‹ La Psychose de Gilles de RaisChapitre 17 sur 36 · D’Argentré, op. ci · texte numérisé non relu

D’Argentré, op. ci

. Au cours des précédents chapitres j'ai tenté de rétablir le décor dans lequel s’agitait Gilles, d’esquisser la mentalité de ses contemporains, les milieux qui étaient les siens, le cours déconcertant de sa vie. Je n’ai pas craint d’insister sur des questions en ‘apparence secondaires, car plus on creuse ce problème et plus l’on se convainc que la connaissance de-ces influences extérieures sont des plus utiles, des plus précieuses pour pénétrer la mentalité du Sire de Rais.

Il est maintenant intéressant d’ébaucher la physionomie de cet esprit curieux où tant de choses heurtées se coudoyèrent où régnèrent avec une égale fougue, le grand et le mesquin, le beau et l’'immonde, le vrai et l’absurde.

En Gilles plusieurs âmes d'homme se superposent : le mystique, le soudard héroïque, l'artiste exaspéré sans parler du sensuel impulsif et vorace qui sera analysé à part.

D'abord le soldat. C’est le côté vertueux, peu intéressant somme toute, puisque c’est par ses exactions, son dilettantisme du sang que Gilles de Rais s’est inscrit profondément dans l’histoire.

Quoi qu'il en soit, depuis le moment où il fait ses premières armes, héros précoce qui a juste seize ans, Gilles se révèle guerrier remarquable, il est brave de ce courage intelligent qui combine et calcule et non de cette furie latine qui transforme l’homme en un irrésistible boutoir, mais qui, évanouie, laisse une loque. Bien que ce soit encore un enfant d’à peine vingt ans, il teinte de quelque science la brutalité du fait d'armes ; sa voix est écoutée à l’égal de celle d’un vieux capitaine. Tout en exécutant de hardis raids, il dessine d’audacieuses manœuvres qui font tomber entre ses mains, comme. des fruits mûrs, des villes, et c’est sur des hommes faits, des routiers rompus au métier que sa jeune bravoure gagne les dernières manches et fait la belle.

Pendant toute cette période il est résumé par cette phrase des chroniques : & IL fut bon et hardy capitaine » : intraitable aussi et sans pitié, car si, fidèle à la parole consentie, il laisse saufs les Anglais rendus à mercy il fait brancher sans quartier les Français douteux ayant endossé la casaque de l’ennemi.

Sitôt troquée l’armure contre la dalmatique, le heaume contre le chaperon, le reitre glorieux devient le lettré qui s’affine, l’artiste délicat. Alors nous apparaît le Gilles de Rais intellectuel.

Si imprécis que soit ce qualificatif il est cependant celui qui convient, car en Gilles l'artiste, le lettré, l’érudit s’intriquent et se mêlent de cette sorte qu’une division quelconque serait artificielle et fausse. 6

L'artiste se révèle par une foule de détails. En son

château de Tiffauges surtout, aussi dans ses autres résidences, il a tenu à s’entourer d’un mobilier de prix dont le faste sans doute le flatte et l’enorgueillit, mais qui a l’excuse d’être d’une beauté sobre et magnifique, et un de ses historiens (1) a dépeint par le menu les murs vêtus de bois précieux, les meubles ajoutant encore à cette parure.

Comme certains types de la littérature actuelle il subit le charme de la gamme claire des précieuses gemmes, des fines joailleries, comme eux il est le magnifique amant des étoffes de prix, des tissus rares. Ces mêmes mains délicates, qu’une rage meur-

trière plus tard recourbera en griffes assassines s’enivrent par le contact de la splendeur éteinte des vieilles soies et ces douceurs choyées lui font gouter le magique Nirvana d’un capiteux opium, devant elles il rêve d’un art inconnu et poignant (2).

C’est dans ses ornements d'église que cette passion se sent le mieux. Dans les descriptions attérées des héritiers (3), navrés de la fuite rapide des écus, nous retrouvons très précisé ce goût ruineux : rien ne lui semble trop cher lorsqu'il s’agit de pour-

voir d’ornements cultuels, de chasubles, d’étoles son

opulente collégiale.

Musicien avéré il goûte en connaisseur expert la majesté superbe des plains-chants et lorsque, sous

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