Thoinot, Attentats à la pudeur. PARA
que ceux-là, on est frappé de la similitude des procédés employés pour la recherche de la volupté, de l’étroite parenté à travers les âges et les frontières de celle-ci, toujours semblable à elle-même, et les intéressés pris, font en général devant les magistrats ou les médecins des déclarations toujours analogues et qui paraissent se résumer en cette phrase de Gilles: «J'avais plus de plaisir à jouir de leurs souffrances et de leurs terreurs que de toute autre chose ».
En ce qui concerne les actes de nécrophilie, la comparaison se présente d'elle-même avec le sergent Bertrand de populaire mémoire, mais il faut remarquer qu'elle est beaucoup moins justifiée que précé- - demment, Bertrand allait combrioler des cimetières, crocheter des bières et violer des cadavres froids. Chez Gilles il n’en est rien. Huysmans parlant de « la glace ensanglantée des tombes,exagère, dans l'intérêt d’une jolie phrase, rien dans les textes ne permet cette interprétation excessive. Gilles souillait les petits cadavres que venait de faire ses mains meurtrières, et où ioute vie ne paraissait pas absolument éteinte (1). Nous l’avons vu souiller successivement la vie, l’agonie, la mort semblant défendre ia théorie, émise par Kraft-Ebing combattue ailleurs, en particulier par Thoiïinot de la nécrophilie, filiale du sadisme.
En résumé, nous pouvons établir de ce qui précède que Gilles de Raïs est surtout un assassin par volupté, mais avec une orientation très nette, vers la nécrophilie et la pédérastie.
1. « Calore adhuc in: eis existenti recenti, » Procès eccl. Dép. d’'Henriet.
3 Le fou
L'apparition relativement tardive de ces perversions le classe dans le groupe des pervers acquis, pervertis par suite d’excès, des vicieux que définit Kraft-Ebing. Je me refuse pour ma part à souscrire à ce sursaut inattendu de pudeur mal placée du professeur autrichien, en outre, le mot vicieux ne me paraît pas signifier grand’chose en psychopathie. Pour que des excès comme ceux du Maréchal se produisent, à un âge relativement jeune, il me paraît qu’un fond morbide est absolument nécessaire, quitte à rester stérile si nulle semaille mauvaise n’y esljetée.
Gilles de Raïis était-il sain d’esprit ? C’est une des questions les plus controversées de son histoire.
L'idée n’est pas neuve, en effet, d’atténuer parune aliénation mentale l’énormité de ses délits.
Peu d’années après sa mort le Mémoire que présentent au Roi ses héritiers en fait le fond de ses réclamations, idée intéressée qui permet précisément d’en suspecter la sincérité : lesdits héritiers demandant en effet l’annulation des transactions du Maréchal comme ayant été conclues par un dément, un incapable, et cette manière de voir est reprise par plusieurs historiens du temps.
De nos jours P. Lacroix (1) la reprend en l’exagérant et, avec décision, fait du malade un aliéné.
Par contre Huysmans, comme je l’exposerai plus loin, la réfute acrimonieusement ; E Bossard,en des pages moins acerbes, mais tout aussi prévenues, s'efforce de la miner avec des arguments indigents, car c’est là un des passages les plus débiles de son œuvre par ailleurs remarquable, etil est piquant de