PATHOGÉNIE
La pathogénie du syndrome d'influence est très difficile à élucider. Le facteur le plus important, celui qui donne à la psychose son caractère principal, est la désagrégation de la personnalité. |
Pour bien comprendre ce qu'est la désagrégation de la personnalité, il importe de se souvenir de la conception de M. Ribot sur l’unité de la personnalité.
« C’est l'organisme dit Ribot, et le cerveau, sa reptésentation suprême, qui est la personnalité réelle, contenant en lui les restes de tout ce que nous avons été et les possibilités de ce que nous serons. Le caractère individuel tout entier est inscrit là avec ses aptitudes actives el passives, ses sympathies et ses antipathies, son génie, son talent ou sa sottise, ses vertus et ses vices, sa torpeur et son activité. Ce qui émerge jusqu'à la conscience est peu au prix de ce qui reste enseveli, quoique agissant. La personnalité consciente n’est qu'une faible portion de la personnalité physique.
« L'unité du moi n’est point celle de l'entité une des spiritüalistes qui s’éparpille en phénomènes multiples,
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mais la condensation d’un certain nombre d'états sans cesse renaissants ayant pour seul point d'appui le sentiment vague de notre corps. Celle unité ne va pas de haut en bas; elle n'est point un point initial mais un point terminal.
« … L'unité du moi au sens psychologique, c’est la cohésion pendant un temps donné d'un certain nombre d'états de conscience clairs, accompagnés d’autres moins clairs et d’une foule d'états physiologiques qui, sans être accompagnés de conscience comme leurs congénères, agissent autant qu'eux et plus qu'eux. Unité veut dire coordination. Le dernier mot de tout cela, c’est la conscience de l'organisme; le problème de lunité du moi est sous une forme ullime un problème biologique. A la biologie d'expliquer, si elle peut, la genèse des : organismes el la solidarité de leurs parties; l’interprétation physiologique ne peut que les suivre. »
M. Régis, à l'excellent précis duquel nous avons emprunté cette cilalion, la fait précéder des considérations suivantes : « La personnalité ne doit pas être confondue, comme cela a lieu souvent, avec la conscience. La personnalité est plus que l’ensemble des élats de conscience; elle comprend aussi les états d’inconscience et de sous-conscience, si bien qu’en fin de compte on en arrive à conclure que la personnalité est l'individu luimême dans sa lotalilé, dans sa continuité, dans son unité psycho-organique, tandis que la conscience est simplement la partie éclairée, à chaque instant changeante, de cette individualité ».
En résumé, la personnalité est constituée non seule-
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ment des phénomènes qui s'accompagnent de conscience, mais aussi de ceux qui n'en sont pas accompagnés. Parmi ceux-ci, 1l faut distinguer ceux qui ne s’accompagnent d’aueune lueur même subconsciente, purement organiques, sans relentissement psychique, mais aussi ceux qui s'accompagnent de la pénombre subconsciente dans leur passage de l’organique au psychique. Normalement, les actes et les pensées n'ont pas une élaboration uniquement consciente; ils sont, en majeure partie, composés de multiples mouvements inconscients et subconscients dont ils ne sont que la résultante. Or, ces multiples mouvements, s'ils ne sont pas perçus dans leur intégralité par ces deux entités métaphysiques que l'on est convenu d'appeler la conscience et la subconscience, sont tout au moins enregistrés dans leur continuité. Si la perception de la série des mouvements est discontinue, cette série ne s'adapte pas à la personnalité, et l'individu ne percevant que le résultat ne l'accepte pas comme sien. Tout se passe comme si les courants nerveux qui vont entraîner, par exemple, la contraction musculaire, ne passaient plus par leurs voies habituelles et ne produisaient plus les réactions ordinaires plus ou moins conscientes qui accompagnent leur trajet cérébral. Il faut donc distinguer à ces actes et à ces pensées qui restent étrangères à la personnalité deux caractères : l’un, d'automatisme, c'est-à-dire de production en dehors de la volonté, et l’autre de perception terminale, c'est-à-dire qu'une grande partie de la série qui aboutit au mouvement final est enregistrée anormalement dans sa production continue par l'organisme. Il y a une
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différence de valeur entre ces deux termes. Des secousses épileptiformes sont automatiques, mais en même temps étant enregistrées dans leur continuité de production, elles sont réductibles à la personnalité du sujet.
De plus, un grand nombre d'associations d'idées ou d'associations idéo-motrices n'ont plus leurs caractères conscients ou subconscients et le sujet perd un contrôle qui assure l'unité de la pensée et l’unité du système idéo-moteur.
Ainsi, une malade reçoit l’ordre intérieur (pseudohallucination verbale) de s’agenouiller; elle résiste d’abord, mais malgré elle elle s’agenouille. Entre l’ordre reçu et l’agenouillement, les intermédiaires n’ont pas été : perçus. Elle n'a pas voulu l'acte et n'a pas perçu les mouvements subconscients qui ont déclanché l’agenouillement. Donc elle déclare qu’on l’a forcé à s’agenouiller.
Chez tout individu qui présente de tels phénomènes d’automatisme et de perception incomplète, la personnalité perd son unité. Cette désagrégation semble en rapport avec les symptômes. C’est aiñsi que nous montrerons que lorsqu'il y a des hallucinations psychosensorielles, la modalité de la désagrégation est très différente; elle tend à la transformation de la personnalité, alors qu’au contraire, lorsqu'il y a des pseudohallucinations, elle tend à la division de la personnalité.
Dans le syndrôme d'influence, l'individu lui-même avoue toute une série de symptômes automatiques et de perception incomplète : des pseudo-hallucinations, des actes et des mouvements automatiques, des troubles de