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CHAPITRE III

Sentiments individuels

. Un des premiers et des plus importants sentiments individuels, je crois, celui de couservnlion, non parce qu'il est inné, comme scMit quelques-uns — il n*y en a en effet aucun qui ne dérive de ricnce — mais parce qu'un grand nombre d'autres sont ou des tes ou des dépendances de ce sentiment, qui repose sur une aturelle, le principe même de conservation, louleur et le plaisir, dans leurs manifestations primitives, sont ments originaires d'où dérive le sentiment de conservation. 'Hsibilité est un moyen de protection de l'être vivant , uvement est le moyen de l'assurer. Les animaux inférieurs, rvus du système nerveux, n'ont pas certainement la sensibilité ente, mais ils ont une sensibilité qui se manifeste dans la réac- )ntre les stimulants. Or, ces animaux mêmes, quand ils sont certaines influences adaptées à leurs conditions d'existence, dent par une action analogue à l'action réflexe des animaux eurs, par laquelle ils fuient ou tentent de fuir le stimulus le. Au contraire, si les excitations sont adaptées aux conditions tonce, il y a tendance à persister dans cet état, z les animaux pourvus de système nerveux, ce fait apparaît plus nent, et les premières manifestations afleclent la forme )ns réflexes, réactions motrices inconscientes. Si les stimulus nt à la conscience comme sensations de douleur ou de plaisir, Llion peut être consciente et même volontaire. s celte répulsion ou réaction contre la douleur, et cette tenau plaisir ne constituent pas encore le sentiment de conservail se compose d'autres éléments associés dans les centres iques. L'association se forme d'abord entre un objet qui prodes sensations douloureuses ou agréables, et les sensations nêmes. Par la réaction motrice réfléchie au premier moment ]uieri une expérience qui, d'après la présence ou l'absence de i, nous permet de savoir que nous avons ou non la sensation ureuse ou agréable. Par suite, l'association s'établit véritableentre la pen^eption de l'objet et la douleur ou le plaisir qu'on ve par suite de la présence et de l'excitation de l'objet même. 1 est vrai pour un objet, l'est encore pour un animal d'espèce 3nte, pour certains mouvements ou certains actes d'animaux de me espèce ou d'une autre.

veut éviter la douleur parce qu'elle est contraire aux conditions itence ; on évitera aussi ce qui peut la causer. L'association

entre la perception de la sensation et l'objet fait que la perception rappelle l'objet et vice versa. Outre l'association, on a ici la reproduction du sentiment douloureux accompagné de la perneption de la cause extérieure.

Si le phénomène se produit pour la première fois dans un individu, l'action d'éviter ce qui est douloureux ne dérive d'aucune expérience antérieure, mais des conditions mêmes d'existence qui ne sont pas adaptées aux excitations d'une nature donnée. Mais si le phénomène se répète, l'association s'établit, et par suite la reproduction; c'est ce qui fait Texpérience de l'être vivant qui évite maintenant, volontairement et avec connaissance du péril et prévoyance, ce que la première fois il a évité ou tenté d'éviter par un mouvement réflexe.

En fuyant la douleur, on fuit ce qui peut être nuisible à Texistence d'un organisme animal, et, par cette fuite de ce qui est nuisible à la vie de l'organisme, l'être vivant se conserve. Avec l'expérience et la prévoyance, on évite la douleur avant qu'elle se produise, grûce à b perception d'un élément de l'association déjà établie. Par cette expérience et cette prévoyance, l'être vivant acquiert un sentiment qni lui fait éviter ce qui peut être contraire à sa propre conservatioB.

Toutefois on n'évite pas seulement la douleur en fuyant un objet qui est cause excitatrice de douleur, mais au moyen d'une série de mouvements, ou par un objet qui agit sur l'organisme. Il y a ici de nouvelles associations entre les mouvements, la douleur et ce qoi peut soulager la douleur ; ou entre un objet, la douleur et le plaisir de la cessation de la douleur; ou encore entre les mouvements et l'objet avec les sensations, ou mieux entre l'idée des mouvements, celle de l'objet, et les sensations douloureuses ou agréables. Ainsi, par exemple, pour éviter la douleur de la soif et de la faim, on bit une série de mouvements qui s'associent à la douleur, et au plaisir éprouvé après la satisfaction des besoins, et aussi à l'objet, eau 08 nourriture, qui est l'élément nécessaire à l'apaisement de la faim e( de la soif.

Chercher un plaisir pour éviter une douleur, ou le chercher poor lui-même, aide au développement du sentiment de conservation, quand plaisir et douleur ne sont pas factices, mais naturels. La sensibilité se développe dans le sentiment de protection de l'individu, et plus les moyens de connaître les périls sont grands, plus le sentiment de conservation prend de développement, parce que la douleur contribue plus que le plaisir à son origine.

329. Par suite, le sentiment de conservation n'est pas originel, inné, mais il dérive de l'expcricnce ; il n'est pas simple et primitif, mais il est constitué d'un grand nombre d'éléments réunis en une association. Toutefois, il ne se développe pas dans la courte durée de la vie individuelle d'un seul être animal, il se développe dans l'espèce. L'association établie entre sensations et perceptions, on

mouvements ou idées de mouvements, constitue un état de conscience qui, dans la répétition et dans la reproduction, a laissé une trace organique dans les modifications nerveuses concomitantes. Ces modifications nerveuses héréditaires constituent la base de la mémoire organique, qui est le résultat de Texpérience de l'individu et de Tespèce. Chez les individus de la même espèce qui se succèdent, les mêmes mouvements peuvent être évoqués, de même qu'un sentiment formé peut être rappelé tout entier par une seule excitation analogue à l'un des éléments qui ont constitué l'association dans la mémoire organique. Aussi beaucoup de cas de manifestation du sentiment de conservation dépendent de cette mémoire organique, et non d'une expérience individuelle, laquelle en réalité n'a pas eu lieu chez les successeurs.

Les poulets fuient au cri du milan, ils gloussent, ils se cachent, sans avoir connu par expérience les périls auxquels ils sont exposés par suite de la présence du milan. Il est connu que les animaux domestiques, chevaux, chiens, bœufs, en Afrique, au rugissement du lion, manifestent une grande terreur, et cherchent à se cacher et à fuir. Ce n'est certainement pas par suite de leur expérience propre, mais par suite de celle de leurs ancêtres qui avaient éprouvé les funestes effets de la présence du lion. Beaucoup de voyageurs recontent que, lorsqu'ils approchaient d'Iles désertes habitées seulement par des animaux, les oiseaux ne fuyaient pas leur présence, mais qu'ils venaient à eux comme vers des êtres inoffensifs. Mais quand on les eut poursuivis et chassés, soit pour se procurer de la nourriture, soit dans un but scientifique, ils acquirent une tendance opposée. Ces îles ayant été visitées par d'autres voyageurs une seconde fois, on trouva que les oiseaux y fuyaient la présence de rhomme ; ce n'étaient pourtant par les mêmes oiseaux, mais leurs descendants.

Et cela est vrai non seulement des animaux inférieurs à l'homme, mais de l'homme lui-même, dans lequel, si la mémoire et l'hérédité lie sont pas souvent aussi manifestes, il se trouve un autre moyen beaucoup plus efficace de conservation, à savoir, la raison aidée de la tradition par le langage. Pourtant, dans les races où la raison n'a pas atteint un développement très étendu, et où, par suite, prédomine la modification organique reposant dans les centres nerveux, le sentiment de conservation se manifeste dans toute sa nature originaire d'une expérience antérieure transmise par hérédité.

Les philosophes qui rejettent le principe d'hérédité dans les phénomènes psychiques ne peuvent, dans beaucoup de cas, expliquer le phénomène, sinon en disant qu'il est inné et non dérivé de l'expérience.

330. A côté du sentiment de conservation, il en est un autre qui naît à sa suite, le sentiment de crainte. Ce sentiment dérive de la prévision du péril, mais il se convertit ensuite en un état de con-

science moins défini, qui peut rtre provoqué même par ce qui n*est pas dangereux ou cause de péril, et surtout par ce qui est nouveao, par suite non habituel, et par des perceptions vagues et indéfinies, des bruits inattendus, par exemple, les ténèbres, la vue d^animaox inofTensifs, d'insectes. Dans ce cas, il peut se former une sorte de tempérament craintif, dont les causes extérieures principales sont Texpérience de dommages subis d'une façon inattendue, le récit de périls auxquels d^autres personnes ont été exposées ; subjectivement, on a une certaine faiblesse constitutionnelle et certains états de conscience qui sont restés permanents après être nés à la suite d'autres sentiments excités, comme la peur de l'au-delà, de la mort, d'êtres mystérieux et invisibles.

Bain croit que la crainte est une émotion simple, élémentaire, irrésoluble, comme l'amour et la haine, et que d'elle comme de celles-ci dérivent toutes les autres ; mais, bien qu'elle soit un des sentiment les plus élémentaires, elle ne laisse pas que d'être complexe (1). Et il est naturel que ce même auteur qui donne ce sentiment comme primitif ne puisse accepter l'hypothèse de 1 evolution (2).

Je ne pense pas, pour moi, que la crainte, avec toutes ses espèces, soit primitive et élémentaire, si elle se rappoi*te à une complication d'états conscients. Elle suppose une expérience de dommages subis, une association de la douleur avec les excitations venues de quelque agent, l'attente du retour de ce qui nous est apparu douloureux, et une tendance à éviter, en le prévenant, ce qui peut causer de b douleur ou du dommage. La crainte de la mort, celle d'êtres mystérieux, des ténèbres dans lesquelles se réveillent des images fantastiques de ce qu'on craint, n'est pas primitive, comme on le voit par les petits enfants et les animaux inférieurs à l'homme. Ces petits enfants et les animaux n'ont aucune crainte de la mort parce qu'ils n'en n'ont point l'idée. U est facile de voir que les animaux se tiennent tranquilles et mangent auprès des cadavres de leurs semblables. Les petits garçons sont très curieux de voir les personna mortes et, jusqu'à un certain âge, ils ne s'en font pas d'idée. Ensuite, par l'effet de Texpérience et de l'éducation, ils apprennent à craindre la mort par l'idée qu'ils en prennent, comme aussi à craindre des êtres mysténeux et malveillants, ou, sinon malveillants, invisibles et supérieurs ; et cela leur inspire toujours de la peur, Tidée d'un être ne pouvant se concilier dans la conscience avec l'idée d'invisible, c'est-à-dire avec celle de quelque chose de privé de corps, alors que l'expérience journalière a rendu inséparables pour l'enfant l'existence et le corps comme matière visible et tangible.

331. La crainte de l'invisible comme puissance supérieure parait

(l)Les Émotions et la Volonté, pp. 70, 152. Tracl. franc. {2) Op. cit., pp. 153 et suiv.

être très développée surtout chez les races humaines primitives, ou, <'omme on dit ordinairement, chez les races barbares. Elle vient d'un dommage éprouvé de la part de phénomènes naturels, comme la foudre, la pluie, la tempête, et de l'ignorance de la cause de ces phénomènes. Le sauvage de TAmérique et de l'Afrique craint, en conséquence, une puissance invisible et malfaisante qui produit la foudre et la tempête à son détriment. C'est là l'origine réelle de la terreur religieuse de toute l'antiquité classique, surtout dans le culte de certaines divinités. Le Grec ancien sentait se dresser ses cheveux au bruissement des chênes dans une forêt, il sentait la présence de Jupiter; et un tremblement l'agitait quand il entrait sous les arcades d'un temple d'Apollon. La prêtresse même qui rendait les oracles était remplie de terreur avant de s'asseoir sur le trépied mystérieux ; le dieu qui l'envahissait produisait en elle un état douloureux.

332. Si le sentiment de conservation se manifeste pour toute occasion de péril, de dommage et de douleur, la crainte, elle, se manifeste pour toute chose inconnue, inattendue, mais indéfinie, indéterminée. La crainte est donc pour moi une forme modifiée du sentiment de conservation, plus générale et plus vague, qui se définit et acquiert des degrés divers selon certaines circonstances et des états de conscience antérieurs ou simultanés. La terreur est la crainte à son maximum dlntensité, le soupçon est le degré le moins élevé; dans la terreur, entre l'inattendu et ce qu'on ne peut prévoir, dans le soupçon, le possible et ce qu'on peut prévoir ; ce qui a provoqué le soupçon peut provoquer la terreur en se produisant avant le temps prévu et avec une énergie plus grande qu'on ne soupçonnait (1).

333. A côté du sentiment de conservation, si toutefois ce n'en est pas une variante, il s'en développe un autre très important, celui de propriété. Ce sentiment, lui aussi, est né par association. Le besoin de fuir la douleur de la faim pousse l'homme et l'animal à chercher leur proie ; la cessation de la douleur, par la satisfaction du besoin de nutrition, produit dans le même moment un plaisir non pas seulement négativement parce que la douleur cesse, mais aussi positivement, par le sens du goût. Il s'établit par suite une association entre l'objet de la nutrition ou son idée, le plaisir éprouvé, et la douleur ressentie avant la satisfaction du besoin. La présence de l'objet amène la reproduction du sentiment douloureux qui cesse avec un sentiment agréable qui naît ; la douleur présente rappelle l'objet de la satisfaction comme ce qui peut délivrer de la douleur. 11 en résulte un état de conscience composé dans lequel l'objet avec son idée est un élément très important, et fait partie du sentiment agréable résultant de la satisfaction du besoin provoqué

(1) Voyez l'analyse complète que fait Bain du sentiment de crainte. Op, eiL, chap. VIII.— Voir aussi ta Peur, de M. Mosso, trad. fr. de Félix Hément. Paris, F. Alcan, 188&. Ce livre contient des observations fort importantes.

par la faim. Comme il y a une tendance au plaisir, celle-ci s*éteBd aussi à tous les éléments qui contribuent au plaisir même. La tesdance vers Tobjet qui est utile pour provoquer un plaisir constitiie un plaisir distinct avec le développement subséquent de la tendaBce même, qui devient indépendante du pur besoin de nutrition.

Le sentiment de propriété nait d'abord de ce besoin immédiat de rétre vivant, et il a rapport à la conservation même, par suite, à h satisfaction d'un besoin qui se manifeste sous forme de douleur parce qu'il doit être satisfait, tandis que la satisfaction du b&sm apparaît comme un plaisir, et qu'elle est i^echerchée poor l'utilité de la vie. Ensuite, par l'évolution de ce même sentimeit et par suite de nouvelles excitations, le sentiment de propriété s'étend au delà du besoin et de l'utilité immédiate, et il passe à u plaisir plus large, à la commodité et au luxe.

Je n'ai parlé que d'un seul besoin ayant rapport à la conservation, c'est-à-dire au besoin de nourriture, mais il y en a beaucoup d'autres qui excitent à la possession de choses ou d'objets utiles. La soif, le besoin du couvert, celui de se vêtir, de s'orner sont autant de stimulus qui font naître et développent le sentiment de propriété.

334. Le sentiment de propriété ne se trouve pas seulement chex l'homme, mais aussi chez les autres animaux aux divers degrés de l'échelle des êtres. Chacun sait combien le chien et le chat domestiques font preuve de ce sentiment. Quand même ils se laisseraient rejoindrci il est difficile de leur reprendre la nourriture de la bouche. Non seulement ces animaux ne se laissent pas dépouiller par d'autres animaux de la même espèce ou d'une autre avec lesquels ils luttent, excepté dans les cas oii la peur l'emporte sur le sentiment de propriété ; mais dans le plus grand nombre des cas, ils ne cèdent même pas à l'homme auquel ils sont attachés. Parmi les animaux, ce sentiment est plus fort chez les carnivores et, en général, chez ceux qui vivent de leur proie, que chez les herbivores. Il est en raison directe de la difficulté à se procurer la nourriture et, d'un certain côté aussi, de l'énergie de l'animal même qui a la force de s'approprier et de conserver sa proie.

Oii le sentiment de propriété acquiert un très grand développement, c'est chez l'homme et surtout chez l'homme civilisé. Ce^ taines tribus sauvages ont la coutume de partager le butin fait par un seul ou par quelques-uns, ainsi que les produits d'un champ qui appartient à un petit nombre. L'homme civilisé ne cède rien do sien, sinon quelquefois à titre de bienfaisance et de générosité. 11 ne veut pas seulement satisfaire ses besoins immédiats, il veut de plus la profusion dans la nourriture et dans ses autres besoins dont beaucoup sont factices, et sont nés de conditions spéciales de la vie sociale en commun.

335. Au nombre des sentiments individuels, il faut placer celui

de liberté, A sa première apparition, ce sentiment se rapporte exclusivement aux mouvements du corps, il s'étend ensuite à toutes les opérations mentales, aux volitions, et à toutes les choses où peut se déployer l'activité humaine. L'empêchement aux diverses actions produit de la peine ; Texcrcice, sans obstacles, de l'activité cause du plaisir. Les hommes, comme les autres animaux, à l'état primitif se meuvent dans toutes les directions, ils mènent ainsi une vie errante, surtout chez les peuples nomades. L'état sauvage est, à ce point de vue, plus libre que l'état civilisé dans lequel les hommes doivent respecter certaines conditions sociales et sont limités dans leur action. L'homme acquiert donc bien vite le sentiment de liberté, puisqu'au commencement il jouit de la liberté d'exercice corporel la plus grande, cette liberté étant gênée rarement et pour peu de temps. Les animaux mènent aussi la même vie que les hommes à l'état primitif; renfermés, ils éprouvent une grande peine ; quelques-uns s'y accoutument, mais d'autres ne le peuvent et meurent ou vivent mélancoliques dans la servitude.

Si l'homme restreint la liberté d'exercice corporel de la vie errante, il acquiert une liberté plus grande et plus étendue dans les opérations intellectuelles, quand les préjugés, Tignorance et le despotisme ne viennent pas limiter et restreindre les manifestations et le développement de la pensée. Malheureusement, chez les peuples qui se disent civilisés, il y a de tristes exemples de la servitude de la pensée ; et parmi ceux qui s'estiment les plus avancés en civilisation, la liberté n^est pas encore arrivée à son développement maximum.

11 n'y a rien qui nous fasse mieux connaître ce sentiment de liberté que la privation ; aussi une des plus grandes punitions à infliger a rhomme c'est de le priver de l'exercice libre de son activité physique et intellectuelle. La prison n'est pas seulement un moyen d'empêcher le coupable de nuire, c^est encore une punition parce qu'elle restreint la liberté ; empêcher l'exercice des membres par les fers est une punition plus grande qui produit une douleur plus grande. Les animaux qui sont attachés montrent qu'ils éprouvent la même peine provenant de l'empêchement de l'exercice du corps. Parmi les animaux domestiques, on a un exemple dans le chien qui manifeste une grande joie quand on le délie.

33«). Bain place le senliinent de liberté parmi ceux qu'il nommé sentinlenU de relativité. Au S 310, on entend sous le nom de relativité des sentiments la façon différente dont les sentiments se manifestent chez les différents individus ou chez les mêmes individus dans des circonstances diverses.

Or, Bain entend par ce mot l'état d'un senUment qui, mis en relation avec un autre, peut varier d'intensité. A ce point de vue, tous les sentiments sont dans un état de relativité. Ainsi recouvrer la santé après une maladie produit un plaisir qui n'est pas égal à celui qu'on éprouve quand on jouit de la santé sans qu'on puisse la comparer à la maladie.

Par suite de cette relativité, les sentiments sont soumis à une loi d'accommodatin d'après laquelle l'intensité de la manifestation diminue, c*est-à-dire le plaisir et la douleur qui, très énergiques la première fois qu*on les éprouve, perdent de leur énergie primitive, et constituent un état normal, comme un état d'ildifférence. Cette loi d'accommodation de Bain ressemble au phénomène que fai noté plus haut, c'est-à-dire aux phases du sentiment et au passage des den sentiments extrêmes à la ligne neutre.

On peut pourtant, selon l'illustre psychologue, désigner proprement soos k nom de sentiments de relation certains sentiments qui ne se produiraient pis si une cause objective spéciale ne venait pas les stimuler. Le caractère spéctii de cette cause consiste en une transition externe de circonstances communes à quelque circonstance non commune. Les principaux de ces sentiments sœt la nouveauté, Tadmiration, la puissance et la liberté. Chacun d*eux a un corrébtif dans le sentiment opposé; ainsi, la liberté dans la servitude. On a pour la liberté la même loi d'accommodation que pour les autres sentiments, mais il y a les étab d'exaltation dans la délivrance de la servitude (1).

Tout en acceptant les observations de Bain parce qu'elles sont très fines et très exactes, je ne trouve pas qu'il y ait lieu de mettre le sentiment de liberté dans une autre classe que celle où je l'ai placé. Les autres, en réalité, penveil être considérés comme une augmentation d'intensité des formes fondamenbles du sentiment, sans constituer une classe distincte.

337. Beaucoup d'autres sentiments pourraient être rangés dans la catégorie des sentiments individuels ; mais comme dans leur défeloppement ils ont rapport surtout aux conditions de la vie sociale ea commun, il vaut mieux les ranger, dans tout leur ensemble, dans b classe des sentiments individuo-sociaux ; cette classe du reste est la plus riche de toutes, parce que dans les relations de Tespèce naissent et se développent des sentiments qui n*auraient hors d'elle aucune raison d'élrc, attendu qu'ils constituent Tiotérét invididuel qui n'est pas séparé de celui de la société. Au sein de la société même, les sentiments individuels sont en relation avec d'autres individus et subissent des modifications, mais sans cesser toutefois de garder le même caractère, attendu qu'ils peuvent se développer indépendamment de l'état social.

(1) Bain, op. cit., cb. iv.

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