Iluysmans. Là-bas
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tés folles des vilains avaient franchi le porche de son palais épiscopal et il guettait une occasion d'entrer en lice.
Ce fut Gilles lui-même qui le lui fournit. Bien que sachant à quoi s’en tenir et violant le droit coutumier du duché, il leva, sans autorisation, une armée, malmena quelque peu les gens du due tenant garnison dans ses anciens châteaux ; puis piétinant par deux fois les immunités de la Sainte Eglise de fla-
"grante mamière, il envahit à maïn armée « le jusarme au poing » pendant l'office de la Pentecôte le sanctuaire de Saint-Etienne de Mer-Morte et s’y livra à des violences (1) sur Jeanle Ferron « qui estoit clerc tonsuré »
Dès lors, sous couleur d'instruire ces deux attentats, faisant sienne la rancune des manants, l’évéque se démène, voyage à travers la contrée, fait parler les uns et les autres, centralise les enquêtes que font pour lui des clercs, puis, complètement fixé, lance le 28 juillet 1440 son cri de guerre en une véhémente lettre établissant ainsi, de manière irréfutable, l’ « énfamatio » du Maréchal. |
Il complète son instruction et le 43 septembre cite le coupable à son tribunal en même temps que devant l’énormité des crimes commis il décide à l’action Jean V qui manque d'enthousiasme n'ayant pas achevé le méthodique pillage de Gilles.
1. Accompagnées de ce petit discours : « Ha ! ribault tu as battu ms
hommes, tu leur as fait extorsion ; viens! viens hors de l'église ou je te fuerai tout mort ! »
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Le 19 septembre se présentent devant Machecoul, où est celui-ci, Jean Labbé, capitaine d'arme breton, officier de Jean V et Robin Guillaumet représentant l’évêque, accompagnés d'hommes armés. Dès qu’il a connaissance de leur mission Gilles se rend sans condition, alors qu’il eût dû savoir que hors ses murs il n’y avait pour lui point de salut et que, dans Machecoul il pouvait tenir longtemps, peut-être des semaines.
Le captif fat incarcéré à la prison de la Tour- Neuve à Nantes, ainsi que Henriet et Poicton et l’élégant Prelati. Flairant l'orage Briqueville et Gillé s’étaient enfuis précipitamment peu de jours avant.
Rien ne pouvait dès lors sauver Gilles du guépier où volontairement il s'était fourré. Son procès qui va se dérouler à Nantes, encore que fastidieux à dépouiller est néanmoins intéressant comme document psychologique, c’est pourquoi je vais le trailer avec quelques détails. :
Il s'ouvre à Nantes, en octobre (1) ; Gilles comparait devant trois juridictions, celle de l’évêque de Nantes, l’inquisition et la justice séculière du Duché (1), chacune chargée de connaître de certains des méfaits de l’inculpé. Pendant les premiers jours il est le mauvais coupable, hautain et hargneux devant ses juges il les méprise en silence quand il
1. Pour tout ce qüi concerne la partie juridique, les juges et la marche des débats, je les passe rapidement, comme sans intérêt pour cette étude. Cf. Index bibliographique,
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ne leur déferle pas au visage des injures de maquignon. Sa seule défense est de rejeter, en termes offensants pour Jean de Malestroit, leur compétence.
Ceux-ci ne cèdent point, cet artifice étant rejeté comme frivole et le promoteur Guillaume Chapeillon prenant la parole comme ministère publie, commence la lecture de son épais réquisitoire. Dès les premiers passages Gilles interrompt par des amé- nités cette prose, redoutable et par les accusations qui s’y trouvent abondamment spécifiées et par son | latin barbare et pesant, semé de solécismes et de fautes d’orthographe ; quarante-neuf paragraphes précédés d’un exorde, ornés de conclusions et que flanquent en serre-file quarante-neuf «item » qui sonnent comme des «han ! » de bûcheron.
Gilles exaspéré clame que ce ne sont que mensonges et infamies ; attaqué, le promoteur se lève la main vers le Christ, jure qu’il fut véridique et défie le maréchal au même serment. Et celui-ci qui surpassa les atrocités des pires chenapans renâcle devant le parjure et reprend, écumant, ses insultes.
La séance suivante le promoteur, qui dans tout cela sera froid comme un couperet, d’une férocité de substitut arriviste, reprend et malgré les protestations de Gilles lui sert de copieuses rasades de droit canonique pour qu'il soit bien convaincu des titres, qualités et compétence de chacun, après quoi complète la dure mortification en deversant sur la têle de l’accusé la lourde panerée de son réquisitoire (1),pen-
1. Ne retenant toutefois que les crimes relevant du tribunal ecclésiasti-
dant que celui-ci continue le système, adopté, de défense et lance à ses juges les qualifieatifs. de ribauds, de simoniaques et derechef s’obstine à les récuser.
Alors l’évêque et le vice-inquisiteur le déclarent contumace, l’excommunient publiquement, décident encore que, passant outre à ses oppositions, on continuera les débats le lendemain. Et l’on amène Gilles qui hurle et se convulse. Mais c’est fini, nous ne le verrons plus. Gilles, noble baron de Rais, seigneur aliier et forban sanguinaire, s’émacie et disparait dans le terrible in-pace qu'est le cachot de la Tour- Neuve.
A la séance du lendemain, l’accusé qu’on ramène est un homme prostré et vieilli, dont l’anxiété, une sourde et profonde terreur ont creusé, à coups de : pioche, les joues. D'une voix éteinte, il demande pardon à qui l’on veut, répare ce qu’il faut, dit tout ce qu'on lui demande de dire et ce jusqu’à la fin du procès.
Par désir de pénitence, il déclare qu’il refera publiquement, et en langue vulgaire, la confession extra-judiciaire faite dans son cachot. Cette confession a lieu le samedi 22 octobre. Halluciné par le souvenir de ce qu'il a fait, Gilles vomit deux heures durant son âme rouge, il n’omet pas un viol, pas un meurtre, pas un râle, pas une souffrance ; il déplie
que il demande la double excommunication contre Gilles évocateur de dé- “mons, hérétique, aposlat, relaps, sodoruite ed sacr ilge.
Bernelle
devant eux telle une abjection, une telle pourriture que les juges se sentent blémir el baissent le nez en n’osant pas le regarder en face et que, dans la foule, des douleurs anciennes mal fermées, soudain ravivées, ont, sur les dalles, effondrer des femmes raidies d’épouvante, revivant leurs chagrins de naguère, et dans leur propre chair, les affres terribles de leurs enfants disparus. Et la tradition veut que Jean de Malesvois ait en se dressant couvert la face du fils de Dieu, crucifié derrière lui.
La question canonique dont le redoutable arsenal était prêt dans un réduit voisin ne fut pas appliquée.
Gilles, excommunié, puis absous et réintégré en l'Eglise par l’évêque de Nantes, fut ensuite livré à la justice civile présidée par Pierre de l'Hospital, et qui, d’ailleurs, s’était effacée, volontairement. La sentence fut immédiatement rendue, il était condamné, avec ses complices Henriet et Poictou (1), à être « pendus et ars » ce dont il fut informé par Pierre de l’Hospital qui ajouta : « Cryez à Dieu mercy et disposez-vous à mourir en bon estat, avecques ung grant repentir d’avoir commis de tels crimes! Demain à onze heures la sentence portée contre vous sera exécutée. » Le lieu de l’exécution était la prairie de la Biesse alors située au-dessus des ponts et hors Nantes. Toutefois en considération de son attitude finale, Pierre de l'Hospital autorisa l’enlèvement du corps avant qu'il fut atteint par le feu.
1. Le sort de Prelati n'est signifié nulle part, Toutefois, convaincu de commerce démoniaque, il est à présumer qu’il ne sortit pas intact de l'aventure,
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Gilles expira le 26 octobre 1440 peu après onze heures. Grâce à la pieuse attention de demoiselles de « hault lignaige » le corps arraché au feu fut inhumé suivant une dernière prière de Gilles « en l’église du Moustier de Notre-Dame des Carmes à Nantes ». En 1502, soixante-deux ans après lui-même, s’éteignit définitivement sa race. « Finalement, Dieu, le créateur, se déplust de ceste maison qui avait esté fort grande qu'il n’en sortit point d’enfans et s’en alla en dissipation (x).