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CHAPITRE PREMIER

MouTement

417. Tous lés phénomènes psychiques étudiés dans les livres précédents se rapportent à la sensibilité, c'est-à-dire à un des deux éléments sensori-moteurs (esthocinésis), qui constituent Tunité de la vie de relation. Mais le lecteur aura sans doute remarqué que, daus le développement des phénomènes de la sensibilité, on a parlé aussi des mouvements. En réalité, sens et mouvement sont insépai*ables ; la division ne se fait que par l'analyse mentale, et, pour faciliter les recherches, sens et mouvement sont aussi connexes que les deux parties d'une courbe parabolique, dont Tune monte et l'autre descend.

418. Le mouvement est différent de la sensation, bien qu'il soit intimement lié avec elle : il a ses organes différents et distincts, qui sont les muscles. Mais il a aussi l'élément nerveux, analogue à l'élément de la sensation. Cet élément a, comme l'élément sensationnel, des centres et une périphérie ; il en diffère par la grandeur. Les cellules et les fibres motrices sont plus grandes que les cellules et les fibres sensitives ; mais les éléments nerveux ne diffèrent qu'en cela, du moins on n'a pas trouvé jusqu'ici d'autre différence. Les nerfs moteurs s'étendent parallèlement aux nerfs sensitifs, dans des plexus qui dérivent des centres ; ils restent cependant distincts des nerfs sensitifs. Pour les centres, bien qu'il soit très difficile de distinguer ceux qui sont sensitifs, et ceux qui sont moteurs, il est pourtant certain qu'ils sont distincts, bien qu'ils ne soient pas séparés. Et c'est cette connexion intime des centres divers, subdivisés ça et là dans le cerveau, qui fait qu'il est difficile d'établir une distinction réelle entre les organes centraux de mouvement et ceux de la sensation. 11 semble pourtant indubitable que la substance corticale présente des groupes distincts pour les deux fonctions sensitive et motrice (1).

419. L'excitation motrice suit une direction opposée à l'excitation

(t) Voir ci-dessus, livre 11, chap. ii — Cfr. Ferrier, les Fonctions du cerveau. — Il'iguea ia, AncUomie des centres nerveux, 1879.

sensitive, elle va du centre à la périphérie, et cela est naturel, paisqu'elle doit stimuler les organes périphériques du mouvement, c*est-âdire les muscles. L'influx nerveux transmis au muscle le fait se conf rocter. La contraction musculaire est, au moins suivant ropinion lapins commune, un raccourcissement de la fibre, qui gagne en largeur ce qu'elle perd en longueur. Mais ce n'est pas là le phénomène élémentaire. La contraction semble consister en une série de secousses (Zuckung) formant une onde musculmre d'une certaine rapidité. Ces secousses se fondent dans la contraction , comme les vibrations sonores se fondent en un son non interrompu.

La secousse a une durée variable chez les différents êtres du règne animal. Elle est très courte chez les oiseaux, de 2 à 3 centièmes de seconde ; elle est plus longue chez l'homme, et plus encore chez les animaux hibernants.

Sa forme est différente selon que le muscle est reposé ou épuisé. La vitesse de l'onde musculaire est, selon Aeby, d'enyiron un mètre par seconde, tandis que celle de l'agent nerveux est d*environ trente mètres à la seconde (1).

Le muscle en se contractant produit un son que Wollaston compare au bruit d'une voiture dans les rues de Londres. Il résulte d'observations faites que le son de la contraction musculaire semble avoir 32 vibrations à la seconde, comme cela a été vérifié par Konig, et expérimenté par Helmholtz sur le muscle. Cet habile physiologiste a cru reconnaître que ce nombre était le minimiun nécessaire pour produire l'état permanent de contraction ^2).

420. Le muscle, organe moteur, se trouve dans la plus grande partie du règne animal ; mais il y a des animaux qui n*oht pas le tissu musculaire, comme les Méduses dans le genre des Célentérées, et presque tous les Protozoaires. Il existe pourtant chez ces animaux un certain mouvement qui est produit par la contraction du tissn amorphe ou cellulaire. Il semble qu'originairement, comme on le voit par les animaux inférieurs, les fonctions de relation n*ont pas en d'organes ni de tissus distincts, alors que ces fonctions étaient réduites à une forme élémentaire ; aussi, c'est par la structure que se marque l'unité de ces fonctions ou l'esthocinésis. L'évolution, qui apporte avec elle la transformation et la multiplication des éléments, a déterminé deux tissus différents pour les deux fonctions, sens et mouvement.

Une découverte importante, faite par le professeur Kleinemberg, sur l'hydre, polype d'eau douce, confirme, à mon avis, cette conception. II a trouvé que les cellules du feuillet cutané ont des prolon-

(1) Marey,/a Machine a/i t;/ia/e,chap. iv^Iiv. I. BIblioth. soient, internat. F. Aletf, éd.— Du mouvement dans les foîictiotis de la vie, leç. xi, xvii, xxiii. Paris, F. Alcan, éd.

(2) Marey, Du mouvement, leç. xi.

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