‹ La psychopathologie de la vie quotidienneChapitre 18 sur 50 · En français dans le texte. N. d. T · texte numérisé non relu

En français dans le texte. N. d. T

D^ Stekel propose : « Abordons maintenant le quatrième point de l'ordre du jour. » C'est du moins ce qu'il voulait dire ; mais, gagné par l'atmosphère orageuse de la réunion, il employa, à la place du mot « abordons » (schreiten), le mot « combattons » (streiten).

s) Un professeur dit dans sa leçon inaugurale : « Je ne suis pas disposé à apprécier les mérites de mon éminent prédécesseur ». Il voulait dire ; « je ne me reconnais pas une autorité sufTisante... » : geeignet, au lieu de geneigt.

t) Le D^ Stekel dit à une dame qu'il croit atteinte de la maladie de Basedow (goitre exophtalmique) : « Vous êtes d'un goître (Kropf) plus grande que votre sœur. » Il voulait dire : « Vous êtes d'une tête (Kopf) plus grande que votre sœur. »

u) Le D^ Stekel raconte encore : quelqu'un parle de l'amitié existant entre deux individus et veut faire ressortir que l'un d'eux est Juif. Il dit donc : « ils vivaient ensemble comme Castor et Pollak » (au lieu de Pollux ; Pollak est un nom patronymique juif assez répandu). Ce ne fut pas, de la part de l'auteur de cette phrase, un jeu de mots ; il ne s'est aperçu de son lapsus que lorsqu'il a été relevé par son auditeur.

v) Quelquefois le lapsus remplace une longue caractéristique. Une jeune femme, très énergique et autoritaire me parle de son mari malade qui a été consulter un médecin sur le régime qu'il doit suivre. Et elle ajoute : « Le médecin lui a dit qu'il n'y avait pas de régime spécial à suivre, qu'il peut manger et boire ce que je veux » (au lieu de : ce qu'il veut).

Les deux exemples suivants, que j'emprunte au D^ Th. Reik (Internat. Zeitschr. f. Psychoanal., III, 1915) se rapportent à des situations dans lesquelles les lapsus se produisent facilement, parce que dans ces situations on réprime plus de choses qu'on n'en exprime.

x) Un monsieur exprime ses condoléances à une jeune femme qui vient de perdre son mari, et il veut ajouter : « Votre consolation sera de pouvoir vous

consacrer entièrement à vos enfants. » Mais en prononçant la phrase, il remplace inconsciemment le mot « consacrer » (widmen) par le mot widwen, par analogie avec le mot Witwe — veuve. Il a ainsi trahi une idée réprimée se rapportant à une consolation d'un autre genre : une jeune et jolie veuve (Witwe) ne tardera pas à connaître de nouveau les plaisirs sexuels.

y) Le même monsieur s'entretient avec la même dame au cours d'une soirée chez des amis communs, et on parle des préparatifs qui se font à Berlin en vue des fêtes de Pâques. Il lui demande : « Avez-vous vu l'exposition de la maison Wertheim ? Elle est très bien décolletée. » Il a admiré dès le début de la soirée le décolleté de la jolie femme, mais n'osait pas lui exprimer son admiration ; et voilà que l'idée réprimée en arrive à percer quand même, en lui faisant dire, à propos d'une exposition de marchandises, qu'elle était décolletée, alors qu'il la trouvait tout simplement très décorée. Il va sans dire que le mot exposition prend, en rapport avec ce lapsus, un double sens.

La même situation s'exprime dans une observation dont Hanns Sachs essaie de donner une explication aussi complète que possible.

z) Me parlant d'un monsieur qui fait partie de nos relations communes, une dame me raconte que la dernière fois qu'elle l'a vu, il était aussi élégamment mis que toujours, mais qu'elle avait surtout remarqué ses superbes souliers (HALBSc/iwAe) jaunes. — Où l'avez-vous rencontré ? lui demandai-je. — Il sonnait à ma porte et je l'ai vu à travers les jalousies baissées. Mais je n'ai ni ouvert, ni donné signe de vie, car je ne voulais pas qu'il sût que je suis déjà rentrée en ville. Tout en l'écoutant, je me dis qu'elle me cache quelque chose, probablement qu'elle n'était ni seule ni en toilette pour recevoir des visites et je lui demande un peu ironiquement: — C'est donc à travers les jalousies baissées que vous avez pu admirer ses pantoufles [Yi-Avsschuhe)... pardon ses

Freud. f;

souliers* {HAhBschuhe) ? Dans le mot Hxvsschuhe s'exprime l'idéç refoulée relative à la robe d'intérieur {lÎAvskleid) que, d'après ma supposition, elle devait avoir sur elle au moment où le monsieur en question sonnait à sa porte. Et j'ai encore dit îÎAVsschuhe, à la place de HALB5c/iu/ie, parce que le mot Halb (moitié) devait figurer dans la réponse que j'avais l'intention de faire, mais que j'ai réprimée : — Vous ne me dites que la mmlié de la vérité, vous étiez à moitié habillée. Le lapsus a, en outre, été favorisé par le fait que nous avons, peu de temps auparavant, parlé de la vie conjugale de ce monsieur, de son « bonheur domestique » (hausliches ■— de Haus), ce qui avait d'ailleurs amené la conversation sur sa personne. Je dois enfin convenir que si j'ai laissé cet homme élégant stationner dans la rue en pantoufles (HAUiS5c/iuAe), ce fut aussi un peu par jalousie, car je porte moi-même des souliers (HALBsc/iMÄe) jaunes qui, bien que d'acquisition récente, sont loin d'êtt^ « superbes ».

Les guerres, comme celle que nous subissons actuellement, engendrent une foule de lapsus dont la compréhension ne présente d'ailleurs aucune difficulté.

a) « Dans quelle arme sert votre fils ? )) demandet-on à une dame. Celle-ci veut répondre : « dans la 42^ batterie des mortiers » (Mörser) ; mais elle commet uft lapsus et dit Mörder (assassins), au lieu de Mörser.

h) Le lieutenant Henrik Haiman écrit du front ^ : « Je suis arraché à la «lecture d'un livre attachant, pour remplacer pendant quelques instants le téléphoniste éclaireur. A l'épreuve de conduction faite par la station de tir je réponds : « Contrôle exact. Repos. » Réglementairement, j'aurais dû répondre : « Contrôle exact. Fermeture. » Mon erreur s'explique par la contrariété que j'ai éprouvée du fait d'avoir été dérangé dans ma lecture.

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