EXPRESSION DES SENTIMENTS
associées, ou dans la seconde loi de Spencer, celle de Taction nerveuse restreinte.
Bien que les deux principes de Darwin s'accordent en substance avec les lois de Spencer, ils en diffèrent dans les détails. Darwin explique le froncement des sourcils comme un dérivé des cris que pousse Tenfant dans les premiers jours à la suite de quelque sensation douloureuse, c A ce moment, les muscles qui entourent Tœil sont fortement contractés et ce fait explique en grande partie le froncement des sourcils qui persiste pendant tout le reste de la vie. » La contraction du muscle /ronceur du sourcil se produit, par suite, toutes les fois qu'on se heurte de front à des obstacles de quelque sorte que ce soit. Une autre cause a probablement encore fortifié l'habitude de froncer les sourcils en présence d'une difficulté ; c'est la façon dont se comporte le sens de la vue en présence du soleil. Nos ancêtres, qui avaient certainement la tète nue, pour distinguer les objets placés au loin, ont évidemment usé de la contraction des muscles orbiculaires et de celle du fronceur^ comme chacun le fait encore habituellement, sous un ciel brillant, pour empêcher que les rayons lumineux n'entrent en trop grande quantité dans l'œil (1). Cette seconde cause est analogue à celle qu'a donnée Spencer plus haut.
437. VVundt, dans sa Psychologie physiologique (2), croit bon de ramener à trois principes les phénomènes de l'expression : l** le principe de la modification directe de l'innervation; 2® celui de l'association des sensations analogues ; 3^ celui de la relation du mouvement avec les représentations sensorielles.
Par le premier on entend ce fait que de fortes émotions exercent sur les centres de l'innervation motrice une réaction immédiate, par laquelle, dans les affections les plus fortes, il se produit une paralysie subite d'un grand nombre de groupes musculaires, et, dans une commotion faible, une excitation qui donne lieu ensuite à un affaiblissement. Les mouvements de ce genre échappent à l'empire de la volonté pour la plus grande partie. En voici quelques-uns : dilatation ou contraction des vaisseaux, pûleur, rougeur, larmes, etc..
Le principe de l'association des sensations analogues s'appuie sur une loi suivant laquelle les sensations du même caractère affectif s'associent facilement et se renforcent mutuellement. Les mouvements mimiques de la face appartiennent en grande partie à ces principes.
Le principe de la relation du mouvement avec les représentations sensorielles régit la physionomie etles gestes que Ton ne peut rapporter aux deux principes précédents. Tels sont les mouvements des bras et des mains, ceux qui expriment l'affirmation et la négation, la mimique des yeux, et ainsi de suite. Ces trois principes peuvent
(1) Op. cit,j cbap. IX.
J2) Tome IL chap. xxii.
406 PSYCHOLOGIE PH\'SIOLOGIQUE
concourir ensemble à produire un effet unique. Au troisième principe, Wundt rattaclic le langage, sous quelque forme qu*on le considère,
4^8. La diversité des principes posés par les diiTérents obsemteurs vient de la difficulté extrême du sujet, de la multiplicité des phénomènes, et de la façon variée dont ils se présentent dans des circonstances analogues ou opposées. Il faut encore des études plos approfondies, et des observations nouvelles. En réalité, Darwin en a fait une étude sérieuse et spéciale; c'est lui qufle premierachercbéà en résoudre les difficultés par de nouveaux principes, et en se mettant à un point de vue différent, il ne sufQt pas d'avoir étudié le phénomène du côté purement anatomique, et du côté physiologique an moment des fonctions. Il faut le relier aux sentiments avec lesqnds il est uni extérieurement, bien qu'on ne voie pas le lien intérieur. Spencer et Darwin avec le principe d'évolution, avec l'hérédité, ont pu jeter une grande lumière sur l'explication des phénomènes, mab il me semble que, même avec les principes qu'ils ont émis, ils n'ont pas pu expliquer d'une façon heureuse tous les phénomènes. Il ne peut y avoir de principe plus vrai, plus exact et plus universel que celui de la diffusion. Spencer en connaissait l'importance, et il hn a donné le premier rang pour l'explication des phénomènes. Le principe qui se rapporte aux actes associés aux habitudes utiles est encore vrai ; mais l'explication du passage à Texpression d'un sentiment n'est pas toujours satisfaisante. Les principes de Wundt semblent trop abstraits, et on ne peut sans effort coordonner les différents phénomènes par leur moyen.
En renvoyant aux auteurs précédents, et surtout à Darwin, quiconque veut étudier en détail les faits et vérifier les hypothèses, on peut, en général, conclure que les expressions des sentiments sont, ou des actions réflexes primitives, ou des actions volontaires deTenues habituelles, et apparaissant ensuite sous la forme réfléchie; que ces mouvements sont en très grande partie instinctifs, surtout ceux qui sont produits par des muscles volontaires, et pour des actes utiles à la vie, et qui ont du rapport avec certaines conditions primitives des races humaines dans l'état de nature ; enfin, que, des obser vations sur ces mouvements, il résulte clairement que, dans les sentiments, tous les organes peuvent être affectés de diverses manières, tant ceux qui appartiennent à la vie végétative que ceux qui servent à la vie animale : vaisseaux et viscères, muscles, peau et appendices cutanés, glandes et nerfs moteurs. La vie psychique n'est pas le moins du monde séparée de la vie animale et de la vie de nutrition ; c'est une forme, une manifestation vitale qui est, elle aussi, en relation avec tous les organes.