log.nat
Dans cette formule |3 désigne la valeur initiale de l'impression, b la valeur du seuil, et k une constante qui représente la résistance spécifique que les éléments centraux opposent à l'impression, et par conséquent h la perte d'intensité que l'unité d'impression subit dans l'unité d'étendue » (3). Ainsi (( la grandeur de la sensation est proportionnelle au logarithme de l'impression divisée par la valeur du seuil )> .
Dewar et Mac-Kendrick (4) ont apporté à l'interprétation physiologique de la psychophysique l'appui d'expériences dont l'importance a peut-être été exagérée. Ils employaient des yeux de grenouilles fraîchement arrachés et pourvus d'un segment de nerf optique, et faisaient agir sur la rétine des lumières d'intensité variable. L'action physiologique exercée sur la rétine ne peut pas se mesurer : mais les deux physiologistes anglais introduisaient l'œil de grenouille dans un circuit électrique dans lequel se trouvait aussi un galvanomètre : les
(1) IbicL, p. 172. Cf. Bernsteix, Zur Théorie des Feclmcr'schen Geselzes cler Empfinclung, .Vrchiv de Reichert et du Bois-Rcymond, t. LXVIII, p. 388. J '
(2) Unlersuch., etc., p. 17/i.
(3) Ibid., p. 17g.
(4) Physiolorjical action of light, Transactions of Iho royal Society of Edinhurgh for 1873, vol. XXVII, p. i./, 1-166.
M. t'^OLCAULT. /
mouvements de l'aiguille du galvanomètre donnaient une indication quantitative sur la variation du courant électrique résultant de l'action exercée par la lumière, et l'on peut voir dans ces variations une fonction indéterminée de l'impression nerveuse. Après avoir exposé leurs expériences en détail, les auteurs les résument et les Interprètent ainsi : a De ces observations 11 résulte que, quand l'intensité lumineuse varie dans le rapport de 64 à i , la variation électrique est de 8 à i : elle n'est donc nullement proportionnelle à celle de la source lumineuse, mais elle se fait beaucoup plus lentement. Nous avons fait aussi des observations sur la diminution de l'effet électrique résultant d'un changement d'intensité lumineuse dans le rapport de i oo à i , et comme moyenne de ces observations nous avons trouvé que la variation électrique, pour des yeux dlflerents, se trouve intermédiaire entre les rapports de3 à I etde 6 à I, c'est-à-dire que, si une source lumineuse, à la distance de dix pieds, donne une impulsion initiale correspondant à un degré de la graduation de notre galvanomètre, l'effet électrique, à la distance de un pied, serait de
trois à six degrés Est-ce que les effets physiques que
nous avons décrits et mesurés sont réellement comparables en quelque façon à nos différences de sensation dans la perception de la lumière, en éhminant tous les processus mentaux d'association, etc., et en laissant seulement notre perception de la différence d'intensité? En d'autres termes, ces changements représentent-ils ce qui est transmis au sensorium? (i) » — A la question ainsi posée, Dewar et Mac-Kendrick répondent affirmativement. Ils regardent la loi logarithmique comme acquise à la science, sinon sous la forme que lui a donnée Fechner, au moins avec la correction de Delbœuf. Ils s'appuient donc sur la formule : S = a
, dans laquelle S désigne la sensation, I l'inten-
(i) Ouvrage cité, p. i5G, iÔ7.
site de l'excitation, c la lumière propre de l'œil, et a une quantité constante. Ils admettent aussi que la valeur de c varie, d'après les expériences de Delbœuf, entre o,i et 0,5. (( Introduisant ces valeurs dans l'équation, nous pouvons trouver quel est le rapport des intensités de sensation pour des valeurs données quelconques de l'intensité lumineuse. De cette façon, si la quantité de lumière varie comme loo par rapport à i , les valeurs correspondantes de sensation peuvent diflerer comme 3 par rapport à i, ou 5 par rapport à i. En comparant ces valeurs avec les variations électriques précédemment données, nous remarquons une étroite concordance qui peut difficilement être regardée comme accidentelle. Il apparaîtrait ainsi que la loi psychophysique de Fechner ne dépend pas seulement de la perception dans le cerveau, mais en partie de la structure de l'œil lui-même. Les effets qui se produisent pendant et après l'action de la lumière sur la rétine se présentent aussi après que l'on a supprimé la connexion de l'œil avec le cerveau. Ainsi la loi de Fechner n'est pas une fonction du cerveau seulement, mais est en réalité une fonction combinée du cerveau et de l'organe terminal, de la rétine ( i ) . »
La position de Georg Elias Mûller à l'égard de la psychophysique est difficile à déterminer, car il est surtout un critique, et, si l'on voit bien ce qu'il rejette, on ne voit pas toujours aisément ce qu'il accepte et ce qu'il propose : car, très affirma tif dans la critique, il est au contraire très réservé au point de vue dogmatique. Voici comment il exprime la conception qu'il appelle « purement empirique » de la loi de "VN'eber : « deux excitations sensorielles de même qualité, qui présentent une différence d'intensité perceptible à un degré
(i) Ibtd., p. i58. Voir, pour une critique spéciale de ces expériences, Breton, Sur la loi de Fechner, Les Mondes (Cosmos), l. XXXVIII, p. 63 (1875), et G.-E. MÙLLEu, Zur Grundlegung der Psychophysih, p. 294. Je me demande comment les deux physiologistes anglais ont pu s'assurer que les valeurs expérimentales trouvées par Delbœuf pour la quantité c étaient expnmées en fonction de l'unité de lumière qu'ils ont eux-mômcs employée.
déterminé, par exemple une différence d'inlensilé juste perceptible, doivent être l'une à l'égard de l'autre dans un rapport constant, indépendant de la force absolue des excitations ( i ) » . Il n'est pas ici question de l'intensité des sensations, de sorte que l'on pourrait croire que celte formule prétendue empirique a le même sens que la formule empirique que j'ai établie plus haut : pourtant, c'est bien à l'intensité des sensations que songe Mtiller. « Si, dit-il, nous admettons par exemple que, pour produire un relèvement (Erhôhung) juste perceptible d'une sensation visuelle déjà présente, il faut qu'une excitation lumineuse d'intensité loo soit renforcée d'une unité d'intensité, et qu'une excitation lumineuse d'intensité looo soit renforcée de lo unités, la signification immédiate de ce fait est simplement celle-ci : dans les deux cas l'intensité de l'excitation lumineuse doit être accrue d'une fraction égale, si 1 on veut que la première sensation lumineuse soit relevée a un degré tel que le renforcement quelle reçoit (die Steigerung derselben). devienne juste perceptible pour l'activité de l'âme qui fait les comparaisons (2). » Et Mûller distingue deux groupes d mterprétations de la loi de Weber : les interprétations du premier groupe supposent que les accroissements juste perceptibles de sensation (ou d'une manière plus générale les accroissements de sensation dont la perceptibilité est égale) sont des accroissements égauxde sensatfon, et telle est l'hypothèse de Fechner; les interprétations du second groupe rejettent cette hypothèse et recourent à d'autres hypothèses psychologiques pour expliquer la loi de Weber (3) : c'est le cas pour Brentano,
Hering, Langer, etc. , • v
Mais ces deux interprétations ne sont acceptées m l une m l'autre par Muller, qui les soumet à une critKiue^ delaïUee. Il préfère une interprétation physiologique, .< d après laquelle
(1) Zur Grundlegang dcr Psychophysik, p. 22b, (1878).
(2) Ibid.,v. Les passages soulignés ne sont pas soulignes par Muller.
(3) Ihid., p. 237.
la loi de Weber est fondée sur ce que l'intensité de l'impression produite dans les nerfs sensilifs est approximativement proportionnelle au logarithme de l'excitation extérieure (i) ». Ce n'est là d'ailleurs à ses yeux qu'une hypothèse générale.
Mais il admet toujours la possibilité d'établir une formule qui donne la mesure de la sensation, et il se borne à corriger la formule de Fechner en tenant compte de ce que la loi de Weber n'est approximativement valable que pour les excitations de foixe moyenne. « Quand, dit-il, les excitations grandissent progressivement, la sensibilité aux différences relatives grandit d'abord, pour différents genres de sensations, par exemple pour les sensations de pression, elle atteint un maximum pour une certaine intensité des sensations, et elle diminue de nouveau si la force absolue des excitations continue à grandir (2). » Il faut donc substituer aux formules de Fechner, qui supposent que la loi de Weber s'applique approximativement aux excitations de force quelconque, des formules exprimant cette variation de la sensibilité. Mûller établit ainsi une formule corrigée de mesure :
s = K log. cp (r)
et line formule fondamentale corrigée :
K (/■) dr
ds
Dans ces formules, s désigne la sensation et r l'excitation (3). Et Millier conclut son étude sur la signification de la loi de Weber en déclarant que la formule corrigée de mesure, sans être prouvée d'une manière certaine, est cependant très vraisemblable (4).
(0 Ibid., p. a.Sa.
(2) Ibid., |). 220.
(3) Ibid,, p. 22Q.
(4) Ibid., p. 402.
Un autre savant allemand du même nom que le précédent, Franz-Carl Mûller, a essayé lui aussi de résoudre le problème psychophysique par le moyen d'hypothèses physiologiques; mais il montre beaucoup plus de hardiesse. Il admet que la sensation est représentée physiologiquement par un état d'impressionnabilité {Errecjbarkeil) amoindrie, et il ajoute : (( l'impressionnabilité est inversement proportionnelle à l'intensité de l'excitation ; le processus psychophysique (qui sert de base à la sensation) est d'autant plus fort que l'impressionnabilité est plus amoindrie; donc le processus psychophysique qui sert de base à la sensation comme état d'impressionnabiUlé amoindrie est directement proportionnel à l'intensité de l'excitation (i) ». Des considérations analogues s'appliquent aux différences de sensation. — Ces hypothèses, dans lesquelles il est difficile de voir autre chose que des mots, sont d'autant plus surprenantes que F. -G. MuUer semble s'être arraché au préjugé psychophysique de l'intensité des sensations. 11 va plus loin dans ce sens que presque tous les critiques précédents de Fechner. (( La loi de Weber, d'une manière immédiate, ne dit rien des sensations. Elle dit plutôt : le jugement sur la dissemblance de deux excitations reste le même {bleibt gleich), lorsque le rapport des deux excitations reste égal (2). » Et malgré cela, F.-C. Mûller parle bientôt après de l'intensité des sensations, et c'est l'intensité des sensations qu'il songe à mesurer au moyen de ses hypothèses sur la physiologie nerveuse. Quant à la loi de Weber, elle serait pour lui un cas particulier d'une loi « neurophysique » plus générale (3).
Titchener (A) interprète aussi la loi de Weber d'une manière purement physiologique et croit que les écarts expérimenta
(1) F.-C. MuLLEn, Physiologlsche Sliidieii iiber Psychophysik. Arcluy fur Anatomic und Physiologie, Pliysiol. Abtli., 188G, p. 807.
(2) Ib'uL, p. 3o2.
(3) Ibid., p. 3oo.
(/i) An OulUne of Psychology, p. 89.
que présente cette loi sont dus à ce que l'impressionnabilité de la substance nerveuse varie avec la force des excitations.
Enfin un physiologiste russe, Orchansky (i), a tenté de corriger la théorie de Bernstein. Pour lui, la résistance que l'impression nerveuse doit vaincre en se propageant dans la masse cérébrale est variable : à peu près constante dans une première phase, qui correspond aux excitations faibles, la résistance grandit à mesure que les excitations deviennent plus fortes et que par suite les nerfs s'épuisent; l'intensité de l'impression nerveuse s'accroît alors plus lentement que l'excitation externe. Quant à l'intensité des sensations, elle serait proportionnelle aux excitations quand les excitations sont faibles ; puis, quand les excitations deviennent plus fortes, elle serait égale au logarithme des excitations, et enfin, quand les excitations deviennent très fortes, il n'y aurait plus de rapport régulier entre l'excitation et la sensation.
§ g. — Wiindt et ses disciples.
Wundt, l'illustre savant qui a donné une si forte impulsion aux recherches de psychologie expérimentale en fondant à Leipzig, en 1879, le premier laboratoire de psychologie, a mochfié profondément les théories psychophysiques de Fechner. Il est d'autre part un chef d'école, la "plupart des psychophysiciens de tous les pays ont été ses élèves, et il a lui-même pubUé depuis 1861 un grand nombre de travaux sur la psychologie expérimentale (2), sans parler de ses écrits
(1) ConsidéruLioiis sur la loi psychophysique de Weber-Fechner, Bulletin de l'Académie Impûriale des sciences do Saint-Pétersbourg, V» série, tome Vf, n° 4 (avril 1897).
(2) Bcilrage zuv Tlieoric der Sinneswahrnehnmng (1862); Vorlesunfjen aber die Mcnschen- und Thierseele {iSd'i, 2* éd. en 181)2); Grundziige der Fhysiologischen Psychologie (187/1, A" iSg/i) ; Gnmdriss der Psychologie (1896), et de nombreux arlicles dans les Philosopliischc Studien.
2lG
sur la physiologie, la ihéorie de la connaissance, la logique et la morale. Sa conception de la psychophysique est acceptée par beaucoup de psychologues. Elle mérite donc une place à part, à la fois par l'importance des idées qu'elle contient el par les adhésions que ces idées ont obtenues.
Wundt distingue la sensation des états complexes dans lesquels elle est enveloppée, perceptions, souvenirs et créations de l'imagination : la sensation est pour lui l'élément représentatif, le fait de connaissance que l'analyse ne peut plus décomposer. La sensation possède trois caractères : la qualité, la quantité, ou intensité, et le ton émotionnel ou la tonalité [Gefiihlston). L'intensité des sensations nous permet d'apprécier la force des excitations sensorielles externes. Dès lors le problème psychophysique est de découvrir le rapport qui existe entre cette appréciation immédiate et la force réelle des excitations externes.
Le caractère fondamental de la psychophysique de Wundt tient à sa théorie de l'aperception. La sensation est déjà pour lui un phénomène de conscience ; mais il distingue, comme Leibnitz, la conscience pure et simple et l'aperception. L'aperception est l'acte de l'esprit par lequel nous saisissons un phénomène psychologique, par lequel nous nous apercevons de sa présence dans la conscience. La simple conscience suffit à faire du phénomène auquel elle appartient un phénomène psychologique, elle ne suffit pas pour que l'esprit se rende compte de la présence en lui du phénomène (i) : l'aperception est donc une conscience d'un ordre plus élevé, une conscience de la conscience, pour employer l'expression par laquelle M. Renouvier a défini la réflexion.
Les sensations sur lesquelles nous faisons les expériences psychophysiques ne sont naturellement que les sensations aperçues. Quand nous comparons l'une avec l'autre deux sensations de même espèce, comme celles que nous fournissent
(i) Wundt, Psychobniic physiolofiinue, Ir. fr., II. I'. 247.
la lumière du soleil et la lumière de la lune, un coup de canon et un coup de pistolet, un poids d'un quintal et un poids d'une livre, nous déclarons que, dans chacun de ces couples de sensations, la première est plus forte que la deuxième. Le jugement psychophysique porte donc, selon Wundt, non pas directement sur les objets extérieurs, mais sur les sensations, et sur les objets par l'intermédiaire des sensations. Wundt est d'accord avec Fechner sur ce point, mais il se sépare de Fechner parce qu'il intercale, entre la sensation et le jugement sur les objets, l'acte d'aperceplion. Quel est donc le sens de cette proposition : la sensation d'un coup de canon est plus forte que celle d'un coup de pistolet P Il n'est pas que, de ces deux sensations, la première est réellement plus forte que la deuxième; cela, nous ne le savons pas, du moins par l'investigation directe, mais le sens de cette proposition est que nous saisissons dans l'aperception la première sensation comme plus forte que la deuxième.
Dès lors la loi de Weber n'a plus le sens que lui attribuait Fechner. Wundt a classé en trois groupes les façons d'entendre la loi de Weber, il en a distingué trois conceptions typiques : i° la conception psychophysique, celle de Fechner, d'après laquelle la loi de Weber exprime que des différences égales de sensation correspondent à des rapports égaux d'excitation; 2° la conception physiologique, dont le premier représentant a été Bernstein, et qui, sous des formes diverses, revient toujours à dire que, si les rapports des excitations sont égaux, il existe des différences égales entre les phénomènes physiologiques, et notamment les phénomènes cérébraux, qui en dérivent ; 3° la conception psychologique, d'après laquelle, quand les excitations croissent selon des rapports égaux, nous percevons des accroissements égaux dans les sensations qui en résultent. C'est cette dernière conception que Wundt a introduite dans la psychophysique. Ainsi, tandis que pour Fechner le fait psychologique qui est en jeu dans la loi de Weber est l'intensité réelle de la
— ui8 —
sensation, c'est pour Wnndt l'intensité apparente, l'intensité que l'esprit attribue à la sensation clans l'acte d'aperception par lequel il cherche à l'évaluer. Wundt ne rejette d'ailleurs pas absolument la conception physiologique : il admet que l'on peut, en s'appuyant snr des hypothèses d'ailleurs peu solides, supposer dans les processus nerveux un développement parallèle à celui des processus psychologiques, mais il nie que la conception physiologique puisse exclure la conception psychologique. Au contraire, la conception psychologique se tient seule près des faits, parce que « sans le processus d'aperception il ne peut pas exister d'appréciation quantitative des sensations » (i).
La loi de Weber ainsi entendue se ramène pour Wundt à une loi plus générale. En effet, aux excitations externes ou physiques correspondent des mouvements cérébraux dont l'ensemble constitue ce que Wundt appellel'excitation interne. L'excitation interne est proportionnelle à l'excitation externe dans certaines limites, c'est-à-dire quand les excitations externes ne sont ni trop faibles ni trop fortes : trop faibles, elles n'exercent aucune action appréciable, trop fortes, elles menacent de détruire l'organe. L'excitation interne est le dernier phénomène corporel qui se produise avant la sensation, et c'est de la force de cette excitation que va dépendre la force de la sensation. Or, les expériences sur lesquelles se fonde la loi de Weber nous apprennent que, si un mouvement physique et par suite un mouvement nerveux de la force i s'accroît de i/3, si un autre mouvement de la force 2 s'accroît de 2/3, les deux accroissements nous paraissent égaux. Gela signifie que, dans l'acte d'aperception, nous ne saisissons pas la force absolue des sensations, ni leurs différences absolues, mais seulement leurs différences relatives : la comparaison quantitative de deux sensations se ramène à mesurer
(I) Physiol. PsychoL, ccUt. ail. I, p. SqS, Cf. Vorlesungnu a- cdil.. p. 63 sqq.
l'une de ces sensalions par l'auLi-e, c'est-à-dire à déterminer le rapport mathématique de ces deux sensations, et la comparaison quantitative de deux diflérences de sensation se ramène par suite à comparer deux rapports mathématiques. La loi de Weber exprime donc que notre appréciation quantitative des intensités des sensations est bornée à déterminer les rapports de ces intensités, c'est-à-dire que la loi de Weber n'est autre chose qu'une loi de la relativité des sensations. Cette loi est d'ailleurs plus générale : elle s'applique aussi à la comparaison qualitative des sensations et aux phénomènes émotionnels (i). « Tout le monde a pu observer, disait déjà Wundt en 1862, que la plus petite contrariété, que l'on ne remarque pas quand on est déjà triste, est capable de détruire complètement une disposition joyeuse, et ce n'est pas là autre chose cpi'un cas particulier de cette loi (2). »
La loi du seuil prend de même pour Wundt une signification spéciale : le seuil d'excitation est pour lui la valeur de l'excitation externe qui produit une excitation interne, puis une sensation juste assez forte pour provoquer l'aperception. Cette valeur est très variable, mais peut rester approximativement constante, si l'on conserve l'état le plus uniforme possible de l'attention. Les excitations inférieures au seuil produisent donc déjà des sensations, mais des sensations trop faibles pour éveiller l'aperception, de sorte qu'il existe aussi un seuil de la sensation : c'est l'intensité de la sensation qui correspond au seuil d'excitation (3).
En combinant la loi du seuil avec la loi de Weber, Wundt établit la formule logarithmique, comme Fechner. Mais elle
(i) Physiol. PsychoL, !i' cdit. I, p. SgS ; Vorlesungeii, 2' édit., p. 65. ; (a) Beilràge zur Théorie dcr Sinneswahrnehmuiifj, p.. XXX; voir aussi Phil. Stud. I, p. :iÔ2 (dans la discussion contre Zeller; Zeller admet bien la loi de relativité, mais ne pense pas que l'on puisse jamais passer de la comparaison de deux états psychiques à la mesure, parce que l'on manque 'l'nnités stables).
(3) Physiol. PsychoL, fi" édit. ail. I, p. 3()9 sqq.
a pour lui un tout autre sens. La sensation croît comme le logarithme de l'excitation, et, en choisissant convenablement les unités de sensation et d'excitation, la sensation est égale au logarithme de l'excitation. Mais il faut remarquer qu'il s'agit toujours ici de l'intensité apparente ou aperçue de la sensation, et non de son intensité réelle. Le sens de la loi logarithmique est donc que nous apprécions nos sensations comme égales aux logarithmes des excitations correspondantes. — Cependant cette conception est encore un peu obscure : elle se précise, et peut-être aussi elle se transforme grâce à l'idée de la perceptibilité des sensations. « La sensation, dit Wundt, doit avoir atteint une certaine grandeur poux- devenir perceptible, et, toutes choses égales d'ailleurs, elle se pousse vers l'aperception avec une intensité d'autant plus grande qu'elle est plus forte (i). » Donc les sensations inférieures au seuil sont des sensations imperceptibles, et d'autant plus éloignées de la perceptibiUté qu'elles sont plus éloignées du seuil ; la sensation qui correspond au seuil est celle qui ne fait que commencer à être perceptible, et par suite sa perceptibihté est égale à zéro ; enfin les sensations supérieures au seuil sont d'autant plus perceptibles qu'elles sont plus élevées au-dessus du seuil. Dès lors, si l'on prend comme unité d'excitation la valeur du seuil, et comme unité de sensation ou unité de perceptibilité la sensation qui correspond à une excitation égale au produit du seuil par la base des logarithmes employés, la formule logarithmique donne la mesure de la perceptibilité des sensations, et l'on obtient un sens satisfaisant pour le logarithme zéro, ainsi que pour les logarithmes négatifs et positifs (2).
En résumé, voici quel est selon Wundt le processus sensoriel complet : i" l'excitation externe exerce une impression
(1) Vorlesungen, a"- ùdil., p. fiS. \
(2) Physiol. Psychol, à' cdil. ail. I, p. 4oo sqq. ; Vorlesungen, a'cdil., p. 48-53.
sur l'organe sensoriel et est transmise au cerveau ; 2" elle dé°'age dans le cerveau une excitation interne ou pliysioloo-ique qui lui est proportionnelle dans certaines limites, à savoir quand les excitations sont de force moyenne ; mais quand l'excitation externe est trop faible, elle n'arrive pas au cerveau ou n'y exerce aucune action, et, quand elle trop forte, la proportionnalité cesse encore d'exciter ; 3° la sensation se produit, proportionnelle à l'intensité de l'excitation interne ; 4° la sensation devient objet d'aperception, ou entre dans le champ de regard de la conscience, et c'est à la comparaison quantitative des sensations dans r.aperception que s'applique la loi de Weber, c'est-à-dire que les rapports égaux entre les sensations sont perçus comme étant des différences égales. Enfin la loi logarithmique relie le premier et le quatrième terme de ce processus, l'excitation physique et l'intensité aperçue de la sensation : l'intensité de la sensation nous apparaît comme égale au logarithme de l'excitation, ou la perceptibilité de la sensation est égale au logarithme de l'excitation, dans les limites oij l'excitation interne est proportionnelle à l'excitation externe.
On trouve chez divers disciples de Wundt des conceptions psychophysiques qui se rattachent à la sienne d'une manière plus ou moins étroite. La plus importante idée de Wundt qui soit acceptée en commun par ces psychophysiciens est que les expériences nous font atteindre, non pas l'intensité réelle des sensations, maisleur intensité aperçue, ou leur intensité telle que nous l'apprécions par la conscience (Einpfinduncjsschatzang).
Ko hier défend en outre la formule psychophysique de Wundt, qu'il regarde comme préférable à toutes les autres, et c'est aussi au point de vue de Wundt qu'il critique Fechner, Langer, etc. (i). — George Trumbull Ladd est un disciple à peu près aussi fidèle de Wundt, dont il suit avec soin les idées dans ses deux principaux ouvrages de psychologie :
(i) Veher die hauptsàchlichsien Versuche einer malheinatischen Formulirung des psychophysischen Gesetzes von Weber, IMiil. St. III, p. 67^ (i88()).
Eléments of Physiolocjical Psychology (p. 356-38 1, 1887) et Psychology, descriptive and explanatory (p. i3i-i/io, 189/i), La fidélité aux idées de Wundt est surtout complète dans le premier de ces ouvrages, que l'on peut regarder, en ce qui concerne la psychophysique, comme un bon abrégé de la Psychologie physiologique de Wundt. Dans son deuxième traité de psychologie, Ladd penche plutôt vers l'interprétation physiologique de la loi de Weber. « Il est probable, dit-il, que tout ce qui est vrai par rapport au caractère logarithmique de la relation (entre la sensation et l'excitation) concerne la relation entre l'excitation physique et la quantité d'excitation nerveuse qui en résulte. Entre l'excitation nerveuse, — après qu'elle a atteint le cerveau et qu'elle y a produit son action, — et la sensation qui en est le résultat psychique, la relation est probablement celle de la proporlionnaUté directe (i). » C'est là le langage de Mach et de bien d'autres. Mais G. Tr. Ladd ne veut pas renoncer à réduire la loi de Weber à la loi de la relativité universelle. (( Quand nous donnons à la loi de Weber une interprétation purement psychologique, nous trouvons qu'elle tombe sous le principe général de toute vie mentale, à savoir que chaque état de l'esprit a sa valeur déterminée par sa relation à d'autres états contigus de l'esprit. » (Ibid.) — Mais entre ces deux interprétations delà loi de Weber, il n'y a pas d'accord possible : Wundt déclare bien que son interprétation psychologique est compatible avec une interprétation physiologique: mais le processus physiologique qui serait parallèle au processus psychologique de l'aperception ne peut pas être celui qui a été admis par Mach et d'autres partisans d'une théorie exclusivement physiologique des faits psychophysiques. Plus original est le minutieux travail de Merkel (2) sur la
(i) Psych., descript. and expl., p. i/io.
(3) Die Abhûngigkeit zwischen Reiz md Einpfindung, Philosophisi Studien. IV, 541-594 (1888); V, 245-291, 499-557 (1889); X, i4o-i(ii. 203-249, 369-393, 507-523 (1894); et Zeilschrift f. Ps. n. Ph. d. S..
XII, p. 22()-242 (1896).
dépendance entie l'excitation et la sensation. Il traite le problème psychopliysique tel que l'a fornuilé Wundl ; quelle est la' relation malhématique qui existe entre l'intensité de l'excitation et l'intensité que la conscience attribue à la sensation? Il s'agit donc toujours de faire une psychophysique de l'aperception. — Le point de départ de toutes les solutions du problème est dans la loi de Weber. Mais comment l'interpréter P Merkel voit en présence l'hypothèse de Fechner et celle de Plateau et Brentano, ou, comme Fechner les a appelées (i), l'hypothèse de la différence et l'hypothèse du rapport. D'après la première, aux rapports égaux d'excitation correspondent des différences égales de sensation ; d'après l'autre, ce sont des l'apports égaux de sensation qui correspondent aux rapports égaux d'excitation. Soient E l'excitation, S la sensation, rJE et 5 S des différences correspondantes de l'excitation et de la sensation ; on a, d'après l'hypothèse de la différence :
SE
pour ^ — constante, âS = constante;
tandis que l'on aurait d'après l'hypothèse du rapport :
^E S8 pour — ^ = constante, — -— = constante.
L'idée intéressante de Merkel, pour qui d'ailleurs S etSS ne peuvent désigner que des intensités aperçues, a été de demander à l'expérience de décider entre les deux hypothèses (2), et il a entrepris dans ce but la série d'expériences psychophysiques la plus considérable qui ait jamais été faite.
Les expériences de Weber et toutes celles que l'on peut
(1) Psychische Maassprincipien , Pliil. Si. IV, p. 17/1.
(2) pi.ii. Si. IX, p. 5/1/1.
faire par la. méthode des différences juste perceptibles laissent la question indécise entre l'hypothèse de la différence et celle du rapport: on peut les interpréter aussi bien dans une hypothèse que dans l'autre. — Merkel a cru d'abord qu'il pourrait résoudre la question au moyen de sa méthode des excitations doubles (i). Dans cette méthode on cherche, étant donnée une excitation E qui fournit une sensation S, à déterminer par le procédé des petites variations une excitation El qui produise une sensation Si double de S, puis une excitation E^qui produise une sensation double de Si, etc. Le résultat de ces expériences devait, dans la pensée de Merkel, soit montrer un parallélisme entre les rapports correspondants des excitations, soit au contraire démentir ce parallélisme, et en tout cas s'interpréter en faveur de l'une ou de l'autre hypothèse. — Mais Wundt, dans des lettres adressées à Merkel, lui fit cette remarque très juste que, pour que la méthode des excitations doubles piît fournir la solution du problème, il faudrait d'abord savoir exactement ce que l'on entend par des sensations doubles. C'est, disait Wundt, par l'action répétée de deux excitations qui sont dans le rapport de 2 à i que l'on apprend à connaître le rapport des sensations qui y correspond. En un mot l'exercice antérieur aux expériences doit influer sur le jugement au point de rendre douteux tous les résultats de la méthode (2). — Merkel a fait sur ce point des réserves qui ne me semblent pas justifiées, mais il a jugé néanmoins que la méthode des différences égales (ou des gradations moyennes, de Plateau) conviendrait mieux à son but que la méthode des excitations doubles. J'ai déjà exposé (même chapitre, § 2) l'essentiel de cette méthode : je rappelle seulement qu'elle consiste, deux excitations étant données, à en trouver une troisième (plus faible, plus forte, ou internic diaire), telle que la différence entre la première des trois et la
(1) Voir plus loin, ch. VIII, S 3.
(2) [bld., p. 5/1 5-547.
deuxième paraisse égale à la différence entre la deuxième et la troisième. Aux yeux de Plateau, de Fechner et de la plupart des psychophysiciens, les trois sensations correspondantes forment une série d'intensités psychiques dans laquelle la différence entre deux intensités consécutives est constante. Merkel se plaint que l'on ait coutume, quand on emploie celte méthode, de dire, sans distinction entre l'hypothèse de la différence et celle du rapport, que la loi de Weber est vérifiée si l'excitation moyenne est la moyenne géométrique des deux autres. Mais, dit Merkel, c'est supposer que la loi de Weber n'est compatible qu'avec l'hypothèse de la différence. Cependant, il peut arriver, et les expériences de Merkel le prouvent, que la loi de Weber soit pleinement confirmée par la méthode des différences juste perceptibles et que cependant la méthode des différences égales donne pour l'excitation moyenne une valeur qui soit la moyenne arithmétique des deux autres excitations (i). Merkel s'est donc proposé de voir d'abord, daas les principaux genres de sensations, si la loi de Weber est confirmée par la méthode des différences juste perceptibles ; puis il a appliqué aux mêmes genres de sensations la méthode des différences égales (et subsidiairement celle des excitations doubles) ; et il pose en principe que, si par cette dernière méthode on obtient pour la valeur des excitations moyennes la moyenne géométrique des excitations extrêmes, il y a dépendance logarithmique entre l'excitation et la sensation aperçue, et l'hypothèse de la différence est vraie, tandis que, si l'on obtient pour la valeur des excitations moyennes la moyenne arithmétique des excitations extrêmes, il y a proportionnalité entre l'excitation et la sensation aperçue, et c'est l'hypothèse du rapport qui est vraie (2)
Les expériences de Merkel ont été faites par les trois méthodes (des différences juste perceptibles, des excitations
(0 Ibid., p. 5.I7, 548.
(3) Ibid., p. 5',S. Cr. Pl.ll. SI. V, p. u5t.
-M. b^OUCAULT. -
doubles et des différences égales) sur les sensations de lumière (i), de pression (2), et de son (3). Je ne peux pas' exposer toutes ces expériences, ni en suivre la discussion dans le détail. Je reproduirai plus loin (4) une partie des résultats pour montrer les indications qu'elles fournissent au sujet de la loi de Weber. Je note seulement pour le moment que les résultats des expériences laites par la méthode des différences égales n'ont pas eu le caractère décisif sur lequel comptait sans doute Merkel. D'une manière générale, lorsque les expériences portent sur des différences un peu étendues, l'excitation moyenne est intermédiaire entre la moyenne géométrique et la moyenne arithmétique, mais elle est en général beaucoup plus voisine de la moyenne arithmétique.
Ainsi, d'après la façon dont Merkel interprète ses expériences, c'est plutôt l'hypothèse du rapport qui serait vraie. Mais Merkel ne l'entend pas à la façon de Plateau. Lorsqu'une excitation agit sur un de nos organes, « son énergie, pour des causes physiologiques, ne se tranforme pas tout entière en sensation (5), » On peut donc, appelant S la sensation et E l'excitation, poser l'équation : 1
dans laquelle k est moindre que l'unité. Le problème psychophysique se ramène alors à la détermination de k, qui est une
(1) Phil. St., IV, p. 5/19.
(2) Phil. St., V, p. 253.
(3) Phil. St., V, p. 4(J9 et X, p. 228 et SGg. Pour les deux derniers groupes d'expériences sur le son, Merkel a employé la méthode des cas vrais et faux combinée avec celle des différences égales, et finalement la méthode des cas d'égalité et d'inégalité combinée avec celle des différences égales.
(/t) Ch. IX à la suite.
(5) Ph. St., IV, p. 573.
quantité constante dans les limites où s'applique la loi de Weber et qui varie en dehors de ces limites. Je crois inutile d'exposer la marche suivie par Merkel pour résoudre ce problème difficile, et, à mes yeux, sans objet.
Quelle est la valeur propre de ces idées de Merkel? J'ai à peine besoin de faire remarquer que toute cette théorie est viciée à mes yeux par l'erreur commune à la plupart des psychophysiciens, à savoir par cette opinion fausse que l'intensité des sensations est en jeu dans le jugement psychophysique. Si mon idée critique est exacte, il n'y a pas lieu de choisir entre l'hypothèse de la différence et celle du rajoport : elles sont fausses l'une et l'autre. Cependant les expériences de Merkel demeurent comme une des sources les plus importantes où l'on puisse puiser pour déterminer les lois de la sensibilité différentielle et pour donner aux méthodes psychophysiques une forme définitive. J'ajoute que ses expériences par la méthode des excitations doubles et pav la méthode des différences sont particulièrement propres à justifier mon interprétation du jugement psychophysique : c'est bien sur les rapports quantitatifs des excitations que porte le jugement psychophysique, puisque, quand on demande au sujet d'indiquer une excitation qui lui procure une sensation double ilmdique une excitation double, et, quand on lui demandé de ranger trois excitations de manière à former deux diffé rences égales de sensation, il fournit ordinairement une série qui forme deux différences égales d'excitation. Il est vrai que cela ne se produit que lorsque les différences sont assez étendues, et que la moyenne indiquée est loin de coïncider exactement avec la moyenne arithmétique : mais c'est là une circonstance secondaire, qui tient manifestement à ce que les différences d'excitation sont perçues d'une manière peu exacte, dans des conditions qui rendent l'appréciation diffici e. Les expériences de Merkel prouvent, mieux que toutes es autres, que la comparaison psychophysique porte 1 intensité des excitations, et non pas des sensations
sur
Pendant que jVIeikel poursuivait ses travaux, un autre psychophysicien, Grotenfelt (i), exposait une théorie de la loi de Weber et de la mesure des sensations dans laquelle l'influence de Wundt se fait sentir aussi d'une façon profonde. Grotenfelt, en effet, se sépare de Wundt sur plusieurs points, notamment en ce qu'il pense que la loi de Weber porte sur les intensités réelles des sensations, et en ce qu'il soutient l'hypothèse du rapport, mais, comme Wundt, il ramène la loi de Weber à la loi générale de relativité des états psychiques.
§ 10. — Conclusion critique.
Toutes les théories qui viennent d'être exposées ont le défaut commun, qu'elles admettent l'existence de l'intensité des sensations et qu'elles prétendent la mesurer. Mais une simple modification dans l'idée de l'intensité des sensations peut suffire quelquefois pour transformer complètement le sens des formules et des hypothèses qui s'y rattachent. Cette idée confuse de l'intensité des sensations s'est même modifiée, en quelque sorte spontanément, chez un certain nombre de psychophysiciens. Par exemple, tandis que les uns admettent sans critique qu'il n'y a pas de sensation sans intensité et parlent de l'intensité des sensations comme ils parleraient de la longueur d'une hgne, de la hauteur d'un arbre ou de la force du vent, d'autres identifient sciemment l'intensité dessensations avec l'intensité apparente ou sentie des excitations : tel est le cas pour Ilering, Delbœuf, et peut-être aussi Helm-holtz et Wundt. D'autres modifient plus profondément! encore l'idée de l'intensité des sensations : c'est ainsi que: Wundt interprète la loi logarithmique comme concernant lai
(i) Das Weber'sclic Gesel: und die psychische Relativitat, Hclslngfors,'
perceptibilité des sensations, et il identifie ainsi la perceptibilité des sensations avec leur intensité apparente ou aperçue ; de môme G.-E. Millier, en parlant de l'intensité des sensations et des dilTérences entre les sensations, paraît identifier la perceptibilité des différences entre les excitations avec la perceptibilité des différences entre les sensations et avec l'étendue de ces différences. D'autres songent, d'une manière plus ou moins précise, que l'appréciation subjective de l'intensité de la sensation équivaut à une appréciation du travail psychique ou de l'énergie enveloppée dans la sensation. Mais toutes ces identifications impliquent des distinctions corrélatives : les choses que l'on regarde ainsi comme identiques apparaissent comme distinctes, au moins à certains points de vue. Ces distinctions étaient déjà en germe chez Fechner ; il serait exagéré de dire qu'elles sont devenues très nettes chez ses disciples, mais elles s'y manifestent cependant avec un peu plus de précision. L'idée confuse de la quantité psychologique tend donc à se dissocier : c'est la preuve que, sous les noms de quantité, d'intensité, de force des sensations, on enveloppe indistinctement une pluraUté de caractères. J'essaierai d'en dégager quelques-uns dans le chapitre V à la suite.