‹ La psychologie physiologiqueChapitre 81 sur 130 · I. — MOTIFS · texte numérisé non relu

I. — MOTIFS

458. Les motifs sont lesstimulants à la volition, quand ils sont passés dans la conscience de l'agent sous une forme psychique ; ce sont par suite : !• des sensations actuelles ; 2^ des perceptions réelles ; 3<> des idées ; 4'' des sensations et des perceptions rappelées ; 5"* des sentiments proprement dits. Les motifs sont ainsi des excitations extérieures devenues phénomènes psychiques, et il ne serait pas possible qu'il en fût autrement, et de plus ces phénomènes, pour être considérés comme de véritables motifs, doivent agir comme sentiments. 11 fout se rappeler ce qui a été démontré, que la partie affective ou ton du phénomène est inséparable de la perception ou sensation ; or, si petit que soit cet élément, il est lui-mémo ce qui pousse principalement à l'action. Une idée proprement dite, restée sans être accompagnée d'affection émotionnelle, n^excite pas à l'action ; il est nécessaire, pour qu'il se produise une impulsion à travers les voies ItiotHces, qu'il y ait un sentiment de plaisir ou de douleur, comm

une forme sensationnelle primitive. Doii il suit que Ténei^ie de cette impulsion dépend de Ténergie du sentiment qui est concomitant à une idée, à une sensation, ou à une perception.

459. Mais Timpulsion du motifest initialey c'est-à-dire qu'elle est ce qui commence ou fait commencer le mouvement, mais non ce qui le conduit à terme. J'ai montre plus haut que le phénomène de volition dépend de deux facteurs, le motif ou facteur externe, et la force psychique stimulée par le motif, ou facteur interne. S*il en est ainsi, il suit que le motif n'achève pas la volition, mais qu*il la suscite simplement, il stimule le facteur interne à Taccoraplir; par suite, il n'a qu'une force initiale. Si cette force n'est pas suivie par la force psychique excitée, le mouvement ne s'accomplit pas. Ainsi, cette force initiale accompagne le processus du phénomène parce qu'elle s'unit à l'autre facteur indiqué.

Cette impulsion Initiale à [l'action peut trouver une résistance ; si cette résistance est plus faible qu'elle, elle la vahic; si elle est plBS forte, elle pourra la vaincre quand sa propre énergie se sera augmentée par de nouveaux éléments surajoutés ou concomitants et qui, dans le premier moment, ne manifestent pas leur action. Elle peut enfln être vaincue par la supériorité de la résistance, et il n*existe alors à aucun eifct.

460. En parlant de la correspondance et de la relation entre les deux forces, j'ai supposé constante la force d'excitation, et ^'ariable ou mieux oscillante la force du. facteur interne de la volition. On a fait cette supposition pour ne pas compliquer la démonstration. Mais si le motif est une excitation transformée en fait psychique, il a lui aussi des éléments variables qui le constituent ; (!e sont les conditions psychiques et physiques de l'être sentant, avec toutes les influences qu'elles subissent, par suite des concomitances internes et externes dillërentcs, enfin tout ce qui constitue la relativité d'un sentiment, et en général la relativité d'un état de conscience.

11 est clair maintenant que la volition est un effet de deux conditions causales, qui sont en réahté deux facteurs internes, parce que tous les deux sont psychiques ; et que le rapport entre ces deux facteurs est beaucoup plus compliqué que celui que nous avions supposé plus haut, ces deux facteurs étant variables ; par suite, l'effet doit être un produit résultant de deux éléments variables.

Cependant la variabilité de l'état psychique qui constitue le motif ou impulsion initiale de la volition est beaucoup plus grande que la variabilité ou oscillation de l'état psychique, qui est le facteur actif, c'est-à-dire celui qui achève la volition. En effet, le motif dépend de toutes sortes d'influences, tant extérieures qu'intérieures; il n'est pas réglé par une autre loi que par la relation actuelle entre lexcilation et la force nerveuse ; l'autre étal psychique, au contraire, a. comme je le dirai, de nouveaux moyens et de nouveaux modes pour régler, dans des limites déterminées, l'oscillation de la variabilité.

461. Or, aux premiers degrés de la vie humaiae, ou dans Tétat sauvage, les motifs ne trouvent aucune résistance pour passer aux effets dont ils sont causes, parce que la force psychique, stimulée à ractivîté, seconde toutes les impulsions, étant en ce moment en parfaite harmonie au milieu des influences et des changements. D*où il suit que dans ces deux phases si ressemblantes dont Tune appartient au commencement de la vie, et l'autre au commencement de la civilisation, la variabilité des actions volontaires est le caractère prédominant. L'élément, qui joint à l'excitation produit la volition, n'apparaît pas encore comme une force distincte, mais comme une suite de la première fore^ ou motif ou excitation à la volition. La volition,

ï dans ce cas, est beaucoup plus voisine de laction réflexe que de l'action volontaire plus élevée.

462. Le motif de la volition a été considéré comme une impulsion ; donnée d'une excitation extérieure et transformée en fait psychique; '■ cette excitation agit sous forme de sentiment, quel que soit le fait ' psychique, qu'il soit une perception, ou qu'il soit une idée, bien que : l'idée semble être le fait le plus éloigné du sentiment. Et on a i regardé ce motif comme étant la cause externe qui excite la cause

interne à l'action. Mais on a dit aussi que l'agent, dans la volition, se propose une fin^ et que cette fin est même le caractère dominant de : la volition, à la différence de Faction réflexe ou instinctive où il n'y . a aucune fin consciente, ou connue de l'être agissant.

Quel est le rapport du motif à la fin ? Un rapport très simple,

comme celui qui existe entre le sentiment et la satisfaction de ce

' sentiment, c'est-à-dire que le motif est un sentiment, et que la fin

c en est la satisfaction. La fin ne vient donc que du motif de l'action lui-

, ' même, et l'action est le moyen employé pour satisfaire ce sentiment.

r-î C'est ce qu'un exemple rendra plus clair. J'ai entendu parler de la

beauté du Faust de Gœthe dans sa langue originale ; cela m'est une

impulsion à étudier l'allemand, si je veux goûter les beautés esthé-

< tiques de cette œuvre ; la fin que je me propose c'est de lire le Faust

/ dans l'original. La fin est par suite la satisfaction d'un sentiment qui en

.: est le motif. Les moyens employés sont toute la série des actions volon-

.; taires quejefaispourapprendrela langue.Le motif principal qui pousse

(. un jeune homme à étudier au collège, c'est d'avoir le baccalauréat, pour

I nne fin qu'il s'est proposée, à savoir les études professionnelles de

; l'enseignement supérieur, auxquelles il ne peut arriver sans ce bac-

4 calauréat.

[ Mais bien souvent le motif et la fin se confondent, c'est-à-dire sont I[ une même chose ; le motif à l'action ne diffère pas de la fin de ; l'action.

On étudie le droit pour devenir avocat, c'est là le motif et la fin de rétude. Ce qui me pousse à étudier le droit, c'est ce motif que je Tenx être avocat, c'est là aussi la fin que je me propose en étudiant. ]jà fin n'est donc pas quelque chose qui nait au hasard ; ou bien elle

dérive directement du motif et elle en est comme le complémeit, ou bien c'est le motif lui-même dont l'agent se propose l'accomplissement dans une série d'actes volontaires.

463. C'est le motif qui donne à la volition son aspect ou sa forme. La volition n'a par elle-môme aucune forme» aucune qualité ; toute volition serait indifférente, si elle n'était pas déterminée par le motif ou la fin. Une action est dite généreuse, si le motif qui la détermine ot un sentiment généreux, et le résultat dépend d'une lin généreuse ; eDe sera, au contraire, dite mauvaise si le motif est mauvais. Sans cette drsure, il n'est pas possible d'estimer la valeur de la volition, ni de b classer dans une catégorie donnée , et de dire , par exemple, qu'elle est bonne ou mauvaise. C'est là qu'est le pivot de rimpvtabilîté des actions humaines ; si on sort de là, la volition n*a ptei ni mesure ni valeur appréciable.

464. Le motif est une condition causale de la volition, c'est-à-diie qu'il en est un antécédent ; si on l'éliminait, il n'y aurait plus de volition. Il y a entre lui et la volition le même lien physiologigoe qu'entre ime excitation et l'action réflexe. L'action réflexe suit Veuttation, et il y a là une séquence non pas accidentelle, mais causale; sans excitation il n'y aurait aucune action réflexe, et l'expresaot réflexe elle-même indique qu'elle doit être précédée d'une exdtadoi afférente. Ainsi la volition ne peut être suscitée que par un antécédent qui est le motif ou la fin pour lequel elle s'accomplit.

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