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de l'endroit où je supposais qu'il y en avait un; j'ai clairement vu son trouble, il avait une cigarette entre les doigts et il est venu se pencher sur la femme et il l’a embrassée sur la bouche. J’ai vivement ouvert les yeux, car Je sentais que l'on commençait à me faire sentir quelque chose aux parties sexuelles. J'ai continué à lire : car à ce moment-là je croyais que tout ce que je voyais élait du cinéma. Aujourd’hui, je vois que ce que j'ai vu est réel ».
Au contraire, voici une description qui semble plutôt être celle d’une hallucination. ;
Gabrielle R.., dit : « Je voyais de temps en temps son visage comme un reflet dans le vide; j'ai vu une fois une religieuse, un Christ ». Cette malade nous a donné par écrit le récit de ses visions; nous reproduisons ce récit, mais il est évident que l’on ne doit attacher à ce texte qu'une valeur relative, car il a été écrit très longtemps après la vision. L'imagination supplée très facilement aux lacunes de la mémoire, et d'autre part l'intérêt que le médecin paraît porter aux malades les encourage à dramatiser leurs récits. « J’eus une vision; je me désolais du passé, car ma vie est un vrai calvaire, je passais bien des nuits à pleurer et à me désoler. Pendant une de ces nuits, tout à coup, je vis se dresser devant moi une grande croix de bois brun sur laquelle se trouvait crucifié un homme jeune, sans vêtement, tout au moins si peu. Le tronc était entouré d’une étoffe qui me paraissait des plus précieuses, tant par sa finesse que par. l'éclat de sa blancheur; l’on aurait dit de ces longs voiles que l'Orient produit et que l’on peut facilement passer
| LÉVY
SCURT
dans une bague. Il était blond, il avait le corps d’un homme jeune, il représentait le Christ crucifié. Je ne dormais pas, je me dis : l’on me fait de la magie, c’est très bien réussi; du reste, les clous qui tiennent ses pieds, ses mains, n'y sont pas, son côté n’est pas percé, l’on se joue de moi. Mais à ce moment je vis aux mains et aux pieds apparaître les clous: je regardai le côté, je le vis percé. Il me vint l’idée que la croix s'étendait sur le monde, sur la terre tout entière aussi bien dans sa profondeur que dans son immensité, etje vis cela, le pied de la croix s’enfonçait dans les profondeurs de la terre. Il était lumineux; je reportai mon regard aux bras de la croix; le même phénomène se reproduisit ainsi qu’en haut. Cela me frappa sans me faire peur; je dis alors à voix tremblante : « Mon Dieu, si je ne suis pas le jouet des hommes, sauvez-moi, faites-moi connaître l'avenir ». L'on me répondit, et la voix était formidable; elle venait du dehors : « Il ne sera fait que de souffrance, résignation et abnégation ». Je me rejetai sur mon oreiller et fermai les yeux; la vision disparut »,
Donc chez Mme M..., nous trouvons surtout des pseudo-hallucinations. Chez Gabrielle R..., il semble qu'il y ait des hallucinations vraies. Que devons-nous penser de la nature des phénomènes hallucinatoires de Mme P...
« La vision s’est passée le matin. Elle pensait avec insistance à M. D... (l'influenceur) depuis un moment, quand tout à coup, elle l’a vu nettement dans sa chambre à lui; 11 s’habillait, et la vision a disparu brusquement presque aussitôt. Elle fut très désagréablement impressionnée, même très choquée que son subconscient se
Ps
soit trouvé transporté dans la chambre de M. D...
« La deuxième vision fut voulue. Pendant toute une soirée, elle concentre son attention sur M. D... Elle désirait que son subconscient soit transporté chez lui. Tout à coup, elle le vit devant elle. Il était dans son cabinet de travail assis. Elle le vit avec la plus grande netteté et étendit la main pour le toucher. Il fit un grand geste du bras comme pour la repousser, et la vision disparut parce qu'elle le voulait ».
La malade qui est intelligente et cultivée, distingue très nettement ces images des images que l’on se représente mentalement. « Quand on pense, disait-elle, c'est un spectacle continu; au contraire, ces visions, c'est comme lorsqu'une porte s'ouvre tout à coup; alors on voit brusquement ce qui était dans l’autre pièce, et cela disparaît quand la porte se ferme ».
Il faut noter que la malade n’attribue qu'une valeur relative à ces hallucinations. Le geste qu’elle fit en étendant la main pour toucher indiquerait que sur le moment elle a cru à la réalité de la vision, et que ce n’est que rétrospectivement qu’elle s’est rendue compte qu'il ne devait s’agir que de visions.
D'autre part, elle semble assimiler d'elle-même les pseudo-hallucinations visuelles à des pseudo-hallucinations auditives. « Les choses que je vois et entends, je le fais avec ma tête, non pas avec mes yeux ou mes oreilles; je les verrais également dans une cave toute noire et je les entendrais même si j'étais sourde ».
En résumé, dans la psychose d'influence, on peut rencontrer des hallucinations vraies et des pseudo-hal-
lucinations visuelles, mais quelle que soit la variété, ce sont des tableaux qui paraissent rapidement et disparaissent de même, et qui sont l’extériorisation évidente des préoccupations du sujet.
Il est indispensable de distinguer de ces phénomènes hallucinatoires, les rêves et les phénomènes hypnagogiques.
Des malades distinguent assez facilement leurs visions des rêves ; pourtant il est important de faire préciser, car étant donné leurs interprétations toujours en éveil, ils attribuent très souvent les rêves et les visions à la même cause.
Plus difficile sera la distinction des phénomènes hallucinatoires et des phénomènes hyÿpnagogiques.
Mme P. décrit une vision hypnagogique : « Un malin, le 5 mai 1909, au moment précis où elle s’éveillait, elle a vu dans la cabine du navire une grande quantité de fleurs; elle a pensé immédiatement à un deuil. » et elle en précise le caractère : « Ce sont des images qui se présentent au moment où je commence à m’éveiller, exactement entre le moment où l’on dort et le moment où l’on prend conscience de ce qui vous entoure ».
Phénomènes hallucinatoires du goût et de l’odorat. Ils ne sont pas exceptionnels. — Mme P... a « ressenti
parfois des odeurs, alors que dans la pièce où elle se trouvait, rien ne pouvait lui procurer ces sensations
St
olfactives, en particulier des odeurs de tabac et de géranium ». Opposant ces perceptions aux phénomènes hallucinatoires visuels et auditifs, elle dit : « Je les ai senties avec mon nez naturel », et d'autre part, le possédé du moyen-âge sentait des odeurs de soufre.
Phénomènes hallucinatoires du toucher.
On a décrit des hallucinations du toucher actif et du toucher passif. Seul ici le toucher passif nous intéresse. Ces hallucinations sontrares dans la psychose d'influence. Ces malades se plaignent rarement de recevoir des coups, d'être l'objet de violences. Après les rêves érotiques, les femmes ont la sensation de corps couché à côté d'elles; elles peuvent même avoir la sensation du coït. Mme M. s’est plainte d’avoir eu deux ou trois fois
des rapports nocturnes.
Troubles de la cénesthésie.
La cénesthésie est le sentiment général que nous avons de notre corps. C’est la somme, le chaos non débrouillé des sensations qui, de tous les points du corps, est sans cesse transmise au sensorium (Henle).
Normalement, la cénesthésie n’est formée que d’impressions qui ne laissent dans la mémoire que des images assez confuses. Nous n’en avons à l’état normal qu'une conscience sourde et obscure sous-jacente aux impres-
CRT te
sions sensorielles, aux représentations et aux constructions affectivo-motrices, qui se détachent en clair sur la masse fuligineuse des sensations internes. (1)
Schématiquement, on peut diviser les troubles de la cénesthésie, en :
Troubles statiques : Sensibilité générale organique (sensation de la douleur : ligaments, muscles, nerfs, os et articulations).
Sensibilité viscérale (tube digestif, organes sexuels, cerveau, appareils circulatoire et respiratoire).
Troubles dynamiques : Sensibilité musculaire. Besoins organiques. ;
Nous n’envisagerons ici de ces symptômes que ceux qui se rencontrent dans la psychose d'influence.
Ï. — Troubles statiques. — 1° Sensibilité générale organique. — La sensibilité générale organique se traduit à l’état pathologique par la douleur. Mais dans la psychose d'influence, les douleurs sont très rares : ni Märie C... ni Mme P... n1 R... ne souffrent. Elles ne se plaignent pas de douleur violente, lancinante, en éclair.
2 Sensibilité viscérale. — Il n’y a pas non plus de sensation viscérale douloureuse, mais par contre, il y a des sensations très spéciales, surtout dans le délire de possession proprement dit. Ce sont surtout des sensations de déplacement, de changement de force, de volume, de consistance. Les malades croient avoir le ventre rempli d'animaux, de démons, etc. On en trouvera
(1) BLonDEL. — La conscience morbide. Paris, 1914.