‹ La Psychose de Gilles de RaisChapitre 14 sur 36 · D SAR · texte numérisé non relu

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son siècle ignare, dont l'esprit est déjà très Renaïissance, cel intellectuel dont la cérébralité exaspérée trépigneau milieu des pandours courageux, mais bornés que sont ses pairs, me se retrouve à son aise que dans ce petit cénacle évidemment net de fausse honte, mais poli. Et l'enfant précoce et capricieux égrènè en lui de tardifs échos : il tente une foule de choses, fonde des espoirs téméraires sur des félus, qui cassent, passe de la colère violente à la gaieté puérile et festoie.

Entre temps, dès 1426 d’ailleurs, il donne dans l’alchimie, d’où acquisition de coûteux appareils et chez lui défilé nom moins onéreux d’une série de soiïdisant hermétistes qui font de l'or en ce sens qu'ils sont experts à s'approprier celui de Gilleset qui disparaissent après poche garnie. La magie pointant à son horizon après les fiascos réitérés des alambies, Gilles fait mander tousles sorciers dont le nom lui parvient, à ses frais bien entendu ; lui-même, de temps à autre, se déplace et se fait accompagner par toute une foule hétéroclite, un bagage compliqué d'hommes, de bêtes, d'objets dont s’encombrent les auberges. Et c’est lui qui solde la douloureuse : son voyage à Orléans en 1435 lui coûte des millions.

Cela ne lui suffit pas, il s'offre aussi le luxe — si coûteux que bien des rois se le refusent — d’une : troupe théâtrale ; il fait jouer des pièces qu'il écrit ou inspire, comme Le Mystère du siège d'Orléans, avec une foule de personnages qu’il habille richement, depuis le grand premier rôle jusqu’à la der-

nière utilité, chaque costume ne servant d’ailleurs, qu’une seule fois puisqu'il en fait « toujours et à chaque foiz faire touz propres qui lui estoient de grand coût et despense ». |

Sous de pareils coups, sa fortune donne des signes de fatigue. Il est à court à certains momenis et en attendant ses rentrées, obligé d'engager ses objets les plus précieux : sa joaillerie sacrée, ses manuscrits, € ung cheval noir appelé Cassenoiz », son destrier favori.

Gilles paraît atteint d’une sorte dé rage de dissipation, tandis que d'une part il prodigue sans motif ses écus et ses sous d’or, de l'autre il s'applique, “par des dons inconsidérés, des ventes stupides à di- minuer les sources de ses revenus.

Flanqué de sa bande d’adulateurs intéressés, il marche dédaigneux vers la ruine absolue, persuadé cependant que l’alchimie à laquelle il croit toujours

etle diable qu’il commence d’implorer lui donneront sous peu la magique puissance.

Comme un insensé il dissipe pour presque rien ses plus belles seigneuries et dévie tellement qu’il abandonne à Briqueville le soin de marier sa fille et toute procuration pour vendre des terres.

Du coup sa famille se cabre, en particulier son frère René de la Suze, agissant pour sa belle-sœur et sa nièce, et, devant l’inutilité des remontirances,

“obtient en 1436 de Charles VII des lettres patentes interdisant à Gilles de « vendre ne aliener » sans

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autorisation une part quelconque de ses biens et à quiconque d’en opérer l'acquisition.

Cette mesure excellente en principe précipita tout unimeni ia déconfiture finale, car rien ne put amener Jean V, duc de Bretagne, monarque d'occasion, mais grippe-sous de tempérament, à publier le décret royal— qu'il faisait toutefois signifier sous le manteau à ses sujets — de telle sorte que tous rivaux s’écartèrent, qu'il resta seul acquéreur des belles terres qu’il convoitait et dès lors fixa lui-même la cote.

Parallèlement à ces folies Gilles poursuivait la série incomparable de crimes qui lerendit si malfameux par la suite.

À partir de 1432 et dans un territoire étendu que délimitent les possessions de Raïs passe un souffle de désastre et de deuil, ce ne sont qu’enfants enlevés, disparaissant sans laisser de trace.

D'abord épouvanté le peuple si crédule de ces provinces songe à une lamie malfaisante, à une goule vorace, à un de ces monstres qu'on a jamais vu, mais dont parlent les vieux dans les veillées. Cependant si bornés soient-ils, les gens commencent à se méfier,des doutes planent,desinterrogations seprécisent et s’aggrayvent.Onremarque que plus durement sont frappés les hameaux voisins de Tiffauges, de Machecoul de Champtocé; que lorsque le Maréchal se déplace il est suivi par un sinistre remous de raptset de disparitions. Les gens ont encore observé que chaque fois qu'un des amis ou serviteurs de Gilles a passé quelque part,des mères jusque-là épargnées pleurent,

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