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CHAPITRE IV

Origine et éléments de la volonté

439. II est certain que le premier mouvement volontaire doit litre quand l'excitation motrice et le mouvement musculaire ne sont 18 en parfaite correspondance avec le stimulus sensible douloureux je l'on cherche à éviter.

Dans les organismes simples, et dans les organismes complexes, 16 correspondance complète originelle entre des excitations affé- 'Dtes et efférentes d'un côté, et le mouvement qui en résulte, est 1 une action réflexe simple, ou une action organisée par hérédité, est-à-dire un instinct. Mais si, au contraire, à un stimulus doulou- ;ux, de quelque nature qu'il soit, succède un stimulus à un acte ndant à l'éviter, et si l'acte se produit sans que l'effet suive, c'estdire si le stimulus douloureux persiste, alors un autre mouveent est provoqué pour atteindre le même but. On suppose que le imulus douloureux est conscient, c'est-à-dire qu'il constitue un ât psychique; le mouvement qui suit est regardé comme une forme action réflexe directement excitée, et le résultat négatif de l'acte ndant à éviter la douleur comme conscient. Le même mouvement Ta répété avec plus de force ; mais son insuccès provoque une 3uvelle excitation motrice par une autre voie, excitation qui sera )mme une tentative pour arriver au but qui est d'éviter la douleur. ? nouveau mouvement suppose, au moins à l'état rudimentaire, la >nscience anticipée de l'effet qui doit suivre. S'il a un succès ?galif, d'autres voies nouvelles sont recherchées, et, naturelleent, avec la même conscience anticipée du mouvement qui doit livre.

Entre un mouvement et un autre il doit y avoir, sans aucun doute, fi retard, une pause; et dans cette pause, si petite qu'elle soit, il y a ic représentation anticipée du mouvement qui suivra. Cette susmsion est le germe de l'action volontaire, elle constitue la diffé- ;nce la plus essentielle entre une action réflexe ou instinctive et ne volition. A ce point de vue, on peut définir la voliontin-motiveent qui ne vient pas immédiatement après une excitation^ mais près une suspension pendant laquelle il y a une conscience anti^ pée du mouvement même.

11 est fort probable que le mouvement qui se produit après la ause ne sera pas approprié pour faire disparaître le stimulus dou- »ureux, il y aura alors essai d*une nouvelle voie, comme on l'a dit. es nouvelles voies motrices ne sont pas adaptées antérieurement ar la nature ; si elles l'étaient, les mouvements correspondants

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suivraient immédiatement, et sei*aicnt par suite de véritables actioos réflexes. La volition est donc un mouvement excité à travers de nouvelles voies qui ne sont ni les voies habituelles, ni les voies adaptées. Au caractèi'e indiqué précédemment, il faut ajouter cet autre qui est tout aussi important et qui distingue la volition du mouvement réflexe.

440. Pour que Texcitation motrice se tourne vers une autre voie, différente de la voie propre à Faction réflexe, il est nécessaire que rétre sentant ait une certaine aptitude au mouvement suscité directement, et sans connexion avec les excitations périphériques et sensitives. Ce qui peut être expliqué par le mouvement spontané. Cest Bain (!) qui a essayé de déterminer et de démontrer l'activité spontanée, et c'est le physiologiste Mùller qui en a donné les premières preuves.

Des courants nerveux qui partent des centres, par suite d'une exubérance d'énergie due à la nutrition, vont à la périphérie par les organes moteurs, les muscles, lesquels, sous leur influence, entrent en activité sans direction et sans règle. Ces mouvements sont déterminés et dirigés vers un eflbt utile parla sensation. La preuve la plus claire de l'activité spontanée résulte, d'après Bain, de divers faits. 11 y a d'abord la tonicité musculaire, qui est un état de tension du muscle reposé et qu'on peut regarder comme un degré inférieur du mouvement. Puis viennent la contraction permanente des sphincters, le mouvement rotatoire qui résulte d'une section faite d'un seul côté du mésencéphale ou d'autres ganglions, puis les mouvements qui précèdent la sensation au réveil, ceux des petits enfants qui sont incessamment en mouvement, ceux des jeunes animaux et ainsi de suite. Tous ces mouvements prouvent, dit Bain , qu*il y a une décharge continuelle des centres nerveux, quand ceux-ci sont dans un état de repos après la fatigue, ou dans un état d'énergie dérivant des conditions vitales de ces organes.

Cette activité des centres neiTCux qui se décharge à travers les voies motrices n'a-t-elle pas la forme d'une excitation ? Je crois que si. C'est, à mon avis, une excitation de caractère purement physiologique, c'est-à-dire un afflux sanguin dans les centres, plus considérable qu'il ne faut pour les conditions ordinaires de la nutrition des organes, et aussi considérable qu'il faut dans un état de grande activité cérébrale. Cette surabondance de l'afflux sanguin ne dérive naturellement que de la nutrition ou du repos antérieur des centres nerveux mêmes.

441. Mais cette forme apparente d'activité spontanée, bien quelle puisse être provoquée par l'afflux du sang, me semble avoir une origine plus profonde dans l'activité automatique primitive des élé-

(l) Les Sens et V Intelligence, Parlie I,chap. î, iv.— i>* Émotionnel la Volonté^ la Volonté, chap. i.

ments nerveux et musculaires. La première se manifeste par de courants nerveux sans provocation directe et extérieure ; la seconde, par la tonicité musculaire. L'activité automatique représente la vitalité des éléments, et il n'est pas douteux qu'il n'y ait là un échange, une correspondance entre les conditions extérieures et les conditions intérieures de l'être vivant. L'excitant de la cellule vivante, c'est le milieu dans lequel elle vit, et il est constitué par les mêmes argents physico-chimiques né(*essaires aux éléments vitaux, à la vie organique. C'est par lui seulement que les éléments vivants entrent en activité. Les organes, qui sont formés de ces éléments, sont déjà Bn activité continue et constante ; et si, d'un côté, cette activité n'Indique pas autre chose que la vitalité interne de l'organe, de l'autre côté cette vitalité interne tend à l'extérieur selon la nature diu tissu même. C'est, par suite, l'activité interne des cellules nerveuses qui, accumulée et répandue, se forme en un courant, Bn une onde nerveuse ; c'est l'activité interne de l'élément musculaire qui, en se réunissant, forme la tonicité, état primitif de la conraction temporelle et énergique. C'est l'activité biologique qui levient activité fonctionnelle, et ce passage d'une forme à l'autre 5sl établi par l'onde nerveuse spontanée, el par la tonicité musculaire, étal du muscle reposé. C'est seulement de cette façon qu'on i^ut accepter, à mon avis, les mouvements spontanés.

442. Pour le principe spontané des mouvements, outre ce qui a *té admis par Bain, on peut accepter encore comme déterminations fc l'extériorité de la fonction dans les organes, l'évolution et l'hérélité. Un des exemples les plus manifestes de ceci se trouve dans <>s mouvements qui produisent les sons vocaux. La spontanéité >our ces mouvements parait comme une excitation indirecte par les ^oies habituelles ; et cette excitation ne peut être qu'un effet d*évoution ou d'hérédité. On en peut dire autant d'autres organes moeurs. En d'autres termes, la forme et la manifestation de beaucoup le mouvements qui paraissent spontanés sont instinctives ; et l'insinct, comme on l'a vu, doit son origine à l'évolution et à l'hérédité. ..es deux principes expliquent donc la facilité de la manifestation notrice de forme spontanée. De là dérive encore la grande ressemblance des mouvements spontanés et des mouvements expressifs les sentiments. En substance, les mouvements sont les mêmes, la lifférence consiste seulement en cela que, dans la spontanéité, il ne levrait y avoir aucun sentiment antécédent, et que, dans l'expression, c'est l'onde du sentiment qui provoque directement ou indit*ectement le mouvement. Toutefois, considérés quant à leur origine, les mouvements émotionnels sont dérivés de mouvements primitifs réflexes ou volontaires ; les mouvements spontanés précèdent chroi^ologiquement tous les autres, si ce n'est peut-être les mouvements l'éflexes qui sont ccmtemporains.

443. J'ai supposé plus haut qu'im premier mouvement volontaire

peutélreex<!ité par une sensation douloureuse, comme un effort cpû se pourrait pas atteindre le but du premier coup, le premier moovement étant une pure action réflexe, et que le changement de directkn est précédé d'une suspension, pendant laquelle 11 y a certaine cobscicnce anticipée du mouvement qui suivra. Pour ce mouYemeat,ota encore du supposer la spontanéité du mouvement, comme étant o«qa a fait acquérir une certaine connaissance des diverses voies motricei Bain, au contraire, admet que la douleur n*estpas ou ne peut pas être la cause excitatrice, mais que c'est le soulagement de la daukur qui est en effet un plaisir. En fait, il pose comme postulats, poureipiqucr le mouvement volontaire, la spontanéité, la continuation d*ine acïtion qui produit du plaisir, et une connexion accidentelle entre m mouvement et un état agréable acquis par la loi de contiguïté (1). Le troisième élément peut au fond se ramener au secoAd, pan» que, étant donné le mouvement qui produit le plaisir, il s'agit encore de la persistance dans ce mouvement. Je ne nie certainement pu que la tendance à persister dans Tétat de plaisir soit capable et changer l'action réflexe en une action volontaire ; mais je ne vois pis que le passage de Tune à l'autre soit facile à expliquer, sinon par une nouvelle direction du mouvement, et ce changement de dlrecdoi ne peut se produire si l'excitation n*est pas une sensation doakNh reuse, dont un premier ou un second mouvement n'ont pas délivré l'être sentant.

Le principe établi par moi, c'est-à-dire la délivrance de la douleur, pour laquelle l'être sentant tente de nouvelles voies de moil?^ ment, explique la loi de la conservation, et le sentiment qui sedév^ loppe a la suite de l'expérience et de l'association entre les sensations et le mouvement. Et lepiincipesi bien soutenu par Bain, la spontanéité, n'a p&s de valeur, si la continuation dans le plaisir n'exige aucun mouvement différent du mouvement réflexe. C'est seulement dans le troisième principe que la spontanéité peut, dans certain cas, produire une sensation agréable, dans laquelle on persiste volontairement.

Cest parle même principe que s'explique unautre fait qui est d'une grande importance dans l'action volontaire, c'est-à-dire Ve/fort qui est le sentiment d'initiative d'un mouvement ou l'innervation centrale produisant impulsion sur la périphérie.

444. Ce qui dans l'action réflexe est connexe naturellement le devient par expérience dans l'action volontaire ; c'est-à-dire que. dans la première, c'est la nature qui unit l'excitation centripète à Texcitation centrifuge, qu'elles soient conscientes ou non ; tandis que, dans la seconde, cette union se fait par l'expérienœ, et celte expérience s*acquiert au moyen des sensations localisées, et, par suite, au moyen de perceptions plus ou moins développées, suivant letat des organes sensoriels dans le règne animal.

(1) Les Émotions et la Volonté, p. 307.

On a admis (!) que la localisation se fait par Tonde réflexe sensitive, et que cette onde n'est pas originelle, mais qu'elle s'établit postérieurement et avec Texpérience ; elle est elle-même un courant nerveux revenant par les mêmes voies par lesquelles il a passé pour exciter et produire une sensation. On a admis encore que la localisation périphérique s'établit, quand s'établit la localisation centrale ou localisation cérébrale.

Or, pour que le mouvement volontaire se produise de façon à atteindre un but, il est nécessaire que la localisation se soit faite, et que la topographie périphérique du corps soit connue. Quand l'onde de l'excitation motrice peut circuler parallèlement à l'onde réflexe de la sensation, ou onde perceptive, alors la connexion entre les sensations et les volitions est établie ; mais tant que ce cours parallèle n'existe pas, le mouvement volontaire est imparfait, sujet à l'erreur, parce qu'il ne suit pas la voie directe, et qu'il ne met pas en action les muscles appropriés. La perception et la volition sont donc connexes dans les localisations centrales et périphériques, toutes les deux sont déterminées par des courants centrifuges ; toutefois, la première est une réflexion de l'onde sensitive revenant par la même voie, et qui s'établit inconsciemment, bien qu'après expérience ; la seconde, qui dépend de la première, est accompagnée de conscience à son origine et à son point d'arrivée, c'est-à-dire dans les muscles en mouvement.

Cette expérience et la constitution de ces courants ne peuvent s'établir que par suite de l'échange continu qui se fait entre les sensations et les mouvements, sensations douloureuses qu'on cherche à éviter, sensations agréables dans lesquelles on veut persister, efforts faits pour réaliser un plaisir qui est excité en idée, ou pour fuir une douleur que l'on prévoit. Puis les muselles qui accompagnent les sens sont particulièrement mis en action, il s'établit ainsi une connexion entre les muscles de l'œil et les sensations visuelles ; entre ceux de la langue, de la mastication et les sensations de goût, et la délivrance de la douleur causée par la faim ; entre les sensations cutanées et les muscles flexeurs de quelques organes, de la main par exemple. Et tout cela est accompagné de la conscience claire et précise de rinnervation musculaire, qui produit une conscience sensationnelle spéciflque.

Quand le parallélisme des deux ondes nerveuses centrifuges a été constitué, le mouvement d'un muscle ne s'accomplit pas toujours nécessairement après une excitation périphérique au même point, mais il peut s'accomplir par suite de la reproduction de l'onde perceptive indépendamment de l'onde sensitive directe. C'est ainsi qu'on peut comprendre facilement comment un organe peut se mouvoir, un muscle se contracter, sans qu'aucune excitation périphérique ait

( 1) Voir livre il, chap. ix.

été provoquée en ce point. L'habitude, l'association, la persistance dans Tactivité fonctionnelle, la reproduction tant des perceptions que des mouvements, deviennent les facteurs principaux d*une eié* cution prompte et sûre des mouvements voulus.

445 . Un autre caractère de la volilion, c'est le but ou la fin qui doit suivre, but déterminé par l'être sentant, et par suite connu de lui et conscient. Tout mouvement provoqué produit un effet donné; si le mouvement est de la classe des mouvements réflexes, l'effet est accidentel dans la conscience de l'être sentant ; mais, si le monT^ ment se fait dans une direction dépendante de l'être sentant loimême, l'effet est alors établi, prévu, et non plus accidentel dansb conscience. Cet effet prévu et établi est la véritable fin de la volitk». On voit ici la différence capitale qu'il y a entre l'action réflexe et h volition. Qu'elle se produise consciemment ou non, il y a toujours, dans l'action réflexe, le même rapport entre l'excitation et le mouvement ; la volition, au contraire, doit toujours être consciente et elle n'est pas toujours dans le même rapport avec l'excitation. En d'autres termes, dans laction réflexe, le rapport est constant entre l'excitation et le mouvement, il est variable dans l'action volontaire; par suite l'effet de la première est invariable, celui de la seconde varie avec le rapport. D'où il suit que le but, dans l'action réflexe, est déterminé par la structure et la fonction des organes, et que, dans la volition, iH'cst par l'être sentant. On peut donc dire que h volition est un mouvement musculaire prévu et déterminé par rélrt sentant pour produire un effet qui est aussi prévu et déterminé,

446. Dans la détermination d'un mouvement pour un effet qu'on peut prévoir et qui est prévu, il y a une règle ; ce mouvement ne s'établit pasd'unemanièreindépendante, et le bul,déjà connu de l'être pensant, qui vient se confondre avec l'effet qui suit, ne serait pas le but ou la fin de l'action, s'il ne dépendait pas de quelque antécédent. Les mots mêmes, but, fin, effet, l'indiquent déjà, ils expriment tous une relation avec quelque chose d'antécédent. Et l'eflet suppose une cause, ou une série de conditions antécédentes sans lesquelles il n'y a pas d'efiet. La fin suppose une raison, et il y a entre la liaison et la tin le même lien qu'entre l'effet et la cause.

Nous avons vu la volition naître du besoin d'éviter une sensation douloureuse. La fin du mouvement, c'est la délivrance de cette douleur, l'efiet serait cette même fin atteinte. Le mouvement est prévu et accompli par l'être sentant pour cet effet et pour (rette fin. Mais quel est l'antécédent qui détermine la fin ? La réponse est simple et se présente d'elle-même : c'est la douleur, l'excitation douloureuse. Dans une action réflexe simple, une excitation quelconque est ca rapport consUmt avec le mouvement, et celui-ci, par suite, est invariable, et l'effet se produit naturellement, comme on l'a déjà dit ; dans une volition, au contraire, la relation est variable parce que c'est une not^velle vpie motrice que l'on clierche pour accomplir

Teffet, et que ce n'est pas toujours la même qu'on suit dans des circonstances analogues, mais celle que Ton juge être la plus facile et la meilleure. Sans l'excitation, l'être sentant ne peut être poussé à un mouvement qui ait pour fin de l'éviter et de s'en délivrer. Par suite, l'excitation est la condition première pour une volition et sans elle un mouvement ne saurait s'établir. Sans cette (*ondition pi*emière, il n'y aurait aucune raison pour qu'il y ait mouvement, ni pour qu'il y ait une fin à la production du mouvement, ou pour qu'un effet fut accompli par le même mouvement.

Cette première condition de la volition qui est l'excitation, douloureuse dans le cas que nous supposons, s'appelle ordinairement motif de l'action volontaire. On peut donc dire que la volition est un mouvement musculaire pour une fin déterminée, tendant à accomplir un effet, et provoqué par un motif. Motif, fin, effet, ou les antécédents et les conséquents de la volition, se passent dans la conscience de l'être sentant, et constituent les éléments essentiels de la volition.

447. On a déjà dit que le mouvement est prévu et déterminé par l'être sentant, puis on a trouvé un motif qui est la première condition de la volition ; on a trouvé en outre le lien entre ce motif et l'effet et la fin de la volition, on a aussi reconnu que le rapport entre l'excitation, ou motif de l'action, et le mouvement, est variable. Par ces derniers mots, on ne veut pas parler de la relation entre une excitation particulière et un mouvement particulier, mais de la relation générale entre les excitations et les mouvements, parce que, pour un phénomène unique, la relation entre une excitation et un mouvement donnés ne peut être ni variable, ni constante ; mais dans les divers phénomènes, on trouve et la variabilité et la constance de la relation.

Quand la condition d'un phénomène est unique, comme dans l'action réflexe, on comprend facilement que la relation doive être constante, mais il n'en est pas ainsi dans l'action volontaire. Si dans l'accomplissement d'un effet donné au moyen du mouvement, la fin est déterminée par l'être sentant, c'est là un signe que l'être sentant est encore une autre condition essentielle de la volition. Et en fait, dans tout phénomène psychique quel qu'il soit, on a trouvé qu'il y a deux causes ou conditions, une force extérieure et une interne, la force physique et la force psychique, cette dernière étant représentée par la force nerveuse. Et la volition est encore un fait psychique : on y trouve aussi ces deux facteurs, Ténergie interne et la force externe, la nature extérieure et la nature psychique.

Voilà pourquoi la relation précédente est variable, pourquoi la cause du phénomène n'est pas unique mais double ; c'est pour cela que la première condition essentielle, l'excitation qui, quand elle arrive à la conscience de l'être sentant,et qu'elle l'excite à l'action, s'appelle motif, n'agit pas d'une manière indépendante, absolue.

invariable, mais d*une façon relative et variable, obligée qn'eUe est de s'adapter à la seconde condition, à Tactivité psychique, pov produire Tefifet.

448. La force psychique n'est pas invariable. Dans le phénomèM sensible pris isolément, il n'est pas toiigours possible d'apprécier b valeur et la quantité de la force psychique. Cette appréciation oon* mence au moment où il y a manifestation par les voies centrifuges et par suite,tout d'abord dans l'action réflexe,réflexion directe et immédiate de l'exitation sensible, puis dans la volition, réflexion indirecte et médiate de la même excitation sensible. Ce qui contribue à la réflexioi de l'onde excitatrice, c'est la partie affective, le sentiment. On an combien le sentiment est relatif et variable, non seulement chez les divers individus, mais encore dans le même individu aux diffërenles époques de sa vie. C'est cette relativité du sentiment aux diverses époques qui constitue la variabilité de la force psychique dus ses manifestations. Par suite, tout ce qui contribue à la variabililé de l'âme dans la relativité du sentiment contribue à la manifestation de ce sentiment par les voies motrices. Les influences de cette variabilité sont de deux espèces, internes et externes. Les premières dérivent de simples [conditions physiologiques, les secondes d'actions physico-chimiques naturelles. Les premières sont, exk les considérant à part, plus constantes, les secondes le sont moins; quand elles concourent à un eflet unique, le résultat est maximum (1).

449. Mais au milieu de ces éléments inconscients et variables de l'âme, il y a un fond constant et invariable par suite duquel les manifestations motrices ne peuvent être en opposition, ni pour les divers individus ni pour les divers états d'un même individu. Ce fond constant est constitué par les sentiments que suscite le besoin de la conservation, et qui apparaissent, en grande partie, sous la forme de plaisirs et de douleurs. Ce sont les suivants : l"" tendance à fuir la douleur; 2° tendance à persister dans le plaisir; 3^ sentiment de conservation proprement dit; 4** sentiments accessoires dépendant de celui de la conservation, sentiments de propriété et de liberté.

Toute action est faite sous l'impulsion de ces sentiments, on les retrouve toujours dans les actes des hommes et dans ceux des animaux ; c'est d'eux que \1ent toute impulsion énergique et dominante. Une action semble quelquefois venir d'une impulsion diftérente ; mais cela n'est qu'en apparence , en réalité cette action même ou plutôt son impulsion se réduit à ces principes élémentaires, égoïstes et individuels.

(1) Le professeur Lombroso a montré avec une grande clarté la forre di^s influences. Voyez Lombroso : VHomme criminel^ chap. xiv. 1 vol. in-8, ave*atlas (le 18 planches. Trad. fran<;. 1887, F. Alcan, éditeur.

ORIGINE KT i^XÉMËNTS DE L.i VOLONTÉ 415

Une autre impulsion à l'action, c'est Texcilation sexuelle : elle a en réalité et naturellement pour fin la conservation de l'espèce, mais cette fin n est pas connue, elle n'est considérée par l'individu que comme un sentiment dont la satisfaction procure du plaisir. Toutefois rimpulsion de ce sentiment est si puissante, chez quelques-uns, qu'elle l'emporte, dans certaines conditions, sur le sentiment de la conservation ; elle est plus énergique et plus irrésistible que celle de la faim. A ce point de vue, on peut ranger l'impulsion sexuelle parmi les éléments constants qui poussent à Faction.

450. Mais ces éléments constants, joints aux éléments variables, produisent dans l'activité psychique une oscillation entre un maximum et un minimum de déviation de la manifestation motrice considérée d'abord au point de vue de Vintensitéy puis à celui de la qualité.

L'intensité d'un mouvement est facile à comprendre : c'est la rapidité et la force avec lesquelles il est produit. On sait que cette intensité varie avec les individus, et dans le même individu avec les circonstances ; elle varie, par suite, en oscillant entre deux points extrêmes opposés que Ton peut calculer et mesurer, étant donné les impulsions, les conditions physiologiques, et les circonstances extérieures. La qualité d'un mouvement dépend de la fin que se propose celui qui agit à la suite d'une impulsion à l'action venue du dehors. 11 est bien entendu que la quantité et la qualité sont deux propriétés de la volition, comme elles le sont de la sensation, c'est-à-dire qu'elles sont inséparables, parce qu'on trouve dans toute volition un degré d'intensité et une forme qualitative qui constituent le caractère de ce mouvement.

Etant donné que les éléments constants et les éléments variables sont réunis, toute volition varie ou peut varier entre les extrêmes, et en intensité, et en qualité.

45 1 . Si donc on admet que Fàme,dans ses manifestations, et dans son activité, éprouve des oscillations pour les éléments constants et pour les éléments variables, il suit que la volition — qui dépend du concours des deux forces : la force externe ou excitation à l'action,, et la force interne, qui est cette même force psychique qui oscille ainsi, — la volition, dis-je, est un phénomène psychique qui doit présenter la plus grande variété quant à l'intensité et quant à la qualité. Etant donné une excitation constante, ou mieux d'une qualité constante, il ne s'ensuit pas que la volition doive avoir la même intensité et la même qualité dans deux individus, parce que nous avons déjà établi que l'excitation à l'action n'agit pas d'une manière absolue et indépendante, mais relativement, et d'après certaines conditions de l'activité psychique. Si cette activité était constante et invariable, une excitation unique devrait produire une volition unique quel que soit l'être agissant ; mais comme elle est variable, ou mieux qu'elle oscille selon les états divers du sentiment,

il en résulte qu'il se produit desvolitions différentes suivant ks êtres qui sont excités à Taction.

452. Mais ici se pose une autre question. Quelle est la part que prend la force extérieure comme excitation à laction, quelle csl celle de Tactivilé psychique qui concouit à laction ?

L'excitation étant considérée comme une valeur constante, el Tactivité psychique comme une valeur variable, la solution di problème, tout compliqué qu'il est, n'est pas difficile.

La force psychique est une force que l'on peut considérer à diven moments que je nomme pour [Jus de simplicité : l"" états naturels; 2^ états de collocalion. Dans le premier moment, l'impulsion externe excite de celte force et en met en activité juste ce qui est nécessaire pour l'exécution d'un mouvement, ni plus ni moins. 11 se foimc alors un état normal moteur, que j'appellerai habituel, semblable à l'état normal ou habituel des excitations sensibles pour lesquelles on a déjà trouvé une loi psycho-physique de correspondance entre la force excitatrice et la force excitée.

L'état de collocation dont on a parlé à propos des sentiments {$ 323) est une force \1rluelle venant de conditions antérieures, comme une accumulation de diverses forces, telles que, si l'une est suscitée, toutes les autres concourent à l'action avec une énergie composée et complexe. L'effet, dans ce cas, est supérieur à celui qui serait pi'oduit dans un état naturel de la force nerveuse. Par snite, pour cet état de collocation, l'excitation n'a qu'une très feibic intensité, et l'effet produit provient beaucoup plus de raclivité psychique déployée.

£n partant de ces deux états, on peut établir que Tintensité de la volition est dans une relation que j'appellerai d'équilibre entre lexcitatlon et l'activité psychique, ou encore dans un état d'inclination de la force psychique. 11 y a dans celle-ci une inclination maxima qui constitue un maximum par rapport à l'état d'équilibre que nous pouvons dire minimum, et, entre ce maximum et ce minimum, se fait roscillation dont nous avons parlé.

Il y a une remarque importante à faire à cet égard, c'est que le mouvement volontaire ne doit pas être considéré isolé parmi les états psychiques, mais comme étant en rapport constant avec le sentiment, et les états psychiques de la volition, que nous avons déjà notés, sont ceux du sentiment. La volition n'est pas un phénomène primitif, mais elle vient après le sentiment comme le mouvement en général suit la sensation, el l'excitation externe n'agit pas comme instigatrice de la volonté, sinon sous forme de sentiment, c'est-à-dire quand elle s'est transformée en impulsion psychique. C'est alors, dans cette transformation psychique, que se complète la relation susdite entre la force extérieure et la Ibrce nerveuse, et de cette relation complétée dérive l'excitation ou l'impulsion au mouvement.

453. De CCS variations dans la composition des forces, des transformations diverses de ces forces en impulsions psychiques par les divers états de sentiments ; de la concomitance de la perception de la cause extérieure, et de la fin que se propose dans l'action volontaire celui qui agit, dérive la qualité de la volition. Toutefois, tous ces éléments de la volition n'étant pas discernables, on a coulume de mesurer la quantité d'après la cause excitatrice ou motif de l'action, d'après l'état de sentiment au moment où s'accomplit l'action, ou d'après la façon dont elle s'accomplit; et plus sim[)lement encore on l'estime d'après le motif, c'est-à-dire que la volition prend la forme ou la qualité de l'impulsion dont elle dérive.

C'est ce qu'on montrera mieux dans la suite.

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