II. — LA PLUS PETITE DIFFÉRENCE
286. La recherche directe du temps physiologique de la perception sans le temps du mouvement de réaction a pu être faite par des expériences d'un autre genre. On a recherché Tintervalle minimmn de temps entre deux perceptions qui se succèdent ; il suit naturellement que le temps propre de la perception doit être celui entre im intervalle et l'autre, ou mieux le temps qui s'écoule depuis le commencement d'une excitation jusqu'à l'intervalle qui sépare celle-d de la suivante.
Mach (1) et Ëxner (2) principalement se sont occupés de ce temps appelé par Exner la plus petite différence.
Toutefois, il n'est pas facile de déterminer sur le moment cette différence minima et le temps nécessaire à la perception, parce qae beaucoup de circonstances et beaucoup de conditions viennôil altérer et modifier le produit. Ëxner, dans son étude sur les perceptions de la vue, a montré que ce temps dépend des diverses circonstances de l'expérimentation. Il les ramène aux quatre circonstances suivantes:
1^ L'intensité de l'illumination de l'objet perçu ;
2* La grandeur par rapport à l'image rétinique ;
3^ L'absence ou la présence d'une image accidentelle après la disparition de l'image rétinique ;
4<> L'endroit de la rétine où tombe l'image.
Pour l'intensité de la lumière, il a obtenu les résultats suivants:
Intensité Temps pour la perception Différence
(1) Unlersttchungen iiber den Zeitsinn des ohres, (SUzunysb, d. Wien. Akai. d. Wissenschaften, LI, Band, 2 AbUi., 1865.)
(2) Ueber die zu einer Gesichtswahrnehmung nothige Zeil, {Sitzuftgsb. d. Wien, Akadem. d. Wiessens,, LVIII, 2 Ablh, IS6S). — Physiologie der yrossfurn-
rinde {Handb, d*Hermaaa) Leipzig, 1879, II Band, 2 Th., pp. 256 et suiv. ^ Experîmentelie Untersuchung der einf, psychischen Processe, {Arehiv, f. G^^ Physiol.y XI, 3Abth.}
Intensité
Temps pour la perception
Différence
L'intensité croissant en progression géométrique, le temps physiologique de la perception diminue en proportion arithmétique. On a trouvé la même loi pour la grandeur de Timage rétinique. La présence de Timage accidentelle positive diminue le temps (1).
287. Pour ce qui est de Tendroît de la rétine excité, il est nécessaire de voir si les images coïncident sur le même point ou sur deux points différents, s'il s'agit d'images successives. Quand il y a coïncidence sur le même point de la rétine, l'influence de l'image accidentelle positive se fait sentir. On sait qu'il faut un certain intervalle de temps pour que la première image rétinique ne se confonde pas, comme il arrive dans le cas des disques tournants à secteurs noirs et blancs, quand il sont mus avec une certaine rapidité. L'intervalle de temps doit être assez grand pour séparer les deux images de façon à ce qu'on en ait la perception distincte. Pour qu'un disque tournant à sept secteurs blancs et noirs d^égale grandeur paraisse gris à la lumière ordinaire du jour, il faut qu'il tourne avec une vitesse de vingt-quatre tours à la seconde ; cette vitesse dépasse la plus petite différence. Dans ce phénomène entre aussi l'avertissement sur le temps nécessaire pour que l'excitation rétinique arrive à son maximum, et sur Timage accidentelle positive ou négative qui en dérive.
Exner a trouvé que si les images rétiniques sont distantes entre elles de 0,011 ■*•", ce qui veut dire qu'elles peuvent se trouver toutes les deux au centre, la plus petite différence pour deux étincelles électriques est de 0,044 sec. Si au contraire les situations des deux étincelles éle(!triques sont les points initial et final d'un mouvement réel ou apparent, le temps est alors raccourci de 0,014 à 0,015 sec. Pour la vision de mouvement en un endroit de la rétine situé à 4,1'°"* hors de la fossette centrale, le temps est de 0,017 sec.
Pour deux excitations dont l'une est dans la fossette centrale et l'autre dans la périphérie de la rétine, le temps est plus grand, 0,076 sec.
288. Exner, après avoir expérimenté sur les perceptions de vue, d'ouïe, de toucher séparément, a fait des expériences sur deux de ces sens pour trouver la différence minima entre des perceptions de
(1) Sitzungsber. der Wten, Akad. der WUsenschaflew. 2 Al)lh, 1868, pp. 622-27, LVIII, B.
nature diffiérente. Les résultats sont rapportés dans le tableau h
suivant:
La plus petite différence
Entre deux sensations de rumeur (étincelles électriques).... 0, Q02f
• » lumière sur le même endroit de la
rétine ( excitations électriques
directes ), moins de 0, 017
de tact (secousse sur les doigts, Mach) . 0,0277
• » lumineuses dans la fosse centrale
(images optiques) 0, 04 i
• » de lumière sur la périphérie de la
rétine (images optiques) 0, 049
Sensations de vue et de toucher (la sensation visuelle suivant) . 0, Ùô
> d'ouïe » 0, 06
Entre deux sensations de rumeur, une pour chaque oreille.. . 0, 064
Sensation de vue et de tact (la sensation visuelle précédant) . 0, 071 Entre deux sensations de lumière, Tune à la périphérie,
l'autre au centre de la rétine 0, 076
Sensation de vue et d'ouïe (la sensation visuelle précédant).. 0, 16
Ce tableau montre combien le temps d'intervalle dlfTère dans les sens et entre les divers sens. Celui pour les perceptions auditives est le plus court de tous (0,002'') ; le plus long est celui où entre deux sens la vue précède (0,071", 0,016") ; il est relativement plus court pour deux excitations sur le même organe, et plus long sur deux organes différents. Sans aucun doute, le temps du dévelop^y^ment de h sensation après Texcilation, et l'image accidentelle sur la rétine, et en général la persistance de Timpression sur les organes des sens, qui n'est pas de la même durée pour tous, exerce une influence sur le temps d'intervalle.
Ce temps de moindre intervalle n'aurait pas sa signification s'il ne se rapportait pas à la durée de la perception relative. Et j'ai déjà fait remarquer que nous pouvons avoir le temps d'une perception en calculant le temps qui s'écoule entre le commencement de Texcitation et l'intervalle minimum entre deux perceptions. De cette manière on n'a certainement pas l'attention directe, à la façon du temps de réaction à la suite d'une impression attendue; mais cela, au lieu d'être un défaut, constitue plutôt, d'après ce qui a été dit précédemment, la vraie condition naturelle de la perception ordinaire.