CHAPITRE VII
LA rSTCHOPHTSIQUE lINTERNE
Entre l'excitation sensorielle et la sensation qui en dérive s'intercalent des phénomènes qui ont leur siège dans les nerfs et dans le cerveau, et à l'ensemble desquels Fechner donne le nom d'activité psychophysique ou de mouvements psychophysiques : c'est de ces phénomènes que la sensation dépend directement, tandis qu'elle ne dépend qu'indirectement de l'excitation. La psychophysique interne a pour but de découvrir et d'exprimer mathématiquement les relations qui existent entre l'activité psychophysique et la sensation. — Quelle est la nature de cette activité P Consiste-t-elle en des mouvements électriques, chimiques, ou mécaniques, d'une forme ou de l'autre, d'un milieu pondérable ou impondérable!' Nous n'en savons rien, pas plus que nous ne savons quelle est la nature de l'électricité. Mais, de même que nous pouvons cependant connaître certaines lois de l'électricité, de même nous pouvons connaître aussi certaines lois du mouvement psychophysique. D'ailleurs la psychophysique externe ne s'est pas souciée de la nature de l'excitation : elle s'est occupée seulement des rapports de l'excitation aA'ec la sensation. De même maintenant, pour établir les points essentiels de la psychophysique interne, il n'est pas nécessaire de connaître la nature du mouvement psychophysique (i). On peut se
(0 El. d. Ps., II, p. 377-379. Cf. Ibid., p. 5/i3-5/j7 cl /;i Sachcn, p. 30.^1 sqq.
bornei- à dire qu'il est cette partie des mouvements cérébraux qui sert à la conscience.
La psychophysique interne est la vraie science des rapports de l'âme et du corps : la psychoijhysique externe n'en est que la préparation (i), et c'est le problème de la psychophysique interne que Fechner s'était proposé d'abord. Guidé par cette idée métaphysique que l'àme et le corps ne sont que les deux modes sous lesquels se manifeste une même substance (2), Fechner s'était proposé depuis longtemjis de trouver un rapport fonctionnel entre ces deu x modes, et en particulier de rattacher la sensation à ses conditions physiques internes, c'est-à-dire à ses conditions physiologiques. Mais après avoir conçu et abandonné l'idée que les deux séries de phénomènes peuvent se développer proportionnellement, ou bien comme deux progressions arithmétiques, ou deux progressions géométriques d'ordre différent, il "arriva enfin à l'hypothèse du rapport logarithmique. Mais, pour vérifier cette hypothèse, il dut passer au point de vue de la psychophysique externe, car les rapports de la sensation et de l'excitation sont directement accessibles à l'expérience, tandis que l'activité psychophysique est presque insaisissable; et les premiers faits de nature à vérifier l'hypothèse qui se présentèrent à Fechner furent précisément ceux qui concernent la dépendance de la sensation de lumière à l'égard de l'excitation. Ensuite, le problème étant posé sur le terrain de la psychophysique externe, Fechner dut chercher une méthode de mesure des sensations pourétabhr la relation fonctionnelle de la sensation avec l'excitation extérieure. Ainsi surgirent tous les problèmes de la psychophysique externe, et la solution de ces problèmes était pour Fechner un moyen pour justifier l'hypothèse fondamentale de la psychophysique interne, à savoir que la
(t) IbicL, II, p. 377.
(3) IbuL, r, p. /, ; Cf. Rlbol. La psychologie allemande contemporaine, p. i58.
sensation est égale au logarithme de l'activité psychophysique correspondante, et un moyen pour généraliser cette loi autant que possible.
Or, pour que la loi logarithmique puisse être posée comme reliant la sensation et l'activité psychophysique correspondante, il iaut et il suffit que la loi de Weber et la loi du seuil puissent être transportées dans le domaine de la psychophysique interne.
Si l'on prend comme point de départ ce fait, que la loi de Weber exprime, au moins approximativement et dans certaines limites, la relation qui existe entre les accroissements d'excitation et les accroissements de sensation, et si l'on veut tenir compte ensuite de l'activité psychophysique intermédiaire, deux hypothèses sont possibles : ou bien la loi de Weber relie l'excitation à l'activité psychophysique qu'elle met en jeu, et alors la sensation est proportionnelle à l'activité psychophysique; ou bien la loi de Weber reUe l'activité psychophysique à la sensation, et alors l'activité psychophysique est proportionnelle à l'excitation, dans les limites où la psychophysique externe a vérifié la loi de Weber. C'est à la deuxième hypothèse que s'arrête Fechner.
Il en donne d'abord des raisons générales, c'est-à-dire qu'il s'attache surtout à montrer que cette hypothèse est celle qui cadre le mieux avec les théories scientifiques les plus générales. En raison des différences qui existent entre le physique et le psychique, on peut parfaitement concevoir une dépendance logarithmique entre l'activité du corps et celle de l'âme, tandis qu'on ne peut guère concevoir une dépendance de ce genre entre deux activités corporelles, comme l'exigerait la première hypothèse. — D'autre part, l'hypothèse la plus simple et la plus naturelle que l'on puisse poser en accord avec les lois de la physique et de la physiologie est que les accroissements de l'activité dégagée dans les nerfs de la vue et de l'ouïe et dans les centres cérébraux correspondants par l'excitation visuelle ou auditive sont
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proportionnels à rcxcitalion, aussi longlemjjs que l'organe n'en soufTre pas ; au delà de cette limite, on ne peut plus chercher une telle proportionnalité, puisque la loi de \\ eber cesse de s'appliquer (i).
Mais Fechner trouve aussi une vérification expérimentale indirecte de son hypothèse dans l'existence d'une loi qu'il a[)pelle loi parallèle à la loi de Weber ou simplement loi parallèle {ParalleUjesetz). Voici en quoi consiste celte loi. Si l'on regarde d'une façon prolongée un disque blanc sur papier noir, il se couvre en une certaine mesure d'un voile grisâtre : Fechner interprèle le fait en disant que l'action prolongée de l'excitation lumineuse affaiblit la sensibilité à la lumière. Si l'on se fatigue à soulever ou à porter des poids, on en vient à senlir un même poids comme plus lourd : la prolongation de l'excitation a donc ici pour eflcl d'accroître la sensibilité. Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit de la sensibilité absolue. La loi parallèle exprime que, pendant que la sensibilité absolue se modifie ainsi, dans un sens ou dans l'autre, la sensibilité différentielle ne varie pas. Pour vérifier cette loi, Fechner a fait des expériences sur les |)oids par la méthode des cas vrais et faux, en employant des tlurées de soulèvement de 1/ y, i, 2 et 4 secondes, et un poids principal de 1000 grammes. Quand la durée de soulèvement était de 4 secondes. Fechner éprouvait un sentinieni prononcé de fatigue dans la main. Si la loi parallèle est exacte, la sensibiUté dliférentielle ne doit pas être modifiée par la fatigue : la loi est vérifiée d'une façon satisfaisante, les nombres de cas vrais, pour /1096 cas, ont été respectivement, pour les quatre durées de soulèvemenls, 3io2, Soog, 2979 cl •3097. résultat est d'autant plus remarquable que la durée de soulèvement exerrail nne infiuencc très sensible stnl'erreur constante. D'autres expériences sur les i)oids, les "nés à l'état normal, les auti-cs après que les bras avaient
(0 m. d. II, |,. ',.'().
M. l''oi;cAi;i.T. ' o
été fatigues méthodiquement, ont confirmé la loi parallèle d'une manière analogue : la sensibilité différentielle restait à peu près la môme après la fatigue qu'avant. La loi parallèle ne serait d'ailleurs exacte que dans les mômes limites que la loi de Weber (i). — Voici maintenant la conséquence qu'en tire Fechner au point de vue de la psycliophysique interne. Quand la sensibilité s'émousse, l'activité psychophysique dégagée par l'excitation diminue : si donc deux excitations de même espèce sont reçues par un organe fatigué, la différence entre les mouvements psychophysiques correspondants est diminuée en valeur absolue, mais reste la môme en valeur relative. Si donc la sensation de différence qui en dépend était proportionnelle à la différence absolue des mouvements psychophysiques, elle devrait diminuer en raison de la fatigue. Or la loi parallèle montre que la sensation de différence reste constante quand la différence relative reste constante : c'est donc qu'elle dépend de la différence relative, et par suite la loi de Weber s'applique aux rapports de l'activité psychophysique avec la sensation (2).
Si la loi de Weber est valable dans le domaine de la psychophysique interne, la loi du seuil doit l'être aussi. Mais ici Fechner s'appuie sur des faits. Il s'agit de montrer que le mouvement psychophysique doit atteindre un certain degré pour produire la sensation, et par suite qu'il existe dans des cas où la sensation consciente n'a pas heu, bien que le mouvement psychophysique existe. Or, les étoiles ne sont plus perceptibles dans le jour ; elles doivent pourtant produire une impression psychophysique, mais cette impression reste au-dessous du seuil. Fechner cite une observation personnelle. « Le matin, au ht, j'ai coutume de songer a toutes sortes de choses. En face du lit est un tuyau de poêle noir sur un mur blanc. Pendant que ma tête reste immobile.
(1) EL d. Ps., 1, p. 300-329.
(2) FA. d. Ps.. II, p. /i3o.
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si je demeure couché, avecles yeux ouverts, après l'irruplion de la lumière du malin, l'impression du tuyau noir se grave fortement dans l'œil, mais je pense à tout autre chose, et cette impression est pour moi complètement inconsciente. Mais très souvent, après avoir fermé les yeux, j'ai été frappé par une très forte image consécutive du tuyau de poêle. L'impression physicpe avait donc été faite dans des conditions telles que la sensation de lumière pouvait se produire, mais, aussi longtemps que l'attention en était détournée, la sensation demeurait inconsciente, et elle pouvait cependant devenir consciente dans la suite (i). » Un fait analogue est rapporté par Scoresby : il lui est arrivé souvent , de percevoir en images consécutives des parties d'un objet dont il n'avait pas eu la perception consciente pendant qu'il les regardait : il rapporte en particulier que, après avoir regardé fixement un point dans un écrit imprimé en gros caractères, il parvenait à lire en images consécutives les lettres voisines. L'ouïe fournit des faits analogues, et Fechner cite ce fait bien connu, que nous entendons après coup une parole qui nous a été adressée et que nous ne percevions pas d'abord. « Incontestablement, dit-il, les mouvements dont dépend l'audition devaient exister déjà, et l'attention n'a eu pour eflet que de les élever au-dessus du seuil, n — Par là s'explique ce fait que, de deux impressions successives, c'est parfois la deuxième qui est la première à donner une sensation : ainsi des médecins ont remarqué que, en faisant une saignée, ils voyaient d'abord le sang jaillir avant de voir le bistouri pénétrer dans la veine. D'autres illusions de même genre ont été notées. dans le sens delà vue (2).
Ainsi la loi de Weber et la loi du seuil règlent les rapports de l'activité psychophysique avec la sensation. Du moins, c'est là, aux yeux de Fechner, l'hypothèse la plus vraisem-
(1) Ihid., Il, p. /13a.
(a) Ibid., II, p. /,33, f^^
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blable. On peut dès lors remplacer, dans la formule fondamentale et dans la formule de mesure de la sensation, l'excitation extérieure par l'activité psychophysique, ^on seulement ces formules s'appliquent à la psychophysique interne, mais elles s'y appliquent avec plus de rigueur qu'à la psychophysique externe. « Nous devons reconnaître, dit Fechner, que nos formules fondées sur la loi de Weber ne se vérifient par rapport à l'excitation externe que dans certaines hmites, qu'avec une approximation plus ou moins grande, qu'à la condition que l'excitation soit toujours présentée de la même façon et que la sensibihté demeure invariable; nous devons reconnaître que les constantes b (le seuil) et v (le seuil de rapport ou seuil différentiel) ne sont pas véritablement, constantes Mais rien ne nous empêche, et même au contraire, s'il existe une relation fonctionnelle réelle entre le corps'et l'esprit, nous sommes contraints d'admettre que les lois qui relient la grandeur et l'espèce de la sensation à la grandeur et à l'espèce du mouvement psychophysique sont valables sans conditions et sans limites, au même titre que la loi de la gravitation dans l'ordre de la nature, de sorte que. quand et où existent un même degré et une même espèce de mouvement psychophysique, toujours aussi existe le même degré et la même espèce de sensation, et que toutes les déviations que présentent la loi de Weber et les formules qui en dérivent par rapport à l'excitation externe proviennent seulement de ce qu'une même excitation externe ne produit pas dans tous, les cas la même quantité. d'activité psychophysique (i). » , , 11.
Mais tandis que Fechner s'est borné dans la psychoplnsique externe aux rapports de la sensation avec l'excitation, il s'attache à généraliser la loi fondamentale de la psychophysique interne et à l'étendre aux rapports de la conscience totale avec ses conditions physiologiques.
(i) //)((/., II. p. /i:55, .'i3().
Les sensations oscillent de l'inconscience ù la conscience; mais il en est de même de tous les états psychologiques et de la vie psychique tout entière. La vie psychique considérée dans son ensemble oscille entre le sommeil et la veille, et, en considérant celte oscillation, on y trouve une confirmation expérimentale des lois de la psychophysique interne (loi de A'Veber et loi du seuil) que l'on peut comparer à celle que l'on a trouvée dans l'étude des sensations pour la psychophysique externe. — En effet, pendant le sommeil, la conscience s'éteint. Au moment du réveil, la conscience surgit et atteint très rapidement un maximum, auquel elle se maintient sans grandes modifications pendant un certain temps ; puis elle s'abaisse de nouveau et le sommeil recommence. Le point où ■ le sommeil cesse et où il commence peut être considéré comme le seuil de la conscience. Au-dessous du seuil il se produit un abaissement progressif de la conscience, le sommeil devient plus jDrofond : la preuve en est qu'il faut des excitations plus fortes pour déterminer le réveil (i). Enfin, après que le sommeil a passé par un maximum de profondeur, la conscience se relève de nouveau jusqu'au seuil, pouiremonter jusqu'au maximum qu'elle peut atteindre dans la veille. Si donc on veut exprimer mathématiquement celte marche de la conscience pendant la veille et le sommeil, on peut désigner le seuil de la conscience par la valeur zéro : on devra alors désigner par des valeurs positives les degrés de la conscience pendant la veille, et par des
(i) Un auditeur de Fechner, Kohlschûlter, exprima, dit Fccimcr, l'idée que l'on pourrait mesurer la profondeur du sommeil en mesurant, au moyen du pendule sonore de Volkmann, la force des sons nécessaires pour réveiller le dormeur. Il donna suilc k cette idée et publia le résultat de SCS expériences, en 1863, sous le titre de Messimgeii der Fesligiceil des Schlafes; reproduit dans Zcitschrift fur rationellc Medicin, i8G.'?. t.a méthode a d'ailleurs été reprise ultérieurement. Voir Micliclson. Untersuchungen iiber die Tiefe des Schlafes, !>sycliologiscl,c Arbeilon (de Kriipelin), If, p. 8/| (1897).
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valeurs négatives ses degrés pendant le sommeil. La distinction des sensations conscientes comme positives et des sensations inconscientes comme négatives se trouve ainsi transportée à la conscience prise dans son ensemble : elle exprime alors l'oscillation de la veille au sommeil, et par là elle se renforce et se généralise (i).
Mais, pour que la loi psychophysique puisse s'appliquer à la relation de l'activité psychophysique totale avec la conscience totale qui lui correspond, il faut que l'on puisse admettre que pendant le sommeil l'activité psychophysique diminue. Cette hypothèse s'appuie sur les faits suivants: (( La force vive totale de notre corps paraît diminuée pendant le sommeil. Le pouls et la respiration sont plus lents, la température du corps est abaissée, la sécrétion de l'urine, de l'acide carbonique, de la sueur est diminuée, et, en ce qui concerne en particulier l'activité cérébrale que nous devons regarder comme le support des phénomènes conscients, c'est-à-dire en ce qui concerne l'activité psychophysique, la cessation de la conscience et du mouvement volontaire indique une diminution de cétte activité. De plus, l'irrigation sanguine du cerveau pendant le sommeil est moindre que pendant la veille, comme on le constate dans les fractures du crâne et dans les fontanelles des petits enfants. Le pouls qui devient plus lent montre aussi que la circulation du sang dans le cerveau devient plus lente. Or, nous voyons partout que, au moins dans certaines limites, les fonctions d'un organe s'accomphssent d'une façon plus ou moins active selon l'abondance et la vivacité de la circulation du sang (2). »
Mais, pour que la loi psychophysique trouve ici son application, il faut que l'activité psychophysique s'abaisse pendant le sommeil sans pourtant disparaître complètement : car il est bien certain que l'activité cérébrale ne cesse pas
(1) El. d. Ps., Il, p. /139-443.
(2) El. d. Ps., II. p. /i43, 4/13.
entièrcmenl pendant le sommeil, mais on pourrait croire que dans un sommeil sans rêves, l'activité psycliophysiquc, cette partie de l'activité cérébrale qui sert à la conscience, se trouve anéantie. Or, des faits tendent à montrer qu'elle subsiste encore, amoindrie seulement. Une excitation quelconque, d'origine physique ou physiologique, atteignant un nerf sensitif quelconque, peut, produire le réveil, pourvu qu'elle soit assez forte. Qu'arrive-t-il donc alors ? L'impression exercée sur le nerf est transmise au cerveau, et le réveil, c'est-à-dire le retour à la conscience, a lieu quand l'activité psychophysique dégagée a atteint un degré assez élevé : cette activité a donc existé d'abord à un degré moindre, sans être accompagnée de conscience. De même une excitation faible, par exemple le mouvement léger d'un enfant auprès de sa mère endormie, peut déterminer le réveil, si cette excitation est de nature à produire pendant la veille une forte impression. Au contraire, nous nous endormons quand les excitations locales sont supprimées ou quand nous ne parvenons pas à maintenir notre attention tendue sur un objet particulier : l'activité psychophysique présente dans le cerveau s'y trouve alors répandue d'une manière uniforme et reste partout au-dessous du seuil. Mais la suppression d'une excitation prolongée et monotone détermine le réveil parce qu'elle produit une rupture de cette uniformité : l'activité psychophysique, étant alors diminuée dans un point du cerveau, se relève par ailleurs, conformément à la loi de la conservation de la force. C'est pourquoi le meunier s'éveille quand son moulin s'arrête, le dormeur s'éveille à l'église quand le prédicateur cesse de parler, l'enfant que la nourrice endort en chantant s'éveille quand la nourrice cesse de chanter, l'homme qui a coutume de dormir avec une veilleuse s'éveille quand la veilleuse s'éteint, celui qui dort en voiture s'éveille quand la voiture s'arrête, le soldat qui dort en marchant s'éveille quand on lait halte (i).
(i) Ihui.. n, p. /|/13-/i47.
Ainsi la relation logarithmique qui existe entre la sensation et l'activité psychophysique correspondante existerait aussi entre la conscience totale et l'activité psychophysique totale, de sorte que la loi logarithmique exprimerait la relation générale de l'âme et du corjis.
Fechner va même plus loin, et, dépassant les hypothèses sur lesquelles il a établi la plus grande, partie de la psychophysique interne, lesquelles sont très hardies, mais gardeni encore un caractère scientifique, puisqu'elles sont vérifiables, au moins en principe, il s'élève jusqu'à une conception générale du monde {Weltansicht), dérivée de ses théories psychophysiques. Ce n'est pas seulement l'individu humain qui est un système psychophysique formé d'une âme et d'un corps liés par la loi logarithmique, c'est le monde tout entier, dont l'esprit universel est l'âme. Le panthéisme, qui se manifestait déjà sous forme spinosiste dans l'hypothèse métaphysique d'après laquelle l'âme et le corps seraient deux apparences d'une même réalité, leparaît ici sous une forme plutôt stoïcienne. L'activité psychophysique ne s'abaisse pas au-dessous du seuil dans toutes les parties du cerveau à la fois, et il peut arriver que l'homme soit partiellement endormi, et partiellement éveillé. Quand par exemple l'attention s'applique à un sens et se détourne des autres, on peut dire que le premier est éveillé et que les autres sont endormis. De même, dans le cas de méditation profonde, la sphère des sens est endormie, et des excitations légères passent inaperçues, c'est-à-dire ne suffisent pas à fan-e sortir le sujet de ce sommeil partiel. Les fonctions de l'âme sont donc dans ime certaine mesure indépendantes les unes des autres, et l'activité psychophysique qui correspond à une fonction peut s'élever et s'abaisser par rapport au seuil de la conscience sans que les autres fonctions suivent le même mouvement ( i ) . La conscience totale est donc un système com-
(l) EL d. Ps., II, p. /1/I9 stjq.
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posé de phénomènes individuels relativement indépendants. Fechner suppose par analogie que le monde est un composé de même genre et que dans la conscience de l'esprit universel qui ne s'endort jamais, la conscience humaine s'élève comme une conscience séparée quand l'activité psychophysique de l'homme a atteint une certaine valeur par rapport à l'activité psychophysique du système universel. Mais c'est ici, dit-il, le domaine delà croyance, et non plus de la science (i).
(i) Ueber d. Psych. Masspr., p. 211, 212; El. d. Ps., II, p. 520 sqq.