LES ERREURS DE PSYCHOLOGIE POLITIQUE EN MATIÈRE DE COLONISATION
Les luttes économiques entre l'Occident et l'Orient seront, sans doute, une des sérieuses préoccupations du xx" siècle et entraîneront, fatalement, plus de ruines et de sang versé que les guerres des temps passés.
Dans ce conflit de deux civilisations aux prises, les colonies sont appelées à jouer un rôle considérable. On ne conteste plus, aujourd'hui, l'intérêt que nous avons à conserver les nôtres. Nous ne saurions donc rester indifférents à ce qui les concerne.
L'administration des colonies fondées par les diverses nations européennes, repose sur quelques principes très précis. Ces principes, engendrés par l'expérience, et qui devraient, semble-t-il, être généraux, varient, au contraire, d'un peuple à l'autre.
D'un peuple à l'autre est peut-être trop dire, car, en ce qui touche les méthodes colonisatrices, on peut distinguer, parmi les puissances eui'opcennes, deux catégories. Dans la première, nous sommes, nous,
Français, à peu près isolés, la seconde comprend la plupart des autres nations. Ces divers pays fondent des colonies pour les garder et en tirer profit. Supérieurs à ces préoccupations mesquines, et n'oubliant pas que notre rôle est de porter aux divers peuples de la terre les bienfaits de la civilisation, nous prétendons les gouverner avec nos institutions et nos idées. Institutions et idées sont malheureusement l'epoussées avec une complète unanimité. Convaincus de notre bon droit, nous persistons dans nos doctrines, et il en sera sans doute ainsi jusqu'à ce qu'une série suffisante de désastres nous ait solidement prouvé qu'en matière de colonisation, nos grands principes constituent, théoriquement et pratiquement, de lamentables erreurs.
Dans un chapitre de mon livre : Les civilisations de l'Inde, j'ai montré les principes directeurs suivis par l'Angleterre pour la conquête et l'administration de ses colonies, et notamment l'Inde; comment cette dernière avait pu être soumise avec l'argent et les hommes du peuple conquis; combien elle était sagement administrée; et comment, par l'application d'un seul princii)C psychologique erroné, ce gigantesque empire échapperait peut-être un jour à ses vainqueurs.
Obligé d'être bref, je me bornerai, dans ce chapitre, à rechercher les idées courantes en France sur l'administration de notre colonie la plus voisine, l'Algérie, et quelles conséquences peut entraîner leur application.
Les études sur l'Algérie sont innombrables; mais deux d'entre elles, rédigées par des auteurs fort compétents, résument clairement la moyenne des opinions admises. L'une a pour auteur un savant professeur du collège de France, M. Leroy-Beaulieu, l'autre, un ancien consul français, M. Vignon.
Je n'ai pas pour but, dans ce chapitre, d'examiner en détail les résultats de notre colonisation algérienne; mais seulement la valeur des idées psycholo-
giques londamenlales qui ont dirigé et paraissent devoir diriger longtemps encore notre administration. Mes critiques porteront donc uniquement sur les principes et nullement sur les hommes qui les appliquent. Ce sont des nécessités politiques et non des théories qui dirigent les hommes d'Etal; or, les nécessités sont filles de l'opinion. C'est donc à l'opinion qu'il faut s'en prendre, non aux personnes forcées de la subir et dont aucune ne serait assez puissante pour gouverner sans elle. La changer sera fort difficile, car si le peuple français se montre le plus révolutionnaire des peuples, en apparence, il est peut-être, au fond, le plus conservateur de l'univers.
L'Algérie, contrée aussi vaste que la France, est un pays assez peu peuplé. Elle est habitée par six millions de musulmans dévoués à nos institutions, assurent les rapports officiels; mais, en fait, ce dévouement a besoin d'être consolidé par une armée de 60.000 hommes, c'est-à-dire à peu près égale à celle qu'emploient les Anglais pour maintenir sous l'obéissance 250 millions d'Hindous, dont 50 millions de musulmans bien autrement redoutables et difficiles à manier que leurs coreligionnaires algériens *.
Au milieu de cette population musulmane de l'Algérie en évolue une autre de 800.000 Européens dont la moitié seulement est française; l'autre moitié est espagnole, italienne, maltaise, etc. Ces éléments européens, d'origines si diverses, ne se croisent pas avec les Musulmans, mais seulement entre eux, et le jour est proche où il résultera de ces mélanges une population nouvelle à caractères bien tranchés et
1. Beaucoup de musulmans de l'Inde sont d'ailleurs de purs Arabes. On les rencontre surtout dans l'empire du Nizam. A Ilyderahad, ils forment une population tellement fanatique et dangereuse, que le gouvernement anglais a pris le parti d'interdire absolument aux Européens de traverser les rues sans autorisation et sans escorte. C'est, du reste, un principe général, aux Indes, d'empêcher autant que possible le contact des indigènes et des Européens. Chaque cité comprend toujours deux parties souvent séparées par plusieurs kilomètres de distance, la ville indigène et la ville européenne : celte dernière forme ce qu'on appelle le cantonnement.
dont les intérêts seront, naturellement, ceux de l'Algérie, beaucoup plus que ceux de la métropole. Elle apparaît un peu déjà, cette métropole, comme une sorte de banquier naturel destiné à gratifier le pays de chemins de fer, d'établissements publics et de subventions variées.
Quant aux musulmans, constituant la majeure partie de la population, ils contiennent des descendants de tous les conquérants africains; mais le fond paraît être formé principalement de deux tiers de Berbères et d'un tiers environ d'Arabes. Les différences entre eux sont assez faibles; la seule présentant quelque importance est la division en sédentaires et en nomades. Nous verrons plus loin que, contrairement à une opinion très répandue, Arabes et Berbères fournissent des éléments à ces deux classes.
Le livre de M. P. Leroy-Beaulieu pourrait se résumer en un mot, traduction exacte, d'ailleurs, des idées régnantes en France sur l'Algérie : « Franciser les musulmans ».
Le système politique suivi jusqu'ici pour franciser ou conquérir moralement ces musulmans est d'ailleurs d'une barbarie voisine du procédé des primitifs Américains à l'égard de ces Peaux-Rouges, qu'on dépouillait de leurs territoires de chasse en leur laissant la pleine liberté de mourir de faim.
C'est à peu de choses près notre méthode administrative du refoulement fort bien décrit par M. Vignon :
L'administration, dit-il, voyant les gouverneurs généraux confisquer une partie des terres des tribus après chaque insurrection, pensa qu'elle pouvait en toute justice faire choix des meilleures terres pour les colons et « refouler » les indigènes. A mesure que l'élément européen se développait, les indigènes étaient renvoyés de l'héritage de leurs pères, des tribus entières transportées loin de la région qui était en quelque sorte leur patrie... Les résultats d'une pareille politique suivie pendant plus de trente ans ne pouvaient être douteux ; ici, l'Arabe incessamment refoulé, toujours plus incertain de recueillir le fruit de son travail, ne songeait ni à bien cultiver, ni à améliorer le sol ; là, privé des terres labourables de sa tribu, de la jouis-
sance même de l'accès des cours d'eau, ne pouvant lutter contre la sécheresse, il ne recueillait pas le blé suffisant à sa nourriture et voyait ses troupeaux diminuer ou disparaître ; partout, enfin, ces mille souffrances entretenaient les haines de l'indigène contre le colon et creusaient, au lieu de le combler, le lossé déjà profond qui sépare les deux races.
Le sénatus-consulte de 1863 qui déclara les tribus propriétaires des territoires dont elles avaient la jouissance n'a pas mis fin au système du « refoulement », mais il a changé de forme et de nom. Aujourd'hui il s'appelle le système de « l'expropriation pour cause d'utilité publique »... Deux traits essentiels caractérisent ce système : d'une part, il ne procure la terre aux colons qu'en l'ôtant aux indigènes, il constitue des cercles exclusivement européens d'où les indigènes sont écartés avec soin en tant que propriétaires ; d'une autre, il condamne à la misère l'indigène dépossédé. L'ancien propriétaire du sol reçoit une indemnité en argent qui est fixée par les tribunaux ; elle varie généralement de 50 à 60 francs par hectare. L'indigène se trouve donc échanger les 30 ou 40 hectares sur lesquels il vivait aisément avec sa famille contre une somme de 1.500 francs à 2.000 francs, c'est-à-dire qu'au lieu d'un fonds de terre suffisant à ses besoins pour toute sa vie, il n'a plus qu'un capital qu'il épuise en une ou deux années.
Une des plus étranges applications faites en Algérie de l'omnipotente intervention de l'Etat a été la colonisation officielle. Il faut en lire la lamentable histoire dans le livre que je viens de citer. On y verra les conséquences de ces distributions gratuites de terres à des déclassés de toutes sortes, aussi aptes à cultiver le sol qu'à professer le sanscrit, de ces créations de villages officiels devenus aujourd'hui des déserts, etc. Les résultats de cette désastreuse expérience, et les frais excessifs entraînés par elle, n'ont pas suffi pourtant à éclairer nos administrateurs, puisque, il y a quelques années, un gouverneur général demandait 50 millions pour exproprier encore des Arabes et créer d'autres villages en remplacement de ceux qui avaient si misérablement échoué! Heureusement, le projet fut repoussé par les Chambres, car il préparait sûrement une nouvelle révolte de la population musulmane et un nouveau gouffre pour les millions de la métropole. Qu'un pareil projet ait
pu être proposé, discuté et près d'aboutir, cela montre à quel point l'éducation de l'opinion française demeure encore primitive en matière de colonisation.
Il n'est pas surprenant qu'avec de telles expériences l'Algérie nous coûte excessivement cher. On évalue ce que nous avons payé pour elle à plus de 4 milliards, déduction faite des recettes. Au prix de tant de sacrifices, avons-nous au moins pacifié le pays ? Tâchons de nous le persuader, mais n'oublions pas que, pour y conserver une paix relative, il nous faut y entretenir constamment une importante armée.
Depuis la conquête de l'Algérie, deux principes fondamentaux, alternés suivant les mouvements de l'opinion, semblent avoir exclusivement dirigé notre politique colonisatrice. L'un consiste à exproprier les Arabes, puis à les refouler dans le désert: l'autre à les franciser en leur imposant nos institutions. Les Arabes ne se sont pas laissé refouler, par l'excellente raison que le désert ne peut nourrir personne, et qu'avant de consentir à mourir de faim, plusieurs millions d'hommes commencent généralement par opposer quehpie résistance. Les indigènes n'ont pas plus accepté d'être francisés que refoulés, parce que jamais jusqu'ici un peuple n'a pu changer sa constitution mentale, pour adopter celle d'un autre.
Les deux systèmes sont donc également détestables et le passage successif de l'un à l'autre ne nous olTrc aucune chance de les améliorer. On continuera la série des ruineuses expériences, jusqu'au jour où nos gouvernants, enfin éclairés, s'aviseront que laisser au pays conquis ses institutions, ses coutumes, son genre de vie, ses croyances, comme le tout tous les peuples colonisateurs, les Anglais et les Hollandais notamment, est la plus simple, la moins coûteuse et la plus sage des solutions.
Celte solution serait actuellement impossible, puisque l'opinion publique est contre elle. La conduite de nos administrations, les idées émises dans les journaux et dans les livres, le prouvent suffisamment.
A peu près dégagés en Occident de l'influence des croyances religieuses, nous supposons volontiers qu'il en est universellement ainsi. Fort peu d'auteurs européens ont compris qu'en Orient la question religieuse prime toutes les autres. Institutions civiles et politiques, vie publique ou privée sont, pour les disciples de Mahomet, comme pour ceux de Siva ou de Bouddha, uniquement régies par la loi religieuse. Manger, boire ou dormir, ensemencer son champ, recueillir sa récolte, constituent chez l'Oriental des actes religieux. Les Anglais le comprennent si bien que, malgré leur protestantisme rigide, ils restaurent aux Indes les pagodes, entretiennent largement les prêtres de Siva et de Yichnou, et ne favorisent nullement le zèle de leurs propres missionnaires. On chercherait vainement sous le ciel britannique des avocats pour soutenir qu'une colonie doit périr plutôt qu'un principe.
Protéger la religion musulmane, nous appuyer sur les congrégations influentes, fortifier l'autorité des prêtres musulmans au lieu de la combattre et de l'affaiblir, aurait dû être la base de notre politique. Le premier résident français à Tunis, un des bien rares gouverneurs ayant su s'assimiler les choses de l'Orient, et qu'on s'est d'ailleurs empressé d'en retirer, faisait preuve d'un sens politique très profond quand il suggérait au bey de Tunis la promulgation de décrets religieux pour affirmer aux yeux des croyants la légitimité des mesures qu'il voulait imposer.
Respecter les coutumes religieuses des Arabes, c'est respecter toutes leurs institutions, ces dernières dérivant uniquement, comme je le disais plus haut, des croyances religieuses. M. Leroy-Beaulieu réprouve
cette politique qu'il qualifie de politique d'abstention et ajoute que « le respect complet des coutumes, des traditions, des mœurs de ce que l'on a appelé la nationalité arabe exigerait que notre armée et nos colons quittassent l'Afrique ».
Pourquoi le respect des mœurs et coutumes arabes entraînerait-il le départ obligatoire de notre armée et de nos colons? L'auteur oublie totalement de nous le dire. Je crois qu'il aurait grand'peine à étayer son opinion d'aucune raison sérieuse. La politique défendue ici est celle adoptée à l'égard des musulmans par les Anglais aux Indes sans que ces derniers paraissent nullement disposés à abandonner leur immense empire.
Les mesures conseillées par M. Leroy-Beaulieu sont bien conformes à nos idées d'égalité universelle. Elles consistent dans « la tasion de l'élément indigène avec l'élément européen ». Cette fusion est représentée comme « un état de choses où les deux populations d'origine diflérente seraient placées sous le même régime économique et social, obéissant aux mêmes lois générales, et suivraient dans l'ordre de la production la même impulsion ».
Le tableau apparaît séduisant sur le papier. C'est le rêve égalitaire de nos théoriciens de 93 et d'aujourd'hui. Il ierait un peu sourire le plus modeste employé du service civil des Indes. On peut être un savant remarquable sans soupçonner l'abîme qui sépare la pensée et les sentiments d'un Oriental de ceux d'un Occidental.
L'auteur prévoit bien quelques obstacles à sa politique de fusion, mais les surmonte aisément. D'abord il assure, toujours sans dire sur quelles observations s'appuie son assertion, que « les Kabyles ne diffèrent des Européens que par un point, la religion ». Quelle erreur! On serait plus près de la vérité en disant qu'entre l'Européen civilisé ot le Berbère actuel, la dilTérence est aussi considérable ((u'cMilre
un Gaulois du temps de Brennus et un Parisien de nos jours.
Les Berbères, suivant M. Leroy-Beaulieu, étant identiques aux Européens, les Arabes, seuls, resteraient à franciser. La chose lui paraît fort simple : « Il faudrait, explique l'auteur, radicalement modifier le système de la tribu, de la propriété collective, de la famille polygame. Ces trois points obtenus, il ne resterait plus que des détails dont on viendrait à bout avec le temps. «
Ces petites transformations, qui réjouiraient assurément les plus purs des socialistes, semblent si faciles à l'auteur qu'il ne juge même pas utile d'indiquer le moyen de les opérer. Je crois cependant que pour toute personne un peu familiarisée avec l'étude de la constitution mentale des Arabes, réaliser de telles modifications n'offre guère moins de difficultés que de changer un indigène australien en professeur au Collège de France, ou d'apprendre à voler à un batracien.
M. Leroy-Beaulieu n'est pas tendre d'ailleurs pour les Arabes, qu'il parait considérer comme une collection de sauvages. Leur organisation est simplement, suivant lui, «l'ancienne constitution de tous les peuples pasteurs ». L'auteur croit évidemment que tous les Arabes sont des pasteurs, et les Berbères des sédentaires. En réalité, nomades et sédentaires subsistent chez les deux peuples. Les plus purs des Berbères, les Touaregs, sont exclusivement nomades. En lisant ce qu'écrivait Ibn Khaldoun au xiv^ siècle, on voit que cette division des Berbères de l'Algérie en sédentaires et en nomades ne date pas d'hier ^
1. « Depuis les lemps les plus anciens, dit ibn Khaldoun, celle race d'hommes (les Berbères) habite le Maghreb, dont elle a peuplé les plaines, les montagnes, les plateaux, les régions niarilimes, les campagnes et les villes. Ils construisent leurs demeures, soit de pierres, soit dargile, soit de roseaux et de broussailles, ou bien de toiles faites de poil de chameau. Ceux d'entre les Beibèies qui jouissent de la puissance et qui dominent les autres s'adonnent à la vie nomada et parcourent avec leurs troupeaux les pâturages auxquels un court voyage peut
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Les distinctions faites autrefois par quelques auteurs entre Berbères et Arabes, au point de vue de l'aptitude à la civilisation, reposaient sur des observations fort superficielles et ne sont plus soutenables aujourd'hui. II y a, je le répète, parmi les Berbères, des sédentaires et des nomades, comme il y en a parmi les Arabes. Le mode d'existence dépendant du milieu, ces deux formes de la vie sociale résultent de la nature du sol et non de la race. Dans les plaines sablonneuses, Arabes et Berbères sont nomades; dans les régions fertiles ils sont sédentaires. On trouve des Arabes nomades et des Arabes sédentaires en Algérie, aussi bien qu'en Egypte, en Syrie et en Arabie.
Des Berbères sédentaires et des Arabes sédentaires, je ne vois guère qui l'emporte comme développement intellectuel. Si l'on devait pencher d'un côté, ce serait plutôt vers les Arabes, possesseurs jadis d'une civilisation très haute, alors que celle des Berbères fut toujours assez rudimentaire^.
La réforme sur laquelle M. Leroy-Beaulieu insiste le plus — mais toujours en oubliant de nous indiquer son mode d'application pratique — est la suppres-
les amener ; jamais ils ne quittent l'intérieur du Tell pour entrer dans les vastes plaines du désert. Ils gagnent leur vie à élever des moutons et des bœufs, réservant ordinairement les chevaux pour la selle et pour la proiiagation de Tespèce. Une partie des Berbères nomades fait aussi métier d'élever des chameaux, se donnant ainsi une occupation qui est plutôt celle des Arabes. Les Berbères de la classe pauvre tirent leur subsistance du produit de leurs champs el des bestiaux qu'ils élèvent chez eux ; mais la haute classe, celle qui vit en Domade, parcourt le fiays avec ses chameaux, et toujours la lance en main, elle s'occupe également à multiplier ses troupeaux et à dévaliser les voyageurs. »
1. Au point de vue moral, les Berbères paraissent même très inlérieurs aux Arabes. Les premiers sont célèbres depuis la plus haute antiquité par leur perfidie. Ils étaient nombreux sans doute dans les armées carthaginoises et ont dû conlribiier certainement à la mauvaise renommée de la foi punique. Lorsque Mou/.a, conquérant arabe de l'Espagne, fut interrogé par le calife de Damas sur les Bcrliéies hal)itant les provinces ipii forment l'Algérie actuelle, il lui en fit le tableau suivant que beaucoup de personnes trouveront encore très exact : « Us ressemblent fort aux Arabes dans leur manière d'attaquer, do combattre; ils sont patients, sobres cl hospitaliers entre eux, mais ce sont les gens les [iliis perlides du monde : promesses ni parole ne sont sacrées pour eux. »
sion de la polygamie. Il nous développe les avantages de la monogamie et révèle à ses contemporains que a le ménage est essentiellement le domaine de la femme unique; sans elle l'âme de la famille manque, et le ressort de la prospérité de la maison est absent. C'est là une des grandes causes de la stagnation où se trouve la société arabe » .
Je ne veux pas entrer dans le fond de la question et objecter que tous les Orientaux étant polygames, il faut bien quelques puissants motifs à cette coutume. Je ne ferai pas remarquer non plus que la polygamie légale des Orientaux vaut bien la polygamie hypocrite des Européens et son cortège de naissances illégitimes. On pourra trouver des développements suffisants sur ces questions et quelques autres dans mon Histoire de la civilisation des Arabes^ et y voir aussi que sous la domination arabe, les harems ont produit autant de bas-bleus illustres et de femmes savantes que nos lycées de filles.
Il est bien démontré aujourd'hui que la polygamie n'a jamais causé la stagnation des musulmans. Est-il nécessaire de rappeler que les Arabes, et les Arabes seuls, nous ont révélé le monde gréco-latin, et que les universités européennes, y compris celle de Paris, ont pendant six cents ans vécu exclusivement des traductions de leurs livres et de l'application de leurs méthodes? La civilisation arabe fut une des plus brillantes qu'ait connues l'histoire. Elle est morte comme bien d'autres; mais ce serait se contenter d'explications par trop superficielles que d'attribuer à la polygamie les conséquences de facteurs d'une tout autre importance.
On ne saisit pas très bien d'ailleurs les molifsde l'animosité du vertueux professeur contre la polygamie, puisqu'il nous annonce qu'elle est restreinte aux familles riches, et perd du terrain. Si elle devient