'autre n*ont une signification absolue ; et que dans la concordance on trouve la difierencey comme la concordance dans la différence. De là il résulte qu'au fond de toute perception que nous pouvons appeler différente, non disparate, il y a un élément de ressemblance ou de concordance, par lequel peut se faire l'association, ou par lequel elle a réellement commencé puisque la différence est la condition dans laquelle les états de cooscience se distinguent nettement les uns des autres.

262. Les associations se forment spontanément, ou, comme on dit, automatiquement, mais elles peuvent se faire aussi sous Tinfluence de la volonté. Le premier cas se produit quand il n'y a pas de préférence décidée entre les diverses perceptions qui entrent dans le champ de la conscience ; et le second quand l'attention se dirige de préférence vers un objet, ou vers un de ces éléments, avec les accessoires qui l'accompagnent, ou quand nous recherchons directement des relations ou des causes, comme on fait dans les investigations scientifiques. Dans ce dernier cas, nous choisissons, comme objet principal de l'aperception, une ou plusieurs perceptions qui sont déjà entrées dans le champ de la conscience, et nous les mettons en même temps en relation avec d'autres que nous avons eues précédemment, ou avec des perceptions présentes et réelles, pour en trouver la concordance ou la différence, et pour en tirer un principe ou une loi qui en exprime la relation.

Parmi les associations il faut noter les associations logiques par lesquelles on rapproche, pour en créer une association volontaire et définie, des conceptions, des idées, des principes qu'on a pu associer antérieurement, mais d'une façon involontaire. Les raisonnements dépendent, en général, de la ressemblance qui se rapporte i la relation de concordance, tant dans le principe de contiguïté qne dans celui de succession. Déduction, induction, analogie, qui sonttrob formes différentes du raisonnement, ont pour base im principe conminn

d'association des éléments du raisonnement, qui est la concordance, et, par antithèse, la différence, de même que celles-ci se rapportent aux relations plus générales de la coexistence et de la succession.

263. Bien que nous puissions, en dirigeant Tattention vers un état de conscience plutôt que vers un autre, former volontairement des associations, pourtant quelquefois la direction de Taperception dépend en grande partie de Ténergie excitatrice; aussi on peut dire plus justement que, dans les cas ordinaires de la vie, Taperception est une attention dirigée vers une impression plus énergique. Celle-ci devient alors le centre, le nœud associatif des autres perceptions simultanées ou successives. Puis quand nous choisissons entre les diverses perceptions, et que nou% tournons notre attention vers Tune d'elles, celle-ci devient le nœud de l'association volontaire. Je ferai remarquer toutefois que dans ce cas, si le nœud de l'association est véritablement volontaire, d'autres perceptions peuvent s'y joindi*e et y adhérer involontairement, spontanément ; et ce cas, loin d'être rare, est au contraire très ordinaire. Mais il peut arriver que, au moment même où se développe l'attention vers une perception qui entre par cela même au point de Gxation de la conscience, il s'en présente une autre qui, par son énergie, cherche à vaincre la première pour occuper sa place. Si elle l'emporte, comme elle devient le nœud associatif, l'association dévie. On a dans ce cas ce qu'on appelle le contraste des perceptions dans le champ de la conscience. L'apcrception oscillei*a tant qu'ime des perceptions ne l'emportera pas par sa persistance et son intensité, ou tant que Tinfluence volontaire ne viendra pas donner la préférence à l'une, à lexclusion de l'auti^e.

Ce contraste peut se produire dans deux cas : ou bien dans le cours des perceptions Tune d'elles devient saillante par suite d'une énei^e plus grande, ou bien, comme ci-dessus, une perception tend à occuper la place de celle qui est le centre ou le point nodal de l'association. Dans le premier cas, la perception plus intense, qui se présente dans le cours ordinaire des autres perceptions, émerge, pour ainsi dire, au-dessus des autres qui tendent à être submergées; die peut devenir centre de nouvelles associations, et, par suite, (aire dévier une association commencée ; ou encore, après avoir dominé pendant quelque temps, elle peut s'obscurcir, se déperdre et devenir une simple perception accessoire de l'association qui est en cours. Dans le second cas, outre ce qu'on a déjà dit, il peut arriver que les deux perceptions en contraste courent parallèlement pendant un moment, si elles ont quelque clément commun et concordant; si elles sont dispai^tes, il faut nécessairement que l'une le cède à l'autre.

Le sentiment a une grande part dans ce contraste. Si ime peroep-* tion excite un sentiment plus vif qu'une autre, bien qu'elle n'ait par elle-même qu'une faible intensité, elle aura le dessus; parce que

l'énergie du senlimcnt est ti-ès diffusée, et qu'occupant un champ psychique plus étendu, elle excite un plus grand nombre d'éléments nerveux. Le contraste d'une perception est véritablement apparent dans ce cas, parce que la force antagoniste dérive du sentimest excité, et non de la perception même.

Le (;onti*aste peut se produire dans les mêmes conditions que Tassociation, c'est-à-dire entre perceptions contigués et successives, réelles et idéales.

264. L'état de conscience qui résulte de l'association devient un complexus d'états définis et déterminés, mais avec des liens que Ton peut dire inséparables, parce qu'un état ne se présente presque jamais isolé ; il est presque toujours accompagné d'autres qui forment avec lui un tout, un ensemble constituant un groupe de perceptions, avec un nœud ou centre d'association. Souvent, du reste, le lien entre ces groupes distincts et divers n'est qu'entre les éléments accessoires qui les accompagnent, comme les extrémités des rayons d'un cercle qui se touchent ou se croisent avec les extrémités des rayons d'im autre cercle. De cette façon, le lien associatif peut être très étendu et constituer une sorte de trame entre des perceptions même disparates, grâce aux relations accessoires qui concourent à former les groupes distincts.

Ce travail, comme il est facile de le comprendre, dépend du développement successif et gradué des perceptions, del'habitude, des analyses, des synthèses partielles, d'expériences continuelles de la part de l'être sentant, expériences souvent volontaires, souvent aussi involontaires, par suite des erreurs et des illusions qui se produisent dans la vie psychique. L'association, en d'autres termes, est un processus ou une série de processus qui commencent dès le premier moment de la vie psychique, qui ont besoin d*autres processus dont ils sont inséparables, et dont ils sont une condition corrélative ; ils accompagnent le processus d'idéation, les processus d'analyse et de synthèse, la pensée et la raison ; et tous ensemble constituent un processus composé et complet, dont les éléments sont inséparables, bien qu on puisse les étudier séparément.

Le processus d'asso(!iation des perceptions a les mêmes conditions physiques que tous les autres processus psychiques. Des fibrilles extrêmes et très délicates s'unissent en un nerf spécial, soit de la peau, soit d'un autre organe sensoriel plus spécifique ; les nerfs se réunissent en plexus ; ces plexus ont leur origine dans les diiïérentes racines internes des nerfs spinaux, et viemient se fondre dans la moelle ; si les nerfs dérivent de l'encéphale, ils se fondent dans des renflements ou ganglions spéciaux. Dans la moelle comme dans l'encéphale, les excitations arrivent distinctes, déiîvant de points difiërents, et étant déjà différentes par suite de la divei*sité des forces extérieures excitatrices. Par l'habitude, les voies de manifestation sensitive deviennent plus faciles et par l'objectivation, devient plus

'arilc aussi la distinction de chaciuc sensation ; lassociation arrive dors à son état complet quand les diverses sensations se distinlouent clairement, et se rapportent aux objets avec tous les phénonènes accessoires déjà étudiés, c'est-à-dire localisation, penreption ;t ainsi de suite. La facilité des voies nerveuses, le concours vers le rentre de toutes les excitations, et leur retour vers la périphérie, roilà ce qui distingue et associe les états de conscience, et ce qui ^n fait un vaste organisme.

Ce qu'on a dit pour les sensations, les perceptions, les idées, on )eul le dire aussi des mouvements et des idées des mouvements, esquels ont, dans l'association et le contraste, les mêmes conditions ;>sychiques et physiologiques.

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