I. — Les temps de réaction
I L'étude des temps de réaction a été faite par de nombreux psychophysiologistes; mais on peut dire que c'est à rinstitut de psychophysiologie de Leipzig que fut fixée la méthode définitive qu'il convient d'appliquer à ce genre de recherches.
Le temps de réaction physiologique ou simplement le temps de réaction est Ja durée totale qui s'écoule entre la production d*une stimulation extérieure lumineuse, sonore, olfactive, gustative ou autre, et le mouvement extérieur par lequel le sujet fait connaître qu'il a perçu la sensation provoquée par cette stimulation. Ce temps de réaction est simple ou complexe. Il est simple quand le sujet doit percevoir une seule espèce de stimulation et réagir par un mouvement unique déterminé d'avance. Il est complexe dans tous les autres <:as : soit que l'on excite un, deux ou plusieurs organes des sens alternativement ou simultanément, soit que le sujet au lieu de percevoir passivement une impression doive distinguer entre plusieurs sensations, les rattacher à des souvenirs, délibérer, choisir; soit enfin que la façon de signifier ces opérations conscientes ait elle-même quelque complexité. Ce sera le cas lorsqu'il devra marquer par un mouvement de la main droite, qu'il a perçu une sensation lumineuse, par un mouvement de la main gauche qu'il a entendu un son. Complexité dans la phase sensitive qui précède la perception, complexité dans la phase consciente et enfin complexité dans la phase finale ou réactive.
LA PSYCHOPHYSIOLOGIE 109
Le dispositif expérimental usité dans les diverses recherches entreprises jusqu'à ce jour n'est pas partout le même; à l'Institut de Leipzig même on y a introduit des perfectionnements successifs.
Disons brièvement comment se fait l'élude des temps de réaction pour les stimulations sonores par exemple; pour les autres sortes d'excitations sensorielles le dispositif est à peu près le même.
Les appareils sont disposés dans deux salles; l'expérimentateur se tenant dans Tune, le sujet dans l'autre, afin a'empêcher que le sujet soit distrait par les mouvements de rexpérimentaieur et les bruits des appareils enregistreurs.
Placé à une distance déterminée de l'appareil qui produira les sons, le sujet tient la main droite légèrement appuyée sur le bouton d'un interrupteur. Un timbre électrique ne donnant qu'un coup sec, jsonne à la fermeture d'un circuit spécial, fermeture produite par l'abaissement d'un bout ja à portée de Ici main de l'expérimentateur et placé par conséquent dans la chambre où se trouve celui-ci.
Pour éviter au sujet les distractions que pourjait causer la vue des objets extérieurs, il vaut niieuSL faire l'obscurité dans la chambre de réaction,
L'expérimeiitateur a devant lui sur une table un ensemble d'appareils dont le principal est le chronoscope, un mécanisme d'horlogerie, muni de deux cadrans et de deux aiguilles marchant à des vitesses très inégales (i).
(1) Je décris ici le chronoscope de Hipp employé à Leipzig, Il y en a d'autres.
IIO LA PSYCHOPHYSIOLOGIE
L'aiguille du grand cadran parcourt lo divisions (sur loo) dans l'espace d'une seconde; l'aiguille du petit cadran parcourt loo divisions pendant que celle du grand cadran en parcourt une seule, partant, une division en une millième de seconde^Le chronoscope mesure le temps en millièmes de seconde. Pour mettre le chronoscope en train, Texpérimentateur tire sur un fil, et ainsi fait marcher le mouvement d'horlogerie; les aiguilles des deux cadrans tournant chacune à la vitesse que je viens de faire connaître. Seulement le mouvement d'horlogerie étant mis en marche, on peut instantanément arrêter les deux aiguilles en attirant une pièce mobile au moyen d'un électro-aimant. '^'Partant, pour que les aiguilles marchent il ne suffit pas de les détacher en tirant sur le fil, il faut encore que l'électro-aimant n'agisse pas sur la pièce mobile qui les pousse en avant et les arrête. Supposons maintenant que le mécanisme étant mis en marche par la traction sur le fil, l'électro-aimant empêche les aiguilles de marcher aussi longtemps que la sensation sonore n'est pas produite, que ce soit le mouvement d'abaissement, de chute du corps sonore, qui interrompe le circuit de l'électro-aimant et fasse marcher les aiguilles; que le mouvement par lequel le sujet marque qu'il a perçu le son, détermine la fermeture du circuit ouvert par la chute du corps sonore et arrête instantanément les aiguilles. Nous lirons ainsi sur le cadran le nombre exact des millièmes de secondes écoulés depuis l'm^tant de la stimulation jusqu'à celui de la réaction ; en un mot
LA PSYCHOPHYSIOLOGIE III
le temps de réaction physiologique aux stimulations de son sera mesuré en millièmes de seconde.
C'est ainsi que se font les expériences. Un double circuit part d'une pile électrique; un premier passe par le chronoscope, par un rhéostat qui permet de graduer la résistance, un interrupteur et un commutateur; à ce dernier se rattache un second circuit dans lequel se trouve l'interrupteur placé sous la main du sujet et le marteau électro-magnétique dont la chute produit la stimulation sonore. Le sujet a la main posée sur l'interrupteur ; celui-ci est baissé et le petit circuit est fermé en ce point, et ouvert ailleurs parce que le marteau ne touche pas l'enclume. En fait donc quand l'expérience commence le petit circuit est ouvert. Le courant passe alors en entier dans le grand circuit le rhéostat et le chronoscope et tient immobiles les aiguilles de celui-ci (i).
L'expérimentateur détache au moyen du fil le mouvement d'horlogerie du chronoscope; les aiguilles demeurent immobiles, le couraiit passant tout entier par le grand circuit. L'expérimentateur a sous la main un bouton dont l'abaissement ferme un troisième circuit spécial actionnant le marteau, celui-ci s'abaisse et produit un son. Mais en s'abaissant, et au moment précis où il s'abaisse, il ferme le petit circuit, déjà à moitié fermé par l'interrupteur tenu abaissé sous la main du sujet. A ce moment le courant est dérivé dans le circuit secondaire, l'électro-aimant ne suffit
(i) Quand je dis le grand et le petil circuit, il faut entendre par là le citcuit piincipa), et le circuit dérivé.
112 LA PSYCHOPHYSIOLOGIE
plus à maintenir immobiles les aiguilles du chronoscope : elles se mettent en marche.
Cependant le sujet relève son interrupteur à lui, rouvre le circuit secondaire, le courant redevient intense suflSsamraent dans le grand circuit, actionne
rélectro-aimant, arrête les aiguilles du chronoscope juste au moment où le sujet marque qu'il a perçu le son.
Généralement pour éveiller l'attention du sujet, un avertissement est donné quelques secondes avant la stimulation; l'intervalle qui sépare le signal de la sensation n'est pas sans influence sur la durée du temps de réaction; trop court ou trop long il nuit à l'attention. Il est nécessaire aussi de faire suivre les t>timulaiions avec une vitesse uniforme et graduée.
On peut étudier la durée des temps de réaction avec toutes les espèces de stimulations : le chaud, le froid, Todeur, la saveur, la fatigue, la douleur, etc. Le dispositif expérimental doit varier avec les organes des sens stimulés. Les résultats obtenus dans les recherches sur les autres sens sont beaucoup moins nombreux et moins sûrs que ceux que l'on a recueillis pour les organes visuel et audidif.
Divers auteurs et notamment M. Ribot, ayant exposé longuement les recherches entreprises sur les temps de réaction, je me contenterai de les étudier d'une manière générale et seulement à trois points de vue : — Les conditions dans lesquelles ces recherches ont été entreprises. — Les résultats généraux qu'elles ont donnés. — Les conclusions que l'on a cru pouvoir déduire de ces résultats mêmes.
LA PSYCHOPHYSIOLOGIE I13
Ce qui frappe d'emblée dans les études des temps de réaction, c'est le contraste entre l'extrême minutie des précautions prises pour obtenir des résultats précis et les différences énormes subsistant entre les chiffres exprimant ces résultats.
On mesure à un millième de seconde près la durée des temps de réaction chez trois ou quatre sujets, et l'on est obligé pour établir une moyenne, d'additionner des nombres très dissemblables. Avec 8, 5 et 5 on fera une moyenne de 6 par exemple.
Et quand on examine comment ces données ont été obtenues, on constate qu'elles sont elles-mêmes des produits moyens obtenus avec un semblable défaut de rigueur.
Si je signale ce manque de précision, ce n'est pas pour le reprocher aux expérimentateurs de l'école de Leipzig; je crois qu'il est impossible dans l'état actuel d'arriver à un résultat meilleur. Tous ceux qui ont fait des recherches psychophysiologiques ont appris par expérience qu'il y a non seulement de très grandes différences individuelles dans la façon de réagir, mais encore qu'un même individu, toutes les conditions paraissant identiques, est loin de réagir constamment de même.
Ainsi le sujet stimulé par des excitations sonores, parfois fixe principalement son attention sur la sensation à percevoir avant de lever la main, dans ce cas la durée des temps de réaction augmente et les réactions sont dites sensorielles. D'autres fois le sujet est préoccupé surtout du mouvement à exécuter; sitôt le son perçu, la contraction des muscles de la main
114 Ï'A. PSYCHOPHYSIOLOGIE
et du bras suit; dans ce cas le temps de réaction diminue; le sujet fait, dit-on, des réactions musculaires. Enfin, certains auteurs, notamment M. Kiesow (i), admettent l'existence d'une troisième sorte de réaction, indifférente ou mixte, ni sensorielle, ni musculaire, le sujet s'efforçant à la fois de percevoir le plus vite possible et de réagir de même.
Chez un même sujet on pourra trouver les trois sortes de réactions, chez d'autres les réactions seront plutôt sensorielles et chez d'autres plus souvent musculaires. Or, quand on songe aux variations de l'attention, inévitables et continues chez tout sujet, surtout quand il s'agit de longues séries d'expériences, on s'explique aussitôt et l'inégalité des chiffres obtenus et surtout les différences entre les résultats des trois ou quatre sujets observés.
Cela prouve que malgré tous les efforts employés pour rendre égales les conditions des expériences, il reste une marge considérable, un domaine où la précision est beaucoup moindre pour ne pas dire nulle, et ce domaine c'est l'élément subjectif, le moi éminemment impressionnable et changeant de celui qui réagit.
Ceci nous amène à comprendre le défaut essentiel des travaux de l'école de Leipzig, défaut que j'ai signalé déjà à propos des recherches psychophysiques, à savoir l'insuffisance absolue du nombre de sujets étudiés. Quand il s'agit de contrôler la marche de types de
(i) KiESOW, Zeitschrift fîir Psychologie und Physiologie der Sinnes organe, t. XXXV.
LA PSYCHOPHYSIOLOGIE ÏI5
moteurs, de galvanomètres, ou d'appareils construits tous sur le même modèle, point n'est besoin d'en étudier cinquante ou cent. L'essai de deux ou trois appareils de chaque type donnera des résultats comparables et si Ton veut appliquer à ces résultats les méthodes mathématiques pour en rendre plus rigoureuses les conclusions et construire une courbe illustrant ces résultats, nul ne s'avisera de mettre en doute la valeur de conclusions ainsi obtenues. Mais quand il s'agit d'étudier des êtres vivants, surtout des hommes, et cela dans leur activité mentale, même sous sa forme la plus élémentaire, il est impossible d'arriver à une conclusion satisfaisante si l'on n'opère pas sur un nombre très considérable de sujets. Et ici l'application des méthodes mathématiques, celle des moindres carrés, par exemple, sera plus nuisible qu'utile parce qu'elle fera paraître plus simple une loi psychologique, laquelle par son essence même ne saurait être telle. L'intervention des mathématiques dans les sciences physiques est pleinement justifiée par son évidente utilité; elle met en lumière la fixité et la simplicité relative des lois physiques. En biologie cette intervention produit un résultat inverse; en simplifiant la courbe qui représente la marche des phénomènes on dénature le caractère de celle-ci. Dans les sciences
biologiques en général et en psychologie en particulier, on ne peut conclure, établir une moyenne ou une courbe qu'après un nombre considérable d'observations; plus les données seront nombreuses plus la courbe suivra de près les faits observés, plus aussi la loi dégagée sera probable. L'homme-machine n'existe pas.
Il6 LA PSYCHOPHYSTOLOGIE
Or, si l'on parcourt les travaux les plus importants de M. Wundt, on constate que presque toujours les expériences ont été faites sur trois ou quatre sujets, rarement davantage; que dans presque tous l'expérimentateur a lui-même fait fonction de sujet; que ceux qui participaient aux recherches étaient en relations habituelles avec l'auteur, vivaient dans l'atmosphère de ses préoccupations scientifiques et s'intéressaient probablement au succès de ses travaux. Ce sont là des conditions défectueuses dont il est impossible de ne pas faire au moins mention. Par contre je me plais à reconnaître que dans la plupart des travaux entrepris sur les temps de réaction, expérimentateuret sujets ont fait preuve d'une patience, d'une conscience, d'une volonté admirables. Il faut avoir soi-même fait des travaux analogues pour apprécier à ce point de vue la valeur des travaux faits à Leipzig. Et sans doute les expérimentateurs de l'école de M. Wundt se rendent compte de ce qui a manqué à . leurs travaux; ils ont constaté le défaut de concordance entre les résultats obtenus; seulement il leur eût été bien difficile de faire mieux.
D'abord, à Tépoque où ils travaillaient, la notion de l'homme-type était courante en physiologie. Puis le nombre de ceux qui s'intéressaient à la psychologie expérimentale et auraient pu servir de sujets était bien restreint, et l'on n'avait pas encore songé alors à prendre pour sujets les élèves des écoles.
Quelles sont les principales conclusions à déduire des travaux de l'école de Leipzig relatifs au temps de réaction physiologique?
LA PSYCHOPHYSIOLOGIE 117
Les causes qui augmentent ou diminuent la durée du temps de réaction physiologique — et d'après M. Wundt, cette modification dans la durée totale provient principalement de la variation de la phase psychologique de ce temps — ces causes dis-je peuvent se ramener à trois principales : la nature des stimulants — leur intensité — le degré de tension de l'attention.
A côté de ces facteurs principaux, il en est beaucoup d'autres d'importance secondaire, mais non négligeable : dont le plus remarquable est l'état du système nerveux : finesse congénitale, entraînement préalable, anémie, fatigue, habitude, etc.
La première des causes principales : nature du stimulant employé, est celle qui s'affirme le plus nettement peut-être, et qui s'explique le moins aisément.
La durée du temps de réaction physiologique, alors que les stimulations sont d'intensité moyenne varient d'après M. Wundt entre 1/8 et 1/5 de seconde, soit 0,125 et 0,200.
Il donne les chiffres suivants :
Moyenne,
Son o>ï67
Lumière . 0,222
Irritation de la peau par l'électricité 0,201
Irritation tactile 0,213
Dans la plupart des travaux faits par les physiologistes on constate de légères différences dans la durée des réactions qui suivent les différentes stimulations sensorielles.
Il8 LA PSYCHOPHYSIOLOGIE
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M. Wundt fait très justement remarquer qu*il est impossible de déterminer l'intensité comparative d'une excitation lumineuse et d'une autre sonore. Si le temps de réaction est généralement plus court à la suite de stimulations auditives modérées, cela ne proviendrait pas de la nature spéciale du son, mais de ce que cette stimulation ébranle plus fortement le système nerveux que la vibration lumineuse modérée. Il a tenté d'établir qu'il en est ainsi en choisissant des stimulations seuils tout juste perceptibles. Dans ce cas dit-il, l'inégalité de durée des temps de réaction s'efiFace.
Voici le résultat de 24 observations :
Seuil de l'irritation. Moyenne. Variations moyennes.
Son 0,337 0,0501
Lumière 0,331 0,0577
Sensation tactile 0,327 0,0324
Il va sans dire que ces quelques observations ne tranchent pas la question : mais il est possible que l'opinion de M. Wundt soit confirmée par les recherches ultérieures. Peut-on dès maintenant donner, même pour les stimulations d'intensité modérée, des chiffres définitifs exprimant la durée des temps de réaction pour les différents organes sensoriels? A coup sûr non; Pour s'en rendre compte il suffit de comparer les chiffres obtenus par les différents expérimentateurs (i).
Le temps de réaction pour la lumière est 0,222 pour M. Wundt, et seulement 0,150 pour Exner, soit une
(i) Voyez le tableau donné par M. Ribot, Psychologie allemande contemporaine^ p, 314 (Paris. Alcan).
LA PSYGHOPHYSIOLOGIE Iig
différence de 0*072. c'est-à-dîre que la durée étant 3 pour M. Wundt est 2 pour Exner. Pour le son 0,167 d'après M. Wundt et seulement 0,120 d'après Kries. Pour le tact 0,213 selon M. Wundt, et 0,1 17 selon Kries^ Ce qui donne pour la lumière 1/4,5 ^® seconde d'après M. Wundt et 1/6,6 selon Exner. Pour le son 1/6 selon M. Wundt, 1/8,3 d'après Kries; pour le tact 1/4,5 chez M. Wundt et 1/8,5 chez Kries.
Et entre ces extrêmes on trouve chez les divers expérimentateurs Hirsch, Hankel, Exner, Auerbach, Kries et M. Wundt toutes sortes de données intermédiaires. La durée pour la lumière notamment diffère — d'après les expérimentateurs, — du simple au double !
Ceci montre mieux que tous les raisonnements, que nous sommes loin de connaître la durée moyenne exacte au temps de réaction chez l'homme normal.
Si la durée moyenne du temps de réaction n'est point fixée pour chaque espèce de stimulation, on sait néanmoins que les sensations lumineuses sont généralement suivies d'une réaction plus tardive. Tous les auteurs cités sont d'accord sur ce point. Ils ne le sont plus pour conclure que les sons produisent des réactions plus hâtives que les contacts. Hirsch et Auerbach arrivent à des conclusions analogues à celles de M, Wundt, Pour Hankel il y a égalité ou presque : pour Exner et Kries c'est le temps de réaction suivant les stimulations du toucher qui est le plus court! Il est fort possible que les contradictions entre ces conclusions ne soient qu'apparentes, et dues à la façon différente de stimuler les organes sensoriels.
I20 LA PSYCHOPHYSIOLOGIE
En effet une deuxième loi à laquelle ont abouti les recherches expérimentales peut se formuler à peu près ainsi : Toutes choses égales d'ailleurs, le temps de réaction diminue quand la stimulation des organes sensoriels devient plus intense.
M. Wundt a mesuré l'influence de l'intensité notamment pour les sons. Ceux-ci étaient produits soit par la chute d'une boule métallique sur une plaque de même composition (i) [Fallapparat), soit par l'abaissement d'un marteau frappant une enclume. La hauteur du marteau maintenu par un ressort plus ou moins tendu pouvait varier et était mesurée en millimètres. C'est le marteau électro-magnétique dont j'ai parlé plus haut. Une vis permet de tendre le ressort de façon à régler la distance qui sépare le bord inférieur du marteau de la surface supérieure de l'enclume sur laquelle la fermeture du circuit le fera tomber.
« Dans les deux appareils (2) le rapport des énergies de son était tel, qu'une hauteur de chute du marteau de 16 millimètres, égalait presque une hauteur de chute de la boule de 3 centimètres. »
Voici les résultats de deux séries d'expériences faites sur deux sujets.
(i) Quand M. Wundt faisait ses expériences l'appareil était plus élémentaire; la bille de 15 grammes tombait sur une plaque en bois.
(2) Éléments de psychologie physiologique^ trad. franc, de M. le D*^ Élie Rouvier, Paris. F. Alcan, 1886, p. 283,
LA PSYCHOPHYSIOLOGIE 121
Premier sujet M. W. W.
Hauteur de chute Nombre
du marteau. Moyenne. Variation moyenne, d'expérience.
I mm.
4 mm.
8 mm.
i6 mm.
Hauteur Nombre
de la boule. Moyenne. Variation moyenne, d'expérience.
2 cm.
5 cm.
io
25 cm.
55 cm.
L'auteur conclut : « d'après ces expériences, les irritations d'une intensité considérablement variable, présentent une diminution notable du temps de réaction avec l'accroissement de l'irritation ».
Quand on examine les chiffres, on constate dans le premier tableau une diminution considérable lorsque la hauteur du marteau varie de i millimètre à 4 millimètres, diminution d'autant plus remarquable que l'attention du sujet a été notoirement moins tendue pendant les expériences dans lesquelles le son était plus intense (i).
Quand la hauteur devient 8 millimètres, le temps diminue très peu, bien que l'attention soit infiniment meilleure (2); enfin le temps augmente légèrement
(i) Voyez la variation moyenne 0,0270 rapportée à 0,146 environ î de la durée totale du temps de réaction. Alors que pour la durée 0,217 1*
variation n est que — .
(2) Variation moyenne 0,114 ^oit moins de — de la durée totale.
122 LA PSYCHOPHYSIOLOGIE
quand le son devient encore plus intense, et Tattention beaucoup plus faible.
Dans le second tableau la durée du temps de réaction s'accroît quand le son devient plus intense^ la hauteur étant portée de 2 centimètres à 57 et l'attention étant plutôt meilleure!
Avec une hauteur de chute de 25 centimètres, l'attention faiblissant légèrement, la durée du temps de réaction est sensiblement la même qu'avec la hauteur de chute de 2 centimètres.
Il paraît bien difficile de tirer une conclusion certaine de données aussi disparates. Quoi qu'il en soit, on admet généralement que les stimulations intenses sont suivies d'un temps de réaction plus court ; parce que l'attention passive est plus grande.
Ceci nous amène à considérer la troisième cause principale modifiant la durée du temps de réaction, à savoir l'attention active, la tension de l'esprit du sujet se préparant à recevoir l'impression et à y répondre. Pour produire cette attention on fait précéder la stimulation d'un avertissement, d'un signal. Ordinairement un coup sec produit par un timbre, comme je l'ai plus haut.
Exemple :
Nombre d'expériences.
Chute de 0,25 de haut, sans signal .... 0,253 '3
avec signal . . . . 0,076 17
Chute de 0,06 de haut, sans signal .... 0,276 14
avec signal , . . , 0,175 14
Toute une série de causes pour Tétude desquelles je renvoie au livre de M. Ribot, distraient le sujet, agissent donc en sens inverse du signal et allongent le temps de réaction.
La conclusion à coup sûr la plus importante à laquelle les expérimentateurs soient arrivés est celle-ci : Le cycle complet des modifications produites, commençant par une stimulation externe lumineuse sonore ou autre, et se terminant par un mouvement de levier, ce cycle est décomposable en diverses phas.es qui se suivent toujours dans le même ordre, et qui ont chacune une certaine durée.
Prenons le temps de réaction qui suit une stimulation du nerf acoustique : il débute au moment précis où le marteau s'abaissant frappe l'enclume. Il se décompose comme suit :
1. Temps que met la vibration des pièces métalliques à traverser l'air et l'oreille, pour arriver au nerf acoustique.
2. Temps que met le courant nerveux sensitif à traverser les nerfs, les centres inférieurs et supérieurs.
3. Temps nécessaire à l'entrée de la sensation dans le champ de la conscience.
4. Temps que met la sensation apparue au bord du champ de la conscience pour devenir une représentation clairement aperçue.
5. Temps que met la volonté à décider le mouvement par lequel l'aperception de la sensation doit être signalée.
6. Temps que met le courant moteur à parcourir les nerfs jusqu'aux muscles à contracter.
7. Temps nécessaire pour contracter les muscles du bras et de la main et lâcher le bouton interrupteur.
8. Temps nécessaire pour que le ressort de l'interrupteur lâché se relève assez pour interrompre le courant et arrêter les aiguilles du chronoscope.
Voilà les huit phases que nous distinguons dans le temps de réaction physiologique. Les psychophysiologistes prétendent que toutes sauf trois sont connues. Que, partant, en soustrayant du temps de réaction pris dans son ensemble la somme des temps connus des phases i, 2, 6, 7 et 8 on connaîtra les temps que durent les phases 3, 4, 5, ou phases psychologiques; bref, que dans le temps de réaction physiologique, il est aisé de mesurer la valeur propre du temps de réaction psychologique.
On admet généralement que dans Tensemble de ces phases la part du lion appartient aux psychologiques, c'est-à-dire à l'entrée dans le champ de la conscience, à Taperception et à la volition. Et enfin, que lorsque le temps de réaction s'accroît ou se raccourcit dans son ensemble, c'est surtout parce que les phases psychologiques augmentent ou diminuent. M. Wundt admet toutefois que le temps de réaction peut être plus long, parce que le stimulant n'agit sur le nerf qu'après un temps considérable (gustation par exemple).
Jusqu'où les faits observés permettent-ils de tirer pareille conclusion ?
Et tout d'abord est-il vrai que la durée des phases extra-psychologiques soit connue exactement ?
Le temps que met la stimulation extérieure à se
convertir en courant nerveux sensitif n'est pas du tout connu de façon précise pour tous les organes des sens. Cette phase se décompose elle-même en plusieurs périodes.
Considérons les sons par exemple : Le cycle commence au moment précis où la chute du marteau sur l'enclume ferme le circuit dérivé. Le temps que mettent le courant à abandonner le circuit principal et rélectro-aimant à détacher les aiguilles et cellesci à se mettre en marche, ce temps dis-je, étant considéré comme nul, on peut admettre que le cycle débute à l'instant même où le son se produit. Alors il faut à la vibration sonore des pièces métalliques le temps de traverser la couche d'air qui sépare le marteau de la membrane du tympan, l'ébranlement de cette membrane doit par l'intermédiaire des osselets se communiquer à la membrane de la fenêtre ovale, à la périlymphe, à Tendolymphe, et enfin aux cils vibratiles des cellules acoustiques; alors l'ébranlement des cils se convertit dans les terminaisons de la branche limacienne du nerf acoustique en courant nerveux sensitif. Mais la perméabilité des milieux traversés par cet ensemble de modifications successives peut et probablement doit varier avec les circonstances et avec les sujets. Pour opérer ^avec une précision parfaite, il faudrait déterminer pour chaque sujet, et chaque dispositif expérimental la durée exacte du temps écoulé depuis la chute du marteau jusqu'à l'ébranlement du nerf acoustique, puisqu'on prétend mesurer la durée totale au i/iooo de seconde près.
Passons à la seconde phase, temps que met le
126 LA PSYCHOPHYSIOLOGIE
courant nerveux sensitif à traverser les nerfs et les centres jusqu'au point de Técorce où il peut devenir conscient. On considère ce temps comme connu depuis les travaux de Helmholtz, Exner, Blocb, etc» Rien n'est moins établi. A l'heure actuelle on discute encore la question de la vitesse du courant nerveux dans les nerfs sensitifs. Un article de M. Kiesow paru récemment (i) montre que l'on est loin de connaître de façon certaine la vitesse des courants dans les nerfs. Quant à la rapidité de transmission nerveuse sensitive et motrice dans les fibres de la moelle épinière et les voies cérébrales, les auteurs que cite M. Wundt lui-même diffèrent notablement d'opinion. Exner admet que la vitesse dans la moelle épinière est de 8 mètres (2), tandis que Bloch estime cette vitesse à 194 mètres!
Si Ton considère le temps de réaction qui suit une stimulation tactile produite sur la paume de la main, par exemple, et si l'on admet les chiffres d'Exner, il faut au courant nerveux pour traverser les nerfs et la moelle, approximativement 1/70 pour les nerfs sensitifs (le nerf médian naissant des branches inférieures du plexus brachial), à peu près 1/50 de seconde pour traverser la partie supérieure de la moelle soit en tout 0,035 ^^ moins; autant pour la phase motrice en tout 0,070. Cette durée n'est pas négligeable à coup sûr dans un temps de réaction totale de 0,22* Et quel temps faudra-t-il pour traverser les fibres
(1) Zeitschrift fur Psych, und Phys, der Sinnes organe^ vol. 33,
(2) M, Wundt, Éléments, etc., p. 254 en note.
LA PSYCHOPHYSIOLOGIE 127
de la couronne rayonnante et arriver à Técorce, pour redescendre dans la moelle, etc.? Ce que je signale à propos de la détermination précise des phases i et 2 est vrai, on le conçoit, pour les phases finales
M. Wundt admet d'ailleurs qu'il subsiste plusieurs
inconnues et conclut inodestement : « Donc voici la seule et unique chose, que nous soyons autorisés à dire au sujet du temps psychophysique (il désigne par ce mot l'ensemble des phases psychologiques) ce temps constitue la partie la plus considérable de la durée de réaction, et la plupart des grandes oscillations de cette dernière doivent être portées à son compte. » Même ainsi formulée cette conclusion est trop large; l'auteur admet d'ailleurs que l'énergie plus grande de la stimulation accroît la vitesse du courant nerveux qui en résulte. Jusqu'où peut aller cet accroissement et dans les nerfs et dans les centres notamment? La durée des réflexes chez l'homme, dit M. Wundt, est d'environ 0,03 à 0,04 de seconde (i). Mais les réflexes sont la suite de courants qui ne vont pas jusqu'à l'écorce; ils diff^èrent donc aussi physiologiquement des mouvements volontaires puisqu'ils suivent les voies courtes. Partant ils ne peuvent être comparés aux réactions volontaires parcourant les voies longues.
Il est intéressant de constater que l'étude méticuleuse du temps de réaction entreprise par M. Wundt
I) Exner a trouvé pour le clignotement 0,0471-0,0555.
128 LA PSYCHOPHYSIOLOGIE
et ses élèves avec le souci de mesurer des phénomènes conscients, durée de Taperception et de la volition, surtout de la première, a conduit à déterminer subsidiairement les diverses conditions qui modifiant plus ou moins la durée totale du temps de réaction ont une influence sur la durée des actes psychologiques.
C'est ainsi que M. Krapelin a étudié l'action spéciale des poisons psychiques et notamment de l'alcool; que j'ai déterminé l'état de la circulation sanguine sur la durée des réactions volontaires, etc., etc.
Ces travaux et d'autres analogues servent de transition entre les recherches psychophysiologiques inspirées par des préoccupations métaphysiques et les travaux plus objectifs de psychologie expérimentale.
Pour permettre au lecteur de juger lui-même de la portée des travaux dont je viens de donner une critique générale, je vais exposer en détail deux études très importantes faites il y a déjà longtemps par des disciples de M. Wundt, pour mesurer la durée des processus psychiques. Comme les auteurs se basent constamment sur la mesure des temps de réaction simple, ma critique servira de commentaire à l'appréciation générale esquissée dans les lignes qui précèdent.
IL — La durée des opérations intellectuelles.
Déjà différents physiologistes et en particulier Exner avaient tenté de déterminer la durée des phases psychologiques du temps de réaction et de mesurer
LA PSYCHOPHYSIOLOGIE I2g
la durée des opérations intellectuelles élémentaires (i). Pour étudier isolément cette phase psychologique et déterminer les conditions qui modifient sa durée, on peut procéder comme suit : ayant calculé exactement la durée des phases extra-psychologiques et retranché ce total de l'ensemble de la durée du temps de réaction, exprimer par la différence la durée propre de la phase consciente. Nous avons vu que les divers éléments dé cette phase extra-consciente sont loin d'être suffisamment déterminés et varient probablement avec plusieurs conditions et surtout avec la nature même des sujets. Soustraire du temps total un temps invariable connu n'est pas encore actuellement possible.
Il existe un deuxième moyen consistant à agir de telle manière que dans deux expériences faites le même jour dans des conditions identiques sur un même sujet on varie simplement un seul élément; alors en comparant les temps de réaction dont toutes les phases sauf une sont semblables, on détermine la durée propre de cette phase spéciale.
On admet dans l'école de Leipzig que la phase psychophysique comme on l'appelle, constitue la partie la plus importante de l'ensemble du temps de réaction et que dans cette phase psychophysique la part principale revient à l'aperception (2). Or, pour cette dernière, on peut dans une série d'expériences modifier unique-
(i) Voyez Exner, Experimen telle Untersuchungen der einfachsten psychîscheD Processe. Pflûger*s Archivy t. VIT, année 1873. (2) Voyez M. Wundt, op. cit.
I30 LA PSYCHOPHYSIOLOGIE
ment cet élément. C'est ce qu'a entrepris M. Friedrich
dans une étude parue en 1881 (2). Comme M. Wundt lui-même a collaboré à ce travail, on peut le donner
comme un modèle du genre des recherches de l'école
psychophysiologique.
Le but poursuivi par l'auteur est de déterminer la durée de l'aperception, d'abord quand on ne produit qu'une seule espèce de stimulation, dans l'espèce une image visuelle unique et quand, au contraire, on produit alternativement ou successivement plusieurs sortes d'images visuelles.
M. Friedrich a procédé comme suit :
Au fond d'une caisse formant chambre noire est fixée une feuille de papier blanc d'environ 9 centimètres de haut sur 1 1 de large. La paroi opposée de la caisse est percée d'une ouverture circulaire de 3 centimètres de diamètre : c'est à cette ouverture que le sujet applique l'œil pour regarder la paroi qui lui fait face et se trouvait distante de l'œil de 25 centimètres.
Un tube de Geissler placé de façon à ne pas gêner l'œil éclaire momentanément lors du passage du courant, la caisse servant de chambre noire.
Les aiguilles du chronoscope intercalé dans le circuit principal, ne peuvent être mises en marche que pendant que le courant dérivé dans le circuit secondaire éclaire la caisse et partant son fond blanc. Ces expériences ont été faites sans signal spécial, le sujet était averti par le bruit que faisait le chronos-
(i) Psychologische Sttidien^ t. I? P» 39»
LA PSYCHOPHYSIOLOGIE 13Ï
,cope quand rexpérimentateur mettait en marche le mécanisme d*horlogerie. Voici donc la série des opérations exécutées :
Le sujet pose la main sur le bouton interrupteur -et ferme ainsi à moitié le circuit secondaire. 3^'expérimentateur met en marche le chronoscope mais, le •courant passant encore par le circuit principal, les aiguilles demeurent immobiles.
L'expérimentateur alors abaisse le second interrupteur du circuit secondaire et ferme complètement
celui-ci, d'où deux conséquences : le tube de Geissler s'éclaire; au même instant, le courant devenant trop faible dans le circuit principal, les aiguilles du chronoscope se mettent en marche. Aussitôt que le sujet a perçu réclairement de la paroi tendue de blanc, il lève la main, interrompt le circuit secondaire; aussitôt la lumière s'éteint, et le courant du circuit principal, redevenant assez puissant, arrête les aiguilles du chronoscope. On obtient ainsi en millièmes de seconde le temps précis écoulé entre le moment où le sujet a pu voir le fond blanc éclairé et Tinstant où il a signalé qu'il l'avait aperçu.
Cette durée étant connue et établie de façon suffisante pour un sujet donné, en un jour donné, on complique la stimulation visuelle de diverses façons.
D*abord au lieu de présenter toujours à l'œil un même fond blanc, on fixe sur la paroi de la caisse tantôt une surface ronde noire sur fond blanc, tantôt une surface ronde blanche sur fond noir. Dans l'espèce chacun des disques blanc et noir avait un diamètre de 42 millimètres.
132 LA PSYCHOPHYSIOLOGIE
On présente au sujet alternativement un disque noir ou un disque blanc, sans suivre aucun ordre déterminé, de sorte qu'il ne puisse prévoir laquelle des deux images lui apparaîtra.
La durée des temps de réaction calculée dans ces conditions apparaît plus longue que dans les expériences précédentes.
Il est entendu que Ton ne s'est pas contenté de déterminer une fois pour toutes la durée moyenne du temps de réaction simple pour un sujet donné ei de soustraire ce résultat des durées totales obtenues dans les expériences que je rapporte ici.
Un rapide examen des chiffres montre que la durée s'accroît quand il y a alternance d'images visuelles différentes.
Prenons les expériences du début de mars, quand les sujets étaient suffisamment entraînés.
Disque Variation Disque Variation Tenaps de Sujets. noir. moyenne, blanc, moyenne, rèact. simple.
M. W. Wundt.
Fischer . . .
Friedrich . . ,
Ce qui frappe dans ces données c'est d'abord que, chez le sujet le plus sérieux, on trouve une différence énorme entre la durée moyenne de l'aperceptîon après stimulations complexes, et la durée des tempà de réactions simples, différences infiniment moindres chez les deux autres sujets. En second lieu, la variation moyenne chez tous les sujets est extrêmement grande : il faut donc supposer ou que leur attention a été fort défec-
LA PSYCHOPHYSIOLOGIE
tueuse, ou que les expériences ont été faites dans des conditions générales fort variables.
Dans Tun et l'autre cas la durée plus longue du temps de réaction totale n'est point imputable uniquement à la complexité des stimulations visuelles, et il' faudrait d'autres résultats avec des variations moyennes moindres pour pouvoir conclure sûrement, que le temps augmente ici par le fait de l'aperception seule.
Dans les expériences suivantes on a présenté aux
sujets non plus deux disques blanc et noir, mais quatre disques chacun de 42 millimètres de diamètre : rouge
vert ou noir sur fond blanc et blanc sur fond noir.
Il y a divers moyens de compliquer ces expériences; par exemple on peut convenir que le sujet ne réagira pas à telle stimulation et réagira à telle autre : qu'il réagira avec la main droite quand il verra le rouge et avec la gauche quand il apercevra le blanc (on intercale dans ce cas un troisième interrupteur dans le circuit dérivé).
Les expériences ayant été conduites comme il a été dit précédemment, voici les chiffres obtenus pour les différents sujets :
Sujets.
Dates.
Variation Temps de Moyennes. moyenne, réaction simple.
M. W. Wundt.
2 mars
3 mars
Tischer ....
2 mars
3 mars
134 LA PSYCHOPHYSIOLOGIE
Friedrich . , ,
2 mars
3 mars
Ces données sont loin d'avoir une valeur égcile.
Le premier sujet, à coup sûr le plus sérieux et le
plus attentif, M, Wundt, a fourni une première durée
moyenne de 519, le 3 mars. Celle de la veille était
de t), 367, différence donc de 0,152. Le temps de réaction
varie de 2 à 3 quand on présente des disques de
couleur différente. Or, pendant ces mêmes séances, le temps de réaction physiologique simple est identique
ou tout comme 0,247 ^^ 0.25 ï. Ce qui fait que si, d'après la méthode des auteurs, on soustrait ce temps de réaction physiologique de la durée du temps de la réaction complexe, on obtient dans le premier cas : 0,519 — 0,247 «= 0,2^2 et dans la deuxième cas 0,367 — 0,251 = 6,//^ soit les deux cinquièmes environ du nombre précédent. Si Ton songe que cette moyenne 0,519 est elle-même le résultat de données fort disparates comme le démontre Timportance de la variation * moyenne 0,075, comment concevoir que l'auteur ait fait entrer en ligne de compte des résultats aussi sujets à caution?
Remarquons que ce n'est pas une négligence isolée, qui pourrait échapper même à un expérimentateur attentif; ces différences énormes se retrouvent partout.
La durée moyenne du temps de réaction dans les expériences où Ton présentait 4 couleurs, varie chez M. Wundt entre 0,519 et 0,258, c'est-à-dire plus
LA PSYCHOPHYSIOLOGIE 135
que du simple au double; chez M. Tischer, la durée maxima est de 0,418 et la durée minima de 0,149 et enfin chez M. Friedrich, Tauteur du travail, les chiffres varient de 0,339 ^ 0,240.
Chez ces mêmes sujets la durée moyenne du temps de réaction simple varie : chez M. Wundt de 0,251 à 0,168; chez M, Tischer de 0,292 à 0,139 et chez M. Friedrich de 0,168 à 0,098.
Remarquons enfin que le temps le plus long de réaction simple ne coïncide pas du tout avec la durée maxima de la réaction complexe, ni le temps de réaction simple le plus court avec la moindre durée moyenne des réactions complexes.
Une autre recherche fort intéressante a été entreprise par M. Friedrich dans le but de comparer le temps nécessaire pour apercevoir' un seul objet à celui que réclame Taperception de deux, trois objets à la fois.
Le procédé expérimental était sensiblement le même que celui qui a servi pour les expériences précédentes, avec cette diflFérence que Ton montrait au sujet non plus des disques de couleur mais des chiffres formant des nombres, que le sujet lisait à haute voix, de sorte que l'expérimentateur pouvait constater d'emblée si la perception était exacte ou non.
Les chiffres disposés au fond de la caisse décrite plus haut, sur la paroi faisant face à Tœil, étaient de dimensions assez grandes, c'étaient des caractères imprimés de 6 millimètres de haut et 3,8 millimètres de large. Les nombres les plus longs n'étant composés
136 LA PSYCHOPHYSIOLOGIE
que de 6 chiffres, la longueur totale était d'environ 23 millimètres et le point milieu étant placé juste sur Taxe optique, les deux extrémités du nombre se trouvaient à environ 11 millimètres du point de fixation, ce qui fait, que les extrémités étaient vues sous un angle de 2°33. Dans ces conditions il ne peut se produire un accroissement appréciable de la durée du temps de réaction (i).
Quatre sujets ont pris part à ces expériences : M. Wundt, Stanley Hall, Tischer et l'auteur.
Le procédé opératoire est, dans ses grandes lignes, celui dont M. Friedrich s'est servi dans les expériences précédentes. On a montré successivement dans des conditions identiques un seul, deux, trois, quatre, cinq et six chiffres.
Le sujet lisait à haute voix non les chiffres isolés, mais le nombre formé par leur assemblage. Ainsi 310 s'énonçait trois cent dix et non : trois, un, zéro.
Le temps nécessaire à l'aperception s'obtient en soustrayant de la durée totale, celle du temps de^ réaction simple.
Quand on examine les chiffres obtenus dans ces expériences, on constate que chez deux sujets le temps de réaction ne commence à croître qu'à partir des nombres de 3 chiffres; chez deux autres à partir de 4 chiffres. Partant pour apercevoir un nombre de deux chiffres, voire de trois chiffres, il ne faut pas
(i) L'accroissement n'atteint que 0,021 à 0,034 quand la vision se fait sous un angle de 30**.
LA PSYCHOPHYSIOLOGIE 137
un temps sensiblement plus long que pour apercevoir un seul chiffre.
L'auteur admet que l'accroissement jusqu'à trois chiffres n'est ni considérable, ni régulier et deyient plus sensible (de beaucoup) quand on ajoute un quatrième chiffre, un cinquième et surtout un sixième chiffre.
M. Friedrich croit que le sujet perçoit trois chiffres en une seule fois, tandis qu'il décompose les nombres plus longs en deux groupes plus ou moins étendus.
Les remarques faites plus haut sur l'inégalité des composantes ayant servi à constituer les moyennes s'appliquent encore pleinement ici. On trouve chez M. Wundt pour la durée du temps de réaction à un chiffre, le 17 janvier, 0,668 et le 11 février, 0,315, moins de la moitié. Et ce qui est plus extraordinaire encore, on note des variations moyennes énormes, par exemple 0,273 chez le même sujet (i).
M. Friedrich avait tenté après d'autres de mesurer la durée de la discrimination et de l'aperception de plusieurs images simultanées. M. Trautcholdt entreprit de déterminer la durée d'opérations intellectuelles beaucoup plus compliquées, à savoir le temps qu'il faut en moyenne à l'homme pour rappeler après une stimulation devenue représentation mentale, une autre représentation associée à la première. La méthode est essentiellement la même que celle que suivit M. Friedrich; elle repose sur le système des soustractions.
(i) Expériences du 7 février, temps de réaction après présentation de 4 chiffres 0,674, moy. 0,273.
138 LA PSYCHOPHYSIOLOGIE
Dans l'espèce ce sont des stimulations auditives de plus en plus complexes qui ont été successivement présentées aux sujets. D'abord le temps de réaction simple à une stimulation sonore; puis le temps de réaction à un mot prononcé; le temps nécessaire au sujet pour discerner un mot s'obtient en déduisant du temps de réaction au mot le temps de réaction simple ; enfin le temps qu'il faut pour produire une réaction après avoir remarqué une association, s'obtient par une autre soustraction.
Dans la première partie de son travail M. Trautcholdt rappelle les expériences de Galtôn sur la détermination du nombre et des espèces d'associations spontanées et traite des associations au point de vue qualitatif. Dans la deuxième partie il étudie spécialement le temps de formation des associations, au
point de vue quantitatif.
L'auteur divise les associations en deux grandes
classes, les associations internes et les associations
externes.
Avec Aristote il admet que les associations sont basées sur Tanalogie, ou le contraste; la contiguïté dans l'espace ou la continuité dans le temps. Les associations par analogie ou contraste sont internes, les autres externes. L'auteur a tenté d'abord d'étudier chez ses quatre sujets. MM. Wundt, Stanley Hall, Besser et lui-même, la fréquence relative des associations internes et externes, et dans chacun de ces groupes, l'importance des diverses espèces d'associations directes ou indirectes.
Le nombre et la nature des associations ou images-
LA PSYCHOPHYSIOLOGIE 139
souvenirs, rappelées dans la conscience par une stimulation actuelle, dépend de plusieurs causes assez complexes : c'est d'abord la nature même du lien d'association qui relie l'image actuelle à l'image rappelée. Chez les quatre sujets observés deux ont notablement plus d'associations internes (MM. Besser et Trautscholdt), M. Wundt en a à peu près autant d'une sorte que de l'autre; M. Hall a beaucoup plus d'associations externes.
La deuxième cause qui agit sur la nature des associations c'est l'âge auquel le lien entre les termes associés s'est formé.
Les expériences de Galton confirmées par celles de M. Wundt montrent que ce sont les associations formées pendant la jeunesse qui sont prépondérantes. — Galton écrivait 75 mots sur des bandes de papier, plaçait ces bandes sous des livres; quelques jours après ses yeux tombant sur la bande de papier, il lisait un mot.
Galton pendant ces expériences tenait en main un petit chronomètre, qu'il mettait en marche quand il avait lu le mot, et arrêtait aussitôt que 1, 2, 3 ou 4 idées avaient été évoquées.
Alors pendant que ces représentations associées étaient encore pleinement conscientes, l'expérimentateur les observait soigneusement, les analysait, et s'efforçait de déterminer les conditions spéciales qui les avaient fait apparaître.
Galton obtint ainsi 505 associations parmi lesquelles 280 différentes dont les unes apparurent 4 fois, d'autres 3 fois, d'autres 2 fois, et 58 seulement une fois.
140 LA PSYCHOPHYSIOLOGIE
Les 505 associations s'étaient formées en 660 secondes, soit en moyenne 1,3 seconde par association.
§ I. — Technique générale des expériences de
M, Traulscholdt,
Les stimulations employées dans toutes ces recherches étant auditives, je renvoie pour les détails d'enregistrement des durées à la description générale de la mesure des temps de réaction aux sons. Il y a quelques modifications spéciales apportées par l'auteur à la technique classique. Le sujet doit se tenir dans la chambre même où se trouve l'opérateur, puisque celui-ci produit lui-même les stimulations en prononçant leé mots. Donc, sur une table, deux éléments Daniel lancent un courant dans un premier circuit principal comprenant le rhéostat et le chronoscope; un circuit dérivé dans lequel s'intercalent deux interrupteurs à puissants ressorts se relèvent d'emblée dès qu'on cesse d'appuyer sur les boutons.
L'expérimentateur pour opérer dans des conditions identiques n'a employé comme stimulants que des mots monosyllabiques.
Donc, le sujet et l'expérimentateur ont tous deux à portée de la main un bouton interrupteur du circuit dérivé. Le sujet, quand l'expérience va commencer, presse son interrupteur, fermant à moitié seulement le circuit dérivé. L'expérimentateur met en marche le chronoscope, mais le courant passant encore dans le circuit principal les aiguilles demeurent immobiles.
LA PSYCHOPHYSIOLOGIE 14I
Alors rexpérimentateur, au moment précis où il prononce le mot monosyllabique, abaisse le second interrupteur du circuit dérivé, ferme le circuit; le courant devient trop faible dans le circuit principal, les aiguilles se mettent en marche, jusqu'au moment où le sujet ayant réagi, rouvre le circuit dérivé et ainsi arrête les aiguilles. Le temps divisé en millièmes de seconde €St donc exactement celui qui s'est écoulé entre le moment où le mot a été prononcé et l'instant où le sujet a remarqué le terme associé à l'image résultant de ce mot; partant le temps de réaction totale y compris une association.
L'auteur a mesuré avec ce dispositif d'abord le temps de réaction simple au son.
Pour mesurer le temps de réaction au mot, le sujet tenant comme précédemment son interrupteur baissé, l'opérateur prononce à haute voix un mot monosyllabique, au moment même où il abaisse son interrupteur; le sujet relève le sien quand il a perçu le mot. L'opérateur a eu grand soin, dit-il, de faire coïncider la 'fin du mot commencé, avec le bruit de la chute de son interrupteur. C'est furt bien, mais il est évident que tout le soin qu'on y met ne pourrait assurer une coïncidence absolue, il y aura toujours un intervalle de quelques millièmes, voire de plusieurs centièmes de seconde.
Pour mesurer la durée d'association, on opère comme précédemment, sauf que le sujet ne réagit, ne lève son interrupteur, qu'après avoir remarqué la présence dans la conscience d'une représentation associée.
Toutes les expériences ont été faites sans signal
142 LA PSYCHOPHYSIOLOGIE
spécial, le bruit produit par la mise en mouvement du chronoscope servant d'avertissement; entre cette espèce de signal et la stimulation s'écoulait un temps variable fixé arbitrairement par l'expérimentateur (i). Les expériences systématiquement réglées ont été faites deux après-midi par semaine. Quatre sujets y ont pris part. Généralement on soumettait chaque sujet à des séries composées de réactions diverses : deux réactions simples au son, deux réactions au mot, une réaction avec association. On composait les séries comme suit : quatre réactions simples, quatre réactions au mot, quatre réactions avec association, puis de nouveau quatre réactions au mot, et quatre réactions simples. En tout vingt réactions.
§ II. — Résultats obtenus par M, Trauisckoldt,
I** Temps de réaction simple.
Sujets.
M. W. Wundt. Besser. Hall. , Trautscholdt.
Temps de réaction simple 0,196 0,108 0,143 0,116
Nombre d'expériences 40 194 32 88
Ce qui donne, dit l'auteur, une moyenne de 0,141.
(i) Ceci peut être une cause d'irrégularité, l'expérience a montré que la duiée qui s'écoule entre le signal et la stimulation n'est pas indifférente; il y a une durée fixe, plus favorable que toutes les autres, comme nous l'avons dit précédemment.
LA PSYCHOPHYSIOLOGIE 143
2** Le temps de réaction au mot.
Noms des sujets.
M.W. Wundt. Besser. Hall. Trautscholdt.
Temps de réaction au mot 0,303 0,285 0,280 0,173
Variation moyenne 0,026 0,036 0,029 0,023
Nombre de réactions ^ 80 256 120 336
En comparant ces chiffres à ceux qui expriment les durées des temps de réaction simple on voit d'emblée que M. Wundt réagit au mot plus vile que MM. Besser et Hall (i), moins vite que M. Trautscholdt.
3** Le temps que dure la réaction quand le sujet associe une autre représentation à celle qu'évoque le mot prononcé. Il est donné par Tauteur sous forme de moyennes seulement. Il est regrettable que nous n'ayons pas connaissance des résultats qui ont servi à constituer ces moyennes, d'autant plus que d'après les aveux de M. Trautscholdt et l'inspection de certains chiffres qui suivent nous devons conclure que ces résultats sont très inégaux.
Quoi qu'il en soit voici ces temps moyens pour tous les sujets : MM. Wundt, 1,009; Besser 1,038; Hall 1,154 et Trautscholdt 0,896.
En déduisant de ces durées le temps de réaction au mot, on obtient pour M. Wundt 0,706; pour M. Besser 0,752; et pour M. Trautscholdt 0,723. Trois nombres à peu près égaux. M. Hall, lui, arrive à 0,874. L'auteur rejette cette donnée pour la raison
(I) 303 — 196 = 197 pour M. Wundt pour M. Besser arrive à 0,177; M. Hall à 0,137 et Fauteur à 0,057!
144 LA. PSYCHOPHYSIOLOGIE
que M. Hall n'étant pas Allemand ne pouvait associer ses souvenirs aussi aisément que les autres sujets, aux mots allemands énoncés ni même aux mots anglais prononcés par des Allemands. La moyenne des trois premiers est 0,723.
L'auteur admet donc comme durée moyenne de Tassociation ce nombre de 0,723 seconde et lui accorde une grande importance. En effet il résulte de données assez concordantes recueillies chez trois sujets.
Si l'on examine comment on est arrivé à constituer les moyennes mêmes de chacun de ces trois sujets, on s'aperçoit que la valeur de ces données est infiniment moins sérieuse qu'il ne paraît au premier abord.
En effet M. Trautscholdt lui-même dans ses temps d'association en distingue un certain nombre qui sont des maxima et d'autres qui sont des minima. Certaines associations se sont produites très lentement, d'autres fort vite. L'auteur cherche à expliquer pour quelles raisons dans chacune de ces catégories on trouve en outre des différences de durée assez notables. C'est tantôt parce que la nature du mot prononcé est telle qu'il pourrait être associé à plusieurs autres, et que le sujet perd un certain temps dans l'hésitation ; c'est tantôt parce que le sujet doit passer de la substance à l'accident, ce qui d'après Steinhal prend plus de temps que de passer de l'accident à la substance, etc., etc. Si toutes les associations très lentes rentraient dans les catégories mentionnées, on pourrait à la rigueur conclure qu'il y a deux temps moyens différents nécessaires pour produire des associations
LA PSYCHOPHYSIOLOGIE 145
chez un même sujet, et Fauteur aurait dû nous donner ces deux moyennes. Il ne Ta pas fait et il ne pouvait pas le faire, parce que malheureusement il se trouve parmi les associations rapides et cela chez un seul et même sujet, des assemblages de représentations absolument de même nature, par exemple, — M. Trautscholdt le reconnaît lui-même — : des associations verbales.
Or, veut-on savoir jusqu'où peut aller la différence de durée, entre deux associations formées chez un même sujet?
Elle peut varier du simple non pas au double mais au quintuple!
La plus longue durée du temps d'association chez M. Wundt est de 1,437 secondes et la plus courte de 0,344. Chez l'auteur lui-même elle varie entre 1,715 et 0,37g, soit dans le rapport de i à 5 et une fraction. L'auteur avoue d'ailleurs que sa moyenne n'est que très approximative, comme le démontrent les variations moyennes très élevées qu'il a dû enregistrer.
146 LA PSYCHOPHYSIOLOGIE
CONCLUSION
Si nous essayons de résumer les conclusions auxquelles dans le domaine de la psychologie quantitative aboutissent les travaux des psychophysiologistes, nous constatons qu'ils sont arrivés à fixer des durées approximatives pour certaines opérations psychiques que Ton croyait communément ultra-rapides, presque instantanées. Ces durées moyennes péniblement établies à travers des difficultés innombrables, et pour un nombre fort restreint de sujets, avec des moyens d'investigations assez rudimentaires, sont éminemment intéressantes; elles éclairent singulièrement le laboratoire mystérieux où s'élaborent nos modifications conscientes ; mais nul n'oserait dire combien les recherches ultérieures y apporteront de modifications profondes.
Le temps de réaction lui-même, le plus accessible des phénomènes psychiques mesurés, est loin d'être définitivement fixé. Dans la série des mouvements successifs constituant ce temps de réaction subsistent des phases dont nul, à l'heure actuelle, ne connaît la durée exacte. Et, toutes choses égales d'ailleurs, ce temps varie considérablement d'un sujet à un autre et chez un même sujet d'un jour à l'autre, voire d'un moment à l'autre.
La durée du temps de réaction varie chez un même sujet, sous l'action de tant de causes connues et probablement de quelques-unes inconnues, que les expérimentateurs pour donner quelque précision à leur
LA PSYCHOPHYSIOLOGIE 147
méthode des soustractions se sont cru obligés de refaire chaque fois chez un sujet donné, à un moment donné, des déterminations nouvelles de ce temps de réaction simple.
Par contre, on peut, en opérant sur un sujet déterminé, mettre, en relief certaines causes qui augmentent ou diminuent ce temps de réaction — nature du stimulant — force du stimulant — tension de l'attention — stimulations ajoutées qui distraient, etc., etc. ; et comme ces causes agissent à peu près de même chez tous les ' sujets on peut en déduire des conclusions générales. Mais quand on essaie de mesurer ces actions, de les traduire en chiffres, on n'arrive encore qu'à des données très peu précises.
Les recherches sur la durée des phénomènes conscients plus complexes, tels que le choix, les représentations simultanées multiples, les associations, les jugements, donnent des résultats d'autant moins exacts que Ton s'appuie pour les découvrir sur des données moyennes elles-mêmes peu précises.
Aussi voyons-nous que les temps de réaction simple varient du simple au double pour les stimulations de son; varient du simple au quintuple pour la durée d'association, et, cela chez un même sujet (i). Lorsque l'on compare la moyenne de M. Trautscholdt, à celle de M. Galton, on voit qu'elles diffèrent du simple au double environ, 723 et 1,3".
(i) Voyez plus haut les chiffres cités pour la durée du temps d'association chez M. Trautscholdt.
148 LA PSYCHOPHYSIOLOGIE
En résumé, les travaux de psychophysiologie entrepris jusqu'ici pour mesurer la durée des phénomènes conscients, donnent des indications plutôt que des résultats.
Sans doute, ces indications sont d'importance capitale, et les psychophysiologistes, M. Wundt en tête, ont ouvert une voie autremeiît large et sûre que celle qu'avait tenté de créer les psychophysiciens. Mais à cause de la nature même des questions étudiées, à cause des préoccupations métaphysiques qui les hantent, les psychophysiologistes rencontrent et rencontreront toujours des difficultés presque insurmontables. En fait,ils donnent une réalité objective aux modifications conscientes. — On mesure la durée de l'aperception par exemple sans avoir expérimentalement établi que l'aperception existe ou si l'on veut qu'elle diffère réellenient de la perception. — On prend pour point de départ les idées que nous avons actuellement sur le psychique et l'on tente de les étudier scientifiquement^
L'étude des faits et des faits seuls, en dehors de toute préoccupation théorique, nous donnera non seulement des conclusions plus exactes, mais nous fera mieux connaître la nature même du domaine conscient et modifiera sans doute l'idée que nous en avons.