‹ La Psychose de Gilles de RaisChapitre 11 sur 36 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

létincelle jaune âprement convoitée. Dans sa splendide « /ncantation » Félicien Rops nous montre ce qu'était le cabinet de travail d’un de ces nécromants.

La pièce très haute a de faux airs d’abside avec .des baïes en ogive, laquées de vitraux clairs d'une fraicheur d’aquarelle ; aux murs des tentures rares éteignent leurs tons adoucis. Partout c’est un invraisemblable fouillis, un bric-à-brac insensé, des pots à large panse, des flacons à longue encolure, de tout. Au premier plan sur un meuble bas,une cédule scellée, une plante magique, une cornue que ceinture le ruban glacé et paresseux d’une couleuvre ; massif, un crapaud cuve un songe obscur, tandis que rentrant son cou chauve dans son jabot de fourure blanche un marabout rêve, dédaigneux, sur ses longues pattes et tandis que l’indispensable chat noir pointe dans le vide l'interrogation inquiète de ses yeux verts, en équilibre sur un crâne qui grimace et montre les dents, et surveillé de très haut par les prunelles d’agathe d’un chat-huant incrusté, dans un coin, à un angle.

Lui, vêtu de sombre, au milieu de tout cela, accoté au très grand dossier d’une cathèdre de bois brun, les mains gantées de noir à plat sur un infolio (1) contemple l’apparition qui crève devant lui le vitrail incliné d’une châsse, derrière lequel ricane un diablotin, et savoure, avec une joie bizarre

1. Intitulé Compendium maleficorum : De demonialitate, De venenis, De viperis.

Bernelle

sur sa face énigmatique de mauvais prêtre, cette nudité triomphante, et violemment charnelle, de femme, que dramatisent des ailes, demi-ployées, de chauvesouris.

En somme, résumons-nous, période sombre, d’ienorance brutale, de haine, de violence, de superstition basse, de piété maladive, le tout peint en blanc — de loin —- par une religion exaltée et hypnotique.

Période aussi d’ébullition, trouble des âmes où passent des effluves pernicieux de folie, des tentations absurdes, suggestionnant d’irrésistible sorte les cerveaux en péril, mal défendus par un jugement débile, une égrotante volonté. |

Très souvent on trouve, dans l’histoire, Gilles de Rais confondu avec le Barbe-Bleue légendaire que peignit Perrault et, aujourd’hui même dans le pays avoisinant Tiffauges, le populaire fait encore la même confusion.

Il n’en est pourtant rién, le Maréchal n’a de commun que le pays d’origine avec le Barbe-Bleue réel, un roi breton nommé Cômor, qui vivait au vie siècle et dont Bossard a rapporté l’histoire (1).

La date de la naissance de Gilles de Raïs n’est nulle part consignée d’une façon péremptoire, néanmoins les repères ne manquant pas les historiens se sont efforcés de la déterminer. Bossard la fixe à septembre-octobre 1404 et, selon toute apparence, il est dans le vrai.

Gilles est fils de Guy de Laval de Rais et de Marie de Craon, et résume, avec son frère René de la Suze, la descendance des quatre anciennes maisons de Laval, de Raiïs, de Machecoul et de Craon, dont le plus ancien ancêtre connu est Garsire de Rais, mort en 1161.

————— 1. Bossard. Gilles de Rais, Maréchal de Frans, dit Barbe-Bleue, 1404-

Favorisée par une rare intelligence, par de précoces qualités l'éducation du futur baron de Rais se poursuit, complète, en toutes branches; les maîtres les plus distingués sont requis de lui prodiguer leurs leçons, dont il profite. |

À onze ans, en 1415, premier malheur, après une brève maladie la mort lui enlève son père et peu après, abandonnant presque ses enfants, sa mère se remarie avec Charles d’Estouville, seigneur de Villebon. Les deux orphelins viennent sous la tutelle de l’aïeul Jean de Craon, quoique en mourant Guy de Rais, mal averti des capacités débonnaires de celui- ‘ci, ait désigné un autre parent.

Des circonstances imprévues contrarièrent cette volonté dernière, ainsi qu’il appert des textes :

« Après le decès du dict Messire Guy de Rays, père du dict Gilles, iceluy Messire Gilles demoura mineur et en bas aage, au bail et gouvernement du dict Messire Jean de Craon, son ayeul materneil, quiestoit vieilet ancien et de moult grant aage (1). »

Dès lors ce fut pour les deux enfants la bride sur le cou. Soit faiblesse, soit incurie, le vieillard n’opposa aucune contrainte, aucune loi à leurs caprices. Vis-àvis de Gilles son « bail et gouvernement » se résuma en l’idée fixe de le marier, encore que fort jeune. Il s’évertua à lui trouver des fiancées avenantes et riches — dont une héritière de Rohan — que par deux fois la mort faucha. Une troisième, il fut plus heureux

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