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Mémoire des héritiers de Gilles de Rais

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dans ses vues sur Catherine de Thouars dont l’apport allait doubler la fortune de son pupille. En fin novembre 1420 le mariage fut conclu. Gilles avait seize ans.

Le jeune baron n’avait pas cependant attendu ce moment pour prouver une virilité particulièrement précoce et qui promettait mieux qu’elle donna. Déjà quatre mois auparavant, devançant l’âge où ses pareils

Partaient ivres d’un rêve héroïque et brutal,

une querelle ayant éclaté entre les Penthièvre et les Montfort, Gilles avait suivi aux camps son aïeul de Craonr qui avait opté pour les Montfort et devant l’ennemi il avait démontré, bien avant la lettre, l’axiome fameux de la valeur qui n'attend pas chez les âmes de bonne race. Toutefois, dès ce moment, il se fit remarquer par son goût du fasteet de l'éclat, non seulement pour lui-même, mais aussi pour sesgens qu'il voulut toujours les mieux équipés de tous. Dès lors Gilles mit peu à peu la main sur sa fortune qu'il entendit gouverner personnellement. Il ne tint plus aucun compte des tardifs avis de sagesse du vieil homme, contre-balancés si l’on en croit lestextes par les conseils intéressés d’une cohue de bas flatteurs.

« Item, que le dict Messire Gilles, venu en aage de vingt ans ou environ, par l'induction et ennortement d'aucuns ses serviteurs qui se vouloient enri-

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chir de ses biens print en soy le gouvernement de toutes ses terres (1). » j

Ce qui fait qu’à l’âge où notre mo derne jeunesse tâtonne à coup de thèmes grecs à la conquête de caducs parchemins, Gilles se trouvait un des plus riches seigneurs de son temps, disposant d’une fortune évaluable, en monnaie actuelle, à presque trois millions de revenus annuels et vivant dans un mobilier estimé à quatre millions de francs d’aujourd’hui (2).

C’est en 1425, exactement le 8 septembre, que Gilles de Raïis parut pour lapremière fois à la cour, accompagné du fracas de ses gros sous, de son faste, et sa jeune gloire et aussi de sa beauté physique très réelle, au dire de ses contemporains. Il fit quelque sensation chez ce roïgueux toujours ruminant— entre ‘deux orgies — quelque emprunt. Il est facile de prévoir ce qui arriva : Charles VII, enchanté d’un vassal aussi cossu, lui extorquad’intimidanis pécules « pour lever des hommes et accélérer ses godailles » (3).

Dès ce moment et jusqu’à la mort de Jeanne d'Arc en 1429 c'est la belle période de la vie du Maréchal, moment où il se taille une superbe part de gloire militaire. Charles VIT, à la demande de celle-ci, linstitue chevalier servant de Jeanne et il guerroiïe sous sa bannière côte à côte avec les Xintrailles et La Hire et autres brillants guerriers.

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