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être leur apparait sous la domination d’un autre être. Marie C..…. n’a organisé son système qu'au bout de quatre ans. Souvent une occasion fortuite illumine la conscience de la malade, lui révèle la vérité. L’explicaüon tant cherchée s'impose à elle d'une façon irrémédiable, irréfutable. C'est la vérité, il n’y en .a pas d'autres.
Marie C... ne pouvant penser qu'elle était ensorcelée, a préféré s'adresser à la science et est persuadée qu'elle est sous l'influence de l'hypnotisme et de la suggestion. Elle a été d’ailleurs traitée par un médecin hypnotiseur; elle a lu également des livres nombreux sur la matière, et l'hypnotisme est seul capable de lui donner une explication aussi satisfaisante que véridique des phénomènes qu'elle ressent. Aussi, si elle vient consulter à la Salpétrière, est-ce pour être déshypnotisée par les médecins.
Les malades qui n'emploient pas des termes scientifiques, parlent volontiers de fluide. C’est ainsi qu'une de nos malades est persuadée que nous possédons un fluide (elle dit lavoir senti) capable de la délivrer de son persécuteur qui, lui aussi, agit par fluide.
D'autres malades donnent comme explication le spiritisme. Certains d’entre eux, par leur écriture automatique, par leurs mouvements, leurs voix intérieures se rapprochent des médiums, et il serait intéressant de savoir la part des pratiques spirites et la part des phénomènes pathologiques dans le développement de celte variété de la psychose d'influence.
De ces délires spirites, il faudra rapprocher les délires
mystiques si nombreux au moyen-âge et rares aujourd'hui. Nous y reviendrons à l'étude des variétés.
Mais le moyen d'influence trouvé, il faut que les malades trouvent l'influenceur. Quelquefois le travail d'interprétation se fait en sens inverse, et les malades trouvent l'influenceur et n'expliquent que secondairement son action.
Les phénomènes émotifs, ainsi que les phénomènes d'attraction et de répulsion ont une action déterminante dans l’organisation du système délirant.
Juliette L... a eu une telle émotion quand le médecin l’a touchée, qu'elle ne peut douter que ce ne soit Jui qui l'ait influencée.
Mme P... ne veut pas dire la nature des sentiments qu'elle éprouve pour M. D..., et trahit par ses réticences. l'attraction qu'il lui inspire.
Marie C..., pendant quatre ans, n’a pas eu l'explication des voix étranges qu'elle entendait. Mais ayant lu des. livres de magnétisme, elle en est arrivée à cette conclusion, que celui qui lui parlait ne pouvait être qu'une personne qui l'approchait. Elle a dès lors recherché qu'elle pouvait être l’auteur de cette voix. Elle a soupçconné une personne de son entourage. Cette personne était un ami qu'elle a revu au moment de la mort de ‘son mari, et qui, par certains de ses gestes, lui a fait comprendre qu'il la désirait. ,
Période d'état.
Dans notre définition de la psychose d'influence, nous avons dit qu'elle était caractérisée essentiellement : 1° par des hallucinations psychiques, des mouvements et des actes automatiques, des troubles cénesthésiques : symptômes de désagrégation de la personnalité. 2 Par un dédoublement subjectif de Ia personnalité. 3° Par des interprétations délirantes à tendance systématique s'exprimant par l'idée d'influence.
Mais les hallucinations psychiques ne sont pas les seuls phénomènes hallucinatoires que l’on rencontre. Ainsi les hallucinations psycho-sensorielles, surtout de la vue, ne sont pas rares. Dans notre étude, nous adopterons le plan suivant : Nous ferons un exposé général de la classification des hallucinations. Nous étudions ensuite les hallucinations psychiques, puis les phénomènes hallucinaloires de la vue, du toucher et du goût. Cette étude faite, nous envisagerons enfin les troubles cénesthésiques et moteurs, le dédoublement subjectif,
et les systèmes délirants.
Hallueinations psychiques.
Avant d'étudier, en donnant des exemples cliniques, ce. que sont les hallucinations psychiques dans la psychose d'influence, nous pensons qu'il est utile de faire un exposé 'succinct des hallucinations en général.
+ * Les
Cértains aliénistes attachent peu d'importance, il est vrai, à la classification des phénomènes hallucinatoires. Nous croyons, au contraire, qu'il est indispensable de les classer, car la séméiologie de tous ces phénomènes n’est pas la même, et ils ont des variations de fréquence et de nature dans les divers syndromes mentaux dans la constitution desquels ils entrent.
Esquirol (1) le premier, a donné une bonne définition de l'hallucination : un homme, dit-il, qui a la conviction intense d’une sensation actuellement perçue, alors que nul objet extérieur propre à exciter cette sensation n'est à la portée de ses sens, est dans un état d’hallucination. Ball a abrégé cette définition, en disant : l’hallucination est une perception sans objet.
Ces deux définitions ne conviennent qu'aux hallucinations propement dites. Or, parmi les phénomènes hallucinatoires, il existe tout un groupe qui ne présente pas le caractère d’extériorité. Nous devons donc diviser les phénomènes hallucinatoires en deux catégories : la première comprendra les hallucinations proprement dites; la seconde comprendra les pseudo-hallucinations. Les hallucinations proprement dites sont des représentalions mentales automatiques, irréductibles au moi, incoercibles; mais elles sont en outre, et c'est leur principal caractère, exogènes. Leur origine est placée par le malade dans le monde extérieur : ce sont donc des perceptions extériorisées. L'exemple le plus typique est fourni par l'hallucination visuelle. Le malade
(1) Cité par Récis. Précis de psychiatrie, 5° édition, page &3.
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a une vision qui se confond avec les objets extérieurs: une parlie de la vision peut même être cachée par des objets réels, et ainsi la perception de la réalité concrète et la perception hallucinatoire se confondent pour former un seul tableau.
De même pour les hallucinations de l'ouïe. Dans ce cas, le patient entend nettement résonner à ses oreilles des mots injurieux, sans que personne ne les ait proférés.
En somme, ce qui caractérise l’hallueination, c’est qu'elle paraît, au sujet, emprunter intégralement les voies sensorielles.
De ces hallucinations, M. Séglas a rapproché les hallucinations psycho-motrices dans lesquelles la représentation mentale est constituée par des perceptions de mouvements phonatoires fictifs ou partiellement réels, pouvant même aller jusqu’à la prononciation des mots. Il les considère comme des hallucinations, parce que leur origine apparaît périphérique au sujet, l’appareil phonateur jouant dans ces hallucinations lé même rôle que l'appareil auditif dans l'hallucination de l’ouïe.
En opposition à ces hallucinalions sensorielles et psycho-motrices, nous allons décrire les pseudo-hallucinations qui sont plus fréquentes dans la psychose d'influence. Le caractère essentiel d'une pseudo-hallucination, c'est d’être automatique, c’est-à-dire d'apparaitre sans que la volonté du sujet soit pour rien dans cetie apparition; incoercible, c'est-à-dire que le sujet ne peut la faire disparaître; irréduchble, c’est-à-dire que le sujet la reconnaît étrangère à sa personnalité.
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Ces trois caractères d'automatisme, d'incoercibilité, d'irréductibilité sont aussi bien ceux de l'hallucination vraie que de la pseudo-hallucination. Mais la pseudo-hallucination diffère de l'hallucinalion vraie par l'absence de tout caractère sensoriel. « La malade entend des voix dans sa tête, el ces voix ne viennent pas du dehors ». >
Dépourvue de ‘ce-caractère sensoriel,, la Pseudoballucination apparaît comme une altération de la pensée intérieure normale, comprise dans une large accepüon, englobant aussi bien les images non verbales que les images verbales, les pensées sans images que les concepts, Or, ce qui distingue tout d’abord la pseudo-hallucination de la pensée intérieure, ce sont naturellement les caractères d’automatisme, d’irréducübilité et d'incoercibilité. Mais 1] existe généralement un autre caractère différentiel, c'est la netteté et la plus grande précision de l'image. Deux cas sont à envisager : ou bien l'image reste floue, de la tonalité normale de la pensée intérieure, et dans ce cas, nous avons affaire à la variété dite « pseudo-hallucination de Kahlbaum », ou bien l'image est très forte, très précise, tranchant nettement sur la tonalité ordinaire de la pensée intérieure, et alors 1l s’agit de pseudo-hallucination proprement dite. Les pseudo-hallucinations proprement dites se subdivisent également en deux groupes, suivant qu'elles se rapportent à des personnes ou à des choses, ou bien qu'elles sont de forme verbale. $
Le tableau suivant permettra de voir mieux notre division :
Représentalfons, Bt halee A Pseudo-hallucination de Kahl- émotives, ima- ; baum (tonalité de la pensée inté- ges de personnes naflon. rieure). ou de choses, ima- Représentation ges verbales.
mentale, automa- | a)Images de perunes re sonnes ou de choe, incoercible, mr ses (Pseudo-halsans élément sen- | B- Pseudo-hallucination PEGDIES ue de APE PRE De ment dile (hypertonalité). Kandinsky). ï b) Images verbales.
À. — Pseudo-hallucinations de Kahibaum (1). — G. Petit qui, dans sa thèse, a étudié exclusivement les pseudo-hallucinations, donne la définition suivante de cette variété de pseudo-hallucination : « Ce sont des représentations mentales automatiques, consistant en idées particulières ou générales, en tendances, ou en volitions plus ou moins complexes, en sentiments plus ou moins précis, plus ou moins vagues, non formulés verbalement et non rattachés au moi par le sujet qui les considère comme des faits psychiques étrangers à sa propre personnalité ». ;
Il faut y ajouter le caractère essentiel de tonalité qui est celle de la pensée normale. La pseudo-hallucination de Kahlbaum est à la pseudo-hallucination proprement dite ce que cette dernière est à l’hallucination sensorielle. D'autre part, nous croyons devoir faire rentrer dans cette variété les cas où les idées sont formulées. C'est ainsi que lorsque Mme P.., dit «qu’elle a fréquemment des pensées qu’elle reconnait lui être étrangères », 1l s'agit probablement de cette variété, et il est de plus vraisemblable que ces pensées sont formulées, car en fait ce sont les seules dont les malades se rendent compte.
(1) Nous conservons ce terme à cause de sa commodité.
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Il y aurait donc lieu de distinguer deux variétés de pseudo-hallucinations de Kahlbaum :
1° Des représentations mentales se rapportant à des personnes ou à des choses. 2° Des représentations mentales d'images verbales.
Voici un exemple emprunté à la thèse de Petit : « Il m'envoie, dit la malade, des pensées fugaces qui traversent tout à coup mon esprit; à peine ai-je le temps de les apercevoir. C’est un bouillonnement de pensées qui s'éteignent aussitôt. Il me donne des pensées el des idées normales. Quelquefois il m'envoie des idées musicales, car il est très musicien. C’est d'autant plus
bizarre que je n'ai aucune imagination musicale. »
B.— Pseudo-hallucinations proprementdites, — 1° {P?seudo-hallucinations, dites de Kandinsky; (hypertonalité, images non verbales). — Elles sont décrites le plus fréquemment sous le nom de pseudo-hallucinations de Kandinsky. M. Séglas, dans la communication qu'il a faite au IVe Congrès international de psychologie (Paris, 1900) en a donné la définition suivante :
Le premier groupe (il s’agit de ces phénomènes) se rapporte à des objets ou à des personnes et correspond à ces phénomènes de vision, odeurs, bruits, goûts, purement intellectuels que l’on observe dans certaines formes psychopathiques et qui ont été décrites pour les mystiques mais l’image correspondante à ces visions, bruits, goûts, tout en possédant certains caractères propres aux hallucinations véritables : spontanéité, incoercibilité, grande précision sensorielle, détail, perfection et stabi-